Le bon accord !


Interview Hugues Chantepie (Ugo)


Vous n’avez peut-être jamais entendu parler de Primal Age. Et pourtant, ce groupe français de metalcore évolue au fil

des années avec une philosophie musicale et de vie sans failles. Entre sentiments

de noirceur et d’optimisme,

le combo adepte du végétarisme sublime ses sensations négatives

pour en faire un moteur

pour l’existence. Xdimitrix,

bassiste, nous parle de

sa vision artistique et de

ses engagements de vie…

Surtout n’essayez pas

de les manipuler !


+  Xdimitrix (Primal Age)

Rubrique Bas les masques




Kill A Theory Vol II

split avec les groupes MOSTOMALA et CHERISH


The Gearwheels Of Time



Un peu d’historique, comment s’est passée votre rencontre et quel a été l’élément déclencheur

qui vous a donné envie de vous lancer dans cet univers musical ?
Pour certains on se connaît depuis vingt ans. On jouait dans des groupes qui se croisaient régulièrement.

Il y a eu un rapprochement naturel des plus motivés, on écoutait du métal et du hardcore. Au début on jouait de l’old school hardcore, plus à notre portée, puis en apprenant on a ajouté un peu plus de technique, mais ça n’a jamais été une priorité, car nous avons toujours privilégié l’énergie. 


Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
Un mélange de metal et d’hardcore, donc metalcore ou hardcore metal, les deux collent.


Quelle est votre méthode de travail ? Pouvez-vous nous décrire votre démarche de création, comment ça se passe au sein du groupe ? Vous enregistrez en ce moment votre prochain EP, comment se passe la vie en studio, vos séances de travail… ? 

Johann (guitare) amène la plupart des morceaux avec la batterie électronique, j’apporte les autres, puis j’écris les textes et fais les placements. Ensuite, le chant est maquetté et on procède aux arrangements et chacun propose ses idées. On ne travaille en studio que lorsque tout est réglé. Bien sûr, lors de la rencontre avec l’ingénieur du son, il y a deux, trois modifications, mais le gros est en place. Nous préférons travailler en amont du studio. On aime laisser mûrir les morceaux avant les sessions d’enregistrement où nous travaillons toujours en binôme.

Défense de la planète, écologie, défense animale, environnement sont vos sujets de prédilection, expliquez-nous ces engagements… Et votre lien avec vegan.fr…
C’est en effet un thème qui nous tient à cœur depuis le début du groupe. On a tenté de l’aborder sous différents angles, car le sujet est vaste. Seul Didier notre chanteur est végan, les trois autres sont végétariens. Ce sujet est central, car tout se recoupe pour nous et le végétarisme nous paraît être le point de départ

d’une vraie démarche écologique, même si toute initiative allant dans ce sens est la bienvenue. C’est ce

qui nous éloigne radicalement de l’écologie politique (écolo) telle qu’ont la perçoit, je n’ai personnellement aucun respect pour les Verts, pour ce qu’ils proposent pour faire avancer les choses. 


Le « Straight Edge »… Pour les gens qui ne connaissent pas ce mouvement, donnez-nous une explication rapide, pourquoi ce choix de vie et pensez-vous réellement garder « l’avantage » ?
Tous les membres en sont-ils adeptes et sinon comment se passent les rapports, n’est-ce pas un peu difficile de garder une cohésion dans le groupe ?

Didier et moi sommes Straight Edge, Johann et Mehdi non. Le Straight Edge nous permet de garder les idées claires sans besoin de recourir à des drogues quelconques. Mais ça va au-delà en adoptant un mode de vie sain. Ça n’a jamais posé aucun problème d’avoir deux membres non S.E., nous sommes un groupe pas

une secte. Nous avons tous dans notre entourage des personnes différentes et il faut bien composer. Le seul souci que ça peut poser c’est quand on nous colle l’étiquette d’un groupe Vegan Straight Edge, car ce n’est pas le cas, seuls certains des membres suivent cette voie et cela apporte une petite différence. Les textes restent en cohérence avec cette situation, notre entente est très bonne. 


Le pouvoir de l’argent instaure-t-il vraiment une addiction de l’être humain à perdre toute forme de sentiment, d’émotion ? Entraîne-t-il une vraie inclination à la destruction ?
On peut vivre sainement avec de l’argent. Comme toute chose, c’est ce qu’on en fait qui peut être mauvais,

pas la chose en elle-même. On observe des dérives qui éloignent l’homme (et les animaux) du centre

des préoccupations. Les citoyens deviennent peu à peu de simples consommateurs, ce qui est grave et

peut nous conduire dans le mur, car il devient aisé de manipuler des peuples peu éclairés.


Tout cela n’est-il pas qu’un monde fantasmé ? Finalement, pas très optimiste Primal Age…

L’être humain ne serait-il plus qu’un « animal » sans aucun discernement ? Avez-vous l’impression d’être des survivants ?
Nous ne sommes pas très optimistes dans le sens où les pouvoirs sont très puissants et bien structurés.

Ils ont absorbé les différents contre-pouvoirs. Mais on croise pas mal de personnes dans leur coin qui résistent à leur manière et ça donne toujours de l’espoir. Survivants je ne sais pas, on essaie comme chacun d’évoluer dans ce monde qui est le nôtre. 


Êtes-vous des militants par « nature » ? 
Je ne peux pas répondre pour tous, car nos convictions peuvent différer ainsi que le degré d’implication. 

Mais oui, quand on prend conscience de l’organisation du monde en matière de géopolitique, de structure sociale, on se doit de ne pas tout accepter sans réagir. Ce qui est positif dans le groupe, c’est que l’on se refile des informations, sur différents sujets ou recettes, produits qui sont liés à notre mode de vie végétarien.

C’est instructif parfois et surtout enrichissant dans l’avancement de nos vies personnelles.


Parlez-nous un peu de l’EP prévu pour février 2015 et dites-nous quelle signification il a pour vous…
En février 2015 on part pour le Brésil donc l’EP se fera plus tard. On avance lentement, car les emplois

du temps de chacun demandent des aménagements de rythme. C’est un nouveau projet, il est important d’apporter du sang neuf et c’est un moment sympa que celui de la compo, on s’éclate bien. On fête nos 20 ans en cette nouvelle année alors on veut sortir quelque chose de spécial pour l’occasion, un objet collector.

Avez-vous intégré de nouvelles influences dans cet EP prévu pour 2015 ?
On a une contribution extérieure au groupe pour une fois. En fait, Sylvain (Ndlr : batteur de Seekers Of The Truth et ex-guitariste d’Absone, dans lequel ont joué trois des quatre membres de Primal Age) a de bonnes inspirations. Il a fait la tournée au Japon et nous suit au Brésil, du coup c’est un cinquième membre qui amène sa collaboration.

Pouvez-vous nous faire une petite explication de texte des prochains titres de cet EP ? Vos textes sont-ils réellement une représentation de vous-mêmes ?
Il y aura un texte sur le complexe médical chimico-industriel pour dénoncer l’agroalimentaire et le secteur médical.

Pourquoi faire le choix de la langue anglaise pour vos textes en tant que groupe français ?
On estime que le chant français passe mal à nos oreilles et on n’écoute pas de groupes de cette veine

musicale en français. Si j’écoute du français, ce sera de la chanson à textes. De plus, on a toujours été tourné vers l’étranger et c’est un langage compris sur tous les continents. Le dernier projet de split avec un groupe japonais et argentin était plus cohérent avec l’anglais, langue commune pour partager des idées avec les trois continents.


Est-ce que pour l’avenir, vous avez envie de varier un peu d’univers, de thèmes, de forme d’expression, d’explorer de nouveaux horizons musicaux ? Y a-t-il d’autres cultures musicales que

vous voudriez inclure dans votre musique à l’avenir ? Ou bien avez-vous des projets bien particuliers ?
Rien n’est exclu, mais je doute qu’on change radicalement de style. On évolue au fil des années avec une ligne directrice. Pour ce qui est des thèmes, ils sont très variés si tu prends le temps de tous les lire. On ne fait pas un album avec dix titres sur les animaux, on se serait lassé. Mais ça reste le thème principal qui fait notre identité et dont on nous parle plus volontiers.

Quelle est votre position par rapport aux autres groupes de rock engagés, la musique vous paraît-elle un format adéquat pour véhiculer des idées, les transmettre et faire changer les choses ?
Je n’ai pas de position particulière, il y a ceux que j’aime et d’autres non. La contestation est souvent peu contraignante pour bon nombre d’artistes. On parle souvent de chanteurs "engagés" à la télé : "la guerre

c’est mal, le racisme c’est mal, la pauvreté c’est mal", wow, quelle prise de risque ! Les musiques énergiques se prêtent bien à pousser la gueulante en effet, mais ça ne fait pas tout. 


La vision du hardcore ne vous paraît-elle pas véhiculer une certaine violence, une colère en contradiction avec une recherche d’apaisement face aux problèmes existentiels ?
Déjà il est difficile de parler "DU" Hardcore. C’est très vaste et on n’a pas une vision commune, loin de là. Ensuite, la colère peut aussi s’exprimer de façon différente et l’apaisement n’est pas toujours possible.

La musique permet de sublimer des ressentis négatifs pour en faire un moteur dans l’existence. 


Quel est votre point de vue sur le téléchargement illégal en tant qu’artiste, mais aussi en tant que consommateur ? Et l’internet, justement, le piratage et la chute des ventes de disques, qu’en pensez-vous ?
C’est un fait. Chacun fait en fonction de sa conscience. J’ai acheté énormément de disques (DVD également), j’ai largement apporté ma contribution. Je m’accorde donc d’avoir des copies (en général des choses que

je n’aurais pas achetées). À notre niveau, on voit bien que les disques se vendent moins que par le passé. Internet a ouvert plein de possibilités. Pour les chanteurs, le côté positif est qu’ils se sont produits beaucoup plus en live qu’à une autre époque où certains faisaient un disque tous les cinq ans et ne jouaient presque jamais sur scène. 


Alors justement, internet vous êtes présent sur Facebook, c’est important pour vous ce contact avec

vos fans via les réseaux sociaux ? Est-ce un choix délibéré ou quelque chose de tout à fait naturel

pour vous ?
Il est difficile de passer à côté. Personnellement je n’ai pas de compte Facebook, ça ne m’intéresse pas plus que ça. Mais pour faire avancer le groupe c’est incontournable. C’est très pratique pour suivre l’actu du groupe et se faire connaître plus largement. Après, le revers est que tu es noyé parmi des milliers de groupes, alors

ce n’est pas forcément plus facile d’émerger. Avec une possibilité d’acheter tes supporteurs aujourd’hui

(chose que l’on ne fait pas), ça fausse la donne, les promoteurs médiatiques regardent avant tout ton nombre de fans avant de te juger en priorité sur ta musique. Les groupes ne sont plus du tout sur un pied d’égalité.

Le mérite que l’on a se trouve dans le fait que nos 3500 fans sont venus d’eux-mêmes. 


Avec la chute de l’industrie du disque et le téléchargement illégal, pensez-vous qu’il est encore possible de vivre de sa musique ?
Nous ne sommes pas du tout concernés par le fait de vivre de la musique, c’est juste une passion qu’on vit

en parallèle de notre boulot, donc ça ne nous pose pas de problème majeur. On cherche juste à équilibrer

les comptes pour éviter de toujours sortir de la thune de notre poche, car on l’a fait très largement pour faire ce groupe. Ceux pour qui c’est l’activité principale doivent rester très actifs j’imagine. 


Un souvenir ou un concert  vraiment marquant ? Une anecdote qui vous a vraiment marquée, que

ce soit positif ou négatif ? Pouvez-vous nous remémorer quelques anecdotes des enregistrements ou des concerts de Primal Age ?
Il y en a des tonnes forcément en vingt ans, mais rien d’extraordinaire. On est parti une fois jouer en Belgique, l’organisation n’était pas là et le groupe qui ouvrait ne voulait pas prêter sa batterie. On a mangé une frite

et on est rentré. Il y a longtemps aussi, un concert où un blaireau a lancé une tranche de jambon sur scène pendant qu’on jouait… plein de bons moments comme ça ! Pour les studios, on a connu des accouchements parfois difficiles et des périodes de vacances comme l’enregistrement du Gearwheels Of Time (2010) où on

a vécu un studio ultra-tranquille à Marseille avec Thomas Tiberi au Freaky Dog Studio (None Shall be Saved, Where Eagles Dare)  


Est-ce que vous avez un rituel particulier avant de monter sur scène ? Suivez-vous une remise en forme particulière avant un concert, une tournée ? 
Je suis en remise en forme permanente (lol). C’est mon boulot de donner des cours de gym et de boxe,

donc j’essaie de toujours tenir la forme. Chacun des membres groupe reste soucieux de sa santé et ce n’est pas spécifique à un événement. Quand on part loin comme au Mexique, au Japon ou prochainement

au Brésil, on a toujours l’incertitude de ce qu’on va trouver à manger, mais en général ça se passe bien.

Comment ressentez-vous l’imagerie du rock à travers notre société en cette fin 2014, humainement et musicalement ? Et pourquoi continuer dans cette voie ? Est-il possible de faire du rock sans être tourné vers le passé ?
Je ne me pose pas la question. On fait la musique qu’on ressent depuis longtemps. On n’a jamais cherché

à suivre tel ou tel courant musical parce qu’il est porteur. Si on n’avait pas rencontré de public on aurait peut-être arrêté, là ça se passe bien. On sait qu’on ne va pas faire ça des années encore, alors on en profite

au maximum, on a déjà engrangé des tas de bons moments, c’est tout ce qui compte. Quand on tournera

la page, on n’aura aucun regret et on passera à autre chose.


Quelles ont été les rencontres déterminantes sur votre parcours ?

Déjà tous les quatre, trouver une formation qui s’entend bien ce n’est pas évident, aussi bien musicalement qu’humainement. Il faut aussi réussir à concilier les vies de chacun, donc on s’estime chanceux. Ensuite, on

a fait beaucoup de belles rencontres et nous avons eu la chance de jouer avec presque tous les groupes que l’on adore, rien que ça c’est génial. 


Pouvez-vous nous parler des artistes qui vous ont influencés, en France comme à l’étranger ?
En France, aucun (lol). Pour les autres on peut citer Slayer, Napalm Death, Sick Of It All, Earth Crisis,

Minor Threat, Madball, Sepultura… Il y en a beaucoup trop à citer. 


La vie se résume plutôt à un tas de merde (c’est personnel). Quel conseil pourriez-vous donner aux personnes qui bataillent chaque jour physiquement, matériellement, moralement…?
Je suis désolé pour toi. D’un point de vue personnel, je dirais que le Straight Edge m’a permis d’avancer

dans les moments difficiles. Pour tous ceux dans la même situation que j’ai vu recourir à certains produits,

je constate que ça ne les a pas aidés, bien au contraire. C’est un mode de vie très positif et donc on remonte plus vite la pente. Quand on cherche à tourner le dos à ses problèmes, ils reviennent avec force, c’est mon avis. Après chacun a ses épreuves, je ne juge pas, j’ai simplement fait mon choix et c’est comme ça que

je me sens le mieux.

Finalement, plutôt le ciel ou l’enfer ? Ou joker ?
Je choisis la Terre. Je ne crois pas en une autre vie, alors j’essaie de vivre celle-ci au mieux de mes possibilités. Ce que j’estime être bien de faire, je le fais pour rester en accord avec ma conscience et pas dans la crainte d’une punition divine ultérieure.

Avez-vous des tatouages ? Et pouvez-vous nous parler de votre démarche face au fait de se faire

piquer ?
Oui beaucoup, Didier également, Mehdi et Johann moins. C’est un art que j’adore depuis que j’ai 19 ans,

âge auquel j’ai commencé à me faire piquer. J’ai toujours vu ça comme une démarche globale, en essayant d’harmoniser les pièces, en reliant des styles différents que j’aime pour en faire un tout cohérent.

Pour finir, un petit mot sur la tournée brésilienne de 2015 ? Et en ce début d’année, un message d’optimisme ? 
Oui, c’est le dernier volet de notre projet split CD avec Cherish du Japon et Mostomalta d’Argentine.

On a tourné au Japon avec Cherish et on part au Brésil pour boucler la boucle. On n’aura pas l’occasion

de jouer avec Mostomalta cette fois, mais avec de très bons groupes qu’on apprécie énormément depuis longtemps comme Confronto ou Paura. On devait faire Brésil, Argentine, Chili au départ, mais la logistique

un peu compliquée nous a fait revoir les objectifs à la baisse. C’est déjà un super projet. C’est pour

des moments comme ça qu’on continue, voir du pays et rencontrer des cultures très différentes de la nôtre. Nous devrions jouer avec de très bons groupes là-bas comme Paura, Cervical, Maeuttica Puritan Mosh, et

nos amis de Confronto.