Interview A.c.o.D


Genre : Death Metal
Ville d’origine : Marseille
Nouvel Album : « The Divine Triumph »
Sortie : 24 août 2018
Label : Jive Epic

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Tracklist :

01. L’ascension des abysses
02. Omnes Tenebrae
03. Road to Nowhere
04. Broken Eyes
05. Between Worlds
06. Tristis Unda
07. Sanity Falls
08. The Divine Triumph
09. Fleshcell
10. Beyond Depths
11. Sleeping Shores


Membres :

Fred : chant
Jérôme : basse & guitares
Raph : batterie




« Les mecs me sautaient dessus à la karateka !»

Christophe Favière pour boosteleson.com

 

Pour la sortie de leur 4e album « The Divine Triumph », les Marseillais de A.c.o.D ont bien l’intention de s’imposer avec leur Death Metal mélodique. Une tournée à travers la France en première partie de Decapitated devrait leur permettre de s’approcher du but. Fred (chant) et Jérôme (basse & guitares) nous en dévoilent un peu plus sur cet album, premier opus d’une trilogie, et nous entraînent dans leur univers fantastique et pourtant empreint d’une grosse dose de réalité et surtout plein de sincérité.


Vous venez de Marseille, comment s’est passée votre rencontre ?
Fred : Nous sommes nés en 2006 et nous sortons notre quatrième album « The Divine Triumph ». Auparavant, nous avions sorti deux EP.
Jérôme : Nous nous sommes rencontrés à l’Hôtel de la Musique, un endroit assez connu sur Marseille. Puis, par l’intermédiaire de différents amis, nous nous sommes retrouvés à jouer ensemble. Petit à petit, il y a des atomes crochus qui sont apparus.
Fred : Ça a tout de même accroché tout de suite entre nous.
Jérôme : Oui c’est vrai, même si il y a eu pas mal de changements de line up, notre trio est là depuis le début. Au début, nous étions six puisque nous avions deux chanteurs. Maintenant nous ne sommes plus que trois.

Vous faites donc tout à trois ?
Jérôme : C’est ça la crise ! (rires)

Musicalement vous n’êtes pas cantonnés au pur Death Metal avec des passages plus Heavy, pourquoi ce choix ?
Fred : C’est tout simplement la musique que l’on écoute Nous sommes fans de Death et Black Metal, toute la scène des années 90, avec des groupes comme Dissection, Emperor, Morbid Angel, donc lorsque nous nous sommes retrouvés à trois pour composer cet album, le maître mot c’était la sincérité.
Jérôme : Cette scène des années 90 était celle où tout était en train de se construire. Le Black de l’époque n’était pas celui que nous connaissons actuellement. Il était très influencé par Mercyful Fate, Judas Priest, voir même Joy Division, tout ce Metal assez sombre, limite Gothique. Donc forcément, je suis assez influencé par ces vieux riffs lorsque je compose. Lorsque j’écoute les premiers Cradle Of Filth, avec le recul, ça tend plus vers le Heavy que vers le Death, tout comme les premiers Darkthrone, Emperor, même les premiers Kreator. Donc c’est pour cela qu’il y a tous ces relents de Heavy dans nos compos.

Vous avez pourtant évolué, vous aussi ?
Jérôme : Oui, avec le précédent line-up, nous tendions vers le Modern Death, mais ce n’était pas trop notre truc, nous nous sommes donc retrouvés sous la forme de Power Trio. Une fois libérés des confrontations au sein du groupe, avec les trois tirant dans le même sens, nous avons avancé plus vite et surtout plus loin dans ce que nous voulions.

Hormis cette intro résolument épique qui me fait beaucoup penser au générique de « Vikings » ou « Game Of Throne », il y a une sorte de fil rouge tout au long de l’album, sans jamais tomber dans le lyric ou le pagan ?
Fred : Nous avions l’habitude d’insérer des orchestrations comme cela, mais sur cet album, nous avons décidé de leur faire la part belle. C’est un concept album avec une histoire, donc nous voulions habiller cette histoire comme sur le titre « Omnet Tenebrae » ou « Sleeping Shores ». À un moment la voix s’arrête et les orchestrations prennent le relais et remplacent la voix. Le but n’était pas de mettre des samples ou des nappes de synthé, mais vraiment d’intégrer ces séquences au morceau comme un instrument à part entière. Nous avons eu la chance de travailler avec Richard Fixhead, un ancien de Tantrum, il est très, très bon dans ce genre d’exercice. Nous lui avons envoyé un morceau, il nous a retourné un essai et cela nous a emballé direct. Nous en sommes très contents, il a fait du super boulot.

Vous vous éloignez du Death Folklorique et traditionnel, c’est une réelle volonté de vous démarquer ou les choses se sont faites naturellement ?
Jérôme : Sur les précédents opus, nous avions déjà commencé à bosser sur les samples et ils commençaient à être de plus en plus présents. Ce n’était pas trop mal fait, mais nous manquions de savoir faire. Nous avons pris la décision d’aller plus loin, sans forcément en mettre partout pour ne pas tomber dans l’orchestral à la Nightwish, mais faire ça intelligemment. On nous a présenté Richard et en termes d’harmonie, son boulot était fin et précis.
Fred : Et surtout c’était en cohérence avec la musique. Cela se mariait tellement bien, nous avons su tout de suite que nous avions trouvé la bonne personne.
Jérôme : C’est sûr, nous sommes loin du Bontempi (rires) !

Le premier titre « L’Ascension Des Abysses » est le seul à être en Français, même si c’est un instrumental, pourquoi ce choix ?
Jérôme : Nous voulions tout de même faire un clin d’oeil à notre langue natale. Nous écrivons tout en Anglais, mais nous n’oublions pas d’où nous venons.
Fred : Je trouve ce morceau très mélodique et sombre. Le titre en Français accentue ce côté sombre. C’est comme pour « Omnest Tenebrai », le choix du Latin n’est pas un hasard, il y a un double sens. Cela peut se traduire par « Les Ténèbres Toutes Puissantes », ou «  Les Ténèbres Omniprésentes ». Comme le personnage de l’histoire est perdu et au fond du gouffre, il n’y a plus aucune lumière pour éclairer sa vie, ce titre en Latin retranscrivait parfaitement sa situation.

Qui s’occupe d’écrire les textes ?
Fred : Nous travaillons main dans la main. Je leur ai proposé une histoire pour l’album, ensuite nous voyons les textes ensemble jusqu’à ce que tout le monde soit ok. Ensuite, pour l’histoire, il faut une armature et là c’est moi qui l’ai apportée. Pour l’aspect musical, Jérôme amène les riffs et la musicalité des morceaux et ensuite nous bossons le tout ensemble.
Jérôme : Par contre ce ne sont pas des compositions fermées genre, je me pointe avec des riffs et démerdez-vous ! Nous travaillons beaucoup ensemble, même si de mon côté je bosse chez moi pour trouver un squelette aux morceaux. Je propose des idées, nous en discutons, parfois ils me chantent des airs, nous travaillons vraiment à trois. Et puis cela va plus vite.
Fred : C’est une démocratie qui fonctionne car nous avons les mêmes goûts musicaux. Nous fonctionnions déjà sur ce principe auparavant, mais lorsqu’il y en a un qui veut ceci, l’autre qui préfère ça, c’est trop compliqué, trop de concessions. Tu finis par faire un cross over de trop de styles et c’est le bordel !

D’où t’es venue l’inspiration pour écrire ce concept album ?
Fred : Cette histoire se passe dans un monde fantastique créé de toutes pièces avec d’anciennes divinités, des chimères, des merveilles, des horreurs, un peu de tout. Et tu fais un parallèle avec la vie actuelle, tout le monde, à un moment donné, s’est retrouvé au plus bas et cherche la force intérieure que nous n’avons peut-être pas tout le temps pour essayer de se relever et continuer à avancer. Donc lorsque l’on écoute cet album, la première chose qui saute aux yeux, c’est ce voyage un peu fantastique avec ce personnage principal à qui il arrive tout un tas de choses avec des rebondissements. Lorsque tu as un mal-être et qu’il t’arrive des choses pas très drôles dans ta vie, tu peux facilement faire un parallèle avec l’histoire. Les chimères, pour certains, représenteront la drogue, pour d’autres l’alcool. Nous avons tous des combats incessants avec nos chimères, avec ce mal-être ressenti. Je ne connais personne qui n’a jamais eu de problèmes dans sa vie, plus ou moins graves. C’est de cela dont nous voulions parler.
Jérôme : Je pense aussi que notre public n’écoute pas cette musique par hasard. Les fans de ce style ont eu, à un moment ou un autre, un problème. Le Death ou le Black ne sont pas des musiques très positives à la base. C’est pourquoi je pense que beaucoup de gens se reconnaîtront dans cet album.

Donc c’est du vécu ?
Fred : Lorsque j’écris, il y a toujours une part de vécu, mais il y a aussi les gens autour de moi, leur vécu à eux.
Jérôme : Même lors de la composition, il y a eu quelques conflits, certains ont eu des problèmes personnels, nous en avons discuté, cela nous a influencés et inspirés. Cela nous a aussi poussés à aller plus loin pour retranscrire ce mal-être.
Fred : Nous avons aussi voulu faire un album sincère, et tu ne peux pas y arriver avec une histoire inventée de A à Z. Pour avoir un maximum de sincérité, il faut vivre les choses.

Je n’ai pas eu l’occasion de lire les paroles, ça se finit plutôt bien ou pas ?
Fred : En fait ce sera une trilogie, donc si tu veux savoir la fin, il faudra acheter les trois albums (rires) ! Non, pour l’instant, nous gardons une certaine ouverture sur la suite de l’histoire. Nous laissons le public se familiariser avec cet album, pour comprendre les personnages.
Jérôme : Le prochain s’appellera AcoD Contre-Attaque (rires) !

Mais vous, vous avez forcément une vision pessimiste de cette histoire ?
Jérôme : Bien sûr ! Même nous dans notre vie, il n’y a pas que des choses positives. Et puis le Black et le Death ne sont pas des musiques très positives.
Fred : Ce sont des musiques sombres, donc nous parlons de ces moments sombres de la vie. Mais dans cette histoire, il y a des moments très sombres comme des moments lumineux. L’EP précédent s’appelait « Inner Light », la Lumière Intérieure, c’est quelque chose de très fort. Il faut savoir que même lorsque les gens sont au plus bas, ils peuvent trouver cette force pour continuer à avancer. Mais c’est aussi notre manière d’aborder cette musique. Pour nous c’est très noir, très occulte, après, des touches d’espoir il y en a, c’est le cheminement de l’histoire. Comme c’est une trilogie, forcément les deux côtés seront abordés.

Donc nous serons obligés d’acheter les autres ?
Fred : C’est ça (rires) ! C’est une super méthode commerciale que nous avons mise au point !
Jérôme : sinon vous pouvez le télécharger illégalement aussi (rires) !

Passons à un aspect plus technique, Jérôme, tu as fait la basse et la guitare sur l’album, comment faites-vous sur scène !
Jérôme : Pareil, j’ai deux mains (rires) ! Non, nous avons un guitariste de session de l’époque où le line up précédent commençait à ne plus assurer les lives. Donc ce guitariste vient aux répètes, assure les concerts, mais nous ne pouvons pas l’intégrer totalement au groupe. Avec tout ce que nous avons vécu, le concept développé et l’équilibre trouvé, c’est impossible. Peut-être dans le futur, mais pour l’instant nous ne voulons pas ajouter une tête pensante.
Fred : En fait nous avons deux guitaristes, Romain Enard, un ami du groupe de longue date, il joue avec nous depuis deux ans notamment notre date au Motocultor Festival, et Matthieu Asselberghs, lui a enregistré les guitares sur l’album et participera à quelques dates avec nous. Mais il a deux autres groupes « Sangdragon » et « Nightmare », nous ne voulons pas le couper de ses groupes, qui restent ses priorités.

Vous ne réarrangez pas les morceaux pour le live…
Jérôme : Non, le batteur a son clic dans les oreilles et c’est parti, ça bombarde !
Fred : Je me permets tout de même quelques variations au chant, j’ai un peu plus de liberté par rapport aux autres. Ensuite, nous n’allons pas dénaturer les morceaux.

La scène marseillaise se porte comment ?
Fred : Bien, plutôt bien ! Souvent lorsqu’on pense à Marseille, il y a deux noms qui viennent, Eths et Dagoba, même si Eths c’est terminé, il y a plein de bons groupes qui se bougent le cul et bossent pour avancer. Malheureusement, il y a moins de salles qu’avant, comme un peu partout. Et c’est vite compliqué, tu te retrouves ou avec des grosses salles qui reçoivent les gros groupes, ou des toutes petites salles. Il y a très peu de salles intermédiaires. C’est dommage, nous sommes la deuxième ville de France et nous ne sommes pas très bien servis de ce point de vue. Pourtant il y a beaucoup de fans de Metal friands de concerts, C’est un peu frustrant.

Les réseaux sociaux ?
Fred : Nous sommes très présents dessus, c’est un très bon moyen de partager sa musique et les infos sur le groupe. Des journées promo, comme aujourd’hui, sont très importantes pour nous, nous partageons toutes les interviews, les chroniques, cela permet de garder un lien avec nos fans. Finie l’époque de l’envoi des lettres ! Même si j’aimais beaucoup recevoir mes lettres avec les flyers ! Je suis un peu nostalgique de cette époque où tu découvrais les groupes sur scène, maintenant tu vas sur Youtube et c’est réglé ! C’est une autre façon de consommer la musique, mais je ne dirais pas que c’est une mauvaise façon. C’est juste aux gens de consommer différemment sans télécharger, il y a une vraie éducation à faire. Je suis un gros consommateur, j’adore les objets, que ce soit les vinyles, les CD, même les films. Je ne veux pas d’un autoradio avec la clef USB, ça m’emmerde, je veux pouvoir mettre un CD. Je suis même resté très longtemps avec un lecteur K7 dans ma vieille Clio !

Vous avez un bon contact avec le public !
Fred : Nous ne sommes pas du genre à rester backstage après un concert, nous avons plutôt le truc de descendre pour échanger avec les gens, discuter musique avec nos fans, mais aussi avec les autres. C’est même avec eux qu’il est le plus intéressant de discuter. Pour la petite histoire, nos fans de la première heure connaissaient l’ancienne formation, disent aimer ce nouvel album, ce qui est plutôt bien ! Et les nouveaux auditeurs nous disent qu’ils ont eu envie d’écouter les anciens albums, mais préfèrent celui-ci aussi. Tout le monde se fédère sur cet album, c’est gratifiant pour nous, nous avons réussi à garder notre fan base sans les décevoir et en même temps attirer un nouveau public.

Une petite anecdote de scène ?
Fred : J’en ai bien une, mais je ne sais pas si je peux la raconter. Bon allez… Avant, nous étions deux chanteurs dans le groupe. Au moment du Wall Of Death, je me mettais du côté droit et l’autre chanteur du côté gauche. Nous haranguions le public chacun de notre côté. Juste après le départ du second chanteur, nous avions un concert, et je me retrouve tout seul à organiser le Wall Of Death. Donc je me mets à interpeller la partie droite de la scène en disant « Allez tous les mecs de droite ! », les autres m’ont regardé et m’ont dit « fais gaffe, cela pourrait être mal interprété ! » Moi je n’avais pas fait attention au côté politique de la chose, cela m’a fait mourir de rire !

Tu es passé pour un gros facho ?
Fred : (hilare !) Un petit peu, heureusement que je suis un peu bronzé !!! Sinon il y a aussi eu ce concert à Lille, il n’y avait personne dans la salle, pourtant il y avait plein de métalleux qui passaient, mais personne ne rentrait. Nous avons fini par comprendre qu’il y avait un festival à 800 mètres avec Napalm Death ! Et en plus la sono ne marchait pas. Ou la première fois au Japon, je ne savais pas qu’ils détestent être touchés. Moi j’étais chaud patate, et je descends dans le public pour aller pogoter ! Les mecs me sautaient dessus à la karateka, et moi j’étais persuadé qu’eux aussi voulaient pogoter. Heureusement, ils n’étaient pas trop balaises (rires) !

Je te laisse donc le petit mot de la fin…
Fred : Je vais commencer par remercier tous les gens qui nous suivent, en espérant que cela donne envie à d’autres de nous écouter et de s’intéresser à notre univers. Je vais en profiter pour te donner une petite exclu, nous serons en première partie de Decapitated avec Heart Attack en janvier sur leurs dates françaises. Ensuite nous partirons sur la route pour défendre cet album, avec probablement quelques festivals en été 2019.