AqME / La grosse interview !



Artiste : AqME

CD : « AqME »

Genre : Metal Alternatif

Ville d’origine : Paris

Label : At(h)ome

 

1- Ensemble

2- Tant d’Années
3- Refuser Le Silence
4- Enfant Du Ciel
5- Rien Ne Nous Arrêtera (feat.Reuno)
6- Si Loin
7- Tout Est Supplice
8- Un Damné
9- Meurs!
10- Une Promesse
11- Se Souvenir
12- M.E.S.S.


Membres :

Vincent Peignart-Mancini (Chant)
Charlotte Poiget (Basse)
Etienne Sarthou (Batterie)
Julien Hekking (Guitare)


Rien ne nous arrêtera


Tant d'années


Refuser le silence


« Les gens croient qu’on est sur la route avec de la coke et des putes dans le camion et que c’est la fête pendant six semaines et bien ils se mettent le doigt dans l’œil. »

Catherine Alberola rencontre Vincent Peignart-Mancini (Chant) et

Etienne Sarthou (Batterie) pour boosteleson.com


Photo Mathieu EZAN


Vince, tu as intégré le groupe il y a cinq ans après le départ de Thomas, le chanteur d’origine. Remplacer le frontman c’est très difficile ?
Etienne : oui c’est clair.
Vince : le chanteur, c’est l’identité du groupe.

On peut dire aujourd’hui que c’est acté, c’est toi le chanteur du groupe. Peut-on dire du dernier album que c’est votre premier « vrai » album ensemble ?
E : je trouve que le précédent était déjà très réussi. Même si on a réalisé quelque chose de plus fort avec ce nouveau disque, dans le précédent on réaffirmait toutes les bases de notre musique, aussi bien le passé que le présent, le futur. Tout était déjà dans l’album précédent, mais je trouve qu’on l’exploite encore mieux dans le nouveau.
V : on était déjà bien soudés et bien stables, mais je vois ce que tu veux dire quand tu demandes si maintenant le groupe n’est plus 3 + 1. Lors de  la composition, c’est vrai que j’avais un peu moins l’ombre de Thomas sur moi, les règles du passé sur lesquels tu te sens obligé de ne pas trop dévier. Là, on s’est plus laissés aller, Etienne m’a poussé à me lâcher et dans ce sens là, oui effectivement, il y a eu une avancée.

Parce qu’il y a un changement dans ta façon de chanter.
V : oui, mais c’est un ensemble de choses, pas seulement par rapport à la stabilité du groupe. Dans un premier temps, on a enregistré un peu dans l’urgence puisqu’au départ on voulait sortir l’album en avril et non pas en septembre, des trucs hyper spontanés en sont sortis. Ensuite, je sortais d’une série de concerts innombrables avec le bal des enragés, plein de choses ont fait que si ça avait été enregistré à un autre moment, avec peut-être plus de temps, ça n’aurait pas été similaire à ce résultat. Il y a eu beaucoup de magie dans cet album, difficile à palper car nous étions vraiment dedans. Après écoute et retour de tout le monde, on a eu l’impression qu’il y avait un truc de nouveau qui se passait. Ça fait partie de la magie du studio. C’est marrant parce d’habitude avec AqME, on part 5 semaines en studio, on reste entre nous, il y a une véritable cohésion de groupe alors que cette fois-ci on a enregistré de manière assez démembrée. Etienne a fait la réalisation de l’album et il était soit avec Julien, soit avec Charlotte, soit avec moi et finalement on n’était jamais vraiment ensemble. Une situation assez étrange pour AqME.
E : Pour autant, on sonne vraiment comme un groupe, même si ça s’est fait un peu de manière éclatée pour des raisons familiales, de travail, de contraintes de temps etc. On savait qu’il fallait avancer, je suis donc celui qui a essayé de tenir les emplois du temps de chacun et au final ça sonne comme un vrai groupe, c’est cool.
V : peut-être que ça rejoint un peu ta question, est-ce que maintenant plus qu’avant on est vraiment quatre, moi j’ai envie de te dire un grand oui, parce que même dispersés pour l’enregistrement, ça a sonné comme si on était ensemble en studio. Et ça c’était magique.

Au niveau de la composition ?
V : on a un process assez simple. Etienne compose 95 % des morceaux de A à Z ensuite Julien enregistre très vite et met sa patte avec ses pédales, ses sons et apporte un peu sa manière de jouer, Etienne compose ensuite la batterie qu’il a déjà en tête et le dernier c’est moi au chant. Je suis un peu lent, j’aime bien m’imprégner des morceaux, trouver les mots justes et c’est assez dur en français. Je vais donc au bout de ce que j’ai à faire et ensuite on brasse une dernière fois ensemble.

Vous vous réunissez bien forcément à un moment ? J’imagine que tout le monde n’est quand même pas d’accord sur tout.
E : globalement, on se connaît quand même tous très bien maintenant. En général, quand je propose un morceau, je sais à peu près si ça va plaire ou pas, mais tout peut arriver. Julien est souvent le plus dur à convaincre.

C’est étonnant d’ailleurs que ce soit le batteur qui compose, c’est rare.
E : c’est vrai que c’est assez rare, mais j’ai toujours activement participé à la composition des morceaux et puis je suis guitariste, enfin j’ai du mal à me dire guitariste, mais je joue de la guitare.

Ça veut dire qu’un jour tu pourrais renoncer à la batterie ?
E : Certainement pas dans AqME et même dans la plupart des projets dans lesquels je participe je suis batteur. Malgré tout dans un groupe comme Délivrance, je suis guitariste, donc finalement j’ai passé le cap d’être capable d’écrire des morceaux pour des albums complets. Ces dix dernières années ont été hyper libératrices pour moi à ce niveau là et je n’ai aucun complexe, aucune honte à proposer des morceaux acceptés ou pas. D’ailleurs je n’hésite pas à proposer beaucoup plus de titres et ensuite je reviens rarement sur ceux non gardés.

On peut parler de maturité ?
E : oui clairement. C’est un mot un peu galvaudé, parce qu’on l’utilise pour plein de trucs mais en tant que musicien je me sens globalement très accompli. Je n’ai aucune inhibition.

Sur le dernier album vous avez tenté de nouvelles choses dont des moments avec beaucoup de voix, pourquoi ?
V : avec Etienne, on a l’habitude d’enregistrer ensemble et là on s’était dit, on y va franco, on ne veut pas plus de trois prises. Du début à la fin du morceau, sans s’arrêter quitte à ce que parfois ça dérape donc parfois c’est un peu moins tonique, un peu moins bon, mais c’est sincère et ensuite on habille autour. On fait un peu de prod, on met des effets, d’autres voix et ça donne ce résultat.
E : la première prise c’est une prise de chauffe, la deuxième et la troisième sont supers donc après on choisit entre ces deux là. Parfois on peut faire un montage entre la deux et la trois sur certains passages, mais quand un chanteur chante du début à la fin, l’interprétation à la fin du morceau n’est pas exactement la même qu’au début, notamment pour le chant, tu es un peu plus fatigué. Vince chante souvent beaucoup et c’est vrai que quand il arrive à la fin du 3e ou 4e refrain il donne encore un peu plus et à ce moment la, il se passe quelque chose de vachement chouette. Ça ne se passe pas quand tu le fais partie par partie et que tu as le temps de reprendre ton souffle. Là, tous ces petits accidents donnent justement un peu de magie.
V : et tu sors un peu des fois de ce que tu avais prévu de faire, sans le faire exprès, tu es dans ton trip, tu changes un truc, on se regarde et on fait waow super !

Tu arrives à switcher du chant clair au chant hurlé en une fraction de seconde. Tu as pris des cours de chant ?
V : oui. Sans aucune prétention, ça fait maintenant 18 ans que je foule la scène, je vais avoir 33 ans l’année prochaine et j’ai commencé à 16 ans les concerts. En 18 ans, il se passe beaucoup de choses, j’ai donc croisé des profs de chant. Aujourd’hui, j’ai un prof de chant vraiment top, David Ferrand spécialiste dans le hurlement, le placement de voix et je travaille avec lui depuis 2014, juste avant de rentrer en studio pour « Dévisager Dieu ». Il m’aide à évoluer, mais surtout à me recentrer sur les bonnes choses. Quand tu fais beaucoup de répètes, beaucoup de concerts, tu as tendance à prendre de mauvaises habitudes, il est donc devenu mon coach sportif. Un chanteur, un guitariste, un batteur c’est un peu comme des sportifs, quand tu joues très souvent.
E : Vincent a toujours très bien chanté, ce n’est pas son prof qui lui a permis de bien chanter. Pour certain un prof de chant peut changer la vie, en ce qui concerne Vincent ça lui a permis de mieux récupérer, de mieux se préparer pour les concerts et une meilleure connaissance de son corps. Mais sa capacité à crier, à chanter et à passer de l’un à l’autre, c’est une chose qu’il a en lui depuis toujours.
V : et surtout tu n’es pas obligé, soit de chanter, soit de crier, le but étant de rester entre les deux sans te faire mal et ça c’est le plus dur.
E : c’est justement là, qu’on voulait se situer avec ce disque. Dans le précédent c’était soit crier, soit chanter et il y a toute cette zone du milieu qui est la plus intéressante, la plus fragile et qui exprime la plus large palette d’émotions. Et quand on a composé l’album, on s’est dit assez vite que c’était cette zone là qu’on voulait étudier.
V : et encore plus en studio. D’ailleurs il y a des chansons sur l’album qui sont chantées et qui à la base devaient être criées. J’ai chanté et ils ont trouvé ça mortel. Notamment « Tout est supplice » devait à la base être criée de a à z et au final n’est quasiment que chantée.

Et pourquoi es tu arrivé en disant je vais chanter plutôt que crier ?
V : c’était la facilité le cri. Etienne disait « tout le monde crie, tout le monde sait crier » et quelque part il a raison, c’est trop facile de crier.
C’est plus dur d’aller chercher le truc qui va faire un peu la transition de l’oreille au cœur, qui va donner des frissons. Crier ça ne donne pas forcement de frissons.
E : c’est indispensable parfois, mais tu t’aperçois qu’un morceau peut-être tout aussi puissant en le chantant. En hurlant le sentiment est clair : colère et peut-être un peu de désespoir. Quand tu chantes, tu peux exprimer de la rage, de la colère, de la tristesse, de la joie ... C’est beaucoup moins restrictif. On continuera toujours de crier, mais ça a tiré certains morceaux vers le haut, ça leur a donné encore plus de puissance au lieu de leur en enlever. De plus cette interprétation des textes de l’album exprime des sentiments plus larges que dans l’album précédent. Vincent est allé puiser un peu plus au fond de lui-même.
V : je suis plus vieux là (rires)
E : oui, un peu plus de réflexion !

Mais c’est peut-être la maturité. Tu vas être papa pour la première fois je crois.
V : oui ! ça fait grandir.
E : attends il n’en est pas encore là !
V : oui, mais même avant.
E : oui, mais il y a quand même un avant et un après, en tout cas pour moi
V : ouais, mais j’imagine, toi t’as eu des jumeaux (rires) il y a un avant et 2000 points de vie en moins chaque jour (rires). C’est vrai ça me transforme, fait prendre conscience de plein de choses, mais quand on a fait l’album, on ne le savait pas encore.

Alors qu’est ce qui est à l’origine du changement au niveau des textes ?
V : une grande discussion entre Etienne et moi, j’avais commencé à écrire l’album et Etienne a trouvé mes textes très négatifs par rapport à l’album précédent.
E : en fait les premiers textes qu’il avait écrits ne me touchaient pas. Et je lui ai dit très clairement, je te connais et ça ne me touche pas, je ne vois donc pas comment ça peut toucher ceux qui ne te connaissent pas personnellement et je crois que ça l’a marqué.
V : après, comme j’étais dans un mood un peu plus négatif, moins tête brûlée et moins revendicatif, Etienne m’a demandé pourquoi je ne parlais jamais de moi. Et c’est vrai, je n’aime pas parler de moi, ça me gonfle, je ne veux pas faire de mon cas un exemple. Cet album m’a aidé à aller de l’avant et pour une fois je peux parler de thérapie.

Ça m’étonne parce que tu donnes toujours l’impression d’être quelqu’un d’extrêmement positif, sur scène.
V : je le suis, mais dans les textes, je n’arrivais pas à le mettre en application.

Vous avez mis combien de temps pour composer cet album ?
E : ça a pris une bonne année et demi d’écriture. Mais moi je ne m’arrête jamais, je compose tout le temps. Je n‘aime pas m’arrêter. Quand tu t’arrêtes c’est plus dur d’être créatif. Ça reste une vraie mécanique de créer.
V : J’ai besoin d’entendre le morceau pour composer et de sentir l’atmosphère pour coller au mieux, j’ai déjà essayé de composer sans la musique mais je suis nul en général.

C’est toi qui composes pour the Butcher’s rodeo aussi ?
V : Absolument. J’ai eu un seul challenge dans ma vie, ça a été de défendre l’album « Epithète, Dominion, Epitaphe », d’AqME enregistré en studio par un autre chanteur.
E : sauf, si tu tombes un jour sur un texte qui te plait.
V : oui, si je tombe un jour sur un mec avec qui je suis en phase. Rien n’est verrouillé, on ne sait jamais.
E : c’est comme Indochine qui s’est fait écrire un titre par Mickey 3D, ça a cartonné, 15 ans après, ils ressortent à nouveau un titre ensemble et ça reste du Indochine.

Sur cet album, la guitare laisse une place très importante à la mélodie et ponctue le chant à la perfection. Y a t il eu un changement avec la guitare comme pour le chant ?
E : la guitare, c’est la base de tous les instruments. Guitare/chant on sait que ça suffit, batterie/chant ça ne suffit pas. On a bien bossé sur la guitare et on ne s’est donné aucune limite. Tant qu’on voulait tester des arrangements, on en rajoutait. Ça a donné une dimension vraiment supplémentaire à l’album, un peu moins minimaliste que le précédent et des gens nous ont dit que sur le refrain de « Rien ne nous arrêtera » le synthé était génial. C’est pas du tout un synthé, c’est une guitare ! C’est vrai que sur les effets, on s’est amusés avec les textures comme on ne l’avait jamais fait auparavant.
V : justement je pense à « Refuser le silence », où le gimmick guitare sur le refrain a transformé le morceau.
E : on ne l’a pas mis hyper fort, mais si on l’enlève on aurait vachement moins l’impression d’un refrain. Il y a des détails forts et des moins forts, aussi parce qu’on ne voulait pas que ça prenne le pas sur l’idée de base du morceau, mais c’est vrai que ça rend le tout assez riche. Au fur et à  mesure des écoutes, je pense que les gens vont découvrir différents éléments.
V : il y a le live et le studio. En live, tu peux faire passer l’émotion de plein de manières différentes, avec la musique principalement, mais aussi avec l’énergie visuelle, comment tu vas alpaguer les gens.  Avec juste un cd, tu dis voilà, je suis ça, mais attention, il n’y a pas tout ce qu’on peut y mettre en live.
E : c’est comme pour le chant. Il y a plein d’arrangements, mais ça n’enlève jamais la prise d’origine qui est toujours là pour véhiculer le bon sentiment sur chaque morceau et sur scène, même sans les 8 pistes de chant en plus, tu auras quand même le titre impeccable et comme tu as envie de l’entendre.

Vous avez hâte de défendre cet album sur scène ?
V : On a pris le pas de faire des morceaux qui n’étaient pas forcément taillés pour la scène et au final on s’est fait surprendre par leur efficacité et leur magie.
E : Il y a plusieurs manières d’aimer un concert. Moi quand je vais à un concert que j’adore, je ne suis pas dans un circle pit, j’ai 38 ans, je ne suis pas en train de jumper dans la foule, pourtant je kiffe le concert et à la fin ça ne m’empêche pas d’applaudir et de crier. On a réellement envie de proposer un voyage aux gens et pour le coup on a taillé nos concerts un peu sur le même modèle de notre dernier album. Avec des montées, des descentes, des passages plus ambiants, d’autres plus énervés, des envolées pour un voyage de presque une heure et demie.
V : c’est marrant parce qu’à la fin du concert, on se dit qu’on a bien joué, mais on ne sait pas si le public a aimé ou pas. On se rend toujours disponible en allant discuter avec tout le monde à la fin, c’est hyper important pour nous.

De toutes façons la set list ne comporte pas que des titres du dernier album. Comment vous l’avez pensée ?
E : ça n’a pas été simple, je me suis creusé la tête pendant plusieurs jours. Je me fais une liste des titres qu’on peut jouer, je vais en éliminer plein, je fais attention à ce que deux morceaux qui se ressemblent un peu trop ne soient pas collés. Lorsque j’ai enfin trouvé je leur propose et on teste en répète. Les concerts pour l’album précédent étaient un peu plus resserrés en terme de timing, plus énergiques du début  à la fin et là comme il y a des montées et des descentes faut penser différemment. C’est comme si on faisait un disque à nouveau.

Tu dirais que c’est la première fois ?
E : non ça nous est déjà arrivé, ça dépendait des périodes.
V : avec le changement qu’il y a eu il y a 5 ans, ça demande du temps pour que les musiciens respirent vraiment ensemble. On a eu besoin de passer par des concerts efficaces, simples, pragmatiques.

Il faut du temps ? Tu l’as senti toi ?
V : oui clairement, mais il y a beaucoup de choses qui jouent, que ce soit le temps qu’on passe ensemble ou notre différence d’âge. Je suis le plus jeune, Etienne le plus vieux, et on est dans la tranche d’âge où les choses se font de manière plus sûre et changent moins vite. Maintenant, on est passés par toutes les émotions, on s’est engueulés, on s’est détestés, on s’aime toujours, en cinq ans on a fait un peu le tour de nos émotions et on sait ce que l’autre vaut, comment on peut compter sur lui et comment on peut avancer avec ça.

C’est arrivé que tu envisages de renoncer ?
V : oui bien sûr. Mais pas que pour AqME. En général la musique c’est assez compliqué. Les gens croient qu’on est sur la route avec de la coke et des putes dans le camion et que c’est la fête pendant six semaines et bien ils se mettent le doigt dans l’œil. Comme je dis à tout les gens que je rencontre on vient de se faire six heures de route, ce n’est pas le plus sympa, on bouffe de la merde, on attend, on fait les balances et notre seul plaisir véritable c’est l’heure et demi sur scène, le reste c’est anecdotique.
E : c’est du temps perdu même ! (rires)

Et ça ne met pas un peu la pression pour la suite ?
V : on avait déjà proclamé « Dévisager dieu » le meilleur disque du groupe (rires).
E : pour moi la différence n’est pas la qualité des compos, là je trouve qu’on véhicule vraiment des émotions plus justes, plus subtiles, plus complexes et je considère que cet album nous représente vraiment aujourd’hui. On l’avait effleuré avec « Dévisager Dieu » et là, on l’aboutit vraiment.
V : moi, je n’ai même pas envie de savoir à quoi va ressembler notre prochain album, si on en fait un.

D’autant que tu auras été papa entre temps et comme c’est toi qui composes…
V : je parlerai que de mon gosse (rires). Il fait que pleurer (rires)
E : c’est la première fois que je n’écris aucun morceau après un album.
V : d’habitude on s’y remet assez vite.
E : là aucun.
V : On a peut-être décidé de prendre plus le temps de vivre et de moins se focaliser sur ce qu’on doit être et ce qu’on doit faire pour que ça marche.
E : Je te rassure, j’écris plein de morceaux pour mes autres projets, mais pas pour AqME en ce moment.

De toutes façons on va déjà laisser ceux du nouvel album vivre.
E : exactement.

Il y a un invité sur l’album. Reuno de Lofofora. Pourquoi lui, pourquoi sur ce titre là ?
V : pour deux raisons. Déjà parce que ça a été ma rencontre du « Bal des enragés », c’est un mec que j’admire depuis très longtemps, par son charisme, par ce qu’il arrive à mettre dans la musique. Quand on a composé l’album, il y a un morceau « Rien ne nous arrêtera » que je n’arrivais pas à faire à la voix. Quand je m’y suis mis, j’ai écrit les paroles et j’ai entendu la voix de Reuno dans ma tête. Je suis arrivé en répète j’ai demandé à Etienne et Julien si ont pouvait faire un featuring sur l’album et Etienne a été très emballé quand je lui ait dit que c’était Reuno de Lofo que je voulais inviter.
Finalement je l’ai appelé en lui disant que sans lui je ne pouvais pas faire ce morceau et il a été tout de suite emballé. Je lui ai envoyé le morceau, le soir même il a validé, on s’est vus une fois en studio, on a parlé autour du morceau, il devait écrire le pont et il a réécrit  son couplet, puis il est venu en studio et ça a été super.
E : d’abord AqME a toujours été proche de Lofo, on a fait énormément de concerts ensemble, ils ont grandement contribué à nous mettre en avant sur scène quand on jouait avec eux en première partie. On savait que ça ne pouvait que marcher.

On a l’impression que la scène française se porte bien ou en tout cas est très active avec des groupes comme Tagada Jones, Mass Hysteria, Dagoba, No one is innocent, Lofofora … ce n’est pas un peu frustrant de voir que ce n’est pas médiatisé. On a l’impression que cette scène n’existe pas pour les « grands » médias.
V : complètement.
E : je suis partiellement d’accord sur le fait qu’elle se porte bien. Je pense qu’il y a une poignée de groupes qui se portent bien, mais on existe tous depuis plus de 20 ans. Quand on a 8 albums et qu’on a fait des centaines de concerts, on est des vieux. Nous, notre génération, quand on a démarré, on était là pour foutre un coup de pied aux vieux et leur dire place aux jeunes et là pour le coup j’attends un peu la nouvelle génération qui devrait arriver et nous mettre un coup de pied au cul et nous dire « bon les vieux maintenant c’est à nous ! » Et pour l’instant les groupes ont plutôt tendance à disparaître, on est les derniers de la vague neo metal des années 2000.
E : les grands groupes concentrent tellement l’attention aujourd’hui qu’on a l’impression qu’il n’y a plus de place pour des petits. Dans les années 90, tous les six mois il y avait un nouveau groupe qui bousculait tout. Nirvana qui arrive d’un seul coup avec trois accords et des jeans à trous et change le monde de la musique, quelques mois après tu as Rage Against the Machine, ensuite Pantera qui fait entrer le metal dans l’ère moderne, et puis Korn arrive et transforme tout le metal. Aujourd’hui on a l’impression qu’effectivement il y a des gros groupes qui sont devenus des espèces de grosses marques repère auxquelles tu te rattrapes, c’est ton équipe de foot préférée, tu la lâches pas, sauf que dans une équipe de foot faut des nouveaux joueurs.

Tu l’expliques comment ça ?
E : Je pense qu’on a besoin d’être rassurés et l’événement prend le pas sur l’artistique. Aujourd’hui les gens veulent être présents à un festival quel que soit le groupe qui joue.

Comme le Hellfest qui est sold-out sans avoir annoncé un groupe.
E : Ça pour moi c’est incompréhensible. Moi je ne peux pas acheter un billet si je ne suis pas intéressé par les groupes qui jouent et je suis fan de musique. Les festivals sont de plus en plus gros, mais il n’y a pas pour autant de nouveaux groupes. Je pense que ces gros événements monopolisent toute l’attention et qu’internet a changé complètement le mode de consommation de la musique. Les modes c’était quelque chose de très intéressant un mouvement ringardisait le précédent et tout ça créait une émulation, alors qu’aujourd’hui il vaut mieux rentrer dans une case où t’es clairement identifié pour pouvoir toucher tel ou tel réseau et aujourd’hui les choses ne se mélangent plus.

Pendant les concerts, Vince tu vas très souvent au contact des gens. Ça ne t’est jamais arrivé d’être repoussé ?
V : non pas repoussé. Mais j’ai plein d’anecdotes là-dessus. J’ai deux manières d’être repoussé, la première c’est d’être repris dans un pogo et puis ça finit mal, c’était en Belgique, une espèce de mec de 120 kilos qui m’a littéralement défoncé la gueule par terre, il a pas fait exprès hein ! Il m’a relevé après. Une autre fois en Belgique aussi, on était dans les coulisses d’un festival et l’on se faisait traiter de sale groupe parisien, je suis monté sur scène un peu en colère et on a joué un ou deux morceaux avec les Butchers et je suis descendu dans la fosse, je me suis énervé et je leur ai dit : «  si t’es pas content d’être là tu te casses, tu laisses les gens kiffer la musique ou sinon tu souris et tu participes parce que franchement venir ici juste pour faire la gueule, on n’a pas besoin de toi ». Et bien il y en a 3/4 qui se sont barrés, on s’est rapprochés et ça a été une ambiance de fou. Je me casse pas les couilles à faire 600 bornes, à attendre, ma femme est jolie, elle est bien au chaud chez moi, ma maison est cool, avec mes potes on peut boire des bières, on va pas se prendre la tête à venir voir des gens qui nous cassent les couilles.

Etienne, quand tu vois, depuis ta batterie, Vince aller au contact du public comme ça tu en penses quoi ?
E : je n’ai pas le même regard. Moi je ne suis pas en face donc déjà je ne vis pas le truc de la même manière, je ne passe pas mon concert à l’écouter, j’ai aussi ma mission à accomplir. Je trouve ça super parce que ça a changé la tonalité de nos concerts. Avec Vincent, notre scène devient un vrai moment de partage.
V : ouais je fais mon one man show. Je fais des blagues.
E : ça peut se transformer effectivement en one man show
V : ça fait rire tout le monde, plus tu rigoles et plus je vais raconter de conneries.
E : La blague c’est la politesse du désespoir.
V : c’est mon issue de secours.
E : mais moi je ne veux pas entendre que des blagues.
V : c’est aussi en cela qu’on a grandi ensemble. AqME m’a fait grandir. Moi j’ai toujours fait des concerts hyper vénères, avec des larsens, tu jettes des bouteilles d’eau, tu craches sur les gens, tu vas les chercher. AqME c’est plus gentil, il faut arriver à exprimer autre chose par l’attitude.

Qui est venu te chercher pour chanter dans Aqme ?
V : c’est Charlotte qui m’a envoyé un texto. A l’époque je traînais pas mal avec Charlotte, c’est d’ailleurs la seule période de notre vie où on a traîné ensemble. Début janvier 2012 je reçois un texto de Charlotte qui me propose d’aller boire un coup avec Julien et Etienne. Je lui réponds que je veux bien boire un coup avec elle mais pourquoi avec eux, je ne les connaissais pas à part Julien un peu mais Etienne pas du tout. Je lui demande une fois, deux fois, trois fois pourquoi et elle me réponds putain mais t’es con en fait. Là je commence à comprendre et je lui demande si Thomas est parti, elle me répond que oui, on a commencé à discuter et ensuite on s’est vus à un concert de Butchers où y avait deux personnes
E : 4 avec Julien et moi
V : c’était sur une péniche avec un groupe anglais
E : c’était horrible mais il avait bien chanté
V : Etienne m’a envoyé une liste de morceaux qu’il m’a demandé d’apprendre, on a fait une répète et ils m’ont dit bienvenue dans AqME.
E : au départ on ne savait pas ce qu’on allait faire, on avait juste besoin de quelqu’un pour défendre notre album. Quand Thomas nous a claqué la porte au nez on s’est dit que si on avait pu s’en parler avant on se serait peut-être arrêtés là. Thomas nous a fermé la porte et j’ai dit aux autres que l’on allait trouver un chanteur et défendre cet album. Ils ont pensé tout de suite à Vincent.

Vous savez si Thomas suit l’actualité de AqME ?
E : il écoute sans aucun doute. Comme notre ancien guitariste, ils gardent tous un attachement sentimental très fort. On était une vraie famille et maintenant c’est comme après un divorce, on garde quand même des liens. Ben comme Thomas écoute nos disques et ils doivent garder un œil bienveillant sur ce qu’on fait aujourd’hui.

L’espoir se trouve où pour vous ? Si y en a un.
E : tu parles pour nous ou pour le monde ? Nous notre espoir c’est simplement de continuer à faire quelque chose qu’on aime, de s’épanouir dedans, tant qu’on a ça on est heureux.
V : l’espoir que ça n’engendre pas trop de difficultés parce que c’est ça qui peut nous faire un peu vaciller par moments
E : il faut que le ratio difficulté/plaisir soit en faveur quand même du plaisir
V : l’espoir de pouvoir toujours être écouté, de pouvoir faire de la scène et que ce ne soit pas toujours en relation avec la productivité. Juste qu’on nous donne le droit, sans être le groupe le plus gros de la terre, de pouvoir juste vivre et faire ce qu’on aime et partager.
E : Pour moi faut que ça ait du sens. Contrairement à beaucoup de groupes, on n’est pas une entreprise qu’on doit faire durer comme ça pour le principe. Je ne pourrais pas être fier d’un album de merde même s’il fonctionne très bien.

Concernant le label, At’home, c’est celui là et pas un autre ?
E : on s’entend très bien et puis ils nous laissent une totale liberté et quoiqu’on fasse ils nous accompagnent. Ça leur arrive souvent de ne pas être en accord avec nous, mais ils nous connaissent et on ne fait pas exploser les budgets. Sur les deux derniers albums ils n’ont pas écouté la moitié des titres avant de nous balancer en prod, ils nous font confiance. Ils savent que l’on bosse pour AqME comme si nos vies en dépendaient.

C’est le cas ?
E : Ah oui. Moi ma vie c’est AqME depuis 20 ans. Mon engagement est quasiment permanent et effectivement quand je leur présente un truc, ils m’envoient rarement bouler. On leur a dit rapidement que l’on voulait faire plusieurs clips, on en a déjà réalisé deux, il va y en avoir un troisième, c’est un budget conséquent et bien ils nous soutiennent financièrement. On peut difficilement demander plus.

Le 3e clip on peut savoir sur quel titre ?
E : justement ce n’est pas encore tranché, on est encore en train d’en discuter, en tout cas ce sera un des morceaux mélodiques. La rencontre entre une œuvre d’art et un public c’est beaucoup de hasard, il y a des gens qui savent toujours générer ce genre de choses et des artistes qui n’ont jamais eu de succès de leur vivant. Il y a beaucoup de hasard, une part de mystère qu’on ne pourra pas toujours rationnaliser. Ça c’est l’art.
V : On fait ce qu’on aime, on assume ce qu’on fait et après on voit.

Merci !