Asylum Pyre, l'interview !


"J'ai pris mes premiers cours de guitare l'année dernière !"

Il y a des interviews qui, on ne sait pas pourquoi, se passent mieux que d’autres. Question de feeling, de connexion ? La rencontre avec Johann “JAE” Cadot au Black Dog de Paris fait partie de celles-ci. Guitariste, chanteur, compositeur du groupe Asylum Pyre depuis sa création, l’homme n’est pas avare de paroles et transmet sa passion et ses idées avec respect et humilité. Micro !

Par Christophe Favière



Asylum Pyre

Genre : Modern Power Metal

Ville d’origine : Paris

Album : N°4

Sortie : 26 avril 2019

Label : M & O Music

 

Tracklist :

1 - Lullaby for the clairvoyants

2- One Day (Silence - part 2 : Day Dreaming)

3 - Sex, Drugs And Scars

4 - Lady Ivy

5 - On First Earth

6 - (D)ea(r)th

7 - Into The Wild

8 - MCQ Drama

9 - Borderline

10 - The Right To Pain

11 - The Broken Frame

12 - The Cemetery Road

 

Membres :

Ombeline "OXY" Duprat : chant

Johann "JAE" Cadot : guitares, chant, claviers

Pierre-Emmanuel "WIK" Pélisson : Guitares

Fabien "HED" Mira : Basse

Thomas "KAS" Calegari : batterie

Tu nous présentes le groupe ?

Johann : Oui, nous avons sorti notre premier album en 2009, puis le deuxième en 2012 et enfin le troisième en 2015. Depuis, nous étions un peu en pause suite au départ de la chanteuse.

 

Comment définis-tu ta musique ?

Johann : Pour faire simple, je nous présente comme un groupe de Modern Power Metal. J’ai des racines très traditionnelles de Power Metal comme Helloween, Gama Ray, Blind Guardian, des choses très épiques et mélodiques. Dans Asylum, j’avais envie de le faire à une sauce un peu plus contemporaine en y ajoutant des claviers plus modernes, des éléments qui n’ont rien à foutre là, de l’ethnique, du tribal, des boucles, des choses plus électro pour en faire une version différente tout en gardant l’esprit chaleureux et mélodique de cette scène.

 

Comme sur « Into The Wild » ?

Johann : Oui, les chants Bulgares. Même s’il n’y a pas de vraies paroles, nous nous sommes inspirés des techniques de chants des voix Bulgares.

 

Sur le titre « One Day » la chanteuse part presque dans du Rap, cela fait penser aux groupes de Fusion des années 90 comme Fishbone, Living Color…

Johann : Honnêtement, je connais les noms, mais j’ai très peu écouté. J’ai beaucoup de respect pour cette scène très créative. Mais ce qui prime pour moi, dans la musique que j’écoute, c’est le refrain accrocheur.

 

Le phrasé ?

Johann : Oui, la mélodie. Si je ne retrouve pas une mélodie qui me donne envie de chanter, ça me bloque.

 

On vous catalogue assez souvent dans le Metal Lyric…

Johann : Je ne suis pas spécialement en accord avec ça. Cette étiquette nous colle à la peau depuis le premier album où il y avait effectivement un petit côté Lyric dans notre musique. Certains sont restés bloqués à ça, et d’autres ne vont pas chercher plus loin.  Du Metal un peu mélodique avec une chanteuse, c’est forcément du Lyric. Ce qui nous distingue, je pense que c’est l’envie de nous amuser avec les voix. J’ai du mal avec les groupes qui font un copier/coller de choses déjà faites, ou se cantonnent à un style. Nous n’avons pas inventé un style ou réinventé la musique, par contre il me semble que nous avons une certaine identité, que se soit dans la structure des mélodies, dans les ambiances, dans la voix… C’est Asylum.

 

Et d’où cela vient-il !

Johann : Peut-être ce côté Fusion ! Je n’avais jamais utilisé ce terme là, mais quelque part tu as raison, il y a une fusion de différents styles, et nous n’allons pas nous refuser de mettre une partie tribale ou un clavier Techno. Nous referons ce genre de choses dans le futur. C’est ce qui nous amuse. Le batteur a joué avec plein de groupes différents, des groupes de Rap, Kassav, il a un projet avec David Jacob de Trust, il a ce côté groove, tout comme Ombeline, elle apprécie les choses chaloupées.

 

C’est toi qui composes ?

Johann : Depuis deux albums, oui, j’amène la base du morceau, mais rien n’est fermé, chacun peut ajouter ses idées, ses envies. Il nous arrive même de jouer des morceaux composés par un des autres membres du groupe. J’ai commencé la musique avec ce groupe, je viens de nul part. C’est parti d’un bœuf avec deux potes, puis nous avons monté le groupe. C’est devenu mon projet puisque je suis le seul membre original, mais je ne veux pas que cela ne soit que mon groupe. Cela me tient à cœur. Je n’ai aucune formation musicale, j’ai commencé à 20 ans et j’ai pris mes premiers cours de guitare l’année dernière. C’est pour ça qu’il y a aussi un côté « naïf » dans mes compos, je vais chercher à droite, à gauche, et puis on enrichit avec les membres du groupe. C’est peut être ce qui fait l’identité d’Asylum Pire aujourd’hui.

 

Justement, c’est quoi tes influences à droite, à gauche ?

Johann : Elles sont hyper variables, j’ai une base très Heavy, mais j’aime aussi des choses dans le Progressif, dans l’Ambiant comme Anathema, Savatage, dans la Pop j’aime beaucoup Sia, elle a beaucoup de titres accrocheurs. Même Lady Gaga, je ne suis pas ultra fan, mais il y a de bonnes idées d’arrangements, de sons de claviers, de mélodies.

 

C’est la mélodie que tu recherches ?

Johann : C’est ça qui me fait kiffer dans la musique actuellement, la mélodie. Je n’ai pas assez de temps aujourd’hui pour faire la musique qui me plairait, plus fouillée, à la Tool, même si je n’ai pas leur talent ! Malheureusement, j’ai un boulot à côté, le temps me manque, donc je fait le truc qui me plait tout de suite.

 

On sent tout de même un vrai de travail d’orchestration dans l’album ?

Johann : Merci, ça fait plaisir ! Jusqu’alors, nous avions toujours eu un claviériste, mais pour cet album je me suis lancé avec une base de donnée. C’est uniquement de la programmation. J’ai cherché, beaucoup de bidouille, mais je suis assez satisfait du résultat, surtout si les gens s’en rendent compte.

 

Tu es l’homme à tout faire du groupe ?

Johann : Je cherche. Oxy, la chanteuse m’a qualifié d’artisan, je fignole les petits détails et j’aime bien le terme. Je fais ce que je peux avec mes moyens, j’apprends, j’observe les autres faire et j’expérimente. Mais pour en revenir à ta question initiale sur la mélodie, pour moi c’est le point de départ de mes compositions, dans Asylum comme dans mes autres projets. Il me faut d’abord un bon refrain, du moins qui me plaise, à partir de là, on peut construire autour. J’enregistre toutes les idées qui me viennent, et ensuite je vais piocher dedans. Mais sans refrain accrocheur, c’est mort.

 

Tu penses déjà au live lorsque tu composes ?

Johann : C’est un ensemble, mais oui, il faut que les gens puissent chanter le refrain en chœur, avoir ce côté chaleureux de partage. C’est tout de même génial lorsque tu as un bon refrain que la salle reprend à l’unisson. C’est ma vision du live, du partage de ma musique.

 

Concrètement, comment vous travaillez ?

Johann : Nous avons deux modes de fonctionnement. Soit je travaille avec un seul musicien sur la base de mes idées, soit nous répétons tous ensemble et on laisse tourner le morceau pour voir ce qu’il en ressort. On le joue tel qu’il est prévu à la base, puis on recherche le bon riff, le bon groove de batterie, tout ça en fonction de la personnalité des musiciens. Par exemple, le titre « Dust » n’avait pas du tout cette tête là à la base, il était beaucoup plus crade. Et puis sur le pont assez traditionnel avec de la double pédale Holdschool, le batteur a proposé un truc complètement barré. Nous avons trouvé ça cool, mais le problème c’est qu’il fallait modifier tout le reste ! Du coup le morceau a complètement changé sur une idée de batterie. Mais c’est assumé.

 

C’est peut-être ça le côté progressif au final ?

Johann : Oui probablement, mais j’insiste, même si un morceau part en couilles, c’est totalement assumé, comme sur le titre MCQ Drama, ça commence avec des claviers presque psyché années 70, ça enchaîne sur une grosse rythmique un peu Gent, un passage très soft, au milieu il y a une sorte de Haka très tribal, un solo hyper mélodique et un autre plus torturé, cette chanson parle de la difficulté de faire des choix, donc nous n’en avons pas fait (rires) ! Donc oui, il y a un aspect progressif, mais sur 4 minutes (rires) ! Maintenant il y a des morceaux de 15 minutes que je trouve magnifiques, ce qui me gène c’est lorsque cela ne sert à rien et qu’on se fait chier à cause d’une solo de 3 heures au milieu (rires) !

 

Je trouve le dernier titre « The Cemetery Road » beaucoup plus accrocheur que les autres, c’est une belle conclusion à l’album, l’ordre des titres est étudié aussi ?

Johann : Déjà merci pour le compliment ! Ensuite pour ne rien te cacher, je pense que c’est avec ce titre que nous allons conclure les concerts dorénavant. Je pense que le côté montée progressive fonctionne bien et donne cet attrait au morceau. Pourtant ce n’est pas un titre très positif, puisque qu’il parle de la surconsommation. En gros le refrain dit qu’on va tous mourir !

 

Dans la structure du titre il y a un côté « Boléro » de Ravel, ça monte, ça monte, puis ça explose…

Johann : Ça fait plaisir ! Il est vrai que c’est une structure que j’affectionne particulièrement, je pense que je vais composer d’autres morceaux sur ce principe.

 

Revenons au groupe, parle nous de la formation actuelle…

Johann : Le batteur est là depuis 2016, le bassiste aussi, mais nous avons dû nous en séparer pour des problèmes d’indisponibilité, il a réussi à retrouver du temps libre et est revenu en tant que guitariste ! J’ignorais qu’il savait jouer de la guitare, et au final je trouve fantastique ! Il a un groove super et un touché magnifique. Le bassiste est arrivé l’été dernier, donc la formation actuelle n’existe que depuis janvier avec l’arrivée de la chanteuse. Cela fonctionne bien, je n’avais pas ressenti une telle cohésion depuis longtemps. Ce sont des musiciens hors paire, et en même temps ils sont humainement super cool. Chacun, avec les moyens et le temps dont il dispose, s’implique et amène des choses au groupe, cela se ressent dans l’esprit, et donc cela devrait ressortir en concert.

 

Le fait de venir de milieux musicaux différents renforce cette cohésion ?

Johann : Je pense, oui ! Nous nous retrouvons autour d’un projet commun, et chacun veut prouver qu’il est capable de s’investir même si ce n’est pas la musique qu’il écoute. Et puis humainement, nous pouvons avoir des discutions sur tous les sujets.

 

C’est toi qui écris les textes, d’où te vient l’inspiration ?

Johann : Les textes tournent autour de ce qui m’importe dans la vie, la sauvegarde de la planète, la nature. Ça me fait chier que l’on gâche  toutes ces richesses pour des conneries. Je ne veux pas faire le moralisateur, il m’arrive de faire des erreurs, mais j’essaye d’être raccord avec mes convictions. Par exemple, nous allons compenser l’album via un don à une association, dans mes déplacements j’essaye de choisir le mode de transport le moins polluant comme une voiture hybride, même dans mon boulot, j’essaye de répandre des idées sur le respect environnemental, sociétal aussi, donc Asylum parle de ça, et puis les souffrances de l’âme. Mon inspiration vient de tout ce que j’observe au quotidien, mais aussi des échanges avec les gens que je rencontre. Parfois, certaines discutions abordées sous un angle différent peuvent devenir intéressantes.

 

Tu n’as pas l’impression que parfois, les choses dites écolos sont un peu illusoires, justement, prends les voitures hybrides, on ne sait toujours pas comment recycler les batteries ?

Johann : Oui, ce n’est pas la solution ultime, mais c’est la moins pire. Je suis ingénieur et j’étudie beaucoup cet aspect là. Le sous-titre de l’album est « The Mandatory Awakening », « Le Réveil Obligatoire », il faut que l’on commence à se l’appliquer dans la vie de tous les jours, ne plus acheter certains produits, consommer moins de viande, moins de déplacements et privilégier les transports en communs… J’ai fais un choix qui fait bondir certaines personnes, celui de ne pas avoir d’enfants. Ma vision du futur a guidée ce choix. J’aurais voulu pourtant, mais j’ai peu de fois en l’avenir, quel serait leur futur ? C’est peut-être une connerie, mais j’essaye de faire ce qui me paraît le plus rationnel. Notre mode de vie n’est pas sain. Nous ne pourrons pas régler les problèmes écologiques tant que nous n’aurons pas réglé les problèmes sociaux. Je n’ai pas de solution, mais j’essaye dans mes albums de promouvoir les bonnes actions.

 

Donc malgré tout tu restes positif ?

Johann : C’est bien beau de dire il n’y a rien a faire, on va tous crever. Il faut rester positif, on peu mettre certaines choses en avant sur la façon de se comporter. Ce n’est pas facile, mais il y a des raisons de rester positif. Certaines choses mérites de se battre et de garder l’espoir. Certaines personnes se bougent le cul et des choses se passent, il faut le mettre en avant. Pour ma part, j’ai complètement arrêté certains produits à cause du surplus de packaging. Il y a aussi la pollution numérique sur laquelle je travaille beaucoup dans ma boite, il faut savoir que l’envoie d’un mail avec une pièce jointe de 5 à 10 mégas équivaut à brûler 100 ou 200 feuilles, et personne ne sait. Le moindre mail fait le tour du monde en passant par une multitude de serveurs qui consomment un max d’électricité. Il y a des méthodes pour stocker ses fichiers sur un seul serveur et donc réduire son impact écologique. Mais si on ne l’explique pas…

 

Du coup je te pose tout de même la question sur les réseaux sociaux ?

Johann : En tant que groupe, tu n’existes pas si tu ne les utilises pas. Mais personnellement, ça me casse les couilles (rires). Je m’y suis mis uniquement pour le groupe. Mon seul compte c’est Asylum Pyre. Pour communiquer c’est génial, mais quant tu te rends compte de la vacuité de la chose. Et encore facebook tu peux mettre des textes, du contenu, mais lorsque tu sais qu’Instagram est en passe de devenir le réseau N°1 ! C’est le culte de la photo qui fait le buzz ! Merde quoi !

 

Oui, mais ce sont aussi des outils pour avoir un contacte avec le public ?

Johann : Malheureusement. Il n’y a plus d’argent dans la musique, c’est à toi d’investir et de t’investir pour faire une partie de ta promo. La télé ou les magazines sont inaccessibles pour les trois quarts des groupes, donc tu es obligé de t’organiser toi-même. Heureusement qu’il y a encore des gens comme Roger pour nous donner un coup de main lors d’organisations de journées promo comme aujourd’hui. Actuellement, le musicien est obligé de devenir aussi marketeur. Les derniers groupes ayant explosé ont tout misé sur l’image, regarde Ghost, Rammstein, Alestorm, Sabaton, Avatar… Cette démarche ne me plait pas trop, je m’y met doucement car je pense que c’est plus sympa pour le public d’avoir un univers sur scène.

 

Mais tu ne penses pas que les réseaux sociaux ont aussi permis de rapprocher les groupes de leur public ? J’ai commencé les concerts à la fin des années 80, et il était impossible de communiquer avec les groupes, même les petits groupes n’allaient que rarement au merchandising après le concert pour rencontrer les fans. Aujourd’hui les groupes sont plus accessibles, sauf les gros bien sûr.

Johann : Oui, c’est vrai. Même pour les musiciens c’est bien. Personnellement j’adore discuter avec les gens après les concerts, recueillir leurs impressions, découvrir d’autres cultures lorsqu’on joue à l’étranger, d’autres façons de penser, ça fait avancer. Le problème c’est l’utilisation que l’on fait de ces réseaux.  Les gens ne mesure plus leur bonheur dans l’instant présent mais dans le nombre de like, c’est pathétique. C’est comme les gens qui filment les concerts avec leur téléphone, non seulement la plupart du temps il ne les regardent pas, mais en plus ils ne profitent pas pleinement du spectacle, c’est triste.

 

Bon, là nous sommes partis vachement loin, le temps est largement dépassé, je vais encore me faire engueuler par Roger (rires) ! Je te laisse donc le mot de la fin…

Johann : Et bien cher lecteur, vient nous découvrir ou nous redécouvrir. Et surtout, partagez, échangez, essayons ensemble de trouver des solutions à tous les problèmes que nous avons évoqué !