Le juste équilibre !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Pour son troisième album « Spirited Away », Asylum Pyre s'aventure dans les méandres et les tourments de l'esprit humain. À la fois pessimiste et optimiste, les deux réalités s'y confondent et le combo réalise un véritable tour de passe-passe. Retrouvez vos rêves, vos illusions ou les textes et le son s'influencent,

se répondent au travers d'un univers riche en influences musicales. Rencontre avec deux personnages attachants Johan (guitariste) et Chaos Heidi (chanteuse), portés par la simple idée de vous faire chanter ou tout

a du sens.


Line-up :
Chaos Heidi : Chants
Johann Cadot : Guitares, chants
Vincent Kreyder : Batterie
Armendar : Claviers

Musiciens additionnels :
Didier Chesneau : Guitares
Christophe Babin : Basse


Artiste : Asylum Pyre

Album : Spirited Away

Label : Massacre

Tracklist :
1. Second Shadow
2. The Silence Of Dreams
3. Only Your Soul
4. Unplug My Brain
5. In Ayao’s Arms
6. Spirited Away
7. The White Room
8. Soulburst (Corted Vortex)
9. At My Door
10. Shivers
11. Instants In The Time
12. Remembering
13. Fly


ASYLUM PYRE

Laughing with the Stars

acoustic version 2015


ASYLUM PYRE

Only Your Soul

official music video


"Un groupe, c’est un couple à cinq ou six, c’est compliqué et si tu rajoutes l’ingé son,

je ne t’en parle même pas !" Johann


Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
Johann : on essaye d’être puissant, mélodique et moderne.
Chaos Heidi  : on aime dire que l’on fait du metal mélodique, c’est le terme le plus proche. C’est difficile de nous mettre des étiquettes, nous avons des influences assez variées, des racines Heavy, des influences progressives et même parfois pops.

Pourquoi un tel mode d’expression artistique le « Rock », le Metal mélodique ?
Chaos Heidi : ce n’est pas toi qui choisis le rock, c’est le rock qui te choisit. (rires) je suis trop forte aujourd’hui !
Johann : je rajoute dans le texte une expression de Hansi Kürsch « metal is hard to get into, but we your in it’s forever », finalement c’est la musique qui te vient dans les doigts avec l’envie de te défouler et d’envoyer du bois.

Depuis les débuts d'Asylum Pyre de quelle manière pensez-vous avoir évolué, musicalement et humainement ?
Johann : musicalement nous avons mis de côté certaines influences plus traditionnelles liées à l’école allemande très présente dans nos premiers albums. Les titres se sont affinés, parfois simplifiés sur notre dernier album pour retranscrire un impact plus direct et être plus catchy sur scène. Nous avons essayé de nous orienter vers une démarche plus moderne et cela c’est fait naturellement avec l’arrivée de nouvelles personnes.

Ton premier contact avec ton instrument, la guitare ?
Johann : je n’ai pas décidé d’acheter une guitare, mais ma mère me l'a offerte. Pour moi c’est principalement un outil de composition, je n’essaie pas de faire des gammes tout le temps, des trucs techniques, je souhaite avant tout créer de la musique et construire des morceaux. La première chose que j’ai faite, c’est d’écrire un petit rif pourri ! Avant même d’essayer d’apprendre à jouer la zic des autres. Jusqu’à la création du groupe avec Cédric et Julien, faire de la musique était secondaire pour moi. Les choses ont bien évolué !

Et toi Chaos Heidi  ?
Chaos Heidi  : dès que je suis né, j’ai crié ! (rires). En fait, j’ai commencé par le piano, j’ai étudié au conservatoire et j’ai un peu touché au chant à l’époque à travers la chorale. L’idée de chanter réellement en lead est venu beaucoup plus tard au contact du metal et cela a pris de plus en plus de place dans ma vie, j’ai donc pris des cours, etc. En fait je suis prof de chant, alors je chante et je fais chanter au quotidien. (Rires)
Johann : elle fait chanter, fait gaffe ! (rires)

Musicalement, avez-vous eu des défis particuliers à relever avec ce nouvel album « Spirited away » pendant la réalisation ?
Johann : déjà, réussir a écrire des titres avec des guitares sept cordes, pouvoir créer des choses un peu plus modernes et écrire des morceaux plus courts, plus efficace où nous avions des choses à dire.
Chaos Heidi : plus simple, mais pas simpliste ! (rires)
Johann : ce qui est dur c’est de donner cette apparence de simplicité alors qu’il y a en arrière plan, plein de petits détails, de messages, etc.

Tu bosses tout le temps, tu as le cerveau en fusion continuellement ?
Johann : oui, d’où le titre « Unplug My Brain » où l’on aimerait bien que parfois le cerveau se débranche. J’ai toujours sur moi un dictaphone pour enregistrer les idées qui me viennent en marchant, dans le métro, peu importe ou.

Comment se passe le processus de création dans la tête de Johann ?
Johann : il y a des mélodies, des idées qui viennent et parfois je recherche dans ma base de donné (boîte à idées) que j’accumule au fur et à mesure des années. Ensuite, le sens des paroles s’installe sur ses premières ébauches et l’ensemble va se construire l’un avec l’autre. La musique va influencer le thème et le thème la musique. Une fois l’ébauche bien structurée, je l’envoie à chacun des membres du groupe et l’on est prêt à enrichir ensemble cette base de création.

Les thématiques principales des textes me paraissent assez sombres, assez pessimistes sur la condition humaine ; l’esprit humain, de ses tourments et revirements et la recherche du temps passé. Où se trouve l’espoir ?
Johann : nos thèmes explorés sont l’héritage spirituel de nos ancêtres, nos parents, le cerveau, l’autisme, la schizophrénie, etc. Il y a un côté à la fois pessimiste et optimiste, ses deux réalités se confondent.
Chaos Heidi : il y a des morceaux plus lumineux que d’autres !
Johann : il faut avouer, il y a pas mal de choses pessimistes, mais si tu les regardes sous un autre angle, tu te rends compte qu’inconsciemment tu as laissé des traces d’optimisme. Parfois dans la façon de le réaliser, les paroles ne vont pas être très optimistes mais finalement la mélodie va plutôt l’être et cette dualité est très intéressante. Sur les anciens albums la réflexion était plus engagée comme l’écologie, on voulait faire passer certains messages. À travers cet album on est plus dans la constatation. Par exemple sur le texte « At My Door » sur l’autisme, l’idée était de retranscrire dans une chanson ce syndrome, pour une meilleure compréhension de cette maladie auprès des gens.

Pour toi qui écris, quel est ton univers littéraire ?
Johann : très varié, j’ai eu ma période « fantasy » et dernièrement, je suis plus dans un univers de vulgarisation scientifique, la création de la lumière, l’apparition de la vie, comment s’apprend le langage, etc. Les travaux de Geluck sont des choses qui me parlent ou Franquin « les idées noires ».

Au sein du groupe es-tu un dictateur ?
Chaos Heidi : je suis mal traité ! (rires) il est l’impulsion créatrice du départ. Johann a besoin des autres pour travailler. Ce n’est pas un projet solo ! Une fois sortie de l’œuf et qu’il y a l’embryon, chacun va apporter son ressenti et apporter d’autres couleurs. Ce qui aboutit au final à un titre, tous en ayant gardé son squelette originel à une version particulièrement enrichie par nos diverses personnalités.
Johann : j’essaye d’être ouvert au maximum, après il y a des choses auxquelles je tiens absolument à faire passer. Par le passé, je m’accrochais par obsession à certaines choses avec des œillères et plus j’avance dans le temps moins c’est le cas. Je laisse désormais la porte ouverte aux conseils afin d’améliorer l’idée de base et je ne suis pas là pour faire chier ! (rires) même si parfois… ! (rire).

Que pouvez-vous nous dire sur ce qui s’est passé en studio

(MII Recording Studio) ? Quelques anecdotes ?
Johann : forcement, mais peut-être plus sur l’album précédent. Quand tu fais un truc venant de ton cœur, faisant partie de toi, il y a des choses sur lesquelles tu t’accroches. C’est souvent dur, mais ce qu’il faut regarder c’est le résultat final. Un groupe, c’est un couple à cinq ou six, c’est compliqué et si tu rajoutes l’ingé son, je ne t’en parle même pas !

Qu’est-ce ce qui vous à pousser à vous lancer dans une campagne de financement participatif pour votre premier clip « Only Your Soul » ?

À part l’aspect financé ?
Chaos Heidi : on voulait réaliser quelque chose de bien sous forme de clip, allez au bout de nos ambitions et nous ne voulions pas faire un clip juste pour faire un clip. Avec peu de moyens c’était difficile alors fédérer les gens qui nous suivent autour de ce projet nous est apparus comme une bonne idée.

Comment avez-vous procédé pour le scénario ?
Johann : c’est principalement nous deux, on voulait un clip avec une plus-value d’artistique.

Parle-moi de l’ambiance de tournage, vos émotions, vos rapports avec Ashera Production ?
Chaos Heidi : Ashera ne sont pas de Paris mais d’Angers, alors on faisait beaucoup de réunions par Skype et nous ne nous sommes jamais rencontrés avant le jour du tournage. Par contre, le jour du tournage, planning très chargé !
Johann : beaucoup de plans, d’idées à tester, cela a nécessité trois jours vraiment intenses.

L’artwork, un petit mot sur la création réalisée par Mythrid Art ?
Johann : l’anecdote, c’est que l’on a vu passer une de ces œuvres sur facebook sur le profil d’une amie et on a eu envie de le contacter.
Chaos Heidi : on lui a expliqué notre idée, on voulait une création en rupture avec les albums précédant. On a gardé notre personnage féminin, mais dans un esprit plus abstrait et nous lui avons donné une phrase de départ : « un esprit visible dans un corps invisible ». C’est ce que nous voulions montrer sur notre visuel pour être en cohérence avec notre thématique. L’idée de base est arrivée assez vite, on a juste fait évoluer des détails et la couleur globale. Une très bonne compréhension réciproque.

Existe-t-il d’autres cultures musicales ou artistiques que vous souhaiteriez inclure dans vos futures démarches musicales ?
Johann : pourquoi pas, nous ne sommes pas hermétiques à rien et très ouverts. Ça me fait chier que Within Temptation est mis un rappeur sur leur dernier album, car on voulait le faire sur le prochain ! ils nous on prient de vitesse ! (rires)
Chaos Heidi : je pense que la richesse est plus dans l’ouverture aujourd’hui et cela évite de tourner en rond !

L’album ne sera-t-il pas trop difficile à retranscrire en live ?
Johann : on y travaille.
Chaos Heidi : justement, on se pose pas mal de questions. Nous n’avons pas envie de retranscrire l’album note pour note sur scène, ça n’a pas vraiment de sens.
Johann : de plus techniquement, il faudrait un nombre de matos assez important, un semi-remorque !
Chaos Heidi : le but n’est pas de tout transformer, mais d’accès sur l’aspect live, dynamique tout en gardant suffisamment d’arrangements pour sauvegarder notre univers intact. Trouver un juste équilibre entre l’univers de l’album et tout ce que l’on va retranscrire en live.

Vous avez déjà une belle expérience de la scène. Un souvenir, une anecdote ?
Johann : un souvenir ! les gens qui viennent vers toi pour te parler de ta musique où les rencontres où l'on te complimente sur ta performance.
Chaos Heidi : une petite anecdote sympa sur notre dernière date, on était en tête d’affiche et on est montés sur scène avec le public scandant notre nom sur le lancement de l’intro. Là tu te dis que tu as commencé à poser des choses et ça fait vraiment plaisir de se sentir attendu ! Si ça pouvait continuer sur la prochaine tournée ce serait cool !

Pensez-vous avoir quelque chose de particulier qui vous démarque des autres groupes et musiciens où ça vous passe au-dessus de la tête ?
Johann : on ne fait pas notre musique en comparaison avec les autres groupes, mais je pense que l’on fait une musique différente par nos mélanges et je connais peu de groupes qui mettent autant les textes en avant, certains effets sur les voix et ces jeux de rôle. On a seulement envie de prendre notre kif et de faire plaisir, tout simplement. Les premiers retours par rapport à cet album son que nos personnalités s’affirment.

La scène rock, metal française actuel vous inspire quoi ?
Chaos Heidi : beaucoup de talent, beaucoup de choses et parfois tout ce vivier n’est pas assez porté, soutenu, exploité. Mais heureusement ça s’améliore et se professionnalise de plus en plus. On a pas à rougir par rapport à la scène étrangère. On a juste pas les mêmes structures, la même culture et faire de la bonne musique ne suffit pas.

Je vous laisse le mot de la fin.
Johann : merci et on attend tout le monde lors des dates à venir ! On espère que les gens seront là pour nous porter, car on a besoin d’eux.