Beyond The Styx / l'interview !


Artiste : Beyond The Styx

CD :  « Stiigma »

Genre : Hardcore Metal crossover

Ville d’origine : Tours

Maison de disques :

SKlonosphere /

Diorama Records

 
  1. Neoblivion

[feat. Paul M.]
2.    Poison IV
3. ParanØmmunation
4. Decima
5. King S [feat. Rom V.]
6. Danse Macabre
7. DTNT
8. Lightmare [feat. Sly]
9. Walls

(Cement Of Disorder)
10. Checkfate


Membres :

Emile : vocals
Adrien : Drums
Victor : lead Guitar
David : rhythm Guitar
Yoann : Bass


Beyond The Styx

"Danse Macabre"


« J’estime que j’ai quelque chose de primitif, de primaire à exprimer, quoi de plus beau finalement que de chercher la pépite à travers les vibrations d’une voix saturée. » Emile (Chant)

Chantepie Hugues rencontre Emile (Chant)

pour boosteleson.com au Black Dog de Paris / Replica Promotion


Pourquoi un tel mode/choix d’expression artistique, le Rock au sens large et plus précisément le Metal Hardcore ?
Emile (Chant) : à un moment donné, on a des choses fortes à dire, certains vont l’exprimer de façon suave et douce, moi j’ai une autre façon de l’évoquer. La première chose que pousse un être humain en venant au monde c’est un cri. J’estime que j’ai quelque chose de primitif, de primaire à exprimer, quoi de plus beau finalement que de chercher la pépite à travers les vibrations d’une voix saturée.

C’est culturel dans ta famille le Metal ?
Le Metal non, pourtant j’ai des parents plutôt open ! J’étais plutôt axé sur le rock progressif de par mon père, j’écoutais Frank Zappa, The Doors, Magma… des choses très psychédéliques des années 70.

Es-tu toi-même musicien ?
Pas du tout. J’ai juste une formation de solfège plutôt longue. J’aurais aimé pratiquer la batterie, mais nous n’avions pas la place au domicile de mes parents et ils ne voyaient pas d’un bon œil l’arrivée d’un tel instrument. Ils ont eu tort je pense, car je ne suis pas sûr que ma voix soit plus acceptable !

Alors justement, cette envie de chanter d’où vient-elle ?
Dans un premier temps par défaut, puisque je n’ai pas pu jouer de batterie ! J’ai débuté le chant avec des petits groupes dits de garage, par la suite je suis parti faire mes études sur Tours et j’ai donc eu la possibilité de rencontrer des musiciens un peu plus sérieux. J’ai alors participé à la création de petits projets jusqu'à la fondation de Beyond The Styx il y a maintenant six ans.

Tu pratiquais déjà le growl à l’époque ?
Non, au départ j’avais plutôt une voix criarde, puis j’ai découvert mon organe au fur et à mesure de mes expériences, de ces possibilités et désormais j’ai trouvé le principe vocal qui me convient.

En parlant de « Stiigma », ta voix n’est pas vraiment au repos ?
C’est une belle expérience en live, mais c’est vrai, parfois ça ne ferait pas de mal de souffler un peu !

Parle-moi de ta façon de la travailler ?
On m’a appris certains échauffements, j’ai suivi le premier niveau des voix saturées avec le coach David Féron sur Paris et j’envisage de faire aujourd’hui le deuxième niveau. Je n’ai pas de technique particulière, j’évite le sucre, je bois pas mal d’eau et de la bière même si c’est déconseillé ! Je n’applique pas forcément les méthodes préconisées, car je ne m’estime pas être un fin technicien. Je conseille surtout de chanter, même en voix claire, pour chauffer le tout et par la suite quand il faut y aller, on y va !

Juste pour terminer sur le sujet, pourquoi pas de sucre ?
Le sucre aurait tendance à coller les cordes vocales et ça joue sur les vibrations. À tort, j’ai tendance à m’enfiler des tubes de lait concentré et tout comme le miel on me l’a fortement déconseillé car l’effet désiré se transforme en indésirable !

Comment a évolué humainement et artistiquement le groupe depuis le début du projet ?
Le groupe a évolué humainement sur la voie de la maturité malgré les changements au sein du line up et avec le temps nous sommes arrivés à une belle cohésion. Artistiquement c’est encore mieux, personnellement j’aspire à des choses toujours plus violentes, il y a une véritable réflexion artistique commune et nous n’avons jamais aussi bien composé à cinq que sur « Stiigma ». L’humain fait que l’artistique devient plus simple.

Oui et il y a eu l’arrivée de Victor (guitare) ?
Absolument, il nous a apporté un fin travail d’arrangement, un véritable apport pour rendre nos compositions plus digestes. C’est également un fin technicien au niveau de la guitare et c’est un plus dans les harmonies et les solos distillés avec parcimonie.

Les solos restent tout de même des respirations ?
Ça ne dure pas très longtemps, mais oui ! (Rire)

Et heureusement qu’ils sont là !
Ça ne fait pas de mal, merci Victor ! (Rire)

Donc dans la construction des titres tu as accepté ses mini-solos ?
Oui, ce que je n’apprécie pas c’est un solo pour un solo, lorsque l’on est dans la démonstration plus que dans l’interprétation du titre. En ce qui concerne les solos de Victor ils s’appliquent avec bon feeling par rapport à la chanson et ce n’est pas too much !

Deux ans de préparation depuis « Leviathanima », pourquoi attendre ?
On a eu la chance de pouvoir tourner, défendre l’album précédent, malgré tout c’est du temps en moins pour composer. Nous n’avions pas non plus de studio dans le van et le changement de line up n’a pas joué en notre faveur. Il faut également du temps, de l’argent pour concevoir un album et je ne serais pas surpris que le prochain n’arrive que dans trois ans. Trois ans c’est bien pour affirmer un nouvel esprit musical et se faire un peu oublier pour mieux revenir.

Alors justement parle-moi de cette tournée avec « Leviathanima » ?
Les retours étaient plutôt positifs, mais nous en voulions encore plus, on espérait avoir un public voué à notre cause d’un point de vue dynamique, énergique et ça n’a pas été forcément le cas. Après réflexion, nous nous sommes dit : « si nous étions face à nous-mêmes en live, comment réagirions-nous face à notre propre musique ». Nous aurions été dans un mode d’interprétation, car il y avait tout de même des choses compliquées en matière de rythme. Malgré toute l’énergie que l’on pouvait véhiculer sur scène, ça ne suffisait pas et nous avons donc décidé d’épurer toute cette complexité sur ce nouvel album, pour rendre l’ensemble plus direct et plus digeste.

Vous avez déjà testé des titres sur scène avant la sortie de « Stiigma », comment analyses-tu la différence aujourd’hui ?
C’est révolutionnaire, il y a une préchauffe de deux titres et après c’est de la folie furieuse. On arrive à partager notre énergie scénique avec un public en corrélation avec nous. On espérait ça, nous ne sommes pas arrivés avec la fleur au fusil, mais la communion fonctionne pour l’instant telle que nous l’espérions. Maintenant l’idéal serait de défendre cet album sur des plus grosses scènes avec idéalement 80 dates sur deux ans et demi, aussi bien humainement pour le groupe que pour l’aspect financier.

Ça reste tout de même sous le signe de la brutalité, la sauvagerie, pourquoi ce besoin de brutalité, un exorcisme ?
Vaste question ! Un exorcisme certainement ! Oui, bien sûr, il y a de l’espoir car lorsque l’on parle de désespoir, il y a le mot « espoir » contenu à l’intérieur. J’exprime personnellement mon désespoir sous cette forme artistique, mais lorsque l’on gratte un peu les textes on comprend aisément que nous possédons des valeurs humanistes pleines d’espoir malgré cette désillusion que ce monde nous apporte. Si nous n’avions pas d’espoir, nous ne perdrions pas huit heures de notre temps pour aller jouer sans message à « Tataouine », parfois devant seulement 30 personnes. Si ce message n’était que désespoir, je jouerais du Black Metal dépressif !

Parle-moi de ces thèmes sur « Stiigma » qui te tiennent à cœur ?
Il y a des thèmes qui me parlent beaucoup plus actuellement comme la cause animale, je suis végétarien pour ma part depuis six ans et c’est un sujet qui me touche, mais il faut reconnaître que je n’aurais pas forcément écrit sur ce sujet dans le passé. Je regarde beaucoup les infos, des documentaires et ça enrichit beaucoup ma réflexion au sein de mon écriture. J’ai déjà voulu écrire un texte sur la crise migratoire et ce fameux mur de « Donald » Trump. Je me suis également penché sur le double tranchant de la lumière, briller oui, mais à quel prix ? Prendre conscience que la lumière peut brûler nos valeurs, notre âme et qu’elle peut en devenir une part d’ombre. Des thèmes également plus géopolitiques à travers la crise en Syrie, une chanson comme « Neoblivion » m’a été inspirée suite à tous ces bombardements incessants où l’on touche énormément de civils et lorsqu’ils réussissent à fuir leur pays on les accueille avec des baïonnettes. Ils sont pris au piège sur une planète ne voulant pas d’eux car leur pays n’a aucun intérêt financier, ni économique pour les gros gendarmes de ce monde.

Toutes ces belles idées humanistes tu les constates, mais où se trouve éventuellement le soupçon d’espoir ?
C’est vrai que je pose un constat, mais je souhaite que l’échange que l’on provoque sur scène aille beaucoup plus loin dans la réflexion. J’ai un avis sur la question et j’essaie d’influencer l’auditeur sur un certain problème et l’issue doit-être un échange constructif. Si les gens étaient assez intelligents pour accepter de se rencontrer, tout au moins s’en offrir la possibilité, ça pourrait faire avancer les idées, les solutions, mais ce n’est pas facile car on est plus enclin à se diviser pour mieux régner, on est loin d’un monde de communication. Nous sommes dans un monde de division, on monte des murs pour séparer les peuples et l’on possède des écrans qui nous séparent les uns des autres à longueur de journée. Pour moi, la rencontre, le vivre avec, c’est un début de solution. Je ne dis pas que nos concerts sont la solution, mais si la culture se diversifiait, si on permettait aux gens d’exprimer leurs opinions, leurs frustrations, etc. et sans les lobotomiser à travers des émissions aux violences verbales telles que « les anges de la télé réalité » ou ces multiples agressions visuelles avec toute cette sexualité débordante et présente aux yeux des gamins de - de 10 ans, etc. Le message de Beyond The Styx se veut avant tout dans la rencontre et l’échange.

Tout le groupe est en accord avec tes écrits ?
On a tous des valeurs humanistes se développant différemment. Je ne sais pas ce que vote mon voisin de droite mais nous avons des valeurs similaires. L’humain c’est ce qu’il y a de plus beau et de plus détestable à la fois ! Je n’apporte peut-être pas de solution, mais elle est en chacun d’entre nous. Je ne suis pas psychiatre et je n’ai pas de clef, et même un psy te dirait que la solution est en toi ! On est sous le joug de toute une désinformation et de médias qui nous accablent chaque jour en nous faisant croire que l’on ne peut rien faire, tout comme les banques qui nous lient les pieds et les mains, les choses deviennent vraiment difficiles pour pouvoir réagir. Pourtant je pense que la musique a son rôle à jouer, c’est un contre-pouvoir que l’on veut museler, la musique extrême, indépendante, en nous fermant, dans un premier temps, des lieux d’échange.

Sur scène, t’exprimes-tu entre chaque titre pour accentuer tes propos, car le message premier n’est pas forcément accessible facilement ?
Oui je m’exprime car je suis conscient de la difficulté. Je veux juste inviter les gens à réfléchir et leur dire : « si tu es là mec, c’est qu’il y a une raison, arrête de croire que tu ne peux rien faire à part bouger tes cheveux devant une scène, toute cette énergie que tu dépenses là, tu pourrais la dépenser également ailleurs, différemment et d’une manière tout aussi constructive ». Je pars du principe que les gens qui écoutent ce genre de musique sont différents et la différence c’est une véritable force.

Pourquoi des invités ? Sur « Lightmare » ou « Kings S » l’apport de ces voix adoucit vraiment les titres ?
Peut-être ! Ce sont des personnes qui m’importent et m’apportent, je considère donc qu’ils peuvent également apporter au public. On n’a pas eu l’opportunité de matérialiser ces featuring sur scène sauf sur une date. On a tous des valeurs communes et nous sommes militants en défendant notre scène locale et ça me paraissait important de leur proposer et partager un morceau ensemble.

La batterie reste en avant et la basse est prédominente sur certains titres, parle moi de ce duo rythmique ?
Il y a une nouvelle vague rythmique par rapport à ce que l’on faisait avant surtout au niveau de la basse. La rythmique c’est l’âme d’un groupe et du Hardcore pour faire bouger les têtes !

Vous pouvez vous adapter à un show acoustique ou c’est un exercice impossible ?
Franchement, ça m’intéresse réellement, mais de là à le réaliser ce sera une autre étape, on ne s’appelle pas Nostromo ! En tous les cas c’est un vrai défi.

Les compos arrivent comment et à quel moment dans la construction ?
En ce qui me concerne j’écris lorsque les titres sont terminés. C’est la musique qui me parle par rapport aux nombreuses thématiques que j’ai en tête. En fait il y a plusieurs étapes, l’écriture de la musique, l’écriture du texte, l’adaptation du texte à la musique et inversement, ça se fait en quatre temps tout simplement.

Tu me parlais de ce que vous aviez amaigri, simplifié la musique, justement est-ce compliqué de savoir s’arrêter dans la création pour ne pas tout détruire ?
On arrive assez bien à se gérer, c’est plus facile aujourd’hui et d’ailleurs on préfère avec cet album frustrer que gaver. L’album précédent était trop long pour nous, cette fois-ci on nous a dit : « c’est trop court », mais c’est un choix volontaire de notre part, on voulait que ça tape du début à la fin. Moi je préfère trop court que trop long !

Il y a une urgence que je qualifierais de « Punk » dans vos titres ?
Complètement, mais il y a vachement de travail et moins de consommation d’alcool ! On a mis ce qu’il y avait à y mettre, ni plus ni moins.

Vous est-il encore possible de jouer les anciens titres en live ?
Pas vraiment, ce n’est pas une question d’envie, mais ça ne marche plus. Les nouveaux titres ne fonctionnent pas avec les anciens et pourtant ce n’est pas faute d’avoir voulu essayer. Après je ne suis pas sûr vocalement aujourd’hui de pouvoir réaliser certaines performances passées ! À contrario, je n’aurais pas pu réaliser il y a trois ans ce que je fais aujourd’hui.

Ta voix est un peu étouffée, c’est volontaire ?
C’est peut-être le peu d’effets sur la voix au mixage.

Mais c’est plutôt agréable, ça apporte une certaines souffrance qui se justifie par rapport à tout ce que tu as pu m’expliquer sur votre concept.
J’ai bien aimé cet enregistrement qui m’a mis parfois dos au mur et m’a montré certaines de mes limites. Ça nous rappelle que l’on n’est pas tout-puissant !

Format des titres et de l’album plutôt courts, le choix a été compliqué, beaucoup de déchets ?
Nous n’avons pas beaucoup de déchets ! Par contre lorsque c’est terminé c’est terminé, sur cet album on a deux chansons en plus et franchement nous n’en ferons jamais rien. Pourtant je pense qu’elles ont un potentiel, mais ne collent vraiment pas à l’esprit de cet album.

Tu dis que tu veux faire encore plus violent musicalement dans l’avenir, explique-moi ça ?
Je pense que l’on peut faire plus brutal comme Hardcore et l’on peut rajouter une vague Trash, Death Old School, plus hybride, plus viscérale, c’est vraiment la direction à laquelle j’aspire.

Apparemment toujours des petites variations en début de titre comme sur « Danse macabre », débutant avec du piano ?
Un petit clin d’œil de notre guitariste arrangeur, de nombreux pianistes ont écrit des chansons aux titres « danse macabre » et c’est parti d’un auteur dont j’ai oublié le nom. La première fois que j’ai écouté cela, j’ai été surpris, un peu estomaqué et après trois écoutes j’ai compris que c’est ce qu’il fallait en introduction. Peut-être un moyen pour nous de casser les codes, d’être un peu plus qu’un groupe de Hardcore mais tout ça sans prétention.

Le petit mot de la fin ?
Un petit clin d’œil à toutes ces têtes qui se bougent en concert, rassemblez-vous, fédérez-vous, ne pensez pas que le Hellfest est tombé du ciel comme ça du jour au lendemain, on a également besoin de petites organisations, de petits festivals, c’est de plus en plus dur pour les groupes de petite et moyenne notoriété de jouer en France. On ne peut pas constamment se plaindre que les plateaux internationaux boudent la France si nous ne bougeons pas plus. Les politiques ne nous aideront pas, alors aidons-nous. Bougez nos campagnes, bougez nos villes, certaines sont des déserts culturels et c’est insupportable pour des groupes comme nous de ne plus pouvoir jouer sur des villes comme Chartres, Bourges qui n’attend plus que son printemps. Les cafés concerts ne prennent pratiquement plus aucun risque, le Metal Harcore ne parle plus à personne, on a la sensation que l’on arrive avec une croix gammée tatouée sur le front et on a le sentiment d’être des pestiférés. Tout ça pour dire bougeons-nous tous pour faire enfin bouger les choses.