La sagesse du punk !

Interview Hugues Chantepie (Ugo)


Interview au siège de Verycords


Poun, chanteur symptomatique de Black Bomb A, reforme le duo emblématique avec Arno au chant, un plus incontestable aux titres bruts, hardcore de « Comfortable Hate » et aux sections rythmiques toujours aussi groovy. Malgré un état d’esprit punk sur scène et dans la vie, le combo s’ouvre à

une certaine sagesse, prend

les choses plus à la cool, avec plus d’investissement et de « sérieux ». L’accouchement de l’album se fera dans une atmosphère très noire pour Poun et même s’il ne se baigne pas dans une piscine en forme de guitare, pour lui « la vie est belle et ils ont la chance d’être toujours là ! ». Malgré 20 ans déjà consumés, Black Bomb A reste le fer de lance

d’une scène hardcore à

la française rentre-dedans,

sans concessions et jouissive ! Entretien dans les locaux de Verycords en toute simplicité avec Poun, à la sagesse du punk !



Artiste : Black Bomb A

(Punk Metal Hardcore)

Album : Comfortable Hate

Label : Verycords
Date : 2 Mars 2015

01. Here Comes The…
02. Comfortable Hate
03. Let’s Start Again
04. The Point Of No Return
05. Rescue From This World
06. Land Of Bastards
07. Rise Up
08. Into The Void
09. On Fire
10. The Poison
11. Tears Of Hate
12. They Say
13. As A Lion





Comment définis-tu l’esprit et la démarche Black Bomb A en quelques mots ?
Sans prise de tête, rentre-dedans et sans concessions. Un groupe à l’unisson et un grand partage avec son public.

Ton album est brutal, puissant et torturé, d’où tires-tu tes influences encore aujourd’hui ?
Je réécoute des vieux trucs comme tout le monde dont Jeff Buckley, mais là, je m’écoute l’album de Ghost Inside, fabuleux, le dernier album de Stick out your guns avec ce côté hardcore brutal, mais avec une petite pointe de mélodie. Je suis éclectique et je peux aussi bien écouter de l’électro, si ça chante à mon oreille c’est l’essentiel.

Le titre de l’album, « Comfortable Hate », révèle-t-il le souhait en toi d’un véritable changement, d’une véritable prise de conscience ? Luttes-tu chaque jour pour ne pas tomber dans ce travers ?
Le titre « Comfortable Hate » reflète l’esprit général, c’est trop facile de se cacher derrière une certaine haine, un rideau derrière lequel tu te sens intouchable. Quand tu craches ton venin, toute cette haine à la face des gens tu deviens moins abordable, mais en grattant un peu tu te rends compte qu’il peut s’opérer un changement et atteindre cette personne dans son for intérieur. Il suffit de s’ouvrir un peu et ne pas avoir peur de donner un peu de soi. Ça peut m’arriver, comme à chacun de nous, de tomber dans ce travers, mais lorsque j’écris et c’est ce que j’ai voulu transmettre à travers l’album, je ne montre pas du doigt, mais on se montre du doigt. C’est peut-être un peu nombrilique mais lorsque je prends le stylo, j’écris par rapport

à mon âme, à ce que je ressens, mon être et beaucoup de choses et à travers mes textes, ma réflexion, je veux éviter d’être négatif. En résumé, il faut toujours lutter avec force par rapport à nos moments d’enfermement, on n’est pas non plus les nouveaux John Lennon (rire), il faut juste un peu s’ouvrir, c’est indispensable !

Arno, absent du groupe depuis 2007, fait son retour sur ce dernier opus. Vos deux voix s’entrechoquent dans un joyeux bordel. Vous avez une technique particulière pour gérer

vos placements ou c’est plutôt naturel et instinctif ?
Le placement se fait naturellement, chacun trouve sa place facilement car c’est le troisième album que l’on fait ensemble. Malgré son retour depuis peu, ça a été instinctif de suite, les habitudes sont là et chacun gère sa partie sans problème, après on ne s’interdit pas d’essayer de nouvelles approches.

Parle-moi un peu de Logan Mader… La petite histoire, la rencontre et le travail effectué ensemble.
Moi je ne l’ai pas rencontré, c’est Arno. On le connaît comme beaucoup de métalleux par rapport à son parcours avec Machine Head, on a écouté pas mal de ses productions comme Gojira, Dagoba, Septic Flesh, etc., et on s’est dit que l’on aimerait bien bosser avec un producteur avec une oreille plutôt américaine, « canadien d’ailleurs le garçon ! », un plus gros son jamais abordé dans Black Bomb A jusqu’à présent et on est plutôt satisfait de cette coopération. On a commencé à bosser, procédé à des échanges entre la France et Los Angeles, Logan nous a envoyé les premiers mixes et on n’est pas tombé forcément d’accord. Au bout de quatre, cinq, six mixes, on s’est posé une question : ce serait peut-être bien d’envoyer une personne sur place, de pouvoir échanger et de lui expliquer nos attentes en direct, plutôt que de converser par E-mail. Arno est donc parti là-bas une semaine pour concrétiser et finaliser le mix avec Logan.

Depuis la formation de Black Bomb A, de quelle manière penses-tu que le groupe a évolué, s’est enrichi humainement et musicalement ?
Musicalement, je ne sais pas (rire), on a toujours tenté d’avoir une certaine évolution, de faire ce que l’on sait faire dans Black Bomb A. Dans le dernier album, tu retrouves l’esprit du groupe mais avec certaines approches un peu différentes, de nouveaux horizons musicaux tout en gardant notre patte. Humainement, comme je te l’ai dit essayer de s’ouvrir, prendre les choses un peu plus à la cool, avec plus d’investissement, plus de « sérieux », malgré notre état d’esprit un peu punk sur scène et dans la vie. La valeur profonde d’un groupe se construit sur la scène.

Peux-tu nous faire une explication de texte ? Tu bosses comment ?
On partage les textes avec Arno, le concept tourne autour du titre de l’album, ce mur autour duquel tournent les titres. C’est un travail sur soi et il faut toujours en tirer un maximum de positif. Snake notre guitariste amène pas mal de riffs, j’ai créé quelques riffs également, ensuite on travaille à la maison sur des logiciels, on prépare des prémaquettes, on branche les guitares, les micros, on fait des prises pas toujours au top, on les essaye en studio, on analyse le tout, la chimie finie par s’opérer véritablement en commun et les textes viennent ensuite pour ma part, sauf pour Arno sur cet album. On a envie que tout le monde ait la parole, chacun apporte ses idées et chaque membre du groupe a son mot à dire. Parfois c’est un peu la bataille, « mais non, écoute bien ! », parfois ça monte en pression, c’est comme ça.

Comment fais-tu pour alterner les différents types de chants ? C’est difficile ?
J’ai toujours été comme cela, la technique je ne peux pas l’expliquer, j’ai besoin de gueuler comme de chanter, c’est un exutoire indispensable. J’aime bien cette rupture de chant, tu gueules et d’un seul coup tu créés une rupture de chant en voix claire. C’est jouissif !

« Into The Void », ballade acoustique entre tristesse et mélancolie combinées à des chœurs, c’est plutôt nouveau chez Black Bomb A ?
L’acoustique a toujours été une part importante chez Black Bomb A, lorsque je compose des parties mélodiques, des refrains au sein du combo, c’est toujours avec ma guitare sèche. Mais dans les débuts, pour composer des morceaux, on allait faire des feux dans les bois, picoler, se défoncer et les premiers titres sont nés sur des guitares acoustiques. Même sur le premier album « Human Bomb » il y a un bonus track, « Brain Dead », en acoustique tiré d’un morceau en électrique saturé et ça reste un univers important pour nous. Sur « Into The Void », on avait envie de l’intégrer à l’album parce que ça casse le rythme plutôt intense de l’ensemble et ça permettait ainsi d’avoir un intermède. Par contre on ne va pas l’intégrer sur scène, ça fait deux semaines que l’on répète les nouveaux titres et on ne veut pas perdre l’énergie sur les planches, de plus il risque d’y avoir des sessions acoustiques chez Oüi FM ou sur certaines radios où l’on devra jouer trois ou quatre morceaux en acoustique et Black Bomb A doit rester absolument vénère sur scène. (rires)

« Rescue From This World » semble un peu plus rock dans l’esprit, tu peux m’expliquer ?
Hé oui, un morceau un peu différent, un petit côté Heavy, une nouvelle piste qui est partie d’un plan basse ou l’on s’est dit : c’est intéressant cette vision et on a eu envie de le jouer, tout simplement. Nos fans devraient s’y retrouver, car Black Bomb A n’a jamais été simplement hardcore, lorsque l’on a monté le groupe à l’époque c’était un mélange de personnalités écoutant du black, du hardcore, du punk et de la pop, une espèce de melting pot musical.

Et toi, es-tu musicien ?
Je joue de la guitare seulement pour moi, je compose des morceaux, je suis plutôt autodidacte et je ne connais aucune note, mais je joue.

Penses-tu avoir quelque chose qui vous démarque des autres groupes de hardcore ou ça te passe au-dessus de la tête ?
Ce n’est peut être pas à moi de le dire, ce serait un peu trop prétentieux et si j’avais un truc à dire je ne le trouve pas. On est très proche de notre public et il ne faut surtout pas l’oublier car ils viennent te voir pour échanger une énergie positive.

Avez-vous énormément tourné pendant ces trois ans avant de retourner en studio ? Peut-on dire que c’est la scène qui donne à Black Bomb A son inspiration ?
Avant de retourner en studio on a fait une pause d’une année, à part quelques dates à l’étranger, deux en Russie, une dizaine de jours en Angleterre, Irlande, Écosse et une date en France pour les 20 ans anniversaires de Tagada Jones. On voulait se faire un peu oublier, le public avait peut-être envie de voir d’autres groupes que notre gueule ! Je pense que ça peut faire du bien à tout le monde. Mais aujourd’hui, on revient en force avec une super dalle. Composer un album en studio reste un aboutissement pour la scène, c’est la récompense, le bonbon. On a composé l’album en plusieurs périodes timides et puis on s’est dit : si on veut enregistrer il faut s’y atteler sérieusement et avec rage, en fait quatre mois à fond ont suffit.

Une anecdote durant l’enregistrement ?
Pour moi ça n’a pas été sympa, je n’étais pas dans une jouissance totale de l’enregistrement, c’est bizarre d’habitude ça se passe plutôt bien et là j’étais dans une atmosphère vraiment très noire. Pour l’écriture, ça a peut-être été un atout parce que j’avais énormément de choses à dire. Je suis un garçon plutôt révolté à la base, c’est en partie pourquoi je fais cette musique, je ne suis pas un grand orateur mais j’arrive à trouver mon équilibre avec ma vie privée.

Comment imagines-tu ton avenir et celui de Black Bomb A ?
Je pense que le groupe est bien ficelé alors si j’arrive encore à jouer au sein du groupe et que l’on kiffe encore sur scène, c’est royal. D’ailleurs il y en a déjà une bonne partie de consumé, ça fait déjà 20 ans de Black Bomb A. C’est vrai, en y réfléchissant on a toujours des rêves de gamins, partir en tournée, vendre des millions d’albums et me baigner dans une piscine en forme de guitare ! (rire) Mais je me contenterais bien de jouer dans des petites salles, même des grosses salles ! Rencontrer encore une tonne de gens et sortir de scène trempé jusqu’aux os et me dire simplement « Ah c’était bon ».

Vous avez toujours des liens très forts avec certains groupes en France ?
Tagada Jones et Lofofora nous ont apporté énormément, lorsqu’on les a rencontrés au début de Black Bomb A, ce sont eux qui nous ont mis le pied à l’étrier, on est parti avec eux. On n’était jamais parti dans un tour bus, là tu te dis « c’est parti ! ». On s’appelle toujours, on se croise, ce ne sont pas que des potes de scène, ce sont également des potes de vie.

Quel est ton point de vue sur le téléchargement illégal en tant qu’artiste, mais aussi en tant que consommateur ?
Ça peut faire chier un peu, mais on en a rigolé, bon ça y est, au bout de deux jours l’album est sur Youtube et finalement s’il n’y était pas ça prouverait que personne n’en a rien à foutre de nous. C’est une espèce de rançon de la gloire (rires). Ça m’arrive de pirater, je n’achète presque plus ou je vais sur Deezer, sur Youtube. Hélas, c’est rentré dans l’inconscient collectif, je trouve même cela triste que j’arrive à dire cela, je vais me faire engueuler, moi je pirate mais pas mon album !!! (rires).

Êtes-vous présents sur Facebook, ce contact avec vos fans via les réseaux sociaux est-il important ?
Oui, c’est important, malgré le fait que je n’y sois pas vraiment présent. Facebook, Twitter, j’y vais parfois en tant que voyeur, mais le groupe gère la chose très bien et heureusement que vous êtes là pour faire circuler des informations sur le groupe pour qu’il puisse se passer des choses. De plus, il n’y a presque plus de magazines. Donc si tu ne gères pas ta propre promo, personne ne le fera, c’est un outil formidable pour faire ta promotion d’album et tu peux transmettre à tous tes contacts.

As-tu de nombreux tatouages ? Parle-nous de ta démarche face au choix de te faire piquer ?
Ce n’est pas trop une affaire d’esthétique, j’essaye quand même, mais il faut qu’il y ait une véritable histoire, ce n’est pas une simple construction sur moi. Je suis à un endroit précis, je rencontre un tatoueur et il me fait un tatoo, je veux juste marquer un moment précis de mon existence. Sur les côtes j’ai des trucs écrits, c’est lorsque que l’on est allé à Moscou, on a annulé une date, on était crevé, c’est parti à la punk, « hé tu as un pote tatoueur ? » il vient nous tatouer à l’hôtel, ça s’est fait à la cool. Sur mes doigts c’est la copine du batteur. Mon premier tatouage c’est notre premier bassiste Panks qui nous a tous tatoués. J’aime que ce soit des personnes proches de moi qui me piquent. C’est une culture que j’aime beaucoup.

Et peut-être un message d’optimisme pour la fin ?
« La vie est belle ! même s’il y a toujours des merdes autour de nous, mais on a la chance d’être toujours là » (rires).