Les affranchis !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Blackrain n’est pas seulement un cover band des années 80, après dix ans d’existence

le combo a su modeler son image, sa musique et maîtriser à la perfection le rock business. Percussions, synthétiseur, piano, gospels viennent enrichir le nouveau son de Blackrain et naviguent avec élégance au sein de l’histoire du rock afin de nous transmettre des saveurs nostalgiques habilement saupoudrées et LIBÉRER désormais leur propre pouvoir créatif. Avec « Released » Blackrain est libre d’agir et

de se déterminer à leur guise en toute autonomie et spontanéité. Entretien avec Mathieu (Basse) et Franck (Batterie)…


Line-up :

Frank F (Batterie)

MatH (Basse)

Max 2 (Guitares)

Swan (Chant / Guitares)


Artiste : BLACKRAIN

Album : Released

Label : UDR Gmbh

Tracklist :
 
01. Back In Town

02. Mind Control

03. Killing Me

04. Run Tiger Run

05. Puppet On A String

06. Words Ain't Enough

07. Eat You Alive

08. Home

09. For Your Love

10. Fade To Black

11. Electric Blue

12. Rock My Funeral

13. One Last Prayer


BlackRain - Back In Town


BlackRain - Jenny Jen


BLACKRAIN - "Released" - EPK 


" Ce que j’ai toujours retenu de l’esprit punk, c’est l’esprit

« Do it yourself » (fais le toi même)." Mathieu


Alors libérés de quoi réellement les Blackrain, avec le titre de l’album ?
Mathieu : libérés de plusieurs choses. Dans un premier temps, c’est surtout libérés de notre ancienne structure de production qui était devenue inadaptée avec le temps, contrôlait absolument tout et nous laissait peu de liberté. Il y a aussi la libération par rapport à notre pays parce qu’avec cette signature internationale, Blackrain va pouvoir retourner et jouer (puisque c’est par là qu’on a commencé) à l’étranger. c’est une libération et puis après, il y a un tout petit jeu de mots puisqu’au moment de la sortie, release is released (libéré est libéré) et puis si tu cherches un album « released » sur Google, tu tomberas sur l’album de Blackrain. Tout est pensé.

En parlant de se libérer alors, musicalement vous sentez que vous vous libérez de plus en plus aussi, si on reste sur le mot comme ça ?
Mathieu : on fait ce qui nous plait, on reprend des ingrédients des premiers albums, certains non exploités jusqu’à présent, un morceau comme « killing me » on y met de la dubstep dedans. Il y a aussi des titres dans lesquels on incorpore des éléments que l’on avait pas pu exploiter jusqu’à présent. Aujourd’hui, on se libère totalement de nos influences, on nous a classés dans une boîte à un certain moment, mais c’était un peu de notre faute car nous avions un look très années 80 qui nous plaisait. Je le raconte souvent, lorsque l’on vient de la campagne, on découvre Mötley Crüe via Youtube et parce que l’on n’a pas vécu cette période là, on commence à mettre des fringues léopard pour aller au bar et l’on crée un émule incroyable, on devient de vraies stars chez nous. Encore aujourd’hui, les gens en parlent chaque fois que l’on y retourne. On était les Mötley Crüe des Alpes et c’était cool. Après, quand on commence à voyager et que des groupes comme Steel Panther arrivent, on t’associe à eux, mais toi tu ne le comprends pas, car tu le faisais sérieusement. Steel Panther c’est un groupe parodique et lorsque tu vas aux États-Unis, tu te rends compte que cette culture existe depuis super longtemps et que ce groupe sont des inconnus, ils font juste un spectacle comique aux Etats-Unis, il n’y a quasiment pas de musique et là tu te dis que tu es en train de passer pour Johnny Cadillac, le sosie de Johnny Hallyday. Donc le but est de se libérer également de cette image. Nous n’avons jamais considéré que notre musique reprenait tous les codes des années 80, on vient plutôt des années 90, Nirvana, Red Hot Chili Peppers, Rage Against the Machine, on a même écouté du black et du heavy metal gamins et lorsqu’on a été un peu plus âgés, on a découvert le rock d’avant les années 80 et ça été une libération vis à vis de tout ça c’est à dire que tout ce qu’on a aimé, tout ce qu’on a incorporé, on l’a digéré et aujourd’hui on fait notre musique à notre façon. Maintenant on ne se dit plus on va faire une chanson comme celle là. Elle vient comme ça et on a notre propre manière de travailler. On acquière notre propre liberté.

Sur votre dernier album, il y a quand même des styles différents.
Mathieu : Nous on vient d’une génération du CD, mais on a réussi a exister grâce à internet et personnellement je n’ai aucun album, je n’écoute que des play lists et cela m’est très difficile d’écouter un album en entier, ça me gonfle au bout de deux chansons.
Franck : Il y a très peu d’albums que l’on peut écouter dans sa totalité.

Vous avez donc besoin de varier les styles ?
Mathieu : cet album là, si tu écoutes bien, il me semble que chaque chanson est assez différente, on l’a conçu comme une play list, comme différents univers (c’est ce que j’ai ressenti oui) et c’est lié à la façon dont on écoute la musique.

Ça s’est donc fait naturellement.
Mathieu : totalement. Tu peux passer des Beach Boys à un morceau d’Emperor sur ta play list. Il y a donc une volonté très forte de passer d’un truc très pêchu à une ballade.
Franck : on a toujours aimé beaucoup de styles musicaux, mais jusqu’à présent, nous n’avions pas pu l’exprimer avec autant de force et de conviction.

Le choix du rock c’est venu naturellement pour vous ?
Franck : on est tous rock, c’est ce qui nous unit.
Mathieu : le rock, c’est de jouer de la guitare, de la batterie.

Vous êtes tombés dessus assez jeunes finalement ?
Mathieu : Oui totalement. A l’adolescence. J’avais déjà les cheveux longs au collège.

Le groupe existe depuis 2006. 10 ans de carrière. Comment analysez-vous la chose humainement et musicalement ?
Mathieu : 10 ans, mine de rien c’est long, on a fait pas mal de choses et lorsque tu te retournes tu te dis que les gens vont commencer à penser, Blackrain c’est du sérieux. Depuis 10 ans on baigne dedans, on n’a pas arrêté, c’est à peu près les mêmes membres, car Franck est arrivé un peu après mais déjà depuis 5-6 ans, c’est donc une histoire qui dure et mine de rien dans les années 80 en10 ans, tu avais déjà fini ta carrière, tu avais explosé, tu gagnais déjà des millions, chose impossible aujourd’hui. Si tu t’accroches de nos jours, c’est vraiment par envie de continuer, faut être motivé et tu ne gagneras pas forcément des millions. Le but c’est vraiment de faire de la musique.

Les thématiques des textes ? Il n’y a pas de concept ? Chaque titre est une chanson différente ?
Mathieu : globalement on peut dire que 60 % des textes suivent le titre de l’album. Release c’est la libération. Il y a une chanson qui s’appelle « One last prayer » qui clôt l’album, c’est une ballade au piano quasiment pas metal, elle parle du frère du guitariste à la vie ultra-mouvementée dans une recherche de rédemption en rapport à cette vie de galère.

Alors justement « Rock my funeral », vous imaginez vos propres funérailles ?
Mathieu : Totalement. L’idée de base c’est le jour de tes funérailles, plutôt que de pleurer, faites la fête, buvez et amusez-vous.

Mais pourquoi donner un esprit punk ? C’est quoi pour vous l’esprit punk aujourd’hui ?
Franck : le punk c’est rapide d’une manière générale mais c’est vrai que je ne sais pas si on a pensé foncièrement au mouvement punk.
Mathieu : alors le punk à l’époque c’était une révolte, un mouvement vestimentaire, une façon d’être en marge de la société. Aujourd’hui, qu’est-ce qu’il en reste ? la question d’être en marge de la société, finalement même sans être punk tu es toujours en marge de quelque chose, ça tu le sens tout le temps. On peut aller très loin dans cette question, mais ce que j’ai toujours retenu de l’esprit punk, c’est l’esprit « Do it yourself » (fais le toi même). Avec la génération internet, on le revit, on écrit nos chansons, elles sont très abouties même en bossant avec un gros producteur, on contrôle tout, on lui amène une chanson avec 90 % des arrangements. On réalise nos vidéos, nos clips nous mêmes. De cet esprit punk là, du « Do it yourself » je souscris à fond, c’est sois un peu ton propre boss. Pas de patron sur le dos et ça c’est important dans ma vie. Depuis que je suis gamin, j’ai toujours dit : «  je ne veux pas avoir de boss sur mon dos, ça c’est un truc vraiment punk, mais pas le punk crachant sur la société disant je vous emmerde, ce n’est pas dans ma nature ». Le fait de voir mon père employé par des patrons à la con m’a fait réaliser que je ne voulais pas vivre cela. J’ai fait des études, je suis ingénieur, j’ai une thèse et normalement je devais bosser dans une boîte, mais ça m’étais impossible. Aujourd’hui j’ai pas de patron, je me débrouille.

Alors justement ce fameux producteur ?
Mathieu : c’est pas un patron pour nous. Le producteur d’avant ou celui du dernier album, Jack Douglas c’est un vieux de la vieille et il a commencé par enregistrer « imagine » de John Lennon donc respect. Il nous apporte son savoir sur la façon d’enregistrer les choses et nous apprenons plein de choses. En fait, c’est pas vraiment sur la musique qu’il intervient le plus, c’est sur l’anglais. C’est un peu bête, mais sur la façon de placer les mots, parce que mine de rien, on ne chante pas en français, c’est un choix car le français nous ne sommes pas capable de le faire sonner. Le rock ça marche avec l’anglais, malheureusement on ne le maitrise pas parfaitement donc avoir un américain qui te dis : «  ça va pas sonner si tu le dis comme ça, où est l’accent tonique, c’est très important pour que tu puisses t’adresser vraiment au monde anglo-saxon » ça évite d’être pris pour un abruti. Notre but c’est d’apprendre pour être indépendants. On écoute, on apprend mais on est un peu cons et s’il y a une autorité trop importante, on n’est pas très dociles.

Donc c’est surtout sur l’anglais et au niveau du son il vous a quand même apporté quelque chose ?
Franck : une manière d’enregistrer, de désaccorder un peu la guitare, de jouer un peu plus en avant ou en arrière sur le temps, des petits détails auxquels tu n’aurais pas pensé même en tant que musicien. Lorsque tu écoutes le produit, il y a toujours quelque chose qui s’en dégage et qe l’on n’arrive pas forcément à expliquer et c’est ce genre d’ingrédient et de manière de faire qu’il nous a apporté également.

L’album ne va pas être trop compliqué à retranscrire sur scène ?
Mathieu : certains morceaux vont être très adaptés pour le live, notamment « Rock my funeral ». Il y en a d’autres où il y a tellement d’arrangements, tellement de couches de guitare que ça va pas être forcément facile à faire, on va peut-être prendre des risques et en essayer certains, mais on sait, tout ne sera pas forcément faisable en live avec le son adequat.
Mathieu : certaines chansons ne sont pas faites pour la scène, il faut l’accepter. Mais certains groupes ont des supers tubes, par exemple « Poison » de Alice Cooper. Pourtant, j’ai toujours trouvé que sur scène elle était nulle à chier alors que tout le reste est très bien, mais celle là, elle sonne jamais bien. Le tube n’est pas forcément bien mis en valeur en live.
Franck : ce sont deux énergies différentes.

Dans « Eat you alive », j’ai trouvé une similitude avec le groupe Wednesday 13.
Mathieu : c’est marrant ça.
Franck : c’est la plus rapide de l’album.

Ça vous choque pas que je dise ça ?
Mathieu : non non, c’est un peu l’idée.

Parlez moi un petit peu du titre.
Mathieu : c’est un titre qu’on a mis à la toute fin sur l’album. On a toujours adoré le clown méchant.
Franck : même si on a quelqu’un dans notre équipe qui a une phobie des clowns.

Je la trouve géniale cette chanson.
Mathieu : c’est marrant parce que notre régisseur ne voulait pas qu’on la mette.
Franck : il a peur des clowns. Il pleure. Mais vraiment, c’est sérieux quoi. Au début on pensait que c’était en déconnant mais dès qu’on met la chanson, il pleure, il s’en va. C’est le côté visuel, le côté pop up  (clown qui sort de la boîte). On sait pas ce qui lui est arrivé.

Vous allez gérer ça comment ?
(rires) Franck : soit on va lui dire, soit on va pas lui dire, on va trancher à quatre.

Faut la jouer en dernier alors.
Franck : « Eat you alive » a une deuxième version qu’on mettra peut-être sur le cloud avec un chant hurlé dessus, ça donne une autre dimensions au morceau et ça lui donne un côté encore plus maléfique ! (rires).
Mathieu : On a enlevé la voix de Swan pour y mettre la voix de notre pote qui vient d’un groupe de black metal français.
Franck : j’aime bien lorsqu'il y a un groupe que tu aimes avec une chanson en particulier, (en l’occurrence toi tu aimes bien « Eat you alive ») je trouve ça cool de pouvoir avoir une version alternative où tu as un élément qui apporte quelque chose de différent et une autre dimension.

“True Survivor” a un rapport avec David Hasselhoff ?
Mathieu : oui, c’est carrément la reprise de metal fury, de kung fury (court métrage suédois de comédie et d'arts martiaux) et on s'y est vachement intéressé. De plus, je suis à fond dans la vidéo, je réalise d'ailleurs celles de Blackrain donc j’ai vraiment suivi le projet et je trouvais ça génial. Un jour, Kung Fury balance le titre avec David Asselhof et d’ailleurs on aime bien les chansons ringardes de cet artiste, mais c’était vraiment nul musicalement malgré une très bonne chanson. Lors de l’écoute on a ressenti du potentiel, mais il n'y avait pas de guitare électrique, dommage, elle était presque parfaite, on s’est donc dit : «  on la refait avec une guitare électrique et on l’envoie aux gars de Kung fury » et ils ont dit : « c’est cool ! ».

Vous l’avez mise en bonus quand même.
Mathieu : au départ c’était juste pour rigoler, mais on l’a jouée une fois en live et les gens ont adoré, donc on l’a gardée.

La reprise « For your love » des Yardbirds vous m’en parlez un peu ?
Mathieu : à la base une chanson qui nous a été soufflée. Notre ancien manager nous a proposé de faire cette reprise. On fait souvent des reprises, même pour nous et puis sur ce titre ça a fonctionné super bien en live dès le début. Quand on l’a enregistrée, on s’est dit : «  on va en faire un bonus ». Finalement, ce n'est même pas un bonus, la chanson a tellement un caractère spécial et s’éloigne tellement de l’originale, elle est devenue comme une évidence une chanson à part entière.

Donc vous l’avez testée sur scène avant ?
Franck : oui, l’ambiance est vraiment différente et puis commencer avec un arpège en son clair comme ça, ce n'est pas commun.

Avec « One last Prayer » vous vous éloignez pas mal de vos références ?
Mathieu : cette chanson a sa propre histoire, elle a été composée par le guitariste, mais surtout ce qui est intéressant, c’est le gospel sur le refrain. À l’époque on a essayé de trouver un gospel pour l’interpréter, on a été taper à toutes les portes, mais tous ces groupes sont liés à une église et on nous a fermé la porte au nez à chaque fois. On nous a dit méchamment : « vous êtes un groupe sataniste et on ne peut pas chanter pour vous », alors que c’est une prière à dieu demandant le salut, ça n’a aucun sens ! Alors finalement, nous avons réuni des gens afin de créer notre propre gospel. Au XXIème siècle on pense encore que Blackrain est un groupe sataniste !
Franck : et que l’on égorge des agneaux !

Une anecdote de scène à nous raconter ?
Franck : la pire anecdote, c’est le festival que nous n’avons pas pu faire. On se déplace, on attend pour jouer jusqu’à minuit et lors de l’intro que l’on avait réalisée avec des sons d’orage et de pluie pour prévenir de l’arrivée de Blackrain, un véritable orage monstrueux inonde la scène et rend impossible le set.
Mathieu : la meilleure, c’est à la foire au vin à Colmart avec Motörhead, la femme de notre chanteur connaissait très bien Lemmy, elle passait beaucoup de temps avec lui malgré sa maladie. Elle a essayé de lui parler un peu de Blackrain, et Lemmy a demandé s’ils étaient bons ?! C'est sympa et drôle !

Je vous laisse le mot de la fin.
Mathieu : venez découvrir ce nouvel album, on y a mis toutes nos tripes depuis dix ans et venez faire la fête avec nous. Blackrain n’est pas seulement un cover band des années 80…