Cylew / l'interview !



Artiste :  Cylew

CD : « MOT3L »

Genre : Rock

Ville d’origine :

Paris / Los Angeles

Label : Ten Day Records

 

1.Western Sky
2.Like a Flare
3.Take it All
4.Outer Spaces
5.Like You
6.Sun
7.Jupiter’s Crash
8.Immaculate
9.Save Me
10.Be Mine
11.Wishing
12.Stalking My Prey
13.Dead or Alive


Membres :

Lady Cylew : chant, guitare
Arno Bascuñana : guitare, basse
Kriss Kilong  : batterie
JL Parrot : Basse (live)


Jupiter's Crash


Take It All


« Au-delà d’un style, ce qui m’intéresse ce sont surtout les chansons. Ce que j’aime chez Bob Marley avant que ce soit du reggae, c’est qu’il a écrit de putains de bonnes chansons qui peuvent être reprises dans n’importe quel style, quel que soit l’arrangement, ça restera génial.  »

Hugues Chantepie rencontre Arno Bascuñana / Guitare pour

boosteleson.com au Hard Rock Café de Paris


Pourquoi un tel mode/choix d’expression artistique, le Rock au sens large ? C'est culturel chez toi ?
Arno Bascuñana : c’est complètement culturel, j’ai grandi avec ça. Quoi de plus naturel que de prendre une guitare et jouer dans un groupe de rock ! J’ai toujours voulu faire cela et c’est même devenu mon métier puisque j’enregistre et produis des albums aujourd’hui.

Parle-moi de votre rencontre artistique…
La rencontre entre nous trois s’est faite par étapes. J’ai d’abord rencontré Lady Cylew, en 2007/2008 à l’époque de Myspace. J’avais découvert ses petites maquettes sur sa page et je l’avais contactée immédiatement. Elle avait déjà un groupe au sein duquel elle évoluait. Son bassiste est parti et, bien que je sois guitariste, je l’ai remplacé. Deux ans plus tard, le batteur est parti également. Connaissant Kriss depuis des années, ayant déjà travaillé sur des albums avec lui, je lui ai demandé tout naturellement de venir rejoindre le projet. Suite à plusieurs remaniements, je suis donc passé à la guitare et Cylew, qui au départ était plutôt le projet solo de Lady Cylew, est devenu un véritable groupe.

Quels sont les points forts de Lady Cylew ?
Déjà la voix, une chanteuse qui envoie et qui est surtout capable de chanter en anglais sans accent. Elle a grandi aux États-Unis, de plus en Californie qui est le berceau de la musique m’ayant donné l’envie de faire ce métier-là.

Et toi, personnellement, tu as vécu aux Etats-Unis ?
J’y vais souvent, j’ai fait quelques enregistrements là-bas et j’écoute essentiellement de la musique américaine. Je suis porté musicalement sur la côte Ouest des États-Unis et le Sud avec Nashville et toute la scène rock sudiste et country.

Tu peux me citer quelques noms ?
Un peu plus que rock, je vais citer Mastodon, un groupe d’Atlanta que j’adore. J’étais à l’Élysée Montmartre il y a quelques jours pour les écouter et j’ai eu la chance de faire une master class avec Brent Hinds et j’ai pu avoir un super cours de guitare ! Ce que j’aime dans ce groupe, c’est qu’il y a toutes les influences du Sud, lorsque l’on analyse un peu, on ressent une guitare venant réellement de la country et transposée à un metal complétement psychédélique. Il y a aussi tous les groupes de la côte Ouest des années 1990 qui m’ont profondément marqué, à commencer par Guns N’ Roses et Metallica.

Vous êtes quand même très éloignés d’un Mastodon…
Oui bien sûr, mais par exemple Lady Cylew, son chanteur préféré, dont elle adore la façon de poser sa voix, c’est James Hetfield !

Pourquoi trois ans pour se lancer dans l’aventure de cet l’album ?
En fait on a démarré cet album fin 2013. Il fallait avant tout avoir des disponibilités et en démarrant la production de ce disque, nous sommes entrés en studio en cherchant une méthode de travail. Ce qui a abouti – et ce n’est pas très original d’ailleurs – à se réunir dans un studio avec des micros, jouer les compos et essayer de faire des arrangements, de jammer dessus et de trouver des riffs. Il se trouve que nous avons adoré cette façon de travailler. On a tout d’abord réalisé une session de cinq jours et forcément, lorsque tu te lances dans ce processus de création, eh bien tu désires que tout le monde soit toujours présent. Et pour que tout le monde se croise par rapport au planning, ça a pris beaucoup de temps.

Vous possédiez tout de même la base de chaque morceau ?
Il y avait une trentaine de titres déjà maquettés guitare/voix ou piano/voix par Lady Cylew. À partir de cette base, on a pris dans chaque chanson de quoi faire tourner les morceaux.

L’ambiance durant ces cinq jours, elle ressemble à quoi ?
À part te dire que c’était génial, c’est une aventure extraordinaire de pouvoir créer de la musique et d’être dans un laboratoire permettant toutes les expérimentions possibles. Cette partie du travail n’a d’ailleurs strictement rien à voir avec la scène, c’est ce qui va lui permettre simplement d’exister. On a tellement conscience de notre chance que l’ambiance a été forcément bonne.

Tu me parles d’une base de 30 titres, la sélection est compliquée ?
La sélection sur les 30 titres n’est pas spécialement compliquée, on a quand même apporté au niveau de la production 18 titres, mais ce qui est difficile c’est le final et n’en sélectionner que 13. Tu t’aperçois que pour faire cohabiter des chansons sur un même album, tu crées des familles. Si tu veux vraiment donner une couleur, tout en ayant un panel suffisamment large, il faut éviter deux morceaux un petit peu trop proches.

Justement, je trouve que l’album démarre plutôt cool et fini très rock…
Ça s’est goupillé comme cela, c’est un voyage que l’on a essayé de développer au sein de ce disque. Au final, l’idée de Motel, de Road Trip, est vraiment née ainsi : tu changes de pays, de région, mais surtout d’état psychologique et de la même manière lorsque tu es sur la route, tu écoutes de la musique, tu tournes les stations de radio suivant ton état du jour. Cette idée est devenue une évidence au fur et à mesure de notre processus de création.

Vos influences et vos inspirations n’ont-elles pas tendance à être trop mélancoliques ?
C’est très personnel tout cela, mais c’est très légitime de trouver de la mélancolie dans la voix de ce projet dans le sens où Lady Cylew a quelque chose d’assez froid de prime abord, et même parfois s’apparente au gothique. Elle est riche de choses aujourd’hui et des morceaux comme « Take it All » ou « Save Me » sont à tendance plus harmoniques majeurs ; lorsque tu mets cela à côté de « Dead or Alive » ou « Sun » qui ont des tensions qui dramatiquement exacerbent le tout, oui, il y a une part de mélancolie. Je pense qu’au travers des textes, il s’agit plus de retranscrire des émotions, mais la nostalgie ce n’est pas forcément triste.

Puisque nous parlons des textes, Cylew écrit la totalité des titres ?
Absolument, mais nous donnons forcément notre avis, car lorsque tu te retrouves à mettre tant de pieds, tant de syllabes rythmiquement sur un riff de guitare, il y a forcément parfois des petits couacs, donc ce n’est pas tellement dans le final cut, la décision finale des mots qui vont être employés, mais plutôt dans la suggestion et là elle se remet à écrire. Mais c’est quelqu’un qui au fur et à mesure des prises peut décider de réécrire un petit bout pour que ça sonne beaucoup mieux.

Est-ce que ça vient du fait qu’elle travaille avec toi ?
Non, elle nous envoie des petites maquettes de temps en temps et il y a d’une maquette à l’autre ce petit travail qui est fait. Ce sont des choses qui s’apprennent et elle en est tout de même à son troisième album !

Elle désire aujourd’hui une réelle identité de groupe ?
Oui, comme je te disais, j’ai pris les commandes car c’est mon métier mais je tiens à dire que l’on a vraiment réalisé cet album à trois. J’ai joué les basses en plus des guitares sur l’album et je peux te dire que chaque ghost note de base qui a été rajoutée, Kriss à la batterie les a suggérées, on peut même dire imposées. Tout a été produit à trois jusqu’à la moindre harmonie vocale. Jusqu’à la décision finale du niveau de telle ou telle partie !

En résumé, suite au travail de Cylew, concrètement vous intervenez à quel moment principalement ?
Il y a déjà des textes et la plupart du temps les mélodies restent, même si elles peuvent changer parfois, nous intervenons seulement sur l’écrin autour. Tu t’aperçois que lorsque tu fais une suite d’accords, le fait d’en changer un seul te permet de garder la même ligne de chant, mais de provoquer une autre tension dans le morceau, c’est à ce moment-là que l’on se permet de « bousculer » Cylew s’il y a besoin.

Tu as produit, mixé, enregistré ? Que penses-tu avoir apporté ?
J’ai une patte particulière, je produis pas mal de rock en France, ayant été baigné dans le rock US et je pense vraiment avoir apporté cette vision de la musique.

Il y a un côté live dans l’enregistrement, c’est voulu ?
Oui, complètement, et on a enregistré en conséquence. Il y a pas mal de morceaux dans la prise définitive composés à 99% de la prise batterie et de la première prise à la guitare. Dans certains titres la prise vocale choisie est la toute première enregistrée, voire même parfois celle de la maquette. C’était une volonté de garder cette fraîcheur, cette spontanéité qui nous met dans n’importe quel endroit demain, même avec une sono dégueulasse, deux amplis et une batterie, on est capable de jouer tous les morceaux de l’album. C’était vraiment une volonté cet esprit live, en opposition à l’album précédent où il y avait beaucoup plus de machines. On avait privilégié un esprit électro rock, peut-être plus étoffé, mais là on ne voulait pas rejouer la même partition. Faire cet album à trois, c’était le meilleur moyen de retranscrire ce qui se passait en session.

Parle-moi de Kriss, que vous a-t-il apporté ?
Toute son approche sur les autres instruments. C’est-à-dire qu’un batteur va énormément suggérer un jeu de basse, suggérer le fait que tu vas « muter » (de l’anglais « to mute », étouffer) tes cordes sur un riff de guitare parce qu’il va monter son charley à tel endroit. Cette espèce d’alchimie en matière d’arrangement a été très importante pour nous trois. L’idée c’est, lorsque tu joues, que tu te retrouves dans une pièce avec un autre musicien, c’est l’interaction qui est importante, c’est la base de la musique. Etant totalement à contre-courant avec ce qui se fait aujourd’hui, sans avoir la prétention de faire quelque chose d’original, nous aimons cette musique telle qu’elle a été faite et ce procédé-là nous fait vibrer.


Votre musique est-elle plus brute sur les planches ?
Non, c’est vraiment très proche de l’album.


Êtes-vous un groupe hyper calé sur scène ou avez-vous une part d’improvisation ?
On essaie d’être hyper calé, oui. Tu t’aperçois que les gens que tu essayes de séduire, eh bien tu as de moins en moins de temps pour le faire. On vit dans une société qui est comme cela, alors je pense que si tu ne vas pas à l’essentiel, si tu fais durer trop longtemps certaines parties dans un morceau, tu commenceras à voir des gens aller au bar et ce n’est pas bon signe !


Que penses-tu apporter à ce style de musique aujourd’hui ?
Au-delà d’un style, ce qui m’intéresse ce sont surtout les chansons. Ce que j’aime chez Bob Marley avant que ce soit du reggae, c’est qu’il a écrit de putains de bonnes chansons qui peuvent être reprises dans n’importe quel style, quel que soit l’arrangement, ça restera génial. Ce qui m’intéresse vraiment aujourd’hui, c’est l’écriture de chansons et leur sélection par l’écriture.


Pour vous, l’anglais, c’est ce qui sonne le mieux musicalement ?
C’est surtout la langue de la chanteuse. De la même manière que j’ai un problème avec les gens qui ne chantent pas dans leur langue prétextant que c’est plus facile. A ces gens-là, je réponds : « Prenez conscience de la différence qu’il y a entre Lorie et Léo Ferré, il y a la même entre Britney Spears et Johnny Cash ou Bob Dylan. » C’est peut-être un peu hardcore ce que je dis, mais c’est cela !


Parle-moi un peu de l’Artwork…
On se posait des questions, nous avions envie de demander à des gens de s’en occuper. Un jour Lady s’est acheté un appareil photo, il y a déjà quelques années, et elle a commencé à prendre beaucoup de photos et à les retravailler. Elle a fait un essai avec cette photo prise lors d’un de ses road trips et ça a donné ce résultat. Vu que c’est un motel qui se trouve à Seligman, en Arizona sur la Route 66, ça pouvait fortement illustrer notre concept. Le 3 inversé c’est tout simplement le 3e album du groupe et la symbolique très forte que nous sommes trois, même si en live, nous sommes accompagnés par un 4e homme. Tu vois, il y a trois corbeaux sur la pochette et un quatrième caché !


Sur scène, vous avez donc un ajout ?
Oui, on est quatre. On a un bassiste, Jean-Lionel Parrot, qui a joué dans différentes formations à ce jour et vient nous prêter main-forte pour le live.

Aujourd’hui, vous vous sentez fermés musicalement dans l’avenir ou il y a d’autres instruments musicaux qui peuvent vous sembler intéressants à intégrer ?
Non, surtout pas enfermés. Cette semaine j’ai terminé le mixage d’un album avec un chanteur cubain à sonorité plutôt latine. Je ne sais pas si un jour je mettrais des cuivres, mais je pense que lorsque l’on aime la musique, on peut s’éclater sur beaucoup de styles différents, il ne faut pas rester obtus à tel ou tel instrument car ça ne rentre pas dans la case où on veut t’enfermer. Du moment que l’on fait déjà la musique que l’on aime et que l’on y met tout ce qu’il y a de mieux en soi, on ne peut pas être attaquable sur quoi que ce soit. Enfin si, mais il ne faut avoir aucun regret sur la façon dont on le fait : si on avait voulu mettre des cors anglais avec les chœurs à la fin sur « Dead or Alive » pour apporter une dimension encore plus dramatique, je pense qu’on l’aurait fait.

Justement, vous utilisez des chœurs, c’est important ?
Oui car nous chantons un peu tous, on est tous portés sur la voix et dès qu’il s’agit de mettre un écrin autour de la voix principale et de la mettre en valeur, on est vraiment partants pour le faire. Par contre, tu vois, un morceau comme « Sun », il n’y a pas de chœur, il y a juste la voix de Cylew et c’est suffisant.

Parlons des placements de tes solos de guitare…
On n’a pas vraiment réfléchi. Après, je suis guitariste avec tout ce que ça comporte, mais c’est vrai, ça apporte une nouvelle couleur sur cet album et Lady Cylew était en demande de ça également. A développer !

Sur scène, vous essayer de transmettre quel genre d’émotion ?
Avant tout, prendre du plaisir avec le public, autrement tu restes seul dans ta salle de répétition. Il faut aller chercher le public, regarder les gens, les haranguer, en fait j’adore ça. Le rock’n’roll c’est ça, j’ai eu la chance de faire des disques avec Didier Wampas, lui c’est vraiment son créneau d’aller au contact des gens, de leur donner quelque chose. Il dit lui-même faire n’importe quoi, mais je trouve finalement que son show est bien calé aujourd’hui, après autant d’années de carrière. Si tu ne veux pas faire cela, reste chez toi et ne fais pas dépenser d’argent au public. Les prix des concerts ne sont quand même pas donnés, tu ne fais pas payer 30 balles pour ne rien proposer. Il faut faire chaque concert comme si c’était le dernier, autrement ça n’en vaut pas la peine.

Le fait que Cylew soit franco-américaine, ça vous ouvre des pistes pour jouer outre-Atlantique ?
Le marché n’est pas moins saturé qu’ici, on a juste plus de contraintes en France car il y a moins de lieux pour jouer. En même temps il y a un marché européen accessible aujourd’hui. Donc avant de tenter quelque chose aux Etat-Unis, il y a des pays comme l’Allemagne où ça peut marcher et tous les pays frontaliers de la Communauté européenne également. On est en train de travailler dessus, mais c’est l’étape d’après ! Mais aujourd’hui on a un set de 1h30 entre cet album et les deux précédents, nous sommes prêts !

Le petit mot de la fin ?
On a hâte de jouer et que les gens viennent nous voir en live !