Interview Death Decline / Alexis (Chanteur)


Genre : Metal / Death Metal / Thrash Metal
Ville d’origine : Dijon
Album : The Thousand Faces Of Lies

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Tracklist :
01. Inside

02. Bury The Beast

03. Useless Sacrifice

04. Until the last human's Breath

05. The Thousand Faces of Lies

06. Network's Zombies Supremacy

07. Beneath the smile of the rotten idols

08. Red Dawn

09. Man with No Flag


Membres :

Alexis - Vocals
Mario - Guitar
Fab' - Guitar
Alex - Bass
Keyser - Drums



"Je pense que le plus gros problème de l’humain, c’est qu’on est le seul animal qui n’ait pas conscience d’être un animal"

Hugues Chantepie pour boosteleson.com


Pourquoi un tel mode d’expression artistique, le Death, Trash ?
Alexis (Chanteur) : et plus généralement la musique, quand j’étais môme, comme beaucoup tombés dans ce genre de musique, j’étais un gamin introverti, ne sachant pas trop quoi faire de ma peau avec beaucoup de mal à communiquer. Un jour un mec s’est pointé vers moi et m’a dit : « je suis bassiste dans un groupe de Metal et on cherche un chanteur » je lui ai dit : « je suis chanteur » mais c’était complétement faux. J’y ai été à la gueule et pendant six mois de répètes le guitariste m’a jeté ses chaussures à la gueule. Au bout des six mois ça a été un petit peu moins mauvais et on a senti qu’il se passait quelque chose. Comme beaucoup de gamins, j’aimais cet aspect communautaire du Metal et toute cette mythologie autour de ce style de musique. Je considère que j’ai eu la chance de ne pas avoir eu internet et d’être né dans un tout petit patelin de la Bresse où le peu de Metal que l’on avait se glanait à la force des contacts que l’on pouvait se faire à droite et à gauche. On se faisait également des expéditions dans la grosse ville d’à côté pour chercher des CD avec les sous de nos étrennes.

C’était culturel chez toi ?
Ah non pas du tout et je vais même te citer exactement les dernières paroles qu’a prononcées mon père à ce sujet : « musicalement c’est pas mal ce que vous faites, faudrait juste que tu fermes ta gueule ». C’était lors d’un concert de l’un de mes premiers groupes et par rapport à lui qui jouait du bugle à l’Harmonie de St Marcel, on était carrément dans le choc des cultures ! Mais il respecte mon choix, ma passion où je peux enfin me faire plaisir. La musique m’a apporté énormément, déjà au niveau des rencontres. Le Metal a cet effet cathartique où tu peux faire un exutoire de certaines de tes émotions. Pour autant je suis un gros amateur de blues, j’aime beaucoup le rock, le folk, mais tu ne peux pas cracher ta bille si tu ne gueules pas un petit peu. Pour moi le Metal doit être un engagement physique, un truc très violent au niveau corporel et c’est très bien pour les petits soucis de gestion des nerfs !

On ressent que c’était très important pour toi ?
Oui, la musique a pris un pendant très important dans ma vie. Lorsque j’ai eu des choix à faire entre une relation amoureuse et la musique il y a des copines qui ont pris la porte ou des patrons ma lettre de démission. Dès que je sentais qu’il allait y avoir un danger, j’ai toujours privilégié mon besoin profond, la musique.

Si un jour tu vas mieux, tu peux aller vers un autre style musical finalement ?
Oui, absolument, d’ailleurs il m’arrive de composer des choses plus légères à la maison, mais avec ma personnalité je ne suis pas sûr que ça s’arrête de suite. Au-delà du fait organique où tu craches vraiment tes tripes, il y a un aspect très fun avec la fraternité développée à travers un groupe. Je suis avec Death Decline depuis 5 ans, les mecs ont toujours été là pour moi et aujourd’hui c’est devenu véritablement plus qu’un groupe de musique, tout simplement une vraie famille. Lors de toutes les périodes un peu moches que j’ai pu traverser ces derniers temps, ils ont toujours été là pour me soutenir.

La force de Death Decline c’est quoi finalement ?
Parfois tu vas aller voir un concert où la musique ne te parle pas forcément, mais où tu vois des mecs se faisant tellement plaisir que tu repars avec le sourire et une bonne expérience. Je te donne un exemple : deux groupes qui évoluent au même niveau de notoriété, que j’aime beaucoup, Aborted et Benighted. Aborted en live c’est une machine de guerre froide, mécanique où chacun fait son taf d’une façon irréprochable, mais ça manque de cœur et de vie, alors que Benighted, tu sens des mecs plus décomplexés, ils s’autorisent des sourires, une complicité malgré leurs nombreux changements de line up. Pour moi ça fait toute la différence. Je n’arrive plus à prendre du plaisir sur un live si je ne sens pas les mecs en train de s’éclater devant moi. Nous, nous sommes vraiment cinq amis avant d’être des musiciens et l’on tient à garder cela, en live ça fait vraiment la différence.

Comme on parle de concert, votre musique est-elle plus brute sur scène ?
C’est réfléchi, taillé, préparé pour le live. On est un groupe de débrouillards ! On compose toujours de façon à ce que ce soit facilement restituable en concert. On n’est pas des grands compositeurs, on n’a pas des albums super chiadés avec des multitudes de pistes de guitare car pour nous c’est la force brute, la hargne de Death Decline. La scène c’est notre terrain de prédilection.

Finalement quel sentiment voulez-vous transmettre au public ?
C’est un échange d’énergie, si le public est au taquet, tu vas le ressentir et être deux fois plus chaud. Tu te nourris de la foule et la foule se nourrit de ce que tu lui apportes. C’est un exutoire collectif, tu rentres en catharsis, tu transcendes le côté violent pour y trouver du plaisir. Je ne sais pas si c’est simple psychologiquement parlant, mais en tout cas c’est une chose qui m’a toujours été bénéfique.

Votre méthode de travail, tu écris les textes ?
J’écris oui, lorsqu’un sujet m’intéresse je le note dans un coin, je bricole quelques ébauches de texte. Fab et Mario composent en majorité la musique, on se rassemble, on peaufine et lorsque le morceau possède à peu près son aspect définitif, je vois ce que le morceau peu m’inspirer et je pioche dans toutes mes thématiques, je cale les lignes de chant et ça prend forme jusqu’au titre final.

Tes thématiques principales qui te tiennent à cœur ?
Sur le dernier album ça va aller du titre « Bury The Beast » qui parle d’une période de ma vie où je n’étais pas dans un très bel état, « Network's Zombies Supremacy » une critique factuelle, un coup de gueule contre les dérives des réseaux sociaux. Des morceaux comme « Useless Sacrifice », « Until the last human's Breath » où je parle de notre forte capacité à foutre la merde et ne jamais apprendre de nos erreurs. À vivre dans le déni et répéter sans cesse les mêmes boulettes.

Par rapport à tes amis musiciens, par rapport à tes textes, il n’y a aucune censure ?
Moi je sais les terrains sur lesquels je ne veux pas aller. Death Decline n’est pas un groupe politique et ne le sera jamais. Je ne supporte pas cela ou bien il faut être très fin et je ne connais pas assez les arcades de la politique pour en parler. J’apporte surtout les textes car je ne pourrais pas chanter une chanson que je n’aurais pas écrite. J’envoie toujours un premier jet de mes textes aux gars et il s’avère qu’ils m’ont toujours laissé carte blanche. Le travail le plus coopératif entre guillemets qui a pu être fait c’est sur le titre « Beneath the smile of the rotten idols » composé par César notre ancien batteur et ça devait rester son leg pour le groupe. Comme il avait composé ce morceau je lui ai demandé quel thème il voulait que j’aborde. Je me suis donc orienté vers un sujet qui nous touche tous les deux, la réminiscence des dogmes, même si l’on se réclame tous plus ou moins athées on vient d’une religion judéo-chrétienne qui nous met dans un certain carcan depuis que l’on a débarqué sur terre. Je lui ai donc demandé sa validation avant d’attaquer les lignes de chant. Un des gros conforts dans Death Decline c’est qu’il n’y a aucun conflit d’égo, mais de toute façon je pourrais faire de grosses concessions pour eux. Il n’y a aucune frustration aujourd’hui, un groupe c’est un couple à cinq, on doit tout se dire au moment des choses et ça évite les petites rancœurs qui peuvent trainer.

Une petite parenthèse, tu es musicien ?
Fab te dirait que je suis le plus mauvais guitariste qu’il n’ai jamais vu ! Comme ils ont atteint un très bon niveau technique sur cet album je ne leur sers plus à rien. Je peux leur dire que je verrais bien un truc comme si ou comme ça, mais le problème c’est que je n’arrive pas à le jouer !

Mais as-tu besoin de jouer pour écrire ?
Pour écrire, non. Par contre ça me donne un avantage pour tous les trucs un peu plus personnels, comme mon petit projet Black solo. Autrement je suis bassiste dans un groupe de reprises où l’on joue du Maiden, Blue Öyster Cult … ce qui me permet d’avoir un côté un peu plus léger.

C’est vraiment la musique qui te sauve ?
Oui, c’est vraiment la musique qui me rattrape à chaque fois. Je crois que j’étais un faux introverti, j’avais envie d’aller vers les gens, mais il y a eu plusieurs évènements lorsque j’étais gamin qui ont fait que je ne me sentais pas de légitimité et je n’avais rien à dire aux gens. Le jour où j’ai intégré la musique je me suis trouvé un sujet pour communiquer. Dès que tu t’improvises musicien, sans parler d’égo, tu peux parler de tes expériences avec un bébé à nourrir car tu démarres comme chanteur dans un groupe et tu portes le projet vers l’avenir en progressant, en ajoutant des cordes à ton arc.

Tu as une belle histoire avec la musique
Absolument ! Elle m’épanouit, le travail a toujours été quelque chose de nécessaire. Je suis cuisinier de métier, j’ai travaillé dans les trois macarons, j’ai été assez haut dans cette carrière, j’aurais pu m’y épanouir, mais c’est lorsque j’ai côtoyé les meilleurs ouvriers de France que j’ai compris que leur musique à eux c’était la cuisine.  Ma musique à moi c’est celle que j’ai choisie aujourd’hui !

Parle-moi un peu du processus d’enregistrement et du Vamacara Studio (Clisson) ?
Hk c’est un nom qui est en train de monter avec une belle expérience sur la scène Metal. À l’époque de l’enregistrement il commençait à posséder de jolis noms, il avait fait le dernier Dvd live de Loudblast et bossé avec Dagoba. En terme de tarif il était attractif.
On s’est enfermé dans un gite deux semaines à Clisson et malgré quelques frictions, tout s’est bien passé. C’est quelqu’un qui a des convictions, des partis pris, un sens de l’accueil énorme et de management, après il ne faut pas que ça guidonne ! Il a cet avantage d’être musicien, un très bon chanteur, bassiste, guitariste, alors lorsqu’il fait des propositions c’est plutôt judicieux. On recherchait vraiment le regard d’un musicien sur notre travail et c’est un véritable confort. Par contre le processus de mixage a été un peu plus compliqué car nous l’avons réalisé à distance et c’est un peu de notre faute car nous n’avions pas encore assez de recul je pense. Il a donc fait comme lui l’entendait, c’est-à-dire quelque chose de brutal et sans concessions, pour quelqu’un comme moi venant du Black et aimant s’éclater sur du Death Old School ça marchait très bien, crade et agressif, la batterie était monumentale. Ça m’allait bien mais les autres ont trouvé ça un peu too much, c’est à dire, pour le public type Death Trash c’était un peu trop en matière de mixage roots.

La batterie bourrine bien quand même !
Oui mais avant c’était encore plus lourd que ça, on a un peu perdu au niveau des tomes sur le dernier mixage car la première mouture de la batterie était colossale. Du coup il a fallu trouver un compromis, avec des guitares un peu plus lisses sans être produit calibré à l’américaine, tout en restant audible avec le côté Trash, tranchant, sans perdre le côté bourrin. Ça a pris beaucoup de temps, de discussions, mais on a réussi à trouver un terrain d’entente satisfaisant tout le monde. Il est satisfait de l’album qu’il a sorti, sachant qu’entre-temps il a eu d’autres chats à fouetter, il a bossé entre autres avec les Tambours du Bronx. En résumé on est content de ce qu’il nous a fait.

Tu es quelqu’un qui communique beaucoup sur scène ?
Oui, j’essaye de trouver le juste milieu, j’alterne entre le mec vraiment énervé que je veux être lorsque j’aborde certains sujets et quelqu’un d’un peu plus famille qui se prend pas trop la tête tout en souriant.

Donc justement, une musique sombre, violente, agressive… il y a encore de l’espoir ?
Mes amis me considèrent comme un agréable misanthrope car je suis de jour en jour plus blasé par la société, notre mode de fonctionnement et je n’arrive pas à trouver ça normal. Pourtant honnêtement au fond de moi je ne pense pas que l’on puisse faire machine arrière, marcher tous ensemble vers un but commun et je me demande si ça vaudrait vraiment le coup. Je me dis que je profite juste du temps qui m’est imparti. Je pense que le plus gros problème de l’humain, c’est qu’on est le seul animal qui n’ai pas conscience d’être un animal. On ne peut pas trouver notre place dans tout ce merdier car on est persuadé d’être au-dessus alors que l’on est en plein milieu dans la merde avec tous les autres.

On peut parler juste un peu du travail de ta voix ?
Je suis de l’école organique ! Il doit y avoir un investissement physique au niveau du chant et te faire mal pour vraiment ressentir ton truc. Je ne pratique pas les chants où tu peux t’économiser, je gueule vraiment. Ça me met à mal car j’ai la condition physique que j’ai actuellement, du coup au niveau du souffle je vais tenir un concert, par contre si demain je dois faire cinq dates d’affilée ça risque d’être compliqué pour moi. Ce qui m’intéresserait pour pouvoir mieux gérer la respiration c’est faire un stage avec David Ferron pour corriger certains défauts car je ne peux pas continuer comme cela si demain on doit faire plusieurs concerts. Le maximum que l’on ait fait c’est trois concerts de suite et je sais qu’après je ne pourrai pas m’octroyer des fantaisies vocales. Ma voix Heavy me fatigue lorsque je la prends en voix de gorge et du coup je ne peux pas la faire trois, quatre jours d’affilée. Au niveau de la sonorité je ne suis pas mécontent de la voix et du timbre que j’ai développés avec les années, maintenant c’est l’endurance et la régularité sur lesquelles je dois travailler.

Présente et définis ton album en quelques phrases
Sincère, brutal et sans concessions, c’est vraiment dans cet esprit là que nous l’avons conçu. On a réalisé cet album pour montrer aux gens ce que l’on est capable de faire en live. Il existe pour vendre nos prestations live et dire à tout le monde ce qui va se passer dans un concert de Death Decline ! C’est un album qui sonne la guerre, un mix fait pour sonner brutal et pas spécialement dans la dentelle même si nous avons essayé de travailler sur des nuances, des reliefs mais dans tous les cas c’est un album pour foutre des branlées !

Donc le petit plus de Death Decline ?
Cinq amis qui se font plaisir et qui restituent tout ce qu’ils ont sur les trippes ! Sans prises de tête, ni conflit d’égo et sans péter plus haut que son cul. C’est sombre mais toujours avec le sourire !