Ni bassiste, ni tatoueur!

Interview Stof


Interview au Divan Du Monde (Paris)


Freak Kitchen, c’est un style incomparable servi par

des virtuoses suédois depuis

20 ans. Je me faisais une joie

de rencontrer le fameux

Mattias Eklundh, guitariste

hors pair et fondateur du groupe, bourreau de travail, Génie autodidacte de

la six cordes. Manque de bol,

il s’était organisé de son côté, une de ces fameuses

« Guitar Clinic », sorte de conférence sur la technique

et l’évolution de la musique, agrémentée de quelques leçons. Pas si grave,

ses deux acolytes Christer le bassiste, Björn le batteur,

sont là pour répondre

à une interview improvisée dans les loges du

Divan du Monde à Paris.

Je peux vous assurer que

l’on n’a pas été déçu du voyage.


Photo : © Hugues (Ugo) Chantepie


Artiste  : Freak Kitchen

(Freak Kitchen Music)

Album : Cooking With Pagans

Label : Tsp-Thunderstruck

01. Professional Help

02. Freak Of The Week

03. Sloppy

04. Goody Goody

05. (Saving Up For An) Anal Bleach

06. Private Property

07. Mathematics Of Defeat

08. I Don’t Want To Golf

09. Hide

10. Come Back To Comeback

11. Ranks Of The Terrified

12. Once Upon A Time In Scandinavistan





Photos : DR


Björn Fryklund & Christer Örtefors - Photos : © Hugues (Ugo) Chantepie - Divan du Monde (Paris)


Photos Live au Divan du Monde (Paris), A voir, ici !


Raconte-nous un peu ton arrivée dans le groupe.
Christer : Björn (le batteur) et moi-même somme arrivés dans le groupe en remplacement de Joakim et Christian ayant quitté Freak Kitchen en 2001. J’étais chanteur dans un autre groupe et nous répétions au même endroit. Je connais Mattias depuis que nous sommes ados et il a contacté mon bassiste pour savoir s’il connaissait un remplaçant potentiel pour Freak Kitchen. À ce moment-là, je lui ai dit : « je veux absolument être dans le groupe » et il m’a répondu : « mais tu es chanteur ! », « je sais, mais ne fais pas passer d’audition avant que je puisse le faire. », Et il a dit : OK.

Donc tu n’avais jamais touché une basse de ta vie ?
Christer : exact ! Je pense que j’ai eu une perte d’oxygène au niveau du cerveau lorsque je lui ai dit ça ! J’avais joué un peu de guitares rythmiques, mais jamais de basse. En fait, je pense qu’il ne faut pas se limiter, s’en foutre, il faut seulement se focaliser dessus et se dire : « voilà ce que je veux faire. ». Me voilà donc chez Mattias pour écouter les nouveaux morceaux, nous étions le premier janvier et il m’annonce que nous avions un concert le 27. J’avais donc 26 jours pour apprendre 17 chansons sans avoir jamais joué de la basse !

Et tu t’en es sorti comment ?
Christer : j’ai appelé un pote bassiste pour lui demander quelques conseils, il m’a dit : « cool, dans quel groupe tu vas jouer ? » « et bien, avec Freak Kitchen », « Avec Mattias Eklundh ? Tu as déjà joué de la guitare, tu connais donc les frettes, c’est un bon début… ». Il suffit d’être sérieux, j’ai donc pris cela comme un boulot et un challenge. Mon quotidien, c’était de me lever, d’emmener mes enfants à l’école, retourner à la maison, jouer, jouer et rejouer, puis déjeuner, sieste, jouer, jouer et rejouer, récupérer les enfants à l’école et la journée se terminait ! J’avais listé les chansons à apprendre et je les cochais au fur et à mesure, jusqu’à toutes les connaitre en trois semaines.

Incroyable ! Et tu n’as jamais douté ?
Christer : non, même si au début ce fut dur. Je ne sentais plus mes bras, ni mes doigts ! Je me suis demandé comment on pouvait jouer d’un tel instrument ! Et puis j’ai vu un mec superfin qui jouait de la basse comme un démon et je me suis dit : « c’est possible et voilà le résultat, seulement avec du travail ». Pour résumer, Mattias a engagé un bassiste qui n’avait jamais joué de la basse et un batteur qu’il n’avait jamais écouté !

Björn arrive à ce moment-là.

Et vous voilà donc embringué dans l’aventure Freak Kitchen !
Christer : Oui, pour la fin de la tournée de l’album « Dead soul men ». Ensuite, il y a eu « Move » et nous sommes venus pour la première fois en France avec Björn en première partie de The Ark.
Björn : Oui, sauf que The Ark a splitté à ce moment-là et on s’est retrouvé à finir la tournée en tête d’affiche. Cette première rencontre avec le public français fut un grand moment pour nous, il nous a réellement ouvert les bras et Il s’est passé quelque chose de spécial.
Christer : certaines des personnes ont demandé à être remboursées, mais nous étions capables de jouer des heures pour le public présent et au final, ce fut génial.

Et tu as d’autres projets ?
Christer : oui, en fait j’ai plusieurs groupes en Suède, beaucoup plus gros que Freak Kitchen (rires !), et je n’y joue pas de basse ! c’est un groupe de Rock‘N’Roll plus basique, dans le genre guitares Gibson, 1, 2, 3 (parfois 4 !) et go ! le genre de son te donnant envie de conduire une Harley et de boire des bières (Rires). Pour l’instant j’enregistre avec « Eagle Strike ». Mattias m’a proposé de venir enregistrer les chants à son domicile, il y possède son propre studio à côté de sa maison, au fond des bois. Le matin, il prépare le café et on bosse plutôt dans une ambiance à la cool. Maintenant il ne reste plus qu’à mixer l’ensemble.

Tu trouves le temps de tout faire ?
Christer : oui, car c’est un projet qui me tient à cœur. C’est le deuxième album et je voulais savoir si j’étais capable de tout faire moi-même. J’ai ramené tout le matériel dans mon appartement, genre 100 amplis Marshall dans la chambre, du matériel partout ! Heureusement que ma fiancée est plutôt patiente et tolérante, ce qui n’est pas vraiment le cas de mes voisins ! Pour le premier album, j’avais profité de l’enregistrement de l’album « Land of the Freaks », Björn finissait ses sessions de batterie et je lui ai demandé de faire mes drums sur mon album ! Du coup on s’est retrouvé avec un son identique à l’album de Freak Kitchen puisque l’on s’est servi du même matos.

Mais alors du coup comment ça se passe au sein de Freak Kitchen ?
Christer : C’est une dictature ! (rires), mais non, Mattias a une vision très précise de ce qu’il désire pour Freak Kitchen, malgré cela, il y a une véritable communication entre nous. Chacun apporte ses idées, ses chansons, on essaye plein de trucs et s’il y en a un à qui ça ne plait pas, il s’exprime et l’on passe à autre chose, jusqu’à ce que l’on trouve le bon équilibre. L’ambiance de travail est très démocratique.

« (Saving up for an) Anal Bleach » est une critique au vitriol sur la manière dont les gens usent des réseaux sociaux…
Christer : ces nouvelles technologies peuvent être de super-outils pour communiquer avec le monde entier, mais on n’a pas encore appris à s’en servir correctement. Nous sommes un peu comme des enfants dans un magasin de jouets, ou de bonbons. Les gens ont du mal à se contrôler, poste tout et n’importe quoi, comme si c’était la chose la plus importante au monde. Mais c’est juste un outil, comme un marteau, il faut savoir s’en servir pour construire. C’est très important pour un groupe, ça permet de communiquer avec les fans, de se faire connaître. Le revers de la médaille, c’est que les gens disent ce qu’ils pensent, mais sans en assumer les conséquences. Ils te disent que tu fais de la « merde », cachée derrière leur ordinateur, mais sans n’avoir jamais touché un instrument de leur vie, ils ne se rendent pas compte du travail que cela représente, de créer une chanson. Mais, dans le futur, quand on aura appris à bien s’en servir, ce sera un outil exceptionnel.

Mais pour vous c’est important d’être présent sur le Web ?
Blörn : bien sûr, quand on a joué en Inde, il y avait 3 000 personnes et nous n’avions aucune structure de distribution, ni de promotion sur place. Mais grâce à Facebook, les gens étaient au courant de notre venue.
Christer : de nos jours, c’est indispensable pour un groupe d’être présent sur les réseaux, on doit se servir des moyens à notre disposition pour avoir de la visibilité. Il y a quelques années, en Suède la seule manière d’avoir cette visibilité, c’était de faire l’Eurovision !

Comment ressentez-vous le téléchargement illégal ?
Christer : Aujourd’hui, les gens téléchargent des tonnes de truc qu’ils écoutent à peine. Ils n’ont même plus conscience du travail effectué et qu’il existe des gens se cassant le cul pour essayer de faire de bons produits. Ces individus ont un toit sur la tête, pendant ce temps-là, on n’est pas payé et si tu leur demandes s’ils peuvent vivre sans musique, la majorité te répond, non. Ils payent pour leur nourriture, mais n’imaginent pas investir pour de la musique. La faute revient peut-être aussi aux majors, ils ont surchargé le marché, certains groupes sont devenus milliardaires et les gens s’imaginent qu’ils n’ont plus besoin d’argent, mais hélas ce n’est pas le cas de toutes les formations. Mais le pire, ça reste Spotify, les gens ont le sentiment de payer, mais il y a un type qui a écrit une chanson pour Lady Gaga, il a eu 1 850 000 écoutes et il a touché huit euros ! Alors, oui, c’est plus dur qu’il y a 25 ans de vivre de sa musique. Les groupes ne gagnent plus d’argent avec leur CD et il est difficile de passer toute sa vie sur la route à faire des concerts.
Blörn : je ne sais pas si un jour Spotify redistribuera l’argent correctement aux groupes. Bien sûr, il a un deal avec les artistes « tu veux être sur Spotify, oui ou non. Tu espères gagner de l’agent : NON ! ». Voilà pourquoi certains groupes refusent. Ils ne font même plus de CD, ils balancent leur musique sur ITunes et font du live. Mais on aime bien l’idée de faire des CD, que les gens aient quelque chose entre les mains, un véritable objet.
Christer : mais il y a une personne, on ne sait pas ou, qui gagne de l’argent et pas forcément un passionné de musique, c’est juste un businessman ! Le pire c’est qu’il a l’impression de te rendre service !, c’est pareil pour les films, les gens téléchargent, c’est plus fort qu’eux, même s’ils ont conscience que c’est du vol, c’est tellement facile. Il faut que nous apprenions à nous servir et contrôler ce monstre que sont les réseaux sociaux.

La musique actuelle, ça vous inspire quoi ?
Christer : Ah ! Il y a aussi un problème avec les radios, elles diffusent en boucle toujours les mêmes chansons, les mêmes artistes, mais la musique, c’est autre chose. On est souvent sur la route et l’on croise pas mal de groupe comme nous, ils ne passent jamais sur les radios, et parmi eux, il y a un paquet de très bons groupes. Les radios ont aseptisé la musique avec le marketing, tout se ressemble et ça tue la créativité.

Finalement, ce déclin de l’industrie musicale est plutôt une bonne chose pour les groupes, ils ont pu reprendre un peu le contrôle de leur musique ?
Christer : dans un certain sens, oui, car si les groupes sont trop soumis à l’industrie, la musique ne va que dans une direction. Mais avec Freak Kitchen, nous n’avons pas vraiment ce genre de problème, parce qu’on s’en branle de ce que ces gens nous disent, on ne va pas se mettre une plante sur la tête parce que c’est la nouvelle mode. Je préfère mettre mon casque ! C’est un peu comme dans les années quatre-vingt, la majorité des combos faisaient plus attention à leur permanente, à leur look, qu’à la qualité de leur musique. Tout le monde se ressemblait et produisait la même musique. Et puis Nirvana est arrivé et les gens ont accroché, parce que ça ne ressemblait pas au reste, c’était proche d’eux. Ils se sentaient de nouveau vivant.

Mais tu es plutôt confiant pour l’avenir ?
Christer : à vrai dire, il y a pas mal de mutation dans la musique. Je ne sais pas ce que l’avenir nous réserve, mais il faut bien nourrir les gosses ! C’est pour ça que j’ai ouvert un studio de tatouage.

Tu es tatoueur ?
Christer : Oui, j’aime l’idée que les gens me payent pour leur faire mal (rires) ! et je peux leur imposer ma musique ! En fait, je ne suis pas tatoueur à la base, mais j’ai toujours beaucoup dessiné, j’ai une formation de graphiste. C’est un pote qui m’a dit « pourquoi tu ne fais pas de tatouage ? » et comme pour la basse, je me suis dit, Moi ? Non, je ne peux pas faire ça ? Si ? OK je le fais ! et j’ai appris et voilà. J’adore le style Old School, je le mélange avec un trait plus moderne. Mais si tu ne sais pas ce que tu veux te faire encrer, fais un crâne, on n’a jamais assez de crâne ! (rires).

Et bien merci à toi et à Björn pour ce « petit » moment de bonheur !
Christer : mais de rien, je suis un peu bavard, mais j’espère que tu auras un peu de matières à écrire et puis sinon, on se revoit une prochaine fois…