Édifice conceptuel !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


La raison d’être d'I-Machine pourrait bien devenir la source d’une autre conception de votre analyse des sons. La rencontre du metal, du rock et

de la techno nous fait perdre notre équilibre et fait fondre nos repères musicaux sous l'effet de la température et malmène notre mécanisme neurophysiologique. Le tout saupoudré de textes dans

la langue de Molière où votre esprit risque de percuter une véritable lame de fond et prendre conscience de votre oubli de respirer, de vivre

vos propres envies et d’accepter de ne plus vous cloitrer

dans vos habitudes.

Avec I-Machine « Que le meilleur s’exprime » ! Rencontre avec Fred, l’homme des mots et les deux frères

Seb et Lol, créateurs de riffs et de mélodies.


Line-up :

Fred, chant,
Seb, guitare,
Lol, guitare,
Dan, basse,
Steph, batterie.


Artiste : I-Machine

Album : L’origine

Label : Auto Prod

Production : I.MACHINE

Mixé au DEVENPROD studio

par Lauran Saulus,

masterisé par Olivier Planchard.

Tracklist :
    1- Carpe Diem
2
- Que le meilleur s’exprime
3
- Welcome
4
- Criminel
5
- L’origine
6
- Crazy
7
- La crise
8
- This something
9
- Lire en toi
10
- Ni dieu ni maître
11
- Big brother
12
- La mission


I-Machine "Crazy"


En écoute sur DEEZER




"On ne peut plus rien faire, plus pisser peinard !

la société nous lobotomise en créant des besoins inutiles.." Fred


Pourquoi le choix d'un tel mode d’expression artistique le « Rock »?
Lol : ça nous fait vibrer, ça nous prend aux tripes et cela ne s'explique pas. J’ai découvert le rock à seize ans presque par hasard.
Seb : j'avais quinze ans, hyper fan de Midnight oil et d'Inxs (groupes de rock australien originaires de Sydney) et ça m’a mis le pied à l'étrier.
Fred : pour moi, le rock c’est l'arrivée de Noir Désir aux alentours de mes dix-huit ans, mais petit, je savais déjà que je chanterai un jour, mais cela a pris un peu de temps ! J'ai également fait du piano et ça m'a permis de me perfectionner en chant. Cela a toujours été une évidence pour moi.

Et pourquoi le choix de fusionner le rock, le metal et la techno ?
Lol : les premiers à avoir fait un peu ça, c'est Mass Hystéria avec « Le bien-être et la Paix » en 1997 et à la découverte de cet album, c'est devenu une évidence pour nous. La techno c'est dans le ventre, il y a un bit à 120, 140, « boum boum, boum », c'est très intéressant, alors pourquoi s'en priver. Comme un cœur, il apporte l'énergie et le tempo.
Fred : en fait dans le groupe, tu as deux gratteux très metalleux, un batteur avec des samples technos et un chanteur rock et l‘ensemble fait I-Machine !

Vos premiers contacts avec vos instruments  ?
Lol : j’ai débuté par la guitare classique, sans prendre de cours au départ, moins facile à l'époque de trouver des masses d'informations, car internet n'existait pas. Et finalement, on a quand même besoin de quelqu'un pour pouvoir rectifier nos erreurs ! Ensuite, guitare électrique, une fois le doigt pris dedans, c'est devenu l'élément incontournable pour moi depuis vingt, vingt cinq ans dans ma vie.
Seb : directement l'électrique, sous l'influence de mon grand-frère ici présent, en le regardant jouer.
Fred : en fait, on a retapé un local avec des amis pour faire de la musique et chacun a commencé à acheter ces instruments en fonction de ses envies. Je m'étais procuré un clavier, mais c'était un prétexte, car je voulais réellement chanter. Je me suis donc offert un ampli avec trois entrées pour me permettre de brancher un micro pour le chant, ce que je n'ai pas tardé à faire, vu que le bassiste voulait s'improviser au chant et c'était catastrophique. Personne n'osait lui dire ! (rires) j'ai donc pris un jour le micro en lui demandant d'essayer. J'ai chanté et mes potes on dit : « Ok, toi tu dégages et toi, tu restes au chant ! » (rires) Ça s'est à peu près passé comme cela !

Fred comment maîtrises-tu les changements de rythme, de tonalités ?
Fred : je ne maitrise pas ! (rires)

Remarque, tu as raison, j'avais un peu repéré le problème ! (rires)
Lol : l'avantage, c'est qu'il y a beaucoup de morceaux dans la même tonalité.
Seb : ce n'était pas sa tasse de thé au départ, on l'a un peu poussé, car nous aimons bien qu'il y ait des screams (technique vocale popularisée par des genres dérivés du Heavy Metal et certains dérivés du Punk) pour faire plus moderne, plus contemporain au niveau du chant. On l’a donc titillé, car c'est une technique un peu particulière et il se perfectionne de jour en jour.

Fred, tu es autodidacte ?
Fred : non, j'ai pris des cours de chant avec plusieurs profs.

Parlez-moi des défis particuliers à relever avec cet album ?
Lol : le premier était de réussir à réaliser un véritable album. Maintenant, c'est de le défendre et de le faire vivre. Il fallait l'objet et le but n'était pas de jouer dans le garage. On avait l'apéro, mais il nous manquait le plat, on est donc passé à la bonne galette ! (rires) C'est l'heure de la bouffe, c'est ça ! (rire collégial) et le dessert le plus tard possible, tant que l'on peut prendre des plats...
Fred : pour ma part, mon challenge était de coller des textes français sur une musique comme cela. C'est un exercice que je n'avais jamais réalisé, car je chantais en anglais auparavant. Le groupe tenait au français, c'était donc une bonne chose pour tout le monde, car j'y tenais particulièrement. On voulait donner plus de sens à notre musique.
Lol : pourquoi l'anglais ? Sous prétexte que c'est la langue du rock ? Il y a des supers groupes espagnols, polonais, allemands... même si on ne comprend pas forcément le sens des paroles, on capte avant tout, l'énergie.
Seb : on peut même parfois être déçu par un groupe où l'on apprécie l'énergie, le son, lorsque l'on se penche sur le sens des paroles !
Fred : en français on cherche les textes, s'il y a la mélodie en plus c'est du bonheur. On cherche vraiment à trouver du sens en plus du son. On a gardé quelques textes en anglais, car certains morceaux sonnaient américain et nous n'arrivions pas à coller des textes en français. En tant que français et chanteur je m'approprie plus facilement l'émotion, retranscrire l'énergie avec la richesse de ma langue maternelle.

Alors, au niveau des textes, il y a une dictature de Fred ?
Lol : on en parle, mais pour moi c'est trop compliqué.  
Seb : on donne juste des suggestions sur des thèmes, des tonalités et des screams ou même un mot.
Fred : le ressenti du morceau provient souvent d'un seul mot en répète pour déclencher la créativité et je brode autour.

Vous concevez donc la musique toujours en amont ?
Lol : oui, la musique vient toujours avant la conception des textes, essentiellement avec des riffs de grattes où un sample qui envoie, c'est notre base de travail.
Seb : après, il y a une section rythmique et éventuellement du yaourt, s'il n'est pas directement inspiré et lorsque le véritable texte arrive, ne sonnant pas à l'identique, il peut y avoir des changements au niveau du son.

Vous êtes donc plus amenés à changer la musique que ces textes ?
Lol : oui, on va plus essayer de s'adapter au texte, mais bien sûr ce n'est pas une règle établie. C'est un consensus en fait.

Comment se passe le processus de création ?
Lol : on enregistre toutes les idées qui nous viennent, ensuite on partage tout ça au niveau du groupe et lorsque l'on mélange le tout et bien l'âme d'I-Machine prend vie. Ça ne part pas forcément dans le sens souhaité au départ, car lorsque je compose, je vais dans une certaine direction qui une fois partagée en groupe ne m'appartient plus et cela est parfois difficile. Lorsque tu composes tu entends le morceau finalisé dans ta tête, avec tous les instruments, sans pouvoir le jouer réellement. En général, je pose une boîte à rythme, une ou deux grattes, une basse et j'ai mon chemin, mon ébauche, mais rien n'est figé, tout peut changer et ce n'est pas un problème. On a un véritable échange comme dans un atelier de création.
Fred : j'ai mon petit enregistreur en répétition et je repars pour bosser mes textes chez moi, dans la voiture, partout en fait.(rires)

Alors, Fred, toi qui écrit, as-tu un univers littéraire particulier ?
Fred : non, franchement je lis peu, pas assez c'est certain, car cela permet d'avoir une palette plus riche et franchement il faut que je m’y mette. Ma lecture en fait, c'est l'écoute d'autres chansons à textes, Brel, Leo Férré, Damien Saez et Noir Désir, ils m'influencent, me guident dans l'écriture et tous les phénomènes de société.    

Lol et Seb partent sur une autre interview, je reste donc avec Fred pour parler de l'écriture...

Les thématiques principales des textes me paraissent sombres mais pleines d’optimisme. Où se trouve finalement l’espoir pour toi ? Dans la rébellion ou la constatation ?
Fred : je constate et je pose le problème pour essayer d'ouvrir les yeux.. On est quand même un peu mené par le bout du nez et j'en prends de plus en plus conscience, c'est affolant. Tout ça me fait peur, je pense que les prochains textes vont être chargés en émotion.  

Pourquoi commencer l’album par le titre « Carpe Diem »  
Citations : « Cueille le jour présent sans te soucier du lendemain » profiter du moment présent et en tirer toutes les joies, sans s'inquiéter ni du jour ni de l'heure de sa mort. « maintenant carpe diem » « jouisseur épicurien »


C’est une façon de démystifier la prise de conscience des titres suivants ?
Fred : prendre conscience que tu respires et que chaque seconde est importante, c'est vraiment de l'optimisme ! Le mettre en début d'album était réellement un choix. Dans notre société moderne d'aujourd'hui, on oublie jusqu'à respirer, de vivre nos propres envies et nous sommes cloitrés dans nos habitudes.

Dans «big brother» grosse critique d’internet, du monde virtuel ? une dictature ? Peux-tu me donner ta version des faits ?
Citations : « encore combien de mirador » « les écrans prennent le contrôle, il faut bien la cadrer cette tôle » « la vie se noie dans le réseau »
Fred : tu te sers de ton téléphone, ta carte de crédit, tu vas sur Google et tu es repéré tout de suite, on connaît immédiatement la moindre de tes envies, on a vraiment le sentiment d'être cerné ou alors je suis parano ! J'ai conçu mon texte, comme si nous n'étions qu'un matricule. Je me suis vraiment intéressé au problème, j'ai regardé dans quelle ville on était vraiment pisté par les caméras, le big brother, la toute puissance, etc. Ce n'est pas jojo ! Pour contrôler quoi, on se croirait dans un film futuriste. On ne peut plus rien faire, plus pisser peinard ! (rires) la société nous lobotomise en créant des besoins inutiles. Plus aucune communication, Facebook par exemple fait l'effet inverse en renfermant les gens chez eux et il ne communique plus que par quelques phrases, c'est complètement bidon oN se regarde le nombril. La jeunesse passe la journée à se prendre en photo et à s'envoyer des trucs, on pourrait penser que ça les rapproche, mais en fait, non.

Dans «l’origine» où se trouve l’espoir ? ce constat est déprimant ?
Peux-tu me donner ta version des faits ?
Citations : « le dieu moléculaire », « sentir le démon que tu traines, couler le poison dans tes veines » « prisonnier de la terre, appelant à genoux » « marchand de tumeur, labo investisseur »
Fred : je suis comptable à la base, j'ai travaillé pas mal d'années chez Monsanto dans l'agriculture en Normandie, on vendait des saloperies, des produits nocifs, c'était le début des ogm, etc et je m'y sentais vraiment pas à ma place. Un jour, je suis tombé sur un reportage sur Arte et j'ai quitté cette boîte pour aller dans le sud. Donc c'est vrai à la base, le texte est axé sur ce sujet, mais il est transposable à plein d'autres thèmes différents qui peuvent toucher l'être humain. Je ne cherche pas à dire les choses de façon directe, je préfère tourner autour et employer quelques images pour titiller les émotions des gens. En revenant au sujet principal, les agriculteurs sont prisonniers de Monsanto, ils sont obligés d'acheter leurs graines chez ce fabricant, et j'en passe, c'est déprimant. Ils créent leurs études de nocivité pour juger leurs propres produits, c'est particulièrement abominable et on bouffe toute cette merde. Ce qui est lamentable c'est que l'on est obligé de subir.

Dans « que le meilleur s’exprime » on sent la résistance, le combat et une lueur d’espoir. Peux-tu me donner ta version des faits ?
Citations : « On a deux pôles que le meilleur s’exprime », « les vents contraires nous poussent en arrière », « le côté sombre qui s’exprime, il faudrait essayer d’être zen », « je sais que la route est longue, que la rivière est si profonde ».
Fred : le yin et le yang. Dans ces temps difficiles, il ne faut pas que les côtés sombres passent devant le bon côté des choses. Il faut réfléchir, avoir du recul, bien sûr, on a tous une partie de nous qui va réagir sèchement, bêtement, mais il faut en prendre conscience pour pouvoir lutter.

Dans «ni dieu, ni maître» on peut y sentir un effet miroir avec les événements du 13 novembre 2015. Peux-tu me donner ta version des faits ?
Citations : « le meilleur du pire », « chercher le détail, trouver la faille » « Chercher les mots… » « choisir entre la haine et la peur » « le choix des armes, pour d’autres le choix des larmes » « puisqu’il faudra choisir le meilleur avenir, puisqu’il faudra encore faire tous les efforts »
Fred : je l'ai écrit avant, mais je voulais parler du Front National, le côté embrigadement des choses. C'est très pessimiste, car de toutes façons on sera toujours contrôlé et on retrouvera toujours les mêmes personnages lors des élections. Mais oui, ce titre peut s'adapter, car on parle de doctrine, de lavage de cerveau, bourrage de crâne, etc.

Avec tes titres, tu ouvres des portes à d'autres sujets à travers tes propres thèmes et je trouve cela intéressant. Ce n'était peut-être pas voulu, mais ça fonctionne très bien.
Fred : si si et je suis ravi que cela fonctionne.

Il faut écourter l'interview…

Vous cherchez à être porteurs de liberté, à travers votre musique ?
Fred : oui, bien sûr ! Délivrer un message c'est libératoire et c'est un formidable exutoire. Par rapport à mon métier, c'est mon Dr Jekyll et Mr Hyde. On nous presse tellement, que l'on a plus de passion, c'est terrible. Heureusement que l'on a ses exutoires pour exister.

Et l'ambiance de travail en studio lors de l’élaboration de l’album ?
Fred : ça c'est très bien passé, j'ai été un peu coaché pour ma voix et ça été très formateur d'avoir un regard extérieur sur ma prestation.

Est-ce que votre approche de la scène est plus brute ?
Fred : on est très proche de l'album, mais ça envoie !

Je vous laisse le mot de la fin.
Fred : venez nous voir, likez et allez écouter en concert tous les groupes qui se donnent la peine de jouer, c’est important.