Insatiable curiosité !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


« Rouge » est la vie, mais « Laissez faire », Incry libère enfin l’espérance tant attendue, rester dans les profondeurs

de la boîte de « Pandore », permettant désormais au simple mortel de supporter

son propre désaveu, influé par un

« Monde Virtuel »,

« Cannibale » et

« Sans visage ». Les mots bien pensés de Kourros s’évadent comme une bouffée d’« Oxygène » pour répandre sur la

planète un esprit

« Rock’n’roll » et nous distillent avec

une puissance

« Cannibale » « Le bonheur en prime ». Échange d’idées avec Kourros (chant/guitare) et Crow (batteur) sans aucune « Maldonne » dans le temple du Hard Rock café pour la sortie d’un album criant de vérité.


Line-up :
    Kourros - Chant
    Noug - Guitares
    Did - Basse
    Chris - Batterie


Artiste : Incry

Album : Pandore

Label : Balance Production

Tracklist :
    1- Oxygéne
    2- Rouge
    3- Monde virtuel
    4- Cannibale
    5- Pandore
    6- Copboy
    7- Sans visage
    8- Laissez=faire
    9- Tigresse
    10- Maldonne
    11- Le bonheur en prime
    12- Rock n' roll


INCRY

Cannibale (Clip Officiel)


INCRY

Monde Virtuel

(Official Lyric Video)


En écoute sur DEEZER


"Je pense qu’il peut y avoir de belles fleurs qui émergent de la merde

et qu’il peut y avoir des trucs sympathiques encore à vivre et à voir." Kourros


Pourquoi un tel mode d’expression artistique, le rock ?
Vous avez écrit un titre « Rock’n’roll » sur cet album, pouvez-vous approfondir un tel choix ?
Kourros : le rock, c’est avant tout le fait d'avoir été interpellés dès notre plus jeune âge par ce mode d'expression musicale. On ne peut pas vraiment situer l’âge, mais ça a germé naturellement en nous, ça s'est imposé comme une véritable évidence. Notre vie est Rock’n’roll et l'on base tout là-dessus.

C’est quoi une vie rock’n’roll pour vous ?
Kourros : c’est un choix de vie tournée vers la musique, mais toujours avec une attitude cool et provocatrice. Aller chercher le petit truc qui va titiller ton voisin, mais en le faisant dans un bon esprit et avec respect. C'est bien de faire des fucks, mais la difficulté est de toujours les faire au bon moment. Je ne dis pas « fuck » pour dire « je t’encule » et point barre, mais plutôt pour dire « ok je t’emmerde » mais gentiment. En gros, c’est ma vision du Rock'n'roll. Ça Rock et ça roule ! (rires)
Crow : ça déchire !

C’est ton avis également Crow ?
Crow : le rock, c’est avant tout la musique, mais c’est aussi une façon de vivre. Avec la musique, on ne vit plus une vie lambda. On compose continuellement, même sur la route et c’est un mode de vie comme un autre, mais à la cool !

Parlez-moi un peu plus du titre « Rock’n’roll », pourquoi ce besoin ?
Kourros : c’est entre guillemets, une célébration, une sorte de mise à l’honneur de ce que l’on aime en toute simplicité. On a placé ce morceau en fin d'album pour signifier que finalement, la boucle est bouclée. Quoiqu’on puisse faire ou essayer, d’une manière ou d’une autre il ne faut pas qu’on perde de vue, on fait seulement du rock pour nous et le public.

Depuis les débuts, comment pensez-vous que le groupe a évolué musicalement et humainement après deux albums et un EP ?
Kourros : il y a eu plusieurs périodes dans Incry, une première phase jusqu’à 2007, 2008 où effectivement, il y a eu beaucoup de recherches et d’essais. On était seulement un groupe, on ne se posait pas trop la question de savoir comment on allait faire pour se faire connaître et jouer en live. On en avait le désir, très motivés, mais ce n'était pas notre priorité. C’était avant tout faire de la musique, s’éclater et se faire plaisir. À partir de 2007, Incry a vraiment voulu réaliser des choses plus concrètes, alors on s’est mis à enregistrer, on a fait un quatre titres au bout de six mois, ensuite un LP au bout de deux ans, un single quatre ans et demi plus tard et l’album est venu en 2008. Donc tu vois, on s’est formés fin 2001 début 2002 et il nous a fallu six ans avant de faire notre premier album vraiment sérieusement. On n'y connaissait pas grand-chose, mais on s'est lancés et nous l'avons réalisé. Je me souviens avoir appelé toutes les radios en indé, un vrai taf !

C’était devenu un besoin à ce moment-là ? Passer à une autre étape ?
Kourros : oui je pense. Parce que tu prends conscience qu’en fait, tu ne pourrais pas vivre sans ça et tu désires le partager. Tu as envie d’aller au-delà, un fantasme et comme tout fantasme, on a envie de le satisfaire à un moment donné, donc ça bouillonne, ça bouillonne et ça explose. À force de sacrifier beaucoup de choses, finalement tu te dis : « pourquoi ne pas aller plus loin ! ». Après ce premier album, on s’est rendu compte que nous étions toujours tout seuls et ce n’était pas évident, alors le temps était venu de chercher un manager. On s’est donc entourés d’un premier manager, il nous a trouvé beaucoup de concerts dans les bars à droite à gauche et l'on a sorti « Rock.fr ». Une professionnalisation si j’ose dire ! On apprend un peu le métier, le milieu et à ne pas dire trop de conneries non plus, en ce moment par exemple ! (rires). Il faut faire attention, tu as des trucs pouvant vite te discréditer et du coup, les portes peuvent se fermer et ce n’est pas forcément constructif pour toi. Ça ne veut pas dire « tu ne peux rien dire », mais il y a un moment pour exprimer certaines choses. On doit également apprendre à démarcher un programmateur X ou Y. On en est aujourd'hui au 3e album, c’est encore une autre démarche, on a déjà un savoir-faire, un nouveau line-up avec Crow arrivé en 2012. Crow a fait la tournée de « Rock.fr », mais n’a pas participé à l’album, mais sur « Pandore » il a joué un rôle primordial, il nous a donné réellement un nouvel élan et un second souffle. Il nous a apporté énormément de choses au niveau visuel, ses capacités diverses, son enthousiasme, sans oublier son talent de musicien… Un nouveau souffle !
Crow : à la cool (rires)

Mais vous l’avez découvert comment ce fameux Crow ? Il faisait déjà partie du cercle ?
Kourros : non pas du tout, il avait déposé une annonce sur internet, on cherchait un batteur, du coup, on s’est séparés du 2e batteur.
Crow : Noug m’a contacté, j’ai fait une audition et deux jours après il m’appelait pour me dire « tu es pris ! ». Tout simplement !

Le feeling est passé tout de suite ?
Kourros : ouais c’est ça. Son style est très différent du 2e batteur, c’est le 3e dans la maison et vraiment on a senti qu’il y avait autre chose, il fallait absolument sauter sur l'occasion. Actuellement, on est plus dans l'esprit du live, on a conscience que l’album est une démarche importante, on en est très contents, plus que des autres même. On a une formidable carte de visite pour jouer sur les planches, travailler un show vraiment sympathique, pouvant vraiment plaire à un maximum de gens.

J’allais vous en parler plus tard, mais justement vous concevez votre live différemment ? Vous retravaillez tout ? Vous voulez que ça soit plus brut ?
Kourros : non, on veut que ça soit plus travaillé, le côté spontané c’est sympa, moi j’adore ça, mais tu n'es pas toujours dans l’efficacité lorsque tu fais ça, ça reste très aléatoire. S'il y a un art et la manière de retomber sur ses pieds à un moment donné, ce ne sera jamais aussi efficace que de travailler ton show sérieusement, certains placements, les lights, le son, les effets, comment va-t-on structurer le set, comment l’optimiser. On est beaucoup plus dans cette démarche à l’heure actuelle.

Vous êtes donc plus dans une optique d'un set vraiment calé, carré, construit.
Chris : construit le plus possible, oui !
Kourros : alors après, l’ultime serait d'avoir cette structure bien calée et pouvoir en extrapoler d’autres choses. Ça serait l’idéal !

Rien d’autre ?
Crow : non parfait (rires).

Avant de continuer sur l’album, vos premiers contacts avec votre instrument. Tu es guitariste également Kourros ?
Kourros : oui.

À la base ? Tu es devenu chanteur ensuite ?
Kourros : je suis multi-instrumentiste également comme Crow, j’ai commencé très tôt la musique par le classique, à huit ans, puis j’ai commencé le jazz et je me suis mis au saxophone, j’ai joué du sax jusqu’à 20 ans mais à 15 ans j’avais commencé à grattouiller puis à chantouiller et c’est à ce moment précis que j’ai vraiment découvert le rock et toutes ses possibilités.

Donc, ton déclenchement, c’est vers 20 ans, avant tu étais plutôt dans un univers jazz.
Kourros : tout à fait. Le déclenchement rock, c’est 15 ans. J’ai eu mes premiers groupes et j’ai commencé à faire du rock, à jouer des reprises de ce que j’écoutais sur ma platine.

Et le jazz ça ne t’es pas resté ?
Kourros : le jazz ça reste toujours en moi, mais évidemment, ce n'est pas en adéquation avec ma vision d'Incry. C’est mon jardin secret !

Bien sûr, mais tu ne te vois pas l’intégrer d’une façon ou d’une autre ?
Kourros : absolument pas. C’est vraiment un jardin secret, une autre facette de ma personnalité.

Et au niveau de ta voix ? Tu as une façon particulière de travailler ta voix ?
Kourros : J’ai étudié à l’école Atla. J’ai fait deux ans de formation aux techniques vocales, ça m’a beaucoup apporté et ça m’a donné des bases solides. C'est un véritable chamboulement de prendre des cours de chant, surtout lorsque tu viens du trash, je suis passé du coq à l’âne et il a fallu réévaluer, reconsidérer  le chant, repartir sur une autre technique vocale qui évolue avec les années et particulièrement avec le live. On peut travailler dans sa piaule, une fois que tu te retrouves confronté à un public quel qu’il soit, il y a un truc qui se façonne naturellement dans ta voix.
Crow : on dit souvent que lorsque tu arrives dans un groupe tu progresses énormément. Et c’est souvent ce qui se passe d’ailleurs !

Et toi Crow ?
Crow : alors moi, à partir de l’âge de 15 ans, je suis vraiment entré dans l'univers du rock. Mon oncle, mon père étaient guitaristes à leurs niveaux, j’ai donc fait assez naturellement de la guitare vers 14-15 ans.

Un univers rock quand même ?
Chris : oui tout à fait j’écoutais du rock, mon père écoutait du Led Zep, ce genre de chose et ensuite j’ai décidé de me mettre à la batterie depuis 8 ans. J’ai fait également un peu de piano, encore plus petit, vers l’âge de 8 ans.

La batterie ça a été une révélation à un certain moment de ta vie alors…
Crow : ouais, je sais pas, j’ai vu des batteurs qui me plaisaient bien, j’arrêtais pas de regarder des vidéos sur Youtube et j’ai eu envie de commencer la batterie, voir si ça allait m’intéresser. La batterie est passée devant la guitare et j’essaie de me concentrer plus sur cet instrument désormais.

Musicalement alors ? Les défis particuliers à relever avec Pandore après Rock.fr, c’était quoi le grand défi s’il y en avait un ?
Kourros : quand on a engagé la mission, je dirais que c’était de faire vraiment un truc nous correspondant plus sur le moment. Désormais, on a beaucoup plus de maîtrise sur le plan technique comme sur le but à atteindre. Avec un seul objectif, faire du rock qui envoie, c’est la volonté de cet album, avoir un truc plus rentre dedans, mais toujours éclectique.

Vous vous sentez fermés ou musicalement, dans l’avenir, il y a d’autres cultures musicales qui peuvent vous intéresser à intégrer ? Ou c’est comme le jazz, tu cloisonnes déjà le groupe.
Kourros : on n’est pas du tout fermés, cette ouverture instrumentale, elle peut être juste ponctuelle, Incry c’est deux guitares, un chanteur, un batteur, un bassiste avec des musiciens qui font également des chœurs. C’est notre base. Sur « face au mur » par exemple, on avait intégré des samples etc., on n’est pas fermés à ça non plus, mais tout doit être soutenu déjà par cette base forte.

C’est toi qui écrit ?
Kourros : oui, c’est moi qui écris les textes.

Y a-t-il quand même une collégiale autour de tes textes ?
Kourros : en fait, c’est assez curieux, en toute honnêteté, ce n’est pas la démocratie au sens large, mais les avis de chacun sont très importants. Si je crée un riff de gratte qui ne plaît pas à Noug, il va me le dire et vice-versa, chacun a sa façon de dire les choses en ménageant les susceptibilités et on est vraiment un groupe dans ce sens-là. A contrario, au niveau des textes on m’a jamais dit : « tu aurais dû dire ça ou tu aurais pu faire ça » et ce n’est pas plus mal parce qu'il y a tellement de choses qui décélèrent le processus de construction que ça nous fait déjà un truc en moins. Mais je veux pas rentrer dans le systématique « bon alors, qu’est-ce qu’on fait ? » comme on le fait déjà pour d’autres choses, tu vois. On prend des décisions communes, je dirais pas qu’on vote, mais on essaie vraiment d’avoir un consensus ! Sur les paroles, si on commence à faire un consensus, on est mal barrés !
Crow : chacun donne son avis.

Au niveau des idées vous êtes tous dans la même optique ?
Kourros : oui a priori ! On se fédère autour des mêmes principes.

Donc les thématiques principales, finalement c’est assez sombre mais tu gardes un côté très

optimiste ? Finalement, il se trouve où l’espoir ? Plutôt dans la rébellion, la constatation ?
Kourros : les deux. Je pense que l’esprit rebelle est important, je ne parle pas de révolution mais d’esprit critique et c'est ce que je cherche à développer à chaque fois. J’aimerais bien que ça se produise dans la tête de chacun, ce n'est pas une mission, mais si ça pouvait se réaliser. C’est frotter un petit peu, créer une émotion bonne ou mauvaise permettant de poser une vraie question. Je crois en ça et pour moi c’est du positif. Tout un chacun a la possibilité de se dire « non j’aime pas, mais pourquoi ? » « j’aime bien, mais pourquoi ? » et comment ça pourrait se faire mieux ou moins bien. Ça c'est le côté positif des choses !

Donc vous cherchez plutôt à être porteurs de liberté à travers

la musique ?
Kourros : exactement. Totalement. Complètement. C’est un des principes de base.

Alors, Pandore, finalement, vous cherchez à libérer l’espérance de la boîte de Pandore ?
Kourros : oui tout à fait.

Tu l’imagines comment aujourd’hui cette espérance, plutôt personnel ou en groupe ce combat ? Il est plutôt intérieur ou personnel ?
Kourros : elle commence de l’intérieur et puis on la communique sans même en parler. Tu ne sais pas forcément pourquoi, mais il va y avoir un mouvement qui va émerger, car à force de penser, les gens à un moment donné « paf », ils vont tous éclore en même temps. Parfois on a juste besoin de se regarder et ça part, donc oui je crois en cette espérance là. Par contre je ne crois pas au soulèvement et à la révolution subite, on est malheureusement beaucoup trop embringués là-dedans au niveau de la société et au niveau de la musique non plus d’ailleurs. Je pense qu’il peut y avoir de belles fleurs qui émergent de la merde et qu’il peut y avoir des trucs sympathiques encore à vivre et à voir.

Donc c’est libérer le piège ? Parce que « mise en garde des misanthropes » c’est quand même important aussi.
Kourros : tu parles des attentats là. C’est-à-dire que voilà, tout est dit quoi.
 
Le titre « Monde Virtuel » est écrit par Laurent Karila.
Kourros : co-écrit.

Co-écrit ? Tu peux m’en parler un peu ?
Kourros : oui bien sûr. C’est une rencontre qui s’est faite tout d’abord par le biais de notre manager. Laurent est adepte de métal, on l’avait déjà croisé plusieurs fois sur certains concerts et il aime bien ce que l’on fait. On s’est très vite rencontrés, son travail m’interpelle, m’intéresse, sa réflexion sur l’addiction par exemple. C’est vrai que maintenant que tu me le dis, ce titre traite de la liberté ou du moins de l’emprisonnement. Je pense que tout un chacun est addict à une voire plusieurs choses, c’est une généralité que l’on peut attribuer à tout le monde sans problème, même la nonne adepte à son crucifix et je pense que là-dessus il y a beaucoup de choses à dire. En dénonçant, on va en premier lieu souligner l’addiction aux jeux vidéo, mais on extrapole toutes les autres. On est dans un monde avec des œillères. Est-ce que ce ne serait pas salutaire de regarder un peu à côté ? La thématique avec Laurent est assez précise, avec juste trois mots par phrase, tout l’inverse de moi ! Ça a rendu la chose très intéressante.

Plus précisément…
Kourros : en fait, il m’a envoyé son texte, je m’attendais à un truc très complexe et puis pas du tout. À l’inverse, un texte très simple et je me suis dit que ça ne me ressemblait pas. Pourtant, je me suis libéré d’une certaine manière de voir les choses. On joue le jeu, on y va, on l’adapte, on traficote un peu le texte et puis c’est parti.

Tu as retravaillé un petit peu le texte alors ?
Kourros : légèrement, très légèrement. Vraiment en surface sur quelques mots, quelques tournures, pour lier quelques trucs.

Donc finalement c’est la première fois que tu es presque juste un interprète.
Kourros : oui carrément. C’est la première fois que j’interprète un morceau au sein d’Incry.

Et alors ton sentiment par rapport à ça ?
Kourros : pas de problème. Je trouve ça génial !
 
Ça reste quand même très différent ?
Kourros : Il faut que ce soit plein de sens pour moi, sinon l’expérience ne vaut pas le coup et tu ressens un sentiment complètement différent. Tu as un étendard à porter. Quand tu sais que ton pote addictologue sait réellement de quoi il parle, va droit au but, tu as beaucoup plus de facilité à dire « Ta la la, Ta la la… » et à poser tes couilles sur la table !

Mais ça, c’est peut-être propre à ta personnalité aussi ?
Kourros : peut-être.
(Rires) tu vas retranscrire « Ta la la, Ta la la… »

Bien sur !

Mais pour toi, c’était une façon de t’ouvrir ?
Kourros : oui, c’est indéniable et puis il y a une démarche forcément marketing là-dedans, on ne va pas se le cacher. En plus on a fait le clip lyrics du titre sur Youtube en avant-première en janvier sachant que l’album aurait du retard à cause d’un problème de production.

Le mot « libéré » revient souvent dans tes textes. Il représente quoi réellement pour toi ?
Kourros : et ben tu vois, tu es le premier qui me le dit.

J’ai pris des notes et je me suis aperçu que le mot « libéré » revenait tout le temps.
Kourros : et bien, c’est super intéressant ! Tout à l’heure on parlait de rock’n’roll, mais c’est ça aussi. Tu remarqueras et c’est ce que je disais à un de tes prédécesseurs, ce qui est curieux, c’est que récemment, j’ai regardé les stats du site internet d’Incry et j’ai eu une surprise. Le public qui s’intéresse majoritairement à Incry ce n’est pas le public metal, rock, même pas musical, quand tu regardes les stats, ce sont les amateurs de voitures.

Ah ouais ?
Kourros : ouais. Alors là tu te dis « mais je parle pas de bagnoles dans mes textes ! ». Qu’est-ce qui se passe ? Alors, il y a le côté voiture, la vitesse, etc., et après j’ai fait le lien, j’ai enfin compris qu’il y avait tous les motards. Tous les mecs aimant la bécane et qui dit bécane, dit liberté, je pense ce que je pense, j’y vais, j’assume, je trace ma route. Effectivement, je pense que l’on retrouve toutes ces sensations dans Incry.

Je trouve beaucoup d’optimisme dans « Laisser Faire » donc le titre peut surprendre. Cette société lobotomisée, sclérosée avec un manque de spontanéité. Tu peux m’en parler de ce titre-là ?
Kourros : je pense que là-dessus y a un leitmotiv. C’est un morceau positif effectivement. Je n’ai pas été forcément inspiré musicalement, mais ce morceau un peu optimiste m’a aidé dans ma vie.

J’ai vraiment senti l’optimisme en l’écoutant.
Kourros : une vague peut te prendre et t’emmener loin. Que ce soit pour prendre la bagnole, quand tu en as marre d’aller au taf, écouter une bonne musique, envoyer chier quelqu’un, quelle que soit le situation toujours être optimiste face à l’adversité. Le rock aide beaucoup à ça. Certaines musiques m’ont simplement, par quelques mots, encouragé à vivre mon truc à fond, en essayant d’évacuer un petit peu les merdes, les trucs qui te parasitent. C’est un leitmotiv. C’est aussi un message de te dire, voilà laisse faire ton pote, ton voisin ce qu’il a envie, laisse le faire son trip, mais par contre, toi fait ce que tu as envie de faire et agis. Arrêtons de cogiter et faisons notre putain d’envie !

On trouve toujours une note d’optimisme dans ta création, mais là, elle ressortait particulièrement à l’écoute.
Kourros : oui c’est ça. Alors c’est quitte ou double, il y en a qui l’aiment pas et d’autres qui l’aiment bien. Mais c’est fait pour ça. Pour l’écouter et donner la patate.

J’ai été touché par « Le bonheur en prime », c’est sûrement un effet miroir… tu peux développer là-dessus ? C’est quelque chose d’autobiographique pour toi ?
Kourros : c’est des sujets personnels dans lesquels je ne rentrerai pas mais effectivement ça parle de la maladie et du combat face à la maladie. Et la maladie concernant les proches surtout.

Mais ton texte s’applique à plein d’autres choses.
Kourros : exactement. Il se pourrait que j’ai été touché par différentes maladies dans mon entourage et qu’effectivement dans Incry j’aime beaucoup travailler sur la multitude. Dans un texte je ne veux pas que ce soit unilatéral. Que ça puisse être développé de différentes manières, que tu puisses te faire ta propre identification, ton propre développement et là-dessus encore, ce morceau apparemment marche relativement bien et effectivement, quelle que soit la maladie, c’est transposable finalement …

Mais ton titre va beaucoup plus loin que la maladie et s’applique à plein d’autres sujets.
Kourros : voilà, ça s’arrête pas à la maladie. Exactement.

Je ne t’ai pas trop parlé de musique. C’est vrai qu’on retrouve systématiquement le petit solo.
Kourros : pas toujours mais assez souvent.

Assez souvent au même endroit dans le morceau.
Kourros : oui c’est vrai. On l’a jamais fait au début et il se trouve qu’il faut suivre un cheminement. Tu ne vas pas de but en blanc mettre un coup de tête à quelqu’un. Il va forcément essayer de discuter un petit peu avant ou à l’inverse tu vas pas coucher avec une nana tout de suite, y a toujours un petit processus avant, plus ou moins long et à un moment donné le solo c’est la mayonnaise.

Donc c’est important dans ta structure de morceau.
Kourros : ce n’est pas fondamental, mais des fois ça permet d’emmener l’auditeur encore plus haut. Je vais te dire, en plus, on a la chance d’avoir un mec qui joue bien de la guitare, très précis dans les morceaux avec les solos plus instrumentaux, moi j’en fais quelques uns plus rock et on serait cons de pas le faire. Et ce n’est pas un solo pour un solo. Ça nous est arrivé par exemple dans « Rock’n’roll » on n’en a même pas parlé entre nous depuis, c’est un titre où nous avions prévu d’en jouer un. On s’est retrouvés devant le fait accompli, mais pourquoi un solo ? ça ne sert à rien et on ne l’a pas fait !

Juste une petite question rapide. Tes références ? Tu en as musicalement ?
Kourros : 300 milliards. Grosso modo, pour Incry, on a essayé de coller à des sons très américains, on a écouté les derniers albums de Slash et des groupes qui envoient du lourd, mais pas non plus trop metal. Parfois, des influences ressortent, tu ne sais même pas d’où elles sortent. Ça s’est façonné avec le temps. Incry a créé son truc sans aucune prétention.

Toi qui écris, ton univers littéraire ? Tu en as un ?

Qu’on te connaisse un peu mieux.
Kourros : divers et varié. J’aime deux sortes de littératures qui ne sont pas littéraires (rires). J’aime beaucoup la science-fiction, que ce soit fantaisie ou futuriste et je me documente sur la science.

Mais la science vulgarisée ou vraiment de la science ?
Kourros : c’est forcément vulgarisé à mon niveau. Si tu veux moi je suis issu d’un milieu scientifique, mes parents étaient scientifiques, mon frère est scientifique, moi je suis le vilain petit canard (il en faut toujours un) mais je baignais là-dedans, j’ai un raisonnement scientifique, c’est comme ça que je fonctionne quelque part et donc ça m’intéresse, les nouveaux trucs, les inventions, les avancées, qu’elles soient astronomiques ou historiques par rapport à l’évolution de l’être humain. Donc ce n’est pas de la littérature en fait, c’est de la lecture ! C’est mon univers.

Rapidement par rapport à vos clips ? C’est toi qui t’occupes de tout ?
Kourros : je n’ai aucune prétention. Je ne m’occupe pas de tout et si j’étais seul je ne ferais rien. Parce que je suis très bavard, lorsque l’on est plusieurs en interview je prends souvent la parole mais je suis un mec pas sûr de lui finalement. Je doute sans arrêt. Je suis fait pour être en groupe. J’ai beaucoup d’idées, ça fuse, mais à un moment donné y a quelqu’un qui a besoin de taper sur la table et me dire « bon ben, vas y on fait ça ! »

Tu es dans un processus de création où tu as du mal à stopper à un moment donné.
Kourros : voilà c’est ça. Quand je suis en studio je vais partir dans tous les sens, si on faisait ci, si on faisait ça etc., pour les textes c’est pareil !

Tu n’es jamais vraiment satisfait alors ?
Kourros : c’est ça. Maintenant, j’ai conscience qu’il faut savoir s’arrêter, mais ça, c’est l’expérience qui le dit. Ok tu t’arrêtes, tu feras autre chose plus tard. Si tu as d’autres idées et bien tu les mettras ailleurs !
 
On peut arriver à détruire quelque chose de bien quand on va trop loin.
Kourros : complètement.

Mais c’est la démarche artistique en général.
Kourros : totalement.

À force de vouloir, on efface des choses.
Kourros : complètement. Alors on rencontre ça encore maintenant en studio. C’est-à-dire que quand tu vas chercher à faire bien, à faire le top au niveau du son par exemple et bien là tu es plus dans la création propre. Le fait de chercher va remettre en question des choses musicales et ça va perdre de sa spontanéité, de son identité et être contre-productif.

Donc y a des membres du groupe qui sont plus à dire stop ?
Kourros : oui complètement. Did, le bassiste, c’est Rock’n’roll, on fait le truc et on se prend pas la tête. Si ça tenait qu’à lui, on s’arrêterait à la moitié de ce que l’on a dit. Bon, faut un juste milieu !

Donc ça fait un bon équilibre.
Kourros : voilà c’est ça.

Par rapport à la scène alors, vous avez une belle expérience déjà. Tu peux nous raconter quelques anecdotes ?
Kourros : ah écoute, il y en a plein. Par exemple où que l’on aille avec notre remorque et notre camion, on se fait systématiquement arrêter par les flics au péage jusqu’au jour où on est restés sur le bord de la route et on a dû appeler un copain. Des anecdotes j’en ai des tonnes. Ce n’est pas forcément intéressant de savoir ça, mais tu arrives chez ton pote, tu as l’impression que ça va être Versailles et puis tu t’aperçois qu’il n’y a pas de pieu dans l’appart. Comment on fait pour dormir ? Ou alors, il y a un pieu dans cette pièce, mais pas de fenêtre (rires). Mais c’est vrai que les anecdotes sont mieux racontées par ceux qui sont spectateurs. Quand tu vis le truc de toute manière, tu as toujours tendance à enrober etc. et c’est souvent plus marrant quand c’est cru de vérité.

La scène rock française elle t’inspire quoi aujourd’hui ?
Kourros : il y a beaucoup de talents, beaucoup de groupes qui se donnent du mal, le problème c’est que c’est free total, ça part dans tous les sens. Malheureusement, il y a très peu d’intérêt globalement en ce moment pour la scène rock et elle est toujours en perte de vitesse. Je ne sais même pas comment ça peut être possible !

Et toi tu sépares vraiment le rock du metal ou t’englobes tout le monde ?
Kourros : non j’englobe le rock en général. On peut séparer en deux petites boîtes, on va dire le pop rock qui est aussi en perte de vitesse et puis tu as la scène et le public metal toute faiblarde au niveau proportion, mais qui bénéficie par contre d’une hargne et d’un fanatisme énorme, un engouement génial. Donc voilà. Après on fait une boîte, on englobe les deux, ben ça va pas très bien c’est clair. Il y a d’autres pays où ça va mieux. En France, ce n’est pas terrible.

Ça toujours été un peu compliqué quand même.
Kourros : oui, ça toujours été compliqué, mais il y a encore une ouverture possible, le rock est immortel, mais au-delà de ça, je pense qu’il a une place prépondérante dans l’avenir grâce à sa puissance qui n’existe dans aucun autre style musical. J’ai eu la chance de pouvoir faire beaucoup d’autres styles musicaux et le rock incarne quelque chose de percutant qui mis à part dans le hip hop malgré sa simplicité au niveau instrumental, n’existe nulle part ailleurs. Le hip-hop et le rock ont beaucoup de similitudes, mais le hip hop explose et continue à se développer, mais le rock va rejaillir à un moment donné.

Pourquoi as-tu choisi de chanter en français ?

Tu es attaché à cette langue ?
Kourros : les deux. Il y a le fait qu’il y ait une entité, je rêve, je pense en français, je ne vois pas pourquoi j’écrirais en anglais, pourtant je n’écoute quasiment que des groupes anglophones et ça peut paraître paradoxal. En tant que créatif, je m’éclate et il y a encore beaucoup de choses à faire dans cette langue. Et puis le français est une langue internationale donc fuck !

Euh comment ?
Kourros : fuck (rires) et oui tu vois on s’appelle Incry, on a un nom anglais et on chante en français.

Vous êtes présents sur Facebook. Le contact avec les fans via les réseaux sociaux, c’est important ou pas ?
Kourros : oui très.

Indispensable ou important ?
Kourros : contact attention ça dépend dans quel sens. Ce n’est pas systématique. Dans un sens comme dans l’autre. C’est plus opaque que ça en a l’air et peu de gens manifestent leur présence réelle. Avec les moyens actuels on arrive à savoir quels sont les gens qui te regardent, t’observent, te suivent et ceux qui ne te soutiennent pas concrètement. Donc ce n’est pas si simple que ça. Mais bon, oui c’est essentiel, si tu passes à côté tu n’es plus connecté avec la nouvelle génération. Moi j’ai une gamine de 14 ans, elle passe sa vie sur son androïde et je pense extrapoler le phénomène à 95 % des jeunes de cet âge-là. Donc, si tu ne parles pas aux jeunes, tu parles à qui ? On est connectés à Facebook, par mail, on regarde les infos sur internet, on lit un bouquin et le journal sur son téléphone. Si on n’est pas présents sur les réseaux sociaux, on s’extrait complètement, alors c’est très bien, mais ce ne doit pas être le but ultime d’un groupe, mais partager un maximum de choses c’est une nécessité. Ça coule de source !

Vous êtes actifs en tant que membres ou vous avez quelqu’un qui s’en occupe ?
Kourros : on est tous actifs. On est tous sur les réseaux sociaux d’une manière ou d’une autre.

Il est l’heure de nous quitter, tu nous dis le mot de la fin alors.
Kourros : le mot de la fin c’est que ça déchire, il faut venir nous voir en concert, c’est ce qui prime. Tu vois, on parlait de liberté, c’est ce qui va rendre les choses plus faciles, créer des ponts et faire bouger les choses. Aller en concert c’est agir, pas spécialement d’Incry, mais tous les groupes émergents parce que payer 200 euros sa place pour voir Madonna c’est bien, mais pour le même prix, tu peux voir 10, 20 concerts de combos qui sont excellents, se donnant tout autant de mal et tout aussi créatifs qu’elle.

Justement tu penses quoi de rassemblements comme le Hellfest ?
Kourros : je suis partagé. Je trouve ça génial, cet engouement, mais c’est un peu la forêt qui cache la montagne et la montagne qui cache la forêt. Je pense que c’est à double tranchant, bien sûr je mets des parenthèses, c’est génial. Évidemment, ce serait fabuleux qu’Incry y joue, c’est super de se dire « putain en France il y a un festival qui déchire sa race » et en même temps quelle est la perspective d’évolution, quel est le changement qui va s’imposer, je ne vois pas trop pour l’instant. La question est posée.