Interview It Came From Beneath / Julien (batteur)


Genre : Metal / Deathcore
Ville d’origine : Lyon
Album : Clair Obscur

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Tracklist :

01. Ténèbres

02. Decline

03. Fading Lights

04. Circling

05. Optophobia

06. As The World Eats Itself

07. Clair-Obscur

08. Unworthy

09. Chased

10. Heat Death

11. Desert Hills


Membres :

Léo Muller : Vocals
Julien Ropert : Drums
Lorenzo Di Biase : Guitar
Nico Colère : Bass
Etn Lpz : Guitar



"…Même si notre musique est très noire elle est porteuse d’espoir, même si ça peut être dur à imaginer !…"

Hugues Chantepie pour boosteleson.com


Pourquoi le choix du Deathcore ?
Julien Ropert (batteur) : la musique m’a toujours passionné depuis tout petit. Vers mes 13 ans j’ai découvert Metallica et j’ai eu un coup de foudre pour l’aspect bourrin qui défoule sans oublier le côté mélodique très prenant et émouvant. Aujourd’hui j’ai un peu durci le trait musicalement !

C’était quelque chose de culturel au sein de ta famille ?
Non, j’ai plutôt été élevé à Brassens, Léo Ferré ou le rock seventies, mais à force d’écouter des choses de plus en plus violentes et bien j’ai fini par faire de la musique de bourrin !

Et c’est devenu un véritable besoin ?
Oui,  j’ai même joué un moment avec des amis dans un groupe de pop, c’était sympa, mais lorsque ça s’est terminé je n’ai eu aucun regret, mais le Metal c’est génétique chez moi.

Le premier contact avec ton instrument
Je ne l’ai pas vraiment choisi, j’étais très actif petit et ma grand-mère a trouvé l’idée géniale de me mettre à la batterie pour me calmer. D’ailleurs, ça a bien fait chier tout le monde durant  des années ! J’ai vécu des moments d’amour, mais également de haine avec cet instrument. Le gros avantage, c’est que mes parents ne me forçaient pas, je l’ai donc lâché durant quelques années, je n’étais pas le petit prodige de la batterie ! Pour en revenir à la question, rien ne me fait autant vibrer que cet instrument, autant sur la scène qu’en studio. En studio on peut prendre son temps et chercher des choses, mais c’est stressant également car on désire toujours faire mieux et plus on apprend plus on a le sentiment de ne rien savoir. J’ai de nouveau une belle relation d’amour avec cet instrument, avant ça pouvait être compliqué par moments techniquement car je trouvais que le groupe avançait plus rapidement que moi et que j’arrivais dans mes limites et ça me faisait flipper.

Le fait d’être en retrait sur la scène en tant que batteur, ça correspond à ta personnalité ?
Pas du tout, je suis hyper expansif, toujours prêt à faire le mariole, à parler et raconter des conneries. Mais jouer en bord de scène ça risquerait de me stresser, un truc de malade.

Comment le groupe a évolué depuis 2010, depuis ses deux EP et malgré de nombreux changements de line up ?
Je suis le dernier rescapé ! J’ai monté le groupe seul à la base et j’avais déjà composé cinq titres sur six du premier EP. Après on l’a fait vivre avec les amis et puis suivront les aléas de la vie, les choses changent et tournent dans une autre direction. Toute la première partie de vie du groupe on ne la renie pas, elle était plus orientée vers les codes du Death Metal / Metalcore. Il s’ensuivra l’arrivée du nouveau chanteur Léo il y a maintenant cinq ans et il nous a engagés vers une nouvelle orientation.  On est restés encore un petit moment enfermés dans certains codes et principes. Avec l’album d’aujourd’hui mon point d’orgue a été de dire, plus de labélisation Deathcore, le public choisira ! Par contre la priorité était de se faire plaisir, on vient tous d’univers musicaux différents et le but aujourd’hui était d’y mettre nos diverses influences sans complexe. Je pense même qu’avec plus de moyens et moins de limites techniques ça serait un véritable plaisir d’incorporer encore d’autres éléments afin d’enrichir notre musique.

Artistiquement ?
Lorsque l’on compose, on le fait à trois. Les deux guitaristes et moi on se pose devant le PC après le boulot. Il arrive parfois que quelqu’un ait rapporté un riff, regards appuyés et on rentre dans la phase de création. Sur cet album personne n’a vraiment apporté un morceau en totalité, c’est un travail d’équipe. Artistiquement tous les textes sont laissés dans les mains du chanteur, c’est son choix. il a une aisance pour l’écriture de ses textes en anglais, ses thèmes sont très personnels et sont une véritable introspection pour lui. Mais l’avantage c’est que l’on s’y retrouve tous à travers l’angoisse, l’anxiété et les choses basiques de la vie. Rien n’est imposé, Il faut savoir qu’il n’y a pas d’ancienneté qui prime dans le groupe, tout le monde est logé à la même enseigne. Tout le monde a le droit de s’exprimer au sein de la formation. Léo désire qu’on lui donne des morceaux maquettés et pratiquement terminés musicalement afin qu’il puisse se les approprier et poser sur les notes son thème et ses mots.

Une musique plutôt brutale, sombre, violente, y-a-t-il encore un peu d’espoir ?
Je pense que oui en plus, je suis quelqu’un d’hyper optimiste ! Ma mère dit tout le temps : « tu n’as pas fini de faire des trucs aussi tristes, tu n’as plus foi en la vie ». En fait je dois être un clown triste ! Il y a mille raisons d’être heureux, la preuve lorsque l’on s’écoute un truc triste et bien on est content de réaliser que l’on a des belles choses autour de nous. On vit c’est vrai des périodes de questionnement, mes parents pensaient que dans la période où je vis aujourd’hui les choses serait plus apaisées, mais hélas il existe des gens dignes d’être affublés du nom de dictateur dans des pays dit de liberté. Dans tous nos titres, il y a toujours un moment où il y a un riffing et des mélodies teintés d’espoir. Notre musique n’est pas triste du début à la fin il y a donc de l’espoir.

Donc ces petits breaks permettent à l’auditeur de ressentir une accalmie, de l’espoir ?
Oui ce sont des points de respiration, ça permet de calmer le jeu et de poser une certaine ambiance, autrement nous serions dans l’oppression complète, ce serait suffocant. Lors de la composition de certains titres non retenus pour l’album, c’était tellement oppressif que l’on se disait : « Eh les gars ce n’est pas possible là, on ne peut pas continuer ». Le morceau du milieu « Clair Obscur » devait juste être un interlude d’une trentaine de secondes et puis on l’a développé, on a incorporé des petites guitares clean et ça semblait une évidence. On sent tout de même encore l’urgence sur cet l’album et sur le prochain on pourra se permettre beaucoup plus de choses. J’adore cet album et il est vraiment sincère à 100 %.

Alors justement, avez-vous eu du mal à savoir quand vous arrêter dans le processus de création ?
Ça c’est la merde totale ! Rien que sur la compo pure et dure, après sept minutes d’oppression, on se disait : « bon, c’est bon les gars, les gens vont se suicider là ! ». En même temps lorsque l’album est terminé et que nous sommes dans la phase du processus du master et du mix, trop revenir en permanence dessus nous fait perdre la magie de l’instant.

Justement les petits leads sont rajoutés au dernier moment ?
Non, ils sont pensés pendant l’enregistrement.

Pourtant dans l’enregistrement elle est loin en retrait et ne colle pas à l’ensemble.
C’est voulu, comme quelqu’un vivant ce moment en parallèle de manière étirée.

En ce qui te concerne, la batterie est bien mise en avant, ça bourrine sec.
Oui et encore on n’y a pas été trop fort ! J’aime quand ça bastonne, mais il y a quand même des passages plus en finesse comme des petits jeux de cymbales. Hélas dans le master ce n’est pas trop ressorti car c’est compliqué. C’est dommage car on a fait plein de cymbales renversées… j’aimerais même dans l’avenir, on en a déjà discuté entre nous, aller chercher des trucs un peu plus fouillés dans les compos, même au niveau des cymbales et simplifier certaines choses autour.

Comment s’est passé le travail en studio, avec Etienne ?
Etienne était notre guitariste avant de partir pour des raisons personnelles. Toutes les guitares et la basse on été enregistrées chez lui dans son studio. Cela a été un processus très long car on réalisait ça le soir après le travail de chacun. La batterie a été enregistrée au Warm Audio à Lyon avec Fabrice notre ingé son depuis toujours et en live. Il a d’ailleurs participé également  à l’amélioration du mix et du pré-master. Le mastering a été réalisé avec Aurélien un ami qui a pu prendre du recul car bien qu’amoureux de cette scène là, il joue dans un tout autre registre musical, musique électronique entre autres. Il a pu me dire « ça ne va pas » car il écoutait le son dans sa globalité alors que moi élément par élément et j’avais perdu la lucidité sur ce qui se passait. Je suis ravi du travail effectué et ça a certainement changé la phase du disque.

Définis moi le groupe en quelques mots.
Ce n’est plus du Deathcore à proprement parler, l’autre jour on m’a donné une définition que j’ai bien aimée, du « Death Metal Prog ». Ce n’est plus du Deathcore basique écrit comme du papier à musique perpétuel.

Alors, la retranscription de l’album sur scène est-elle plus violente ?
À ce que l’on m’a dit, non. Ma copine détestant les musiques de bourrin m’a dit : « c’est très étonnant », on veut garder une énergie organique sur scène surtout ne pas avoir ce côté ricain, guitares millimétrées avec le son qui claque, où tout est joué de la même façon. Parfois un solo où des choses peuvent bouger en live et c’est très humain. On veut garder un côté rock’n’roll en concert. On peut très bien boeuffer sur  le riff qui va attaquer le titre. Moi je sais que je ne joue jamais un morceau deux fois pareil, j’ai une pratique à l’ancienne, comme certains groupes comme Genesis, il avait un break de tant de temps, mais ne faisait pas sonner à l’identique à chaque fois et je suis plutôt de cette école-là. Ça peut m’arriver aussi de faire un truc tout pourri !

Ce n’est pas grave, c’est la magie du Live, pas besoin de perfection !

Vous pensez être plutôt porteurs de liberté avec votre musique ?
On va dans un premier temps essayer de faire passer un moment agréable aux gens. Que ce soit l’auditeur en fond de salle qui a juste envie de profiter du son ou ceux qui se défoulent devant comme des cinglés. C’est vecteur de liberté dans le sens où c’est un moment où l’on s’échappe un peu, on partage. J’aime également la scène car ça fait énormément voyager comme nos tournées en Russie, avec les moyens du bord, tu es hébergé chez l’habitant, ces moments de partage sont formidables et inoubliables. Même si notre musique est très noire elle est porteuse d’espoir, même si ça peut être dur à imaginer !

Vous n’avez jamais eu l’envie d’apporter un chant clair dans vos compos ?
Dans le premier EP, on avait eu le chanteur de Stereotypical Working Class qui était venu chanter, j’avais adoré mais je trouvais qu’à ce moment précis ça servait la musique. Je ne peux pas dire qu’on ne le fera jamais, mais pas pour de mauvaises raisons. Je préférerais que se soient des intervenants extérieurs, des guests pour apporter un plus et servir la musique. Comme je rêve un jour de faire quelque chose avec des instruments classiques. Lorsque l’on voit des groupes énormes qui se font plaisir avec des orchestres gigantesques, ça doit tellement être grisant d’enregistrer cela.

Que peux-tu me dire par rapport à tous les pays que tu as pu visiter durant tes tournées ? Le public est-il très différent ?
Complètement, l’accueil, la manière dont il se comporte. La Russie c’est fou, c’est le pays où nous avons réalisé les plus grosses tournées, une date et mille kms par jour avec des accueils complètement dingues parce que pour eux c’est vraiment un exutoire, ils ne passent pas des journées sur le net à dire « supporte ta scène » et à ne pas se déplacer, ils sont là tout le temps. C’est vrai qu’il y a beaucoup de bagarres pour ceux qui se mettent devant, mais les mecs arrivent et ils connaissent les paroles par cœur. C’était complètement inattendu pour nous, on pensait que personne ne nous connaîtrait. Alors qu‘en Allemagne c’est très différent, personne ne nous connaissait lors de nos premières dates.

Parle-moi un peu de l’artwork ?
C’est ma tante ! il se trouve que ma tante est artiste peintre en néoclassique, type renaissance. Elle avait dit qu’elle arrêtait de peindre, je ne me voyais donc pas lui demander un tel projet, mais en discutant avec ma mère j’ai compris que ce projet pouvait lui faire plaisir. Ce fut le cas et je lui ai donc expliqué le thème de « Clair Obscur » et elle a été très emballée. Sans définir un thème particulier je lui ai exposé ma perception des choses et je lui ai donné carte blanche. Elle m’a soumis son idée et je lui ai dit « carrément ». Pour moi c’était évident qu’il ne fallait pas mettre le nom du groupe sur la pochette. Là, on livre un tableau, sans prétention aucune. Donc il y a à la fois cette douceur d’une plume confrontée au côté froid et glacial du clou, on a également la plume, l’oiseau, la liberté clouée au pilori, tout ça noyé dans ce grand moment de blanc et de pureté. Une plume noyée dans tout cet océan de noir. C’est vrai, c’est très gai une fois de plus !

Pour la note plus rock’n’roll, des anecdotes de live ?
Une fois notre van était en location, on a dû monter à Troyes dans ma veille Honda Jazz, en gros c’est une canette avec un moteur de tondeuse à cinq dedans avec tout le matos sur les genoux. On se paye les quatre heures de route, on arrive dans un club de motards, des mecs trop sympas et un monde de dingues. Pendant un morceau, un gars déboule à fond en moto au milieu et fait un nombre incalculable de burns, il y avait tellement de fumée, on ne voyait absolument plus rien pour jouer. Ce fut une soirée mémorable pour nous.
Autrement, lors de la tournée en Russie, il y avait entre nous et le groupe de première partie un entracte avec des stripteaseuses. Après c’est de l’art, je ne critique pas !
Après avoir vu des minettes de quinze ans en Russie qui te disent « prenez des shoots de vodka avec nous », elles boivent un litre et nous en deux shoots on est par terre.

Ce pays t’a réellement marqué ?
Je suis tombé amoureux de ce pays. J’y retourne régulièrement depuis car je suis resté très ami avec le tourneur.

Vous aimeriez retourner jouer là-bas ?
J’en rêverais, on a déjà fait trois tournées là-bas. Ce qui a tout stoppé, c’est que sur la dernière tournée, il y avait énormément de neige, il faisait -25° et il n’y a pas vraiment d’autoroute, ils n’ont que des trois voies très bizarres. À un moment le van a calé et un routier pensait pouvoir nous dépasser par la gauche et nous a percutés, ça a explosé l’avant. Par miracle le conducteur a juste été blessé à la tempe, on est tombés dans un ravin à 400 kms de la ville la plus proche et il nous restait trois dates à effectuer. Comme je gère les tournées, j’ai fait envoyer tout le reste de l’équipe dans un refuge et cet événement nous a explosé notre ardoise financière. Ils ont emmené le van dans la ville la plus proche Kirov, dans un garage Ford tenu par la mafia et les mecs me demandaient 2000 euros pour juste récupérer la carcasse. Il a fallu négocier avec le tourneur, car il ne parlait pas un mot d’Anglais. On pouvait encore mettre le contact du moteur, donc il nous restait encore une chance. Il y a eu des négociations, je n’ai rien payé, j’ai parlé de mon ambassade, etc. Du coup ils l’ont fait envoyer dans un garage avec cette fois-ci des mecs ultra-gentils, mais qui m’ont dit : « on peut te le réparer, mais à la Russe ». C’est-à-dire souder la porte à l’habitacle, changer le pare-brise avec un truc chinois en plexi, etc. On est donc resté quatre jours de plus dans la ville. Pour ne pas garder un mauvais souvenir de tout cela, il n’y a qu’une date qui a sauté et on a conservé les dates de Moscou et Saint-Pétersbourg. Le rétro bringuebalant, du plexi à la place des vitres, le retour fut dantesque. Ce sont vraiment des choses fortes qui nous ont marqués.

Parle-moi du recrutement de votre nouveau guitariste ?
On a fait une annonce Facebook à l’ancienne. Il s’est proposé, très gentil, super niveau, on s’est bien marré et comme on marche essentiellement à l’affect ça s’est fait tout simplement. Pour l’instant il n’a appris que les morceaux, mais ce qui nous a plu c’est qu’il nous a déjà proposé des choses.

Le petit mot de la fin
Surtout prenez le temps de décortiquer l’album !