Entrez dans

la danse !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Ancré dans les racines blues, Jesus Volt crée le miracle en rapprochant avec brio les styles musicaux pour écrire une bible du « swing » d’un nouveau genre. Dans un style épuré,

ils ont su mettre à profit toutes leurs expériences passées pour en faire émerger les subtilités cristallines des notes ayant écrit l’histoire du blues et du rock’n’roll. Le réveil de Jesus Volt ressuscite le swing pour vous transmettre son enseignement et donne naissance à une base d’un nouveau genre à travers

« blood on the dancefloor », alors buvez le sang de Jesus Volt et entrez dans la danse. Rencontre avec Julien (basse), l’un des quatre prophètes d’un nouveau genre.


Line-up :

 Lord Tracy :

Singer and harmonica

Jacques Méhard-Baudot : Guitar

Julien Boisseau : Bass

Olivier Hurtu : Drums


Artiste : Jesus Volt

Album : Jesus Volt

Label : Note A Bene

Tracklist :

01. Bullseye

02. Blood on the Dancefloor

03. Baby We're On

04. I'm a Jerk

05. Party

06. Money Man

07. Sons of Rome

08. 666 Devil Woman

09. The Chant

10. Burn with Me


Jesus Volt sur DEEZER


Jesus Volt - Bullseye


Jesus Volt - I'm a Jerk


© Photos Hugues Chantepie


" j’aime bien AC/DC, ils font du Hard Rock, mais ont gardé ce côté Blues et si tu enlèves le Blues, ça donne Airbourne. " Julien


Pour commencer comment définiriez-vous rapidement votre musique ?
Julien Boisseau : Du Heavy-blues moderne. En fait nous mélangeons tellement de choses, c’est difficile de se définir, mais c’est ce qui nous correspond le mieux. Vintage dans la façon d’enregistrer, mais moderne dans les sonorités.

Pourquoi avoir choisi le rock comme mode d’expression artistique ?
Ça remonte à l’époque où j’étais au collège, nous étions partis en voyage avec la classe et sur une K7 j’avais mis sur la face A toutes les merdes de l’époque et sur la face B « Back in Black » d’AC/DC. Bien sûr je n’écoutais que la face B, ça a duré un an et ça m’a donné envie de faire de la musique. J’avais 13 ans ! De plus, mes parents écoutaient beaucoup de musique, du jazz, du blues, je baignais vraiment dans la musique.

Et tu as attaqué la basse directement ?
Non, j’ai commencé par le piano, mais ce n’est pas facile en appartement ! Mon frère jouait dans un groupe, il m’a demandé si je voulais jouer de la basse et ça m’a bien plu. Je me suis aperçu qu’il n’y avait pas beaucoup de bassistes car tout le monde voulait être gratteux, donc ça m’a motivé à continuer.

Et la place du bassiste dans un groupe ?
Ce n’est pas forcément celui qui est devant et ça m’a vraiment tout de suite plu !

On commence à les voir un peu plus aujourd’hui, non ?
Oui, mais ce n’est pas forcément ce que je recherche, j’ai grandi avec AC/DC et bien d'autres, ce ne sont pas ceux que tu vois le plus, mais ils ont une place importante, le bassiste fait le lien entre les différents instruments. Et puis c’est un instrument complet avec son côté mélodique, mais aussi son côté rythmique.

Tu es dans le groupe depuis 2008, comment juges-tu l’évolution du groupe tant musicalement qu’humainement ?
Je suis arrivé en remplacement de Lenine Mc Donald, d'ailleurs ils sont restés en bons termes, mais il y avait des divergences artistiques, un peu d’usure sur la route, je suis donc arrivé un peu avant Olivier à la batterie. Xavier et Jacques sont fans de tout ce qui est seventies, Led Zeppelin, Van Halen, Deep Purple et ils étaient un peu frustrés de ne pas pouvoir faire ce genre de choses car ce n’était pas les influences de la section rythmique, chose qui a changé avec notre arrivée à tous les deux. Avec le temps, une évolution naturelle s’est effectuée et maintenant on tourne vraiment sur du rock vintage.

Et comment tu es arrivé dans le groupe ?
Je connaissais Xavier depuis un moment, on bossait parfois sur des projets parallèles, j’ai donc fait un remplacement lorsqu’ils étaient en galère de bassiste et puis c’est devenu définitif.

Le blues c’est un lien fort entre vous ?
Oui, c’est une racine que nous avons tous, mais nous avons également les mêmes influences.

Et pour toi le blues, ça véhicule toujours la même chose, un côté noir ?
Non, c’est vraiment la musique qui me touche, mais pas forcément les thèmes abordés. C’est de l’émotion pure. Quant j’étais môme, je ne captais pas un mot d’anglais, c’est vraiment la musique que j’ai pris en pleine tête, un peu comme lorsque tu écoutes un super morceau de classique, l’émotion pure. Je pense que c’est vraiment ce qui continue à toucher les gens à l’heure actuelle.

Justement, un des membres du groupe a déclaré « Si une musique pouvait absorber autant de styles musicaux, c’est bien le Blues », tu es d’accord avec ça ?
Oui absolument, c’est la racine de tout. Miles Davis a déclaré « Si tu ne comprends pas le Blues, tu ne peux pas comprendre le Jazz ». C’est pour ça que j’aime bien AC/DC, ils font du Hard Rock, mais ont gardé ce côté Blues et si tu enlèves le Blues, ça donne Airbourne. J’aime bien, c’est rigolo, mais je m’en lasse rapidement, tu te contentes juste de secouer la tête. Il y a vraiment autre chose dans AC/DC, c’est beaucoup plus subtil que ce qu’on peut imaginer.

Et comment tu ressens cette subtilité ?
Dans une soirée, si tu mets AC/DC en fond sonore, tout le monde va se mettre à secouer la tête parce que ça swingue, ce swing fait toute la différence et touche les gens. Lorsque ça ne swingue plus, ça m’intéresse nettement moins. Une musique comme Rammstein, j’aime bien, ça doit être sympa à voir sur scène, mais ça me lasse rapidement, c’est trop froid, trop clinique, trop Allemand quoi !

Mais là, vous vous êtes un peu éloignés du Blues pour faire un truc plus Rock ?
Oui, mais c’est une évolution naturelle déjà amorcée sur l’album précédent, nous avons laissé toutes nos influences s’exprimer, pas uniquement le Blues.

Et votre producteur Marc Opitz vous a aidés à aller dans ce sens ?
Pour l’album précédent c’était notre première rencontre donc il ne nous a pas trop poussés dans une certaine direction. Cette fois, il est arrivé en nous disant qu’il fallait absolument que nous trouvions le son qui nous corresponde en tant que musiciens. C’est pour ça que l’album est plus court, mais aussi plus dépouillé, il voulait nous emmener vers l’essentiel : une basse, une guitare, une batterie. Un peu de claviers, mais pas 50 plages de guitare les unes sur les autres. Il nous a fait virer le superflu, il a vraiment un regard extérieur  que forcément nous n’avons pas quand nous composons. Lors des phases de création, nous sommes quatre à apporter nos idées et ça part un peu dans tous les sens. Il a réussi à nous canaliser en nous disant : « ça ce n’est pas bien » mais aussi « ça c’est bien » et pour cette raison nous avons beaucoup travaillé en studio, parfois nous réécrivions des passages le matin, voire même pendant les prises. Moi je me suis régalé avec ce mode de fonctionnement. Même si parfois, c’est un peu difficile, car tu penses être au point, mais tu es tout le temps en train de chercher le truc qui va bien. C’est génial !

Vous l’avez rencontré comment ?
« Hight Voltage » d’AC/DC est notre album de chevet et c’est une production Marc Opitz. Comme il était toujours en activité, nous l’avons contacté, nous lui avons envoyé une maquette et notre univers lui a plu et c’était parti. Ce qu’il y a de bien avec les anglo-saxons, c’est qu’ils parlent d’abord de musique et ensuite de pognon. Même s’ils n’oublient jamais de parler d’argent !!!

Du coup vous êtes des mecs plutôt ouverts aux critiques et aux avis ?
Complètement. De plus Marc n’est pas n’importe qui, il a quand même travaillé avec AC/DC, Kiss et INXS, donc quand il parle, tu l’écoutes ! Et puis il n’est pas là pour être en conflit, donc même si pour nous ce n’est pas toujours facile d’entendre que ce que tu as fait n’est pas terrible, il t’explique pourquoi, il y a une vraie discussion. Mais au final, nous décidons nous même si un truc nous plait vraiment et nous le gardons.

Et tout ça a du vous prendre pas mal de temps ?
Un mois. Mais c’était aussi l’intérêt de la chose, le but n’était pas juste de faire les prises et de mixer, nous voulions aussi tester certaines choses en prenant le temps.

Et l’ingé-son Peter Deimel, il vous a apporté quoi, un complément ?
Clairement oui ! Pour moi c’est un des meilleurs ingé-son du monde. Il a monté son propre studio considéré comme un des meilleurs au monde. Tout est en analogique. Son frère est luthier, il y a des grattes et des amplis de folie, alors déjà, rien que pour travailler tu es dans une ambiance géniale. C’est dans un vieux corps de ferme, vers Angers, au milieu de nulle part, il n’y a même pas un rad aux alentours, donc tu ne risques pas de perdre le chanteur ! Du coup Marc s’est concentré entièrement sur le boulot de production car il avait confiance en Peter pour le côté technique.

Du coup vous avez quand même quelques anecdotes à raconter ou vous avez été très sages ?
Dans l’ensemble c’était assez studieux et puis nous n’avions pas de budget pour les stripteaseuses. Non, le seul truc c’est qu’Olivier attendait d’être papa lorsque nous étions en studio, du coup, il a tout bouclé en trois jours. Le dernier soir il nous dit : « Bon, on va quand même se prendre un petit apéro pour fêter ça !» Et puis, il a eu un doute, sur le fait de boire, et dans la nuit il a eu un coup de fil pour rentrer sur Paris, récupérer sa femme et partir direct à la maternité ! Nous avons considéré ça comme une bonne étoile.

Des défis particuliers à relever ?
Le fait de continuer à travailler les morceaux quand tu es censé les enregistrer, ce n’est vraiment pas évident.

Alors justement, la création au sein du groupe se passe comment ?
Nous bossons beaucoup à deux avec Jacques, nous peaufinons les morceaux. Ça peut partir d’un riff, d’une partie de batterie, plus rarement d’un texte. Puis on se réunit et chacun amène ses idées. Et pour terminer, nous avons envoyé des prémaquettes à Marc en essayant de respecter son mot d’ordre : « Feeling et mélodies ».

Au niveau des textes, vous avez des thèmes récurrents ou ce n’est pas très important ?
Disons que nous essayons de ne pas raconter n’importe quoi, mais on reste dans les thèmes du Rock’N’Roll, les filles, l’alcool, mais toujours au second degré.

Donc pour vous c’est l’Anglais ?
Définitivement oui, Nous avons essayé le Français dans d’autres projets, mais cela ne fonctionne pas. L’Anglais colle beaucoup plus à ce genre de musique.

Sur le morceau « Blood on the dancefloor » il y a toute une palette de références que l’on retrouve moins sur les autres morceaux, c’est vraiment une chanson particulière ?
C’est une chanson que j’aime beaucoup. C’est une idée que nous n’avions pas trop travaillée, Marc a trouvé qu’il y avait quelque chose et il nous a proposé de l’aborder comme les Stones abordent le Funk, c’est à dire dans le style de « Hot stuff » ou ce genre de morceaux. Donc, nous  avons essayé de trouver le groove tout au long et il y a eu la touche magique de Mike Lattrell au clavier. Il a accompagné très longtemps Popa Chubby. Nous l’avons rencontré sur une tournée et nous avons pensé à lui pour faire les claviers sur un ou deux morceaux et finalement il est resté en studio avec nous. Et sur ce morceau, il nous a pondu ce son très seventies que j’adore.

Et la suite, vous comptez prendre un peu le temps ?
Pas spécialement, nous aimerions bien faire une sorte de trilogie avec la même équipe technique, pourquoi pas partir un mois chez Marc à Melbourne. Je sais qu’il revient en France en juillet et nous avons déjà quelques chansons à lui faire écouter. Donc pourquoi ne pas retourner en studio en 2017.

Le trabendo ?
Nous avions hâte de jouer au Trabendo à Paris et de plus j’adore cette salle. Ensuite, ce sont les White Miles pour notre première partie. C’est le groupe qui a ouvert pour les Eagle of Death Metal lors de la soirée tragique du Bataclan. Nous étions heureux de les accueillir pour qu’ils puissent remonter sur scène et faire un gros fuck à ce « petit monde ». C’était une belle symbolique pour nous.

Vous avez des anecdotes de concert ?
Comme tous les groupes qui sont un jour partis en tournée nous avons eu notre lot de Blues Brothers ! Je n’étais pas encore dans le groupe, mais une fois, alors qu’ils sortaient de chez Norauto pour changer les pneus, ils ont perdu deux pneus à 120 km/h sur l’autoroute. Xavier a fait péter la terre entre le micro et l’ampli sur un festival Belge avec les organisateurs qui nous disent « Maintenant nous comprenons pourquoi vous vous appelez Jesus Volt ! ». Les concerts où tu n’es pas payé, où tu te retrouves sans hôtel, c’est sans fin. Spinal Tap en ont fait un film, nous, nous pouvons en faire un feuilleton !

Vous retravaillez vos chansons pour le live ?
Pas vraiment car  elles sont composées principalement en live, donc elles tournent déjà pas mal comme ça. Et comme il y a plus de mélodie qu’auparavant, c’est encore plus aisé. Le seul truc abordé différemment, c’est l’absence de clavier sur scène et nous compensons en envoyant un peu plus la sauce. Même si nous aurions bien aimé avoir Mike au moins pour le concert du Trabendo, mais il était en tournée pour deux mois.

Qu’est ce qui nourrit ton inspiration ?
Toutes les petites choses du quotidien et le fait que nous ayons aussi des projets persos. Jouer avec d’autres personnes avec d’autres influences, c’est très bien pour l’inspiration. Par exemple, je joue dans un groupe beaucoup plus Folk/rock.

Les réseaux sociaux c’est important ?
C’est un passage obligé, mais c’est cool. Il faut juste savoir s’en servir, mais c’est obligatoire d’en avoir un. De nos jours, les tourneurs vont sur Facebook ou Youtube et cherchent des vidéos pour voir ce que tu donnes, même si la plupart du temps c’est filmé au portable. Donc autant le faire soi-même avec ce que tu considères comme étant de qualité. Et puis il y a le contact avec les fans qui est important. Il n’y a que Twitter où je ne comprends rien, je dois être trop vieux !!!

La scène Rock Française, elle t’inspire quoi ?
Ça dépend de quelle scène tu parles. Si tu me parles des Innocents aux Victoires de la musique, je ne considère pas ça comme du Rock. Je n’ai rien contre eux, ils font même du bon boulot, mais bon… Sinon il y a beaucoup de choses dans le Metal. Et puis il y a tous les groupes que l’on rencontre en festivals.

Et le côté vintage qui revient à la mode ?
Ce n’est pas fait pour nous déplaire, on se retrouve complètement dedans et ça permet d’ouvrir les plus jeunes à notre musique

Comment tu vois l’évolution de Jesus Volt maintenant ?
Les feux sont au vert ! Marc vient de nous présenter Note A Bene, un label indépendant qui fonctionne bien, il vient aussi de nous faire rencontrer Olivier et Roger de chez Replica,  qui sont ce qui se fait de mieux en attaché de presse en France. L’album a eu bonne presse et pour l’instant nous ne déplorons aucun retour négatif. Et puis le travail fourni depuis trois ans commence à porter ses fruits, nous avons pas mal tourné, nous avons fait la première partie de ZZ Top, donc le nom commence à être un peu connu.

Le petit mot de la fin ?
Venez nombreux aux concerts !