JIMM « Distorsion Cérébrale »

Interview Chantepie Hugues pour boosteleson.com / Replica Promotion



Artiste : JIMM
CD : « Distorsion Cérébrale »
Genre : rock / metal
Maison de disque :

Juste Une Trace

    

01 : Big Brother

02 : Ton Blues Dans La Peau

03 : Prisonnier De Dieu 04 : Prêt-à-penser

05 : Rancune

06 : L’ivresse Du Pouvoir

07 : La Haine

08 : La Chanson De Prévert

09 : Distorsion Cérébrale

10 : Je Ne Veux Jamais Vieillir

11 : Nos Élites


JIMM EN VIDÉO AVANT !

OCCIDENT OXYDANT


À L'INTÉRIEUR


MATHUSALEM


« …dans le Rap, il chante tous en français et personne ne leur dit : « le rap c’est américain ». Alors que dans le Rock, on te dit : « ça sonne pas le français »…»



Pourquoi un tel mode d’expression artistique le Rock ?
Je suis tombé dedans à l’âge de 10 ans, ma première claque musicale fut en regardant Terminator 2 et en écoutant la bande-son avec les Guns N' Roses. Le choc fut avant tout avec le son de la guitare électrique de Slash. Il y a eu aussi mon prof de musique au collège, après le cours de flûte il nous jouait des morceaux, dont un titre des Pixies à la guitare électrique et là je me suis dit : « je dois jouer de cet instrument ! ». Il n’y a pas de culture rock dans ma famille, ni aucun musicien et pourtant le virus m’est tombé dessus! J’ai donc commencé à 13 ans, un peu tard par rapport à mon choc musical avec les Gun’s car tout le monde voulait me faire débuter par la guitare classique, acoustique avant l’électrique. J’ai donc patienté et quelques années plus tard j’ai vu une annonce dans mon collège de cours de guitare, hélas classique, mais je m’y suis inscrit tout de même. Trois ans plus tard j’ai eu enfin ma première guitare électrique et mon premier groupe suivra à 16 ans ! Depuis je n’ai jamais arrêté de gratter les cordes !


Quelle marque de guitare a ta préférence ?
Surtout des Gibson Les Paul par rapport à ma découverte du Rock à travers les Gun’s et Slash. Ma première guitare était une Épiphone.


Comment penses-tu avoir évolué artistiquement depuis 2013 et ton premier album ?
Mes trois albums sont dans la même veine, mais j’ai toujours essayé de faire mieux en bossant mes points faibles, la voix et les textes car je suis guitariste avant tout ! Je m’améliore tout en gardant mon style et en tenant compte des remarques.

Justement cette voix, autodidacte ou tu as pris des cours ?
J’ai commencé à chanter vers 23 ans, car dans mon premier groupe il n’y avait plus de chanteur et quelqu’un devait absolument s’y coller. J’ai longtemps cherché un chanteur ou une chanteuse mais je n’ai jamais réussi a trouver, donc ou je ne faisais rien ou je m’y collais ! J’ai pas mal bossé pour arriver à quelque chose de potable, j’ai donc pris des cours avec des profs différents. Jai joué pas mal de petits concerts en acoustique dans les bars pour m’entrainer et me roder.

Quel lien as-tu avec ta voix aujourd’hui, comme tu affirmes ne pas être un chanteur ! ?
A part en répète ou en concert en fait je ne chante jamais ! Je joue de la guitare tous les jours, mais je n’éprouve pas de besoin viscéral de chanter. À capella je n’arrive pas à chanter, il me faut absolument ma guitare. Je n’aimais pas trop ma voix au début, car elle n’est pas spécialement Rock et pas particulièrement cassée. Aujourd’hui je m’y suis fait et je l’assume !

Tu es donc compositeur, interprète ?
Par rapport à ta voix, c’est plus facile pour toi de chanter tes propres textes ?
Par défaut oui. Lorsque j’ai commencé à écrire mes premiers textes, j’y ai vraiment pris du plaisir. C’est moins naturel pour moi que de composer de la musique, mais écrire une chanson dans sa globalité c’est un véritable challenge et un défi.

Donc tu composes en priorité la musique ?
Oui. Je maquette tout sur l’ordinateur et après j’écoute au casque pour trouver un sujet, le texte et caler des phrases. C’est avant tout un puzzle !

Une musique pas très optimiste, il y a encore des raisons d’avoir de l’espoir ?
D’une manière générale je ne suis pas quelqu’un de très optimiste, plutôt blasé et pessimiste. C’est un peu le style qui veut ça, tout est pratiquement joué en mineur et c’est une tonalité particulièrement triste. Je ne me vois pas vraiment jouer des choses joyeuses, d’ailleurs je n’en ai jamais vraiment écouté. Le Rock véhicule plutôt des idées pessimistes je pense.

C’est tout de même des chansons engagées ? Que penses-tu des groupes engagés en général comme Tagada Jones, Lofofora, No one Is Innocent ?
No One j’aime bien, Lofofora j’ai un peu de mal avec la voix, Tagada Jones je les avais découverts il y a une quinzaine d’années et j’accroche sur certains morceaux, mais mon influence principale c’est Trust, les Sheriff  et Noir Désir. Mais si je ne devais en garder qu’un seul ce serait Trust.

Je te demandais cela par rapport à l’engagement politique.
Inconsciemment le fait d’avoir écouté du Rock français, lorsque tu écris un texte tu es amené naturellement vers des idées engagées.

Tu penses que c’est un bon vecteur la musique ?
Ça peut aider oui. Ça ne fera pas vraiment bouger ou changer les choses, mais comme toute forme d’Art c’est un témoin de la société. On m’a dit un jour que le Rock c’était avant tout « le poing levé », je suis assez d’accord avec cela. Ça l’est moins aujourd’hui, mais ça devrait l’être !

On va un peu décortiquer ton travail !
« Prisonnier de Dieu » Une vie à se soumettre / Dieu n’existe pas / enfer de la foi / pour un Dieu qui n’existe pas…
C’est sur le thème de l’extrémisme religieux. Elle est inspirée d’un bouquin d’un Palestinien Waleed Al-Husseini qui avait osé remettre en cause l’existence d’un Dieu en Islam. Il avait monté un blog pour en parler et il avait été enfermé, menacé de mort et jugé dans son pays. Il a été expatrié et a trouvé refuge en France. Son livre s’intitulait « Blasphémateur ! Les prisons d’Allah » (Éd Grasset) et je m’en suis fortement inspiré pour écrire ce texte. Et puis également des évènements de 2015 dont Charlie Hebdo.


C’est donc primordial pour toi de dénoncer cela ?
Les abus des religions, oui. Je suis de confession chrétienne, mais plus pratiquant et lorsque j’étais ado j’ai été chez les bonnes sœurs, on me forçait à aller à la messe, à me confesser… et c’était une propagande qui me saoulait à l’époque. Je n’ai jamais approuvé cette forme de fanatisme où l’on nous impose le soit-disant « bien ». Voilà donc l’optique de ce texte.


Après nous avons « L’ivresse du pouvoir » La France d’en bas / je la saigne s’il le faut / machine à jouir…
C’est un texte que j’ai écrit en 2012 en référence à Sarkosy. Le côté people, bling bling et tout ce qui s’applique finalement aux politiciens, l’opportunisme, l’ambition, le pouvoir et le fric. Ils sont juste là pour s’en foutre plein les poches, enfin rien n’a vraiment changé depuis !


Passons à « La haine » Rêve d’être une bombe humaine / de tout faire exploser…
Tout ça est un peu imagé ! Lorsque tu écris des textes tu as des mots qui te viennent avec des rimes, des sonorités et ce titre reste avant tout un exutoire où je tire sur tout le monde.

Il y a « Nos Elites » Il faut brûler nos élites… !?
Je l’avais également écrit en 2012. Il était sur les maquettes du précédent disque, je ne l’avais pas retenu à l’époque. J’ai donc changé la musique et gardé le texte pratiquement mot pour mot, sauf le refrain où j’ai rajouté cette phrase. C’est peut-être un peu gamin, bas du front, mais ça collait au truc. De toutes façons lorsque tu regardes la société en général, c’est de pire en pire, alors…!
D’ailleurs, il y a un gilet jaune qui m’a demandé de leur écrire une chanson récemment. Je comprends tout à fait ce mouvement, les gens ne peuvent que péter un câble, tu n’as plus d’argent, tout augmente… Donc il m’a envoyé un message en me disant ce serait cool que l’on puisse utiliser l’un de tes morceaux, je lui dis : « ok, pas de problème, tu me dis lequel » et il me répond : « ah non, en fait je voudrais que tu en composes un nouveau ». Je suis ok sur le principe, mais entre le temps de la composition et de l’enregistrement ça prend tout de même du temps. Pour l’instant j’ai quelques idées, j’ai démarré et si ça s’engage bien je le mettrai sur un prochain disque car je pense que lorsque je serai prêt le mouvement risque de s’être essoufflé. Au départ, ça m’a un peu surpris, car je ne suis pas hyper connu, mais il aimait ma musique.

C’est vrai que ton album est puissant par rapport à l’engagement.
Oui, mais c’est une coïncidence, il y a beaucoup de textes que j’ai écrits en 2012 !

Par rapport à ce pessimisme, tu te sens prisonnier ? Tu arrives à t’épanouir ?
Ça va je n’ai pas à me plaindre, après j’aimerais bien vivre de la musique, de ma passion. Aujourd’hui ce n’est pas possible, je bosse à côté. D’ailleurs je suis en train de faire une reconversion pour essayer de ne travailler que dans ce domaine, c’est un premier pas ! Je suis un peu à l’inverse de ma musique, calme, nonchaland !

Tu attends quoi finalement de ton public lorsque tu es sur scène ?
Déjà lorsque tu écris des textes, tu as envie que le public s’intéresse à ton message, surtout lorsque c’est en français. Je reconnais que lorsque c’est en anglais, en général je ne vais pas lire les textes, je vibre avant tout pour l’énergie et la musique. Mais en Français même si tu ne comprends pas toutes les phrases à l’écoute, tu chopes des mots, des bouts de phrases que tu saisis et ça crée une émotion supplémentaire.

Sur chaque morceau, un solo ? C’est une respiration importante ? C’est une construction qui reste assez classique ?
Je suis guitariste soliste à la base, alors c’est indispensable pour moi dans la construction. Au départ j’ai fait de la guitare juste pour faire des solos ! Le côté mélodique, technique, les gammes m’ont toujours fasciné. C’est ce que je sais le mieux faire aussi. Je ne peux pas imaginer construire un morceau sans solo de guitare. Comme je ne me considère pas comme un chanteur très technique, la guitare c’est un peu une protection, un camouflage parfois ! En live si un mec chante mal et joue bien de la guitare, on retiendra son jeu ! Tous mes albums sont pensés dans une optique « guitare ».

Pourquoi s’exprimer en Français ?
Pour plusieurs raisons, j’ai un peu un accent pourri en anglais, ça manquerait de crédibilité. Ensuite j’ai toujours écouté du Rock Français, ça fait donc vraiment partie entière de ma culture musicale. Et pour s’exprimer de la façon la plus simple et la plus transparente, c’est ta langue maternelle je trouve. Je suis français et c’est une démarche qui me paraît tout à fait naturelle en ce qui me concerne.

C’est très bien, on n’a plus beaucoup d’artistes Rock en France !
C’est vrai que les groupes chantant en français ont bien 20 ans d’existence. Pourtant dans le Rap, ils chantent tous en français et personne ne leur dit : « le rap c’est américain ». Alors que dans le Rock, on te dit : « ça sonne pas le français ». Lorsque Trust a réalisé des albums en anglais c’était merdique.

Tu as déjà fait des reprises de Trust, comme c’est un groupe qui te tient à cœur ?
« Antisocial » en live avant qu’il se reforme, maintenant je ne vois plus l’intérêt de la reprise dans mes sets, vu qu’il est joué par le groupe original.

Tu as déjà travaillé avec Fred Duquesne. Que t‘apporte-il de si particulier encore aujourd’hui ?
En fait il a remixé l’album car je l’avais enregistré dans un autre studio et ce n’était pas bon du tout. Au début ça a été, mais ça s’est mal fini et le mix était inexploitable. J’ai donc récupéré toutes les sessions et j’ai fait remixer l’ensemble chez Fred. Fred est très bon, on a la même vision sur le Rock américain moderne et on aime le même style de prod. Je savais que ce serait parfait et je l’ai donc recontacté. Il a fait sonner l’album et l’a sauvé du naufrage avec des sons assez compressés avec des grosses guitares et grosse batterie. Je suis fan de son travail avec Mass Hysteria ou Bukowski. J’avais voulu changer pour ce nouvel album et je me suis planté, mais je ne pouvais pas le deviner. J’ai été aveuglé par la vitrine, un gros studio proche de chez moi avec beaucoup de matos. Tu t’aperçois assez rapidement que finalement ce sont les compétences, la personnalité d’un mec qui sont importantes et font sonner un album. Fred, avec très peu de matos, son travail déchire !

En live c’est très différent, ça sonne plus brut ?
Oui un petit peu car nous ne sommes que trois, donc moins de guitares. En studio il y a deux guitares, plus les solos, voire quelques arrangements de guitare en plus. On est en trio sur scène, la majorité des groupes que j’écoute sont à une seule guitare, Therapy, Nirvana, Les Ramones, Sex Pistols ou Papa Roach. Lorsque tu as deux guitares il faut que les beats soient parfaitement en phase, bien calés et souvent la basse disparaît.

Tes deux musiciens sont avec toi depuis longtemps ?
Pas vraiment, Billy à la batterie je l’ai rencontré en début d’année. Il est brésilien et est arrivé il y a un an en France, il a écouté une fois les morceaux et les a joués directement d’instinct. Xavier je le connais depuis deux ans, c’est un super bassiste, d’ailleurs il a joué avec No One sur la dernière tournée et a également un tribute AC/DC. Tout cela forme un trio passionné avec une bonne ambiance !

Il est l’heure de nous quitter, tu nous dis le mot de la fin alors.
Si vous aimez le Rock, le Metal, le Punk et la guitare, cet album vous plaira surement !