Ultra positif

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Replongez-vous au sein du grand livre de l'Esprit du Clan, le chapitre VI nous transporte dans un nouveau monde intérieur. Les héros de cette saga se prennent en main et apprennent à faire du bien et l'optimisme renaît en allant seulement vers l'essentiel. Sur des riffs, une rythmique lourde, saccadée, tranchante et un univers textuel métaphorique, EDC tente de réveiller les consciences et d'influer le fluide de l'apaisement dans un pays troublé. Entretien avec Ben et Arsène pour une vision positive de la musique et de la vie. Maintenant écoutez et à vous de vous démerder !



Artiste : L'Esprit du Clan

Album : "VI"

Label : Verycords

 

Écoute sur DEEZER

Genre : Metal & Hardcore

Originaire : Paris

 

Line-up :

 Arsène : Chant
Nicolas Bastos : Batterie

Ben : Guitare
Julien : Basse
Chamka : Guitare


L'ESPRIT DU CLAN

"Rat Des Villes"


L'ESPRIT DU CLAN

"Hymne Au Silence"


L'ESPRIT DU CLAN

"Le Dernier Homme"


" Le prosélytisme, le prêche, c’est un danger car on trouvera toujours quelqu’un d’assez faible pour fédérer." Arsène


Pourquoi un tel mode/choix d’expression artistique, le Metal & Hardcore ?
Arsène : ça c’est passé naturellement, gamin j’aimais des groupes comme Madball, du Hip-pop avec cette culture urbaine, street et dans le Rock/Metal au sens large, il y avait cette mouvance Hardcore new-yorkaise qui s’est développée et ça m’a accroché de suite. Ensuite j’ai découvert beaucoup de groupes et de styles différents.

Depuis les débuts, comment pensez-vous que le groupe a évolué musicalement ?
Ben : il y a eu un tournant à partir du deuxième album, à ce moment-là, on a beaucoup bossé, composé et commencé à profiler la patte du groupe. Dans une direction moins connotée Hardcore, un peu plus metal, mais toujours attirés par ces cassures, ce groove que l’on retrouve dans le Hip-Hop. Nous étions intéressés par le fait de mixer les deux et de trouver ce groove, cette rythmique propre au groupe, tout en mélangeant les influences de nos débuts. Un mix de différents courants musicaux sans coller pile poil à un style, à une étiquette. Comme ça a pu être le cas au début avec notre particularité de chanter en Français. Quand tu es ado, c’est normal, tu colles à un style, peu à peu avec la maturité, à force de jouer, tu t’ouvres énormément et ta musique devient un melting-pot. En résumé, je n’ai jamais eu l’impression d’être dans un style bien particulier. On a la chance de chanter en Français, ça nous permet d’avoir un côté Ovni dans le metal même si c’est de plus en plus courant. Mais il y a 15/20 ans ce n’était pas une évidence !

Et humainement ?
Arsène : très mal ! (Rire)
Ben : quand tu as 20 ans, une sorte de compétition s’installe avec le reste du monde. Même s'il y avait une certaine solidarité entre nous, il existait une certaine compétition, c’était une période de notre vie où l’on se taillait pas mal, à se faire des reproches avec un humour très vulgaire et au fil de la vie, on apprend à se respecter, prendre du plaisir, mais malgré tout, je ne regrette pas notre jeunesse.

Et ça va avec l’évolution du monde pour vous ?
Ben : Oh!-la, non, je veux pas jouer les vieux cons, mais j’ai l’impression que lorsque j’étais gamin au lycée, je ne savais pas la différence entre un juif, un musulman, un catholique jusqu’à très tard dans ma vie, mais aujourd’hui un môme de 13 ans le sait déjà. Nous avons grandi sans ce côté religieux, communautaire d’aujourd’hui, j’ai l’impression qu’il faut désormais définir son camp, finalement, on avait la chance d’être très innocents, chose plutôt difficile à notre époque. Le progrès n’est pas forcément une réussite et l’on observe des choses très négatives désormais. A l’heure actuelle, les jeunes générations ne vivent pas comme il le faut car il est primordial de vivre avec son âge, ça permet de se façonner. C’est tellement agréable d’être innocent à l’âge de 13 ans et révolté à 20 ans, mais aujourd’hui, la société te force à être adulte dès 9 ans. Tout cela crée un gros bordel ambiant sans nom et cela se répercute avec de la violence.
Arsène : enfin moi, humainement, j’ai l’impression d’aller vers de l’apaisement, mais ce n’est pas le cas pour tout le monde.

Alors justement c’est quoi pour vous d’être un groupe engagé en 2016 ?
Ben : aujourd’hui être revendicatif, c’est peut-être de savoir se taire un peu. C’est peut-être facile de dire cela car on a passé toute notre jeunesse à l’ouvrir, mais aujourd’hui, il y a tellement d’informations, tout le monde donne son avis sur tout, alors finalement, être le plus rebelle possible, c’est d’être silencieux et zen. À 38 ans, ma révolte c’est prendre du recul, être tolérant sans être dans le jugement de prime abord. Ma révolution est en mode recul ! Vu que dans nos vies personnelles, on est plus apaisé, si l’on peut transmettre même à deux personnes un peu d’apaisement, je prends de suite !

Et par rapport à la forme de votre musique ?
Ben : c’est un défouloir en même temps !
Arsène : lorsque tu composes, tu ne penses pas tout de suite au public, c’est une démarche très égoïste au début.
Ben : si le metal pouvait être le truc le plus revendicatif et le plus guerrier existant sur terre on serait vraiment bien.
Arsène : au début, c’est un traitement personnel, c’est saint, ça fait du bien et les choses arrivent ensuite.
Ben : tu n’as jamais vu un public aussi positif et gentil qu’au sein du metal, le plus cool de la terre, les mecs déchargent leur batterie en écoutant et en partageant.
Arsène : de plus c’est un public de connaisseurs techniquement parlant, très à la page, s’informant continuellement sur le pourquoi et le comment. C’est rare, d’ailleurs on les compare souvent à des amateurs de classique.

On peut résumer l’album par mélancolie, rage, détermination ? Finalement il se trouve où l’espoir ? Plutôt dans la rébellion, la constatation ou autre chose ?
Ben : un savant mélange de tout cela, si tu es à fond dans la rébellion ou la constatation tu loupes juste un truc.

Mais vous cherchez à être porteurs de liberté ?
Arsène : oui clairement, on ne veut enfermer personne, on est pour que tout le monde fasse ce qu’il veut avec son cul, sa tête et chacun doit se démerder sans casser les couilles aux autres. J’aime pas les prêtres et ce n’est pas juste pour les catholiques, dans toutes les religions, tous les styles de vie, toutes les musiques, dès que l’on me dit : « fais ci ou fais ça », ça ne passe pas. Le prosélytisme, le prêche, c’est un danger car on trouvera toujours quelqu’un d’assez faible pour fédérer. Chacun doit avoir sa place et tu ne peux pas forcer les choses, autrement tu vois bien ce que ça donne.

Sur « VI » les textes sont plus poétiques avec beaucoup de métaphores ?

Où as-tu pris ton inspiration ?
Arsène : oui, le fait de prendre de l’âge et de s’être arrêté un moment, ça m’a permis de prendre du recul sur mon expérience passée et j’avais l‘envie de lire de la poésie, Rimbaud, Aragon, etc., imprimer des textes d’auteurs de chansons françaises voir Bashung, Ferré et m’inspirer de tout cela. J’ai voulu être moins dans le 1er degré et passer les mêmes messages, mais sous une autre forme. J’ai eu cette volonté d’être plus métaphorique, c’était vraiment voulu. La poésie ça ne te donne pas d’indication, tu ressens les choses telles que l’auteur les a ressenties, c’est à toi seul d’interpréter le sens des mots, voire les ressentir. J’ai utilisé humblement cette méthode pour donner le plus d’images, de sensations possible et à chacun de se démerder.

Par rapport à tes textes et l’ensemble du groupe, comment ça se passe ?
Arsène : ils ne m’en parlent pas, ils ne coachent pas et parfois je leur reproche, je les trouve un peu introvertis. Après je sais pas, peut-être que je ne leur laisse pas la place de s’exprimer. Les textes viennent toujours se poser après la composition musicale, il y a juste des bribes d’idées. Ce qui va donner la couleur, le thème final c’est lorsque la musique est ficelée. S’ils me font une musique plus solaire, le texte sera plus allégé. S’ils me font une musique plus costaud, mon texte sera plus dur, forcément. J’aime bien suivre les intentions qu’ils ont voulu transmettre.

Bon alors, comment ça fonctionne au niveau de la création ?
Ben : on a deux méthodes différentes, on a toujours fonctionné en trio, Arsène jouant le rôle indispensable de l’arrangeur et moi et Chamka (guitariste), on a toujours composé dans le groupe. Pour cet album, on s’est retrouvé parfois chacun à composer chez soi sur ordinateur et on se transmettait les choses et ça permettait d’avoir plusieurs intentions et de vivre les choses différemment. Moi, je suis très impulsif dans la musique, plutôt direct, dans l’urgence, je veux créer un accident tous de suite, je ne conceptualise pas du tout, je suis autodidacte et je n’ai jamais bossé sur des tablatures. Ma méthode, les choses me viennent comme une envie de pisser, les choses sonnent déjà en amont dans ma tête alors je veux le plaquer tout de suite, mais malheureusement parfois tu es déçu, ça pue et d'autres fois ça demande un peu plus de recul. Par contre, Chamka est beaucoup plus structuré, il va beaucoup plus conceptualiser, réfléchir à la structure du morceau et finalement nous sommes super complémentaires. Ensuite intervient Arsène, le super arrangeur !

Tout a été fait dans l’urgence ?
Arsène : ah oui, on a décidé de se reformer début septembre, en octobre on composait, décembre on avait terminé la compo ensuite en studio et février on mixait et l’album sortait.
Ben : on a foncé tête baissée !
Arsène : nous sommes passés par tellement de choses, nous avions envie de nous frotter à de nouvelles méthodes pour pouvoir nous renouveler. Nous avions eu tellement l’occasion d’aller au bout de nos idées, c'est devenu vraiment intéressant de prendre le contrepied. Nous avions une réelle envie, innocente, inconsciente, mais sans la volonté d'avoir quelque chose de particulier à vendre. Nous nous sommes vus une fois par semaine pendant deux mois et demi, nous avons réussi à pondre 13 titres avec aucun déchet.

Tu as donc repris le chant seul, comment as-tu pris la chose ?
Arsène : une espèce d’appréhension, mais ça m’a permis une grande liberté au niveau de l’écriture, une certaine zénitude et pouvoir développer mes propres thèmes. Mon écriture était devenue réellement fluide. Juste une appréhension au niveau de la scène, mais elle est derrière moi. Je me sentais moins investi n'ayant plus à représenter quelqu’un, ce sont mes propres textes et je les assume.

« Le Dernier Homme » sombre et violent « On se tuera jusqu’au dernier, pour un Dieu imaginé, pour une modique somme, on se tuera jusqu’au dernier homme ». Les tragiques événements t’ont donc inspiré ce titre ? Comment ressens-tu les choses quelques mois après ?
Arsène : j’ai envie de profiter du moment présent car on entre dans une époque où cela va devenir très compliqué, si on en profite pas maintenant et que l’on reste figé sur ce qui s'est passé ou ce qui risque de se passer, on vit cloitré chez soi et on ne bouge plus. Mais oui, pour « Le Dernier Homme » ça m'a clairement inspiré. Même dans la rue, pour une clope, ils sont capables de te foutre un couteau dans le bide.
Ben : à ce niveau-là ça nous a touché de près, mais il ne faut pas oublier, c’est comme cela dans le monde depuis 25 ans et pour certains c’est tous les jours, donc ça façonne toute une culture, une manière de grandir et de vivre tout simplement.
Arsène : j’ai une pote qui était en prise directe sur les conflits dans l’humanitaire, elle me disait : « sur ces lieux de guerre ce sont des endroits où ça picole, ça papote, ça fait la fête et ce sont des endroits de vie incroyable ». Bien sûr, nous n'en sommes pas encore là dans notre pays, mais une chose est sûre ça donne envie de profiter de la vie, nous ne sommes pas sur terre pour nous faire chier. C’est ce que j’ai envie de retirer de positif de ce qui s’est passé.

Donc finalement c’est plutôt un combat intérieur ?
Arsène : oui, je pense que c’est bien de se prendre en main, savoir parler et se taire quand il le faut. Il faut être égoïste dans le bon sens du terme, il ne faut pas attendre des autres et des politiques qu’ils t’aident. Se prendre en main, c’est déjà faire du bien et changer la société.
Ben : sans être passéiste, il faut que ça passe par le fait de ne pas ouvrir sa gueule à tout bout de champ, avec les tribunes à ta disposition, les réseaux sociaux, tout le monde se prend pour un journaliste, te balance sa haine à volo gratuitement. Il me semble, à une certaine époque, il existait une certaine pudeur, une réserve sur certains sujets et cela permettait de garder une certaine distance vis-à-vis d'autres personnes. Avec toutes ces portes ouvertes, ça entretient la connerie et la bêtise. C’est tout simplement allumer la mèche.
Arsène : il faut vraiment savoir se taire et s’occuper de soi.

Qu’est-ce qui nourrit votre inspiration en dehors de la musique ?
Arsène : le cinéma et la littérature.

Le studio : enregistré en janvier dernier au studio « Le Chalet » à Reims, par Sylvain Masure. Tu peux me parler rapidement de l’ambiance de travail ?
Arsène : beaucoup de choses, mais nous étions à Reims, éloignés de Paris, du coup nous avons baigné dans un autre cocon. Nous étions dans une ambiance zen pour pouvoir travailler entre nous, nous n'étions pas obligés de regarder la montre, c’était plutôt des vacances studieuses avec la sensation d'être un peu sur la lune.
Ben : la technologie, nous l'avons un peu laissée de côté sur l’album, les morceaux sont vraiment joués. Si certains passages n’allaient pas, nous préférions les rejouer que les recaler sur l’ordinateur. On voulait vraiment sonner live.

Le petit mot de la fin alors.
Merci à toi d’avoir pris le temps de venir.