Malemort


Artiste : Malemort

CD : "BALL TRAP"

Auto-production

 

01. Ball Trap,

02. Mille Regards,

03. Foutue Belle Jeunesse

(La Carapace),

04. Brule,

05. Madame,

06. Cabaret Voltaire,

07. Mon Nom,

08. Decadence,

09. La fille de Manchester,

10. aille Que Vaille,

11. arnaval Cannibale


Membres :
Jean-christophe Tassin (Basse),

Sébastien Berne

(Guitares),

Sébastien Lafaye (Guitares),

Vicken Chidoyan

(Batterie),

Xavier Malemort

(Chant)


MALEMORT - Ball Trap


MALEMORT - Cabaret Voltaire



Sans complexes !

« On n’a pas une démarche pour choquer le bourgeois ! » Xavier (Chant)


Interview de Xavier (chant) & Jean-Christophe (basse) par Hugues Chantepie


Malemort en live au Divan du Monde Cliquez ici - Photos © Hugues Chantepie


Pourquoi un tel mode d’expression artistique, le Rock ?
Xavier (chant) : le rock c’est la puissance, mais également de la sensibilité. Même si l’on vient du metal nous voulons nous laisser le droit d’exprimer d’autres sensibilités et ainsi avoir un panel d’expressions très large.

C'est culturel chez vous ?
Xavier : pas du tout, ma mère écoutait de la musique classique à mort et n’a jamais rien compris au Rock !
Jean-Christophe (basse) : moi j’ai une formation classique, piano à huit ans durant dix ans et j’ai finalement pris une baffe avec Guns N' Roses à l’époque du film « Terminator 2 ». Je me suis dit : « mais qu’est-ce que c’est que ce truc-là ?! »

Caprice de stars ! Changement de lieu, nos amis de Malemort ont froid !

Malemort, pourquoi tant de caprices ?
Xavier : (rires), parce que l’on se prend pour des Rock Stars que nous ne sommes pas !
Jean-Christophe : (rires), ou Rock Stars du bac à sable !

Xavier ton choc au niveau du metal ?
Xavier : en fait, j’ai eu le même avec Jean-Christophe, on est de la même génération et à l’écoute de Guns N' Roses, tout mon petit univers musical a été bousculé, les Guns étaient au sommet du monde, Mettalica sortait le Black album, Maiden sortait son dernier cd classique « Fear of the Dark »,  c’était une époque énorme. Un début de décennie phénoménal et pour des gosses comme nous, c’était vertigineux.


Vous parlez de "Metal Libre" ? Tu peux développer ? En moins de deux minutes !
Xavier : on ne voulait pas s’astreindre à une chapelle, c’était très important pour nous de bien le faire comprendre aux gens. Nous ne voulions pas rentrer dans les histoires de Heavy metal, Trash metal, Death metal, etc. Nous nous sentions plus proches d’un mouvement comme celui des années 90 avec le Metal Alternatif, des groupes mélangeant leurs influences sans trop se poser de questions. C’est la manière de concevoir de la musique qui me paraît la plus logique. Le Metal n’a jamais eu le monopole de la bonne qualité, il y a des morceaux de Folk ou de Pop qui peuvent te faire chialer beaucoup plus. Il ne faut pas avoir peur d’aller puiser dans différents univers.


Depuis vos débuts, comment pensez-vous que le groupe a évolué musicalement et humainement ? 3 ans pour ce nouvel album, pourquoi ?
Jean-Christophe : Musicalement, il n’y a pas eu tant d’évolution que cela, étant libres, nous avons juste mélangé nos différentes influences au cours des années. Un côté un peu plus progressif sur l’album « Ball Trap » influé par les deux Seb. Autrement, humainement, nous nous sommes bien trouvés, ça fait quatre ans que je suis arrivé, j’ai joué dans énormément de groupes où je ne suis jamais resté aussi longtemps et bien aujourd’hui je peux dire : « ils sont véritablement devenus comme mes frères ». Et puis n’oublions pas, je suis le doyen désormais, pour une fois !


Pourquoi plus de trois ans d’attente ?
Xavier : lorsque que tu es dans le circuit amateur, tu gères toi-même tes dates, ta promotion, tes enregistrements, tous les aspects du groupe. A la fois, ça nous a paru très long, mais pas tant que cela finalement, car nous n’avons jamais vraiment arrêté de bosser. Nous ne sommes pas un gros groupe où tout est programmé, à notre échelle, tout est à faire en plus du métier et de la famille ! Un album ce n’est pas un prétexte, vu notre conception de la musique, chaque album est forcément différent du précédent, ça doit avoir un véritable sens pour nous.


On retrouve des influences diverses, Heavy, Thrash, Rock avec une urgence Punk ROCK très présente ? Des traces de ce qui a jalonné l’histoire de notre musique ? Cette fusion, cette diversité est essentielle, elle représente la mixité sociale ?
Xavier : c’est ça, c’est une respiration pour les musiciens de Malemort et c’est à l’image des humeurs que tu peux avoir. Si nous devions être constamment dans une colère Black Metal dans la vie, ce ne serait pas très amusant. Inversement, si nous devions passer notre vie à sourire aux gens ce ne serait pas très formateur.
Jean-Christophe : c’est aussi une question de maturité, ce bouillonnement d’influences te fait grandir et te force à te lancer de nouveaux défis.
Xavier : on ne s’est jamais dit sur un morceau : « tiens, si on faisait telle chose pour étonner ». Les choses viennent spontanément pour essayer de servir au mieux le titre. On n’a pas une démarche pour choquer le bourgeois !

Finalement, comment fonctionnez-vous, puisque l’on aborde le sujet ?
Xavier : je compose les intros, les couplets, les refrains et souvent une idée générale pour le pont central. Je réalise des maquettes très abouties. Sur le premier album j’avais tout réalisé mais sur le deuxième, Seb a récupéré les démos et les retravaille en bossant sur les arrangements et les milieux de morceaux. Bien sûr, après il peut y avoir des changements de structure.
Jean-Christophe : après on teste en répétition et ça devient un travail collégial.
Xavier : pour garder un peu l’esprit du groupe, au départ j’apporte le couplet/refrain, le corps de la chanson et après chacun apporte sa pierre à l’édifice avec ses compétences et ses petites finesses pour que le titre final devienne la propriété de chacun des membres.

Par rapport à ton travail, tu ne restes donc pas fermé aux idées des autres membres, ils ont encore leur place ?
Xavier : bien sûr, chacun a sa place et sa propre interprétation.
Jean-Christophe : globalement, on reçoit les morceaux par email, on écoute et parfois on se dit : « Bof », on va revoir toutes les propositions en répète et faire des essais. Ce qui est vraiment sympa au sein du groupe, c’est que dans tous les cas de figure on essaye, rien n’est verrouillé.


Xavier n’est donc pas un dictateur ?
Jean-Christophe : ah non, pas du tout, pour avoir joué dans beaucoup de groupes, depuis que je suis dans Malemort je n’ai jamais connu cette ambiance et cette liberté.
Xavier : je ne pense pas, c’est un truc particulier pour nous tous, comme Seb qui est habitué à énormément composer pour lui à une position particulière car il y a un compositeur principal (Xavier) loin de l’esprit de ses compos d’origine. Heureusement nous travaillons en bonne intelligence, tous est plus facile désormais et nous nous aimons beaucoup, mais il a fallu du temps et Seb comprend beaucoup mieux aujourd’hui l’esprit Malemort et ce qu’il peut y apporter de concret artistiquement.

 

Votre album est plutôt dans la veine Speed Metal et au milieu se trouve une petite bombe de peur boogie/rock « Cabaret voltaire » (Un petit côté David Lee Roth) d’où vient ce morceau ? C’est une voie que vous allez explorer davantage ou d’autres surprises de ce genre ?
Xavier : Au début on tirait une drôle de tête !
Jean-Christophe : moi, j’ai tout de suite capté et je leur ai dit : « sur scène, ça va être une tuerie ». !
Xavier : c’était du rock’n’roll pour les autres membres car ils sont beaucoup plus metal progressif. Mais sur scène, c’est vrai qu’elle fonctionne, un truc de dingue !
Jean-Christophe : le fait d’avoir fait cette petite intro rétro donne bien le ton de l’époque à l’album.
Xavier : en même temps, je ne l’ai pas du tout conçu au départ comme un titre à part en me disant « faisons un truc vraiment différent ». J’avais envie d’un boogie sans chercher l’originalité. Encore une fois lorsque tu écoutes les grands albums de Queen, je suis désolé de le dire, mais ils se permettent absolument tout. C’est une des raisons pour lesquelles tu peux écouter ses grandes galettes sans te lasser. Tu passes d’un Folk à un Rock sans problème. C’est une façon de garder une certaine créativité et d’éviter de faire un plagiat de l’album précédent ! C’est tout de même dur de faire du tube, si tu fais purement du heavy metal old school estampillé « machin ! ».

Alors finalement « Cabaret voltaire » par rapport aux radios, c’est un plus ?
Xavier : c’est ce qui se produirait dans la plupart des pays d’Europe, mais en France que dalle. Pour OUI FM c’est non, alors que ce genre de titre pourrait y passer facilement. On a proposé le titre aux radios, mais les portes sont complètement fermées et c’est là que tu vois l’absurdité de la chose. Mais de nombreux groupes de metal Français proposent des morceaux plus grand public, pas par opportunisme, mais juste par plaisir et bien c’est « NON ».

On vous répond quoi finalement ?
Xavier : rien ou on nous explique que ce n’est pas l’orientation de la radio. A contrario on a réalisé beaucoup d’émissions de radio locales et à plusieurs reprises on m’a dit : « on a diffusé le titre dans la journée » elles ont plus de liberté et ont compris que ce boogie pouvait plaire.

Une histoire ou le parcours initiatique d’un jeune homme dans le chaos artistique avant-gardiste des années 20, les fameuses « années folles » ? Pourquoi cette passion pour cette époque ? Faute au vivier artistique de l’époque ?
Xavier : pour le délire artistique avant-gardiste de cette époque où l’on pensait encore que l’art pouvait révolutionner la vie. Le même esprit s’est produit à la fin des années 60/70 où la Pop et le Rock déboulent avec l’impression de pouvoir changer le monde. Dans les années 20, le Jazz et la Littérature renversent la table et l’on considère encore que l’art est un véritable moteur pour faire changer les choses. Tout se passe à Paris à l’époque.
Le concept est un jeune homme de la fin de la Première Guerre Mondiale, son père a été tué sur le front et la famille a placé ce môme en pension. On comprend ensuite que la mère, suite au décès de son mari, a un peu pété les plombs. Lors de la sortie du gamin de la pension, il monte à Paris et il est dans l’excitation des années folles. Il va jouer dans différents endroits, rencontre une bourgeoise qui va lui permettre de s’élever au niveau social, fréquente l’avant-garde artistique et tombe dans tous les travers qui ne sont pas les siens, etc. A la fin de l’histoire, il a fait tellement de mal aux autres et à lui-même, qu’il n’a plus qu’une solution, partir en Indochine pour essayer de tout oublier. C’est un témoignage, sans parallèle avec le monde d’aujourd’hui, mais la passerelle est toujours possible.

Tu penses qu’aujourd’hui nous sommes à une époque charnière ?
Xavier : je pense qu’aujourd’hui c’est mal barré et la France a oublié qu’elle a joué ce rôle d’avant-gardiste et de liberté dans le passé. On en parle car nous pensons que la France a encore plein de choses à dire et il y a énormément de sources d’énergie. A travers Malemort j’ai envie de parler de choses excitantes et montrer Paris sous l’angle de la fusion créative qu’elle a été. Même s’il y a une part de nostalgie, il y a le fait de se dire : « si ça a déjà eu lieu, ça peut se reproduire et ne pas avoir honte d’être Français à travers les trucs les plus chouettes ». La France a tout de même enfanté les Philosophes des lumières, la grande littérature du 19ème siècle, des choses qui ont influencé l’Europe entière et ensuite la littérature américaine. En résumé, je ne vois pas pourquoi nous ne parlerions  pas de cela !

Les titres sont courts – autour des trois minutes ? Un choix ?
Xavier : absolument, c’est un choix, je suis énormément dans un esprit chansons et l’on se sent bien dans ce format. Tu es sur l’essentiel et tu ne peux pas tricher. Mais on ne s’interdit pas de réaliser des morceaux plus longs, Malemort reste ouvert !

Au tout début du projet, le grand défi que vous vous êtes donnés pour cet album ? La gestation a tout de même été longue ?
Jean-Christophe : avoir des couplets et des refrains sans que ce soit bateau, lorsque tu écoutes la première fois, tu peux penser que c’est assez simple au niveau des structures, mais au fur et à mesure des écoutes tu te rendras compte que ce n’est pas le cas !
Xavier : il y a beaucoup de travail pour que les choses paraissent faciles, mais c’est toujours comme cela artistiquement. Il ne faut pas que l’effort apparaisse.

Malgré tout vous cherchez plutôt à être porteurs de liberté à travers la musique ou apporter simplement du plaisir ?
Xavier : je crois qu’apporter du plaisir aux gens c’est important. Ces derniers temps dans le metal on a été habitué à s’exciter sur le fait que la production soit la plus énorme possible, que ça défonce le plus possible et parfois ça trouble le jugement sur les disques. Ce qui reste à la fin d’un disque, au bout de quelques mois, années, ce n’est pas la grosse prod mais le titre « inoubliable ».
Jean-Christophe : on parlait des Gun’s, sur « for destruction » il n’y a pas un déchet, on se dit « j’ai envie d’écouter cette chanson, suivant mon humeur »
Xavier : ça peut paraître idiot à dire : « faire des bonnes chansons, c’est ce qu’il y a de plus difficile à faire »


Etes-vous un groupe hyper calé sur scène ou avez-vous une part de liberté ? Votre musique est-elle plus brute sur les planches ?
Jean-Christophe : j’ai les deux échos, le premier m’a dit : « putain, c’est comme sur l’album » et c’est vrai on essaye de restituer au maximum le CD car on ne veut pas décevoir certaines personnes qui ont aimé certaines subtilités de l’album. D’autres m’ont dit : « Vous êtes beaucoup plus brutals que sur l’album », après on joue beaucoup avec l’énergie et un fan des Gun’s nous a dit « j’ai l’impression de voir les Gun’s à leurs débuts en train de courir partout » Ça m’a fait rire sur l’instant et en y réfléchissant je me suis dit « Oui ». Il faut vraiment réussir à capter l’attention et le grand truc de Malemort c’est le partage. J’aime bien provoquer et venir en bord de scène et prouver au public que l’on est là et que l’on les voit. Il y a beaucoup de groupes dont des très grands, même si tu es au premier rang, ils ne te regardent même pas, ils s’en foutent.
Xavier : faut que ça envoie sur scène, lorsque tu regardes le public il te renvoie de la force et c’est très précieux.


Le petit mot de la fin alors puisque je me fais jeter !
Xavier : (rire) longue vie à ce disque et merci de nous donner un coup de main car c’est précieux et quel plaisir d’avoir autant de passionnés dans ce milieu.