Interview MASS HYSTERIA


Genre : Metal Crossover
Ville d’origine : Paris
Nouvel Album : Maniac
Sortie : 26 octobre 2018
Label : VeryCords
 

Tracklist :
1. Reprendre mes esprits
2. Ma niaque
3. Partager nos ombres
4. L'antre ciel éther
5. Chaman acide
6. Se brûler sûrement
7. Nerf de boeuf
8. Arômes complexes
9. Derrière la foudre
10. We Came to Hold Up Your Mind


Membres :

Mouss Kelai : chant
Raphaël Mercier : batterie
Yann Heurtaux : guitare
Frédéric Duquesne : guitare
Jamie Ryan : basse





« Ça y est, la vie normale reprends enfin ! »

Christophe Favière pour boosteleson.com

 

« Maniac » est le 9e album studio de Mass Hysteria. À cette occasion, nous avons voulu faire la connaissance de Jamie Ryan. Le jeune bassiste a rejoint le groupe lors de la tournée du précédent opus « Matière Noire ».


Tu as intégré Mass Hysteria l’an passé, comment es-tu arrivé dans le groupe ?
Jamie : J’étais chez moi et mon meilleur pote Thierry me téléphone pour me dire d’appeler Yann (guitariste de Mass), un ami commun. Je trouve cet appel un peu bizarre et lui demande pourquoi, mais il me répond juste « Appelle Yann », avant d’ajouter « Je veux juste 10% »... Du coup j’appelle Yann et il me dit que Mass a besoin d’un bassiste et me demande si cela m’intéresse ! Comment te dire que, oui, je me suis laissé tenter ! Un petit groupe qui se fait un peu connaître depuis deux ou trois ans (rires) ! Je suis guitariste à la base, mais Yann m’avait déjà vu assurer la basse dans d’autres groupes. Deux jours plus tard, je lui envoie un message pour lui dire que je connaissais les trente morceaux à savoir !

Trente morceaux en deux jours ?
Jamie : Oui, j’ai passé huit heures par jour à apprendre les morceaux. Puis nous avons fait une première rencontre chez Fred (Duquesne, l’autre guitariste de Mass) avec tout le groupe, le manager et le tour manager. Ça l’a déjà fait humainement, puis nous avons fait une répète. Raphaël (le batteur) a tout de suite validé ! Sur un des morceaux se posait la question de savoir si c’était le batteur ou l’ancien bassiste qui avait un problème, à la fin, il a dit « Ha ! Ben voilà, je vous l’avais bien dit que c’était le bassiste qui ne suivait pas ! ». Donc on peut dire que je ne me suis pas trop mal démerdé !

Quel est ton parcours musical ?
Jamie : Auparavant, j’étais guitariste dans un groupe de Hardcore, Admirals Arms, nous avons fait un bon bout de chemin avec une tournée US et quelques tournées avec des grosses pointures à travers l’Europe. Cela s’est fini sur une tournée d’adieu en 2013, clôturée par un show au Divan du Monde à Paris. Ensuite j’ai fait la basse dans Guerilla Poubelle. À ce propos, je tiens à signaler qu’ils font leur 1000e concert en décembre.

J’imagine que de passer de « petits » groupes de punk à Mass Hysteria, tu as dû avoir une petite appréhension ?
Jamie : Non, pas du tout, je ne sais pas pourquoi, mais je n’ai que très rarement d’appréhension en ce qui concerne la musique. Cela en surprend plus d’un, dont ma copine, elle ne comprend absolument pas que je sois complètement serein avant de monter sur scène, comme au Download devant 20 000 personnes. En fait, je suis juste excité. Surtout qu’avec Mass, j’ai été directement mis dans le bain avec le festival « On a plus 20 ans » organisé tous les ans par Tagada Jones. Il y avait tout de même Tagada, No One Is Innocent, Les Trois Fromages et Les Ramoneurs De Menhirs, donc des pointures dans le rock Français ! Et c’était direct 3 500 personnes, le plus grand public devant lequel je n’avais jamais joué, avec un nouveau groupe. Je me rappelle Loran des Ramoneurs était venu me voir pour me demander si c’était mon premier concert et si je ne me chiais pas trop dessus ! Et après le concert, il me dit « Mais tu m’as menti ! Ce n’était pas ton premier concert », effectivement, ce n’était pas le premier concert de ma vie, mais le premier avec Mass. Heureusement que je n’ai pas attendu 29 ans pour monter sur scène !

Donc tu t’éclates ?
Jamie : À chaque fois je suis excité, monter sur scène, voir la tête des gens. D’autant que Mass a un vrai public, les fans sont incroyables ! Certains se déplacent plusieurs fois dans l’année sur des centaines de kilomètres pour voir les concerts, c’est impressionnant !

Cela fait maintenant deux ans que tu as intégré le groupe, tu as déjà pas mal bourlingué avec eux, rencontré du monde, quel est ton regard sur la scène Metal en France ?
Jamie : Moi je la trouve cool ! Il y a toujours les anciens groupes qui tournent. Personnellement, le premier groupe français à m’avoir mis une claque, c’était Psykup qui m’ont énormément influencé, ensuite il y a aussi Manimal, Gojira, et bien sûr Mass Hysteria, qui ont fait un sacré bout de chemin maintenant, et en plus j’ai le droit d’y participer ! Et puis il y a plein de nouveaux groupes, et même si certains nous quittent rapidement, il y en a toujours pour prendre la relève. Hangman Chair par exemple, eux, ils déchirent ! Ce sont des potes, mais quelle tartine ! Il y a tellement d’émotion dans leur musique, c’est d’une profondeur incroyable ! Bref, je la trouve géniale notre petite scène locale !

C’est ton premier album avec Mass Hysteria, as-tu tout de même participé à la composition ?
Jamie : Oui, j’y ai participé. Et aux dires d’un ancien bassiste, je suis le premier à réussir à faire ce genre de chose ! Vince, ancien bassiste du groupe, m’a expliqué avoir proposé des choses qui n’ont jamais abouti. Le truc c’est qu’il faut se rappeler que Yann est le compositeur principal, et si Mass en est là où il en est, c’est bien grâce à lui. Il a une idée très précise et très définie de ce qu’il veut. Donc je me suis posé chez moi pour composer en me demandant ce qu’il aimerait entendre, ce qu’il ferait. Bon, j’ai eu plus de riffs refusés que d’acceptés (rires) ! Mais j’ai réussi à mettre ma petite patte sur l’album.

Donc il arrive avec des morceaux pratiquement tout faits ?
Jamie : Non. En fait cet album s’est fait beaucoup dans l’instant. Nous allions au studio de Fred, Yann arrivait avec un riff, et l’on partait de ça. Lorsqu’il n’avait pas d’idée pour une ligne de basse, je tentais ma chance. Parfois ça lui plaisait, donc on enregistrait pour voir si cela collait avec l’esprit du morceau, et d’autres il me disait « Non, c’est nul ! ». Il est plutôt du genre cash (rires) ! Mais en même temps il a raison, il n’y a pas d’ego à avoir, si cela ne correspond pas à son idée du morceau et ne rentre pas dans sa trame, il refuse. Mais il reste ouvert. Je me rappelle, un jour où il n’arrivait à rien, cela ne venait pas, je suis arrivé et lui ai proposé une idée, deux heures plus tard, nous avions un morceau entier. Le fait de lui apporter cette idée en a amené une autre et ainsi de suite. Donc l’ensemble c’est tout de même Yann pour une grosse, grosse partie, mais j’ai réussi à mettre quelques-uns de mes ingrédients dans la recette !

Du coup l’album s’est fait rapidement ?
Jamie : Oui, nous avons fini la tournée Matière Noire l’année dernière début septembre. Nous nous sommes accordé un mois de répit, et donné rendez-vous au studio de Fred mi-octobre pour une dizaine de jours de pré-prod. Juste Fred, Yann et moi, et la quasi-totalité de ces sessions est ce qu’il y a sur l’album. Nous avons pratiquement tout gardé. Parfois deux morceaux en sont devenus un, ou un s’est transformé en deux ! Bien sûr il y a eu des modifications tout au long de l’année, mais l’idée principale de « Maniac » est née sur deux semaines.

C’est super court !
Jamie : Oui, cela nous a surpris aussi (rires) !

Toi qui étais guitariste, comment en es-tu venu à la basse ?
Jamie : Tout simplement parce que les gars de Guerilla Poubelle me l’ont demandé ! Le batteur était un pote du lycée, mais je ne savais pas qu’il jouait avec eux. Il m’a appelé à 3 heures du matin pour me demander si je voulais faire la basse pour eux. Donc le lendemain, je suis allé m’acheter une basse et c’était parti ! C’est toujours bien d’apprendre un autre instrument, et puis ce n’est pas non plus si éloigné de la guitare, sauf si on veut faire du Funk (rires) ! Là, c’est un peu plus technique ! Mais pour faire du Punk, c’est plutôt facile ! Ensuite j’ai rejoint un groupe de Hardcore avec le fameux ami en commun avec Yann. Il était venu nous voir sur un concert et s’est donc rappelé de moi au moment de trouver un nouveau bassiste pour Mass.

Tu utilises quoi comme matos ?
Jamie : J’ai une E2 GB 4, les basses ESP fabriquées au Japon, elle vient juste de sortir et m’a été gracieusement offerte ! Une grosse surprise inattendue de la part de Guillaume Martin qui travaille pour le distributeur ESP en France. C’est tout de même une basse qui a un certain prix, j’étais sur le cul ! Sinon j’ai deux LTD modèle signature du bassiste d’Anthrax, et une Precision avec un micro Precision et un Jazz pour avoir le meilleur des deux mondes ! Pour l’ampli, je viens de passer sur un Fender Super Bassman, 300 watts, tout lampes, il ronronne, houlà-là ! C’est impressionnant ! Pour les pédales, j’ai un compresseur MXR et un pré-amp de Darckless. C’est somme toute assez simple comme combinaison !

C’est toujours Yaya (l’ancien guitariste) qui s’occupe des samples ?
Jamie : En partie, sur cet album, nous avons aussi travaillé avec Marc de Animason, un producteur de Rap Français. Mais encore une fois, Yann a une idée très précise de ce qu’il veut, charge à eux de recréer les sons dans sa tête, et parfois, ce n’est pas facile (rires) ! C’est donc une collaboration entre Yann et ces deux personnes.

Concrètement, ça a changé quoi dans ta vie ton arrivée chez Mass Hysteria ?
Jamie : L’intermittence (rires) ! Je suis devenu intermittent du spectacle. En fait je suis revenu plus ou moins au mode de vie qui était le mien avant. J’ai beaucoup tourné ou travaillé pour des boîtes de prod’ dans l’événementiel, donc j’étais souvent absent de la maison. Puis j’ai arrêté pour devenir chef d’entrepôt pour une boîte de prod’. C’était bizarre pour moi, d’être à la maison tous les jours. Durant deux ans, j’ai eu une vie de monsieur tout le monde. Je rentrais tous les soirs à 18 heures, c’était étrange pour moi. Lorsqu'on m’a proposé la place chez Mass, je me suis dit « Ça y est, la vie normale reprend enfin ! » (rires). Je retourne sur la route, et ça m’a fait le plus grand bien. Pas que je n’aime pas être à la maison avec ma copine et mon chien, mais pour nous c’est plus la normalité que je sois sur la route plutôt qu’à la maison. Ma copine m’a connu en tournée, elle sait que cela me convient mieux que d’être à la maison dans mes pantoufles à regarder la télé !

Tu étais fan de Mass Hysteria avant ?
Jamie : J’ai connu Mass avec l’album « Contradiction », surtout le titre « Furia » qui a beaucoup tourné à cette époque, j’avais onze ans ! Je commençais à tremper l’orteil dans le Neo. J’ai eu une enfance baignée de rock, mon père était DJ à la radio en Irlande, donc Led Zeppelin et compagnie, j’ai grandi avec. Je tannais mes parents pour avoir du Queen toute la journée, ou Nirvana un peu plus vieux. Et comme Mass était une des références françaises, j’ai écouté aussi. Mais je me suis vite orienté vers le Death, le Grindcore et le Black. Lorsque tu es adolescent, tu veux écouter les trucs les plus extrêmes !

Tu n’a donc pas suivi leur carrière ?
Jamie : Pas trop. Et puis à la sortie de « L’armée Des Ombres » en 2012, j’étais chez un pote lorsque le clip « Même si j’explose » est passé à la télé. Au début je ne regardais pas l’écran, mais le son m’a attiré, en voyant Mass Hysteria affiché, j’ai été agréablement surpris du changement depuis « Contradiction ». Mais bon, je n’ai pas cherché plus que ça. Plus tard, sur la tournée « Matière Noire », mon pote Thierry (le fameux ami en commun avec Yann) s’occupait du Merchandising et m’a invité au concert se déroulant dans ma ville.Là, j’ai réalisé que c’était devenu bien plus Metal, plus Hardcore, bref, plus « dans le lard ». Il se passait vraiment un truc. Ils avaient fait les bons choix au vue des réactions du public. « Matière noire » était de loin l’album le plus énervé de la carrière du groupe. Et je pense qu’avec « Maniac », nous avons cherché à enfoncer le clou. On sait ce que les gens veulent, on y est allé à fond !

Dans l’ensemble, je le trouve plus punchy que « Matière Noire », dès le premier morceau, ça bastonne, c’est donc une réelle volonté ?
Jamie : Oui. En fait « Reprendre mes esprits » est le premier titre sur lequel nous avons bossé. Enfin, surtout Yann et Fred. Je n’étais pas là le premier jour, je travaillais. Le lendemain, j’arrive au studio, ils me demandent de m’assoir et balancent le morceau. Et là, je l’ai pris en pleine tronche (rires) ! Je me suis dit « Ok, nous en sommes là ! ». Du coup c’était le morceau référence et c’est monté en puissance. Nous n’avions pas spécialement prévu de mettre la tartine directe, c’est venu comme ça, naturellement.

Mouss a toujours la liberté totale au niveau des textes ?
Jamie : Absolument. C’est SON truc ! Il travaille sur les figures de style, sur les proses, les rimes. Il se torture un peu l’esprit, il se force à faire des exercices d’écriture. C’est un véritable travail d’écrivain. Pour moi, ses textes sont très bons. Certains sont très introspectifs. « Reprendre mes esprits » en est le meilleur exemple, il exprime clairement sa panne d’écriture et son besoin de quitter son cocon, de se mettre un peu en danger. Les gens peuvent s’identifier à certains passages, le petit pont où il dit « Ça va aller », c’est un truc que tout le monde à moment ou à un autre de sa vie s’est forcément dit. Il a aussi eu la volonté d’être beaucoup moins politique que pour « Matière Noire ». Il ne peut pas s’en échapper complètement, la phrase dans « Shaman Acid », « On est cocu et en plus on paye la chambre d’hôtel », reste la phrase préférée du groupe ! Nous avons trouvé ça super bien trouvé !

On le sent assez positif dans cet album, je me trompe ?
Jamie : Non, « Derrière la Foudre » reste une chanson d’amour, il a aussi voulu parler de cet esprit de fraternité de la scène française, Metal ou Hardcore.

Comment as-tu été accueilli dans le groupe ?
Jamie : Cela c’est passé avec une facilité incroyable ! Je connaissais déjà Yann et le tour manager John, un vieux pote de ma copine. On a bu des bières, c’était vraiment tranquille. Je suis arrivé dans le groupe fin février, et mi-avril nous commencions la deuxième partie de la tournée « Matière Noire ».

Tu n’as donc pas subi de bizutage ou autre blague ?
Jamie : Non ! Si ce n’est sur la tournée, ma chambre a été désignée comme chambre de la soirée, donc ceux qui ne voulaient pas se coucher tout de suite et boire des canons squattaient ma piaule et je me suis retrouvé donc à dormir en dernier. Mais j’en ai bien profité aussi !

Une petite anecdote de scène ?
Jamie : Ce n’est pas vraiment une anecdote, mais au Download, j’ai passé mon temps à chercher mes amis dans le public ! Comme j’ai grandi dans le coin de Brétigny-sur-Orge, j’avais plein de potes présents, je me suis amusé à les repérer durant le concert, surtout ceux qui n’étaient pas là (rires) !

Pas trop de pression pour ce Download ?
Jamie : Non ! J’habite vraiment à cinq minutes, je me suis pointé à l’heure des techniciens, je voulais voir tout ça vide pour avoir un point de comparaison avec ce que j’avais déjà vécu. Je leur ai même donné un coup de main, je ne peux pas m’en empêcher. Je viens du Punk et donc du DIY, j’arrive toujours en avance pour aider Raphaël à installer sa batterie, le matos des gratteux… Je suis incapable de ne pas le faire !

L’année prochaine le Hellfest, ça te fait quoi ?
Jamie : Je n’ai jamais mis les pieds au Hellfest, ce sera donc une première et en plus pour y jouer avec un nouvel album ! Là, je pense que cela va me faire quelque chose. Je vais en prendre plein la gueule !

Le petit mot de la fin ?
Jamie : Le fameux petit mot de la fin. Je ne sais jamais quoi dire ! J’espère juste que les gens vont adorer cet album. Moi c’est le cas, même si évidemment je ne suis pas très objectif ! Mais une chose est sûre, artistiquement parlant nous n’avons aucun regret, nous sommes vraiment tous à fond dessus. Raphaël le considère comme son album préféré. Vincent Mercier (l’ancien bassiste sur « Matière Noire ») le considère aussi comme le meilleur album de Mass à ce jour, venant de sa part, c’est flatteur et fairplay !

Donc tu es un homme heureux ?
Jamie : Oh oui ! Je n’ai pas à me plaindre ! Je pourrais travailler à l’usine et à la place, je joue de la basse dans un groupe de Metal. Et quel groupe !