Matmatah



Artiste : Matmatah

CD : « Plates Coutures »

Label : La Ouache Prod

 

01. Nous Y Sommes,

02. Lesine Pas,

03. Petite Frappe,

04. Maree Haute,

05. Toboggan,

06. Retour A La Normale, 07. O Ma Beaute,

08. Entre Les Lignes,

09. Overcom,

10. Margipop,

11. Peshmerga


Genre : Rock

 

Originaire de : Brest

 

Membres :
Benoît Fournier (Batterie),

Emmanuel Baroux (Guitares),

Eric Digaire

(Chant / Basse),

Tristan Nihouarn

(Chant / Guitares)


Matmatah

"Marée Haute"


Ecoute sur DEEZER  


L’Album "Plates Coutures" est en vente depuis le

03 Mars et le groupe est sur les routes jusqu’au

09 Décembre 2017

au moins!

 

Retrouvez le live report

du concert de l’Olympia ici



On assume ! On fait ce qu’on veut !


24 Août 2008, Summer Festival à Bruxelles, l’un des derniers concerts des Matmatah avant leur séparation. Nous y étions. Et nous avions écumé les bars de Bxl après le concert avec le groupe dont Eric Digaire, bassiste de son état, un brin triste de la fin de cette aventure débutée 13 ans plus tôt. Septembre 2016, les Mat’ annoncent leur retour et en Mars 2017, les voilà à l’Olympia pour défendre leur nouvel Album « Plates coutures ». Changement de line-up, mais toujours la même volonté de bousculer les consciences. À quelques heures de fouler la mythique scène parisienne, nous retrouvons Eric Digaire (enrhumé mais heureux !) pour une interview fleuve…

Interview Stef'Ouille



Alors Rebelote. 

Eric Digaire : Comme en 40 !

 

On voudrait savoir depuis combien de temps cela couvait ?

Nous nous sommes revus au moment de travailler sur le coffret pour les 20 ans du groupe. La maison de disque avait déjà sorti une compilation, mais nous trouvions qu’il y manquait des titres et nous avons souhaité prendre la main sur une nouvelle édition. Nous venons d’une période où les réseaux sociaux n’existaient pas et avons donc dû fouiller dans les malles pour en ressortir de vieilles photos argentiques et des coupures de presse. Nous avons aussi retrouvé des inédits, des versions alternatives de titres que nous avons décidé de terminer. Nous avons donc passé du temps à rejouer ensemble et à nous remémorer d’innombrables bons souvenirs. On se voyait régulièrement et ne disions rien à personne, même pas à nos proches. 

 

Ça a dû être dur…

C’était compliqué mais assez jubilatoire car les gens se posaient des questions en nous revoyant ensemble. À Brest, nous sommes un peu connus comme les boulangers du coin !


Ton regard sur Matmatah fin 2008 et Matmatah cuvée 2017 ? Peut-on dire que Matmatah renaît de ses cendres ?

Contrairement aux hommes politiques accros au pouvoir, Matmatah n’est pas un phénix. La décision d’arrêter, prise en 2008 était nécessaire. Humainement et artistiquement. Nous avions tous besoin de pouvoir enfin vivre normalement, d’arrêter ce rythme effréné de tournées, de promos, d’albums, de trajets en tour bus, d’attentes dans les loges, d’after… Je me souviens avoir accueilli Hubert Felix Thiéfaine à l’Avel Vor, après l’arrêt de Matmatah, qui m’avait convoqué dans sa loge et qui m’a mis ma race pendant une heure, me disant que nous n’avions pas le droit d’arrêter, ne serait-ce que pour le public. Il m’a presque sommé d’appeler Stan et Sammy pour faire en sorte de les convaincre de reprendre. Il nous avait déjà pété un vrai scandale en 2008 ! A la suite de cela, nous avons rediscuté avec Stan qui a fini par m’expliquer pourquoi il avait voulu que ça s’arrête. Il était clair pour tous les membres du groupe que l’aventure avec Sammy s’achevait car au bout d’un certain nombre d’années, les accointances artistiques et humaines avaient fini par s’étioler. 

 

Mais pourquoi ne pas avoir continué sans Sammy ?

La raison évoquée par Stan était d’une belle noblesse et d’une élégance humaine énorme, mais je l’ai trouvée trop romantique et balayée d’un revers de la main. Pour moi un groupe c’est avant tout un répertoire, une identité vocale, un propos, c’est une patte. L’aventure avec Sammy a été importante, tout autant que celle de Fanch jusqu’en fin 2001.
La décision de reprendre nous est apparue comme une évidence. Nous n’avions aucun manque, aucune frustration par rapport à notre parcours. Nous avons juste eu une envie de repasser du temps ensemble, de refaire des chansons, d’exprimer notre point de vue sur nos vies, notre pays, notre monde, notre civilisation, de retourner défendre un album dans des salles, face à face avec des gens, simplement. Donc, on a juste appuyé sur play après quelques années de pause, et tout est reparti, comme un retour à la normale, comme si nous avions traversé un trou de ver, mais avec des changements de line up. Sammy n’ayant pas souhaité reprendre l’aventure. 

 

D’où l’arrivée de Manu Baroux ?

Manu a très naturellement intégré le groupe après avoir travaillé avec Stan sur son album et sa tournée solo, puis avec nous sur les deux inédits du coffret "Antaology". Et il avait la même envie que nous d’écrire un nouvel album. Sans ce challenge, je crois qu’il aurait refusé. Là, il ne s’agissait pas simplement d’apprendre un répertoire, il fallait s’investir et écrire une nouvelle page du groupe. Il a été tenté, nous en sommes ravis.


Et d’où vient la présence du clavier (Julien Carton) sur scène ?

Nous avons toujours mis des claviers sur les albums, d’ailleurs, nous en jouons tous. Sur scène, nous compensions l’absence de clavier par de l’énergie mais certaines parties lead nous manquaient vraiment et rendaient impossible l’exécution de certains titres. Même pour « Lambé », par exemple, il y avait un whistle qui doublait le riff de guitare. Pour des titres comme « Emma », on avait soit des nappes soit du piano. Pour « La Cerise » il nous manquait le tambourin sur lequel toute la rythmique tient donc Julien fait l’intro au clavier, puis le tambourin et les chœurs avec moi et l’affaire est dans l’cul de l’âne !
Pour l’album, comme on a su très tôt au début de l’enregistrement que Julien acceptait de venir nous rejoindre, nous nous sommes un peu plus libérés. Pas sur de l’enluminure mais bien sur des thèmes et une noblesse du piano, comme pour « Peshmerga », la dernière chanson de l’album, clairement née du piano.

 

Est-ce que cela vous a demandé un gros travail d’orchestration sur les anciens morceaux ?

Pas beaucoup. Nous avons ajouté des parties claviers qui existaient sur les albums, Julien en a amené de nouvelles, mais nous nous sommes surtout concentrés sur les nouveaux titres et nous n’avions pas envie, sur ce début de tournée en tout cas, de déstabiliser le public qui a pris ses places pour les concerts avant même de savoir que nous étions en train de finaliser un nouvel album. Nous avons estimé qu’il attendait les versions « d’époque » telles qu’il les a connues sur les live ou les vidéos et ça nous allait aussi. Pourquoi changer quand l’évidence est là ?

 

Et vous l’avez trouvé où Julien ?

Alors Julien c’est le minot de l’affaire. Il était élève de Thierry Garacino (réalisateur de La Cerise), qui utilisait des enregistrements pour faire travailler ses élèves sur du mix. Julien a ainsi travaillé sur « Casi El Silencio ». C’est Thierry qui l’a conseillé à Stan quand il cherchait un clavier pour sa tournée.  Il a fait quelques dates avec lui et quand on s’est dit qu’il nous fallait un multi-instrumentiste de talent et capable de faire des voix aussi, nous nous sommes tout naturellement tournés vers lui. C’est un musicien extraordinaire, plein de fougue de la jeunesse et ça le fait marrer de monter sur scène avec des mecs qui ont pratiquement deux fois son âge.


Peut-on dire aujourd’hui que c’est le 5eme membre de Matmatah ? 

Plate Coutures a été composé à quatre, avec Manu. Julien fait la tournée avec nous. Il est le 5ème membre de Matmatah sur scène. On verra bien ce qui adviendra pour le 6ème album studio…

 

Là on est à l’Olympia, à quelques heures de monter sur scène. Le dernier était en 2007. Comment vous vous sentez ?

On a beau se dire que c’est une date comme une autre, elle reste particulière. Et encore plus pour notre entourage. Le fait est que c’est une des plus belles salles en tant que musicien, l’acoustique est parfaite et la vision du public est magnifique. On a également hâte de découvrir Stereolux à Nantes et Paloma à Nîmes qui ont une super réputation. Il y a des bastions comme ça, où il se passe quelque chose. Et puis ça fait partie du pédigrée obligatoire d’un groupe. Donc voilà : Olympia n°5 ce soir. C’est une énorme fierté c’est sûr. Surtout rempli en quelques jours.

 

Tu penses bien que lorsque les fans de toujours ont vu la date de l’Olympia s’afficher…

En fait, on a voulu jouer sur une espièglerie, c’est-à-dire qu’on voulait placarder des affiches à Brest qui annonçaient la reformation du groupe (parce que personne ne le savait encore) et la date du concert à l’Olympia. Et dans le même temps, nous affichions à Paris : « Matmatah en concert, au Vauban à Brest ». Mais en fait, quand on a mis la date en vente au Vauban, qui est une salle de 500 places, tout s’est vendu en 3 heures. Donc les affiches pour cette date-là n’ont même pas eu le temps d’être finalisées ! Comme ça a pris, on a dévoilé d’autres dates et seulement après on a dévoilé l’album.

 

Là (à l’Olympia), il y aura forcément les fans de la 1ere heure, qui ont entre 30 et 40 ans. Quel est votre public aujourd’hui ?

On a eu cette discussion dernièrement avec pas mal de groupes des années 90 -2000 qui se reforment. L’important c’est que le public se renouvelle. On voit les 1ers rangs qui chantent les chansons et certains devaient avoir 5-6 ans quand l’album « La Ouache » est sorti. Nous avons toujours eu un public de plusieurs générations et ça nous a toujours plu. Il y a des gens de notre génération, des plus anciens, des un peu plus jeunes et ceux qui doivent être les  enfants du public de l’époque et qui n’ont pas pu nous voir en live parce qu’on s’est arrêté avant qu’ils atteignent l’âge de pouvoir fréquenter les salles de concert. C’est plutôt bon signe, ça veut dire que notre musique n’a pas trop vieilli.

 

la tournée se rempli très vite. Tu disais que vous étiez presque à 80 dates sur 2017 ? Ça vous amène presque jusqu’à Noël…

La dernière date prévue c’est le 9 décembre, à Plougastel, en tant que bon cumulard [Eric est directeur de la salle « Avel Vor » à Plougastel]. Mais nous sommes déjà en train de plancher sur  une tournée à l’étranger pour 2018. Avant on tournait 1an ½,  c’est peut-être ce qu’on va faire, on espère mais on se sait pas ; l’album sort demain (le 03 Mars)… ! Nous en sommes vraiment contents, nous verrons bien comment il est reçu. Ça peut multiplier les faits comme ça peut les juguler.  Nous avons toujours vécu les albums comme un instantané, un polaroïd du moment où ils ont été créés. Ça nous ressemble. Il y a un truc qu’il ne faut pas essayer de nous enlever, c’est la sincérité avec laquelle nous faisons les albums. Nous ne reprenons pas les recettes d’un album précédent qui a marché. 

 

Fin 2008- Début 2017. Tu n’as plus retouché à la musique après le split ?

En 2008, quand nous sommes rentré, j’ai pris ma basse, je l’ai accrochée au mur chez moi et je ne l’ai pas retouchée jusqu’à il y a deux ans maintenant. 

 

Parce que l’intérêt c’est Matmatah, et tu n’as pas envie d’autre chose ? Tu ne crois pas qu’avec ton passé justement, ça pouvait t’ouvrir des portes avec d’autres musiciens ? 

J’ai eu des propositions, mais je n’avais pas envie de devenir le bassiste d’un autre groupe. Stan a une très belle définition de moi, il dit que je ne suis pas un bon bassiste, mais je suis le meilleur bassiste de Matmatah. Effectivement, certains très bons bassistes vont me regarder jouer et me dire que je joue en place mais que je n’en fais pas des tonnes. Je reste à ma place et dans ce projet-là (ce 5ème album), j’ai l’impression qu’elle est vraiment actée. 

 

Stan est parti sur un projet, Scholl aussi et toi non, ça ne t’a pas démangé? 

Scholl, qui est le meilleur batteur que je connaisse, s’est investi dans d’autres projets. Stan évidemment, qu’il fallait qu’il continue à écrire et à composer. Il a eu des projets solos pour lesquels il est allé au fond des choses dans une esthétique hyper personnelle que tu ne peux pas avoir quand tu es dans un propos de groupe. Sammy continue à faire de la musique, Fanch aussi, mais moi je ne peux pas être et avoir été. Ma basse était bien rangée et dépoussiérée de temps en temps.

 

Ta basse qui est dans ce 5eme album bien mise en avant par la prod. C’est une tendance dans les groupes depuis une dizaine d’années. Ça ne t’as pas donné envie d’en faire plus ?

Je pense qu’il y a plusieurs familles de bassistes. J’ai envie qu’on m’entende, qu’on distingue ce que je fais et qu’on comprenne avec quelle intention je suis en train de jouer. Est-ce que c’est au médiator, au doigt, si c’est doux ou arraché, tapé ou pas, mais je suis dans une veine rythmique. J’ai toujours dit que je faisais de la grosse caisse à notes. On s’entend bien là-dessus avec Scholl, quand il envoie un gros uppercut de grosse caisse et qu’il sait que je suis pile-poil dessus, le public prend la double dose : le coup de pompe au cul et la baffe en même temps ; quand c’est bien synchro ça fait un bel effet. En fait, j’aurais pu passer des heures, avec ma formation musicale, sur des lignes très écrites, mais je m’emmerde. S’il y a 4 accords, moi je te fais 4 notes à la croche, et ça dépote ! 

 

En fait t’es punk quoi ! 

Ouais, en fait je crois. Sur le premier album, la basse était assez évidente. Il y a une vraie vérité sur les musiciens sur cet album, avec un son bien particulier. Et on a voulu à nouveau être vraiment identitaires dans nos parties pour « Plates Coutures ». Il y a comme une espèce de chose plus assumée. Effectivement aujourd’hui qu’est-ce qu’on a à prouver ? On a juste envie de monter sur un plateau, même si ça a été un peu compliqué pour moi car j’étais rangé des bagnoles et il a fallu que je réapprenne les automatismes. Mais à la fin du premier concert, l’équipe technique est venue me voir en disant que je me mettais à sourire tout seul sur scène.  En fait, je ressens d’un seul coup une telle bouffée d’émotions que ça déborde ! C’est un vrai bonheur, franchement, on prend un vrai panard.

 

Scholl, que nous avons croisé, s’est fait un gros plaisir avec l’achat d’une Ludwig  transparente, modèle identique à sa toute première batterie (qui elle, était orange) et qu’il a trouvé de l’autre côté de la France. Et toi ? As-tu un caprice de ce genre à nous avouer ? 

Pas de caprice, ou alors totalement assumé. Mais j’ai changé d’ampli, et je me suis acheté une basse sur laquelle je lorgnais depuis plus de 20 ans, une Fender P-Bass Relic, pour épauler la « vieille » achetée à NY en 2000. Et je me suis concocté une tête d’ampli bien spécifique, histoire d’avoir un son qui se mêle bien avec ceux de Stan et de Scholl. Manu ayant décidé d’avoir plus de basses que moi dans son son.


Parlons maintenant de l’album, comment le qualifierais-tu ?

C’est un album qu’on a voulu énergique. Il est fidèle à ce que nous sommes aujourd’hui et à l’aventure humaine que nous avons vécu depuis plus d’un an et demi. Il est teinté de notre envie de remonter sur scène. Les thèmes abordés et les textes en font, selon nous, un album concerné. Nous n’avons jamais fait de prosélytisme, nous sommes juste conscients d’avoir la chance de disposer d’un micro pour donner notre point de vue et peut-être provoquer une réflexion.


Tu dis de cet album que c’est « Un album concerné plus qu’engagé ». S’il y avait un sujet, une cause pour laquelle tu pourrais t’engager. Ce serait laquelle ?

Vaste question, je pense que la vie de tournée, faite de rencontres éphémères et de voyages, nous ouvre par la force des choses les yeux sur notre monde. De nos coups de gueule naissent parfois des chansons. Il y a beaucoup trop de causes à défendre pour que je puisse en choisir une. 

 

Tout le monde à participer au processus de création de l’album ?

Oui. On nous a souvent demandé s’il y avait des recettes pour écrire des chansons et nous avons toujours dit non. Mais en fait il y en a plein. Nous sommes revenus comme si nous faisions un 1er album. Et Manu, dès son arrivée au sein du groupe nous a tout de suite dit de nous affranchir de toute pression, que nous n’avions plus rien à prouver après nos albums. Franchement, il nous a fait vraiment du bien. A partir du moment où nous a repris l’idée et le projet de faire des chansons, j’ai recommencé à jouer, à composer, à trouver des refrains, des mélodies. Stan avait des textes et des musiques. Manu et Scholl avaient fait pas mal de cessions répét’ tous les deux et ils sont arrivés avec un thème comme « Petite Frappe ». Pour « Nous y Sommes », Stan nous a présenté ce texte qui aurait pu faire une chanson de 25 minutes et pour laquelle il a fallu créer un véritable écrin. « Toboggan » a failli ne pas voir le jour car Stan est arrivé avec une grille d’accords jouée à l’acoustique qu’il avait composée dans son salon et qu’il a donné à Manu en lui disant de la détruire. Mais Manu l’a prise et y a apporté sa patte. Il a travaillé seul pendant deux-trois jours sur le pont de cette chanson en deux parties. Il a fait plein de sons, des harmonies de piano, des trucs de reverb, ce qui a permis d’installer une ambiance mais il nous manquait quelque chose d’un peu plus organique. Bruno Green, qui a fait la réalisation de cet album (et qui a travaillé avec Detroit entre autres), nous a alors proposé de contacter Dana Colley, le saxophoniste de « Morphine ». Nous étions comme des étudiants fébriles, comme des gamins de quatre ans quand ce dernier nous a répondu avec un laconique « Great song ! Ok ! ». Il faut dire que l’album « Cure For Pain » nous avait mis une belle claque quand nous faisions nos premiers pas dans les bars, enfin, à part Julien, qui lui avait à peine 6 ans ! Ce dernier a adhéré au projet et nous a envoyé 27 pistes composées de voix, de clarinettes basses, de clarinettes électroniques, de soubassophone. Dana Colley a su donner tout le frisson organique que nous voulions dans ce pont-là ! Et Scholl a mis des peaux de chamois sur les tomes pour que ce soit hyper mat, comme si c’était un petit bonhomme mécanique qui jouait le thème. Tout est choisi, calibré et assumé. Nous avons décidé de faire ce que nous voulions sur l’album et c’est aussi vrai pour les concerts. 

 

Et l’introduction des chœurs féminins sur l’album ?

C’est venu de « Peshmerga ». La noblesse du propos s’y prête. Nous sommes vraiment tous tombés dans un respect total pour ces soldates kurdes. Et du coup, sur « Lésine Pas » nous pensions que le refrain pourrait être beaucoup plus porté s’il était fredonné par une dualité d’un rapport amoureux. Nous nous sommes entourés de chanteuses que l’on connaît et pour lesquelles nous avons un profond respect et dont on adore le timbre : Gaëlle Kerrien, Morgane Mercier et Gaëlle Bellaunay.

 

« Entre les lignes » est le morceau que tu interprètes, c’est le seul que tu as écrit ?

C’est un exercice compliqué. Composer ou écrire dans un projet de groupe, ça doit convaincre tout le monde. Scholl m’a entendu la fredonner et il a trouvé qu’il y avait un truc dans le refrain. Nous avons travaillé dessus la nuit, fait une batterie, une basse et des guitares et le lendemain nous la présentions aux autres. C’est la dernière chanson qui est arrivée. Elle a été maquettée la veille du départ en Angleterre. Stan a fait les chœurs, Manu a planté direct une partie magnifique de guitare et Bruno Green a fait des arrangements que je trouve très beaux, très doux et très élégants. Mais voilà, aujourd’hui c’est un vrai constat, sans aucune amertume : je ne sais pas faire ce que Stan fait. C’est-à-dire prendre un micro, balancer une histoire que tu cautionnes à 100% parce qu’il te parle avec un propos de chanteur de groupe. C’est un vrai talent. Et l’exercice de la construction d’une chanson est compliqué. Stan a passé des années à apprendre. La technique, la césure, tout ce qui fait l’orfèvrerie d’une chanson c’est quelque chose que je ne maitrise pas.

 

Nous avons quand même l’impression que tu restreins encore un peu ta voix, que tu pourrais te lâcher plus. 

Le chant se heurte à un souci dès le départ : l’intention. Il faut éviter de surjouer, il faut être dans une espèce de neutralité et il s’avère que quand je chante, j’ai du mal à la garder. L’absence d’intention, créé une émotion. Je suis en apprentissage. J’ai chanté  « Abonné absent » dans un casque pour avoir la voix souhaitée. Pour « Tombé des Nues », le cahier des charges était de la chanter d’une voix hyper fragile pour correspondre au sujet. Et pour « Entre les lignes », tout le groupe était d’accord pour dire que c’était vraiment moi. Ça va peut-être m’ouvrir à des excentricités pour l’avenir.  L’album « Plates Coutures » sort, nous sommes sur la tournée, mais déjà dans cette gourmandise d’un prochain album. Donc aujourd’hui je vais travailler pour chercher la tessiture de confort et j’espère trouver des propos auxquels adhèreront mes quatre collègues.

 

D’où vient le titre de l’album : « Plates Coutures »?

Certaines chansons viennent d’un sujet de conversation, comme « Nous y sommes », « Peshmerga » ou encore « Marée Haute ». D’autres qui viennent d’une expression comme « Retour à la Normale ». Stan a le don de mettre, dans ses chansons, des expressions que les gens vont s’approprier. Je suis persuadé qu’au bout d’un moment « Petite frappe » va devenir l’insulte suprême dans les cours d’école alors que c’était une expression complètement désuète. C’est un peu l’histoire de « Plates Coutures », cette expression sur laquelle Stan souhaitait travailler ; sur la dualité de son sens. Et puis, nous sommes des fervents supporters de l’objet qu’est l’album. Parce que gamins nous achetions des albums avec une identité, un nom. En termes de rock français, tu ne demandais pas le dernier « Noir Désir », tu disais est-ce que tu as « Tostaky » ? Pour cet album, nous avons cherché plein de noms, pensé à prendre le titre d’une des chansons, mais nous n’arrivions pas à nous dégager de l’expression « Plates Coutures » qui sonne bien. Mais la chanson ne venait pas car nous n’avons pas su traiter le sujet. Et puis un jour, Stan est tombé sur le visuel (tiré d’une œuvre d’Adam Martinakis), qui nous a immédiatement fait penser à « Nous y sommes » avec cette espèce de transhumanisme d’une civilisation qui change, qui va vers un bouleversement, sans savoir lequel. Et puis « Lésine Pas » avec le fait de s’imprégner les uns des autres. Et finalement Stan a mis  tout ça ensemble : Matmatah - Plates Coutures - et le visuel ; nous avons tous adhéré. C’est la première fois que nous avions le visuel et le titre de l’album avant que toutes les chansons soient finalisées. Mais l’expression « plates coutures » est intéressante, elle arrivera certainement dans un texte et puis peut être qu’avec la vie qui va se créer de cet album-là, ça va donner un morceau tout comme « Quelques sourires »  qui est né de ce qui nous est arrivé avec l’« Apologie ». 

 

Vous jouez plusieurs morceaux de Plates Coutures lors des concerts, quel retour du public vous avez dessus ?  

Elles passent très très bien, mais en même temps, le public les découvre. Nous sommes toujours partis en tournée assez tôt au moment de la sortie d’un album. Nous recherchons cette espèce de brutalité du rapport direct avec une  chanson que le public découvre. C’était donc un choix de ne pas sortir l’album avant les 1eres dates. Des titres comme « Nous y sommes », « Marée haute » ou encore « Peshmerga » sont très bien accueillis lors des concerts.  Il manque juste un peu de recul au public sur l’album, mais un titre comme « Retour à la Normale », ça fait deux fois que le public continue à chanter le chœur alors que le morceau est fini. Et puis quand on balance « ça sent la poudre au fond de l’arsenal, reprenons les armes aux snippers qui s’marraient à nos funérailles », nous avons l’impression d’avoir 1000 paires d’yeux sur nous qui cautionnent… Le public adhère et nous fait bien comprendre qu’on n’est pas là pour vendre des melons !

 

Tu n’as pas beaucoup parlé de l’ »Avel Vor ».

Je n’en parle pas parce que je contingente. Je l’ai laissé à une équipe en or. D’ailleurs ma programmatrice et mon assistante de direction sont là ce soir. Elles sont venues au « P’tit Minou » à Brest aussi. Elles ont vu le volte-face entre les différentes dates. J’ai retrouvé la normalité de cette place-là, alors que depuis 2008, même en étant directeur de salle, je ne mettais pas un pied sur scène. 

 

C’était une vraie coupure…   

Oui. Quand je tourne la page, je colle le bouquin, je brûle la bibliothèque et je vends la maison !

 

La plupart de ton équipe te connaissait, savait que tu étais le bassiste de Matmatah. Comment leur as-tu annoncé que tu reprenais ? Comment ont-ils accueilli la nouvelle ?

En fait, l’équipe me connaissait effectivement mais ne m’entendait jamais en parler. Au moment où je leur ai dit qu’on allait peut être rempiler, tout le monde a dodeliné de la tête avec un petit œil de 14 Juillet. Ça leur a paru tout à fait normal et il en a été de même avec mon employeur Monsieur le Maire. Il a préféré me laisser faire plutôt que d’avoir un employé qui fait la gueule !

 

Tu es donc programmateur pour cette salle (entre autres choses) depuis 2010. Quelle est ta vision de la scène musicale française actuelle ? 

J’y prends un énorme plaisir. Avec le soutien municipal, je travaille pour aider les jeunes formations à émerger et à rencontrer un public. J’ai mis en place quelques projets en ce sens, l’Avant Scène, sorte de Taratata de l’Avel Vor, la soirée Keep On Rockin’ qui propose un plateau de groupes en devenir, autour d’une tête d’affiche… Je trouve qu’il y a finalement assez peu de renouveau depuis quelques années, en termes de groupe en tout cas. Non pas que la scène se soit tarie, mais l’absence d’endroit pour jouer, bar ou club, la timidité coupable de certaines salles qui n’offre pas ou trop peu d’occasions de se produire sur scène, la frilosité des médias qui ne tentent plus la diversité, tout cela fait que des dizaines de groupes pétris de talent vivotent dans des locaux de répétitions alors qu’ils ont la fougue, l’ambition et le talent pour tout exploser. Matmatah a pu éclore entre 95 et 98 justement parce qu’il y avait une multitude d’endroits pour jouer, s’aguerrir et rencontrer un public. Ce n’est plus le cas aujourd’hui. Donc, la scène musicale est foisonnante, charges aux programmateurs de se mettre au diapason, le public suivra forcément.  

 

Tu as déjà fait pas mal de promo, répondu à bon nombre de questions. Qu’aurais-tu envie de dire là, maintenant, tout de suite ? 

On s’attendait à prendre énormément de plaisir sur scène, mais ce plaisir dépendait aussi et surtout de l’accueil du public, de la couleur de ses « retrouvailles ». Force est de constater que les salles se remplissent très vite et que les premiers concerts se passent très bien. On est parti pour un an de tournée, les échos sont très positifs, les sourires sont au rendez-vous, que demander de plus ? 

 

Le mot de la fin (si tu souhaites ajouter quelque chose – libre à toi). 

Le « quellebellesalletour2017 » s’annonce bien !