À la conquête

du Graal !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Retour du jongleur aux multiples casquettes,

du compositeur hyperactif à l’esprit en perpétuelle fusion, Pierre le Pape. Rassembleur

de génie, il fait une entrée remarquée dans la cour

des grands avec le soutien sans faille de véritables monuments du metal dont Mikael Stanne, Niklas Kvarforth, David Vincent, Arjen Lucassen, etc. Sa quête du Graal a porté ses fruits

avec « The Great Lie » et symbolise à elle seule la qualité du metal français d’aujourd’hui et il réussit avec brio un Opéra metal à la carrure internationale. Rencontre…


Pierre le Pape


Artiste : Melted Space

Album : The Great Lie

Label : Sensory Records

01. Listen To The Song Of Despair
(avec Ailyn Giménez, Arno Strobl, Clémentine Delauney, Virginie Goncalves, Lucie Blatrier)
02. Called By The Queen
(avec Guillaume Bideau,

Christine Rhoades)
03. No Need To Fear
(avec Mariangela Demurtas, Guillaume Bideau, Christine Rhoades, David Vincent,

Attila Csihar, Mikael Stanne,

Arno Strobl, Clémentine Delauney, Virginie Goncalves, Lucie Blatrier)
04. Terrible Fight
(avec David Vincent, Guillaume Bideau, Manuel Munoz, Clémentine Delauney,

Virginie Goncalves, Lucie Blatrier, avec la présence d’un solo de guitare de Adrian Martinot)
05. A God Is Dead
(avec Manuel Munoz)
06. Trust And Betrayal
(avec Mikael Stanne,

Guillaume Bideau)
07. Glass Castle’s Beast
(avec Kobi Farhi, Niklas Kvarforth, Guillaume Bideau,

Clémentine Delauney,

Virginie Goncalves, Lucie Blatrier)
08. Hopeless Crime
(avec Christine Rhoades,

Mikael Stanne, Niklas Kvarforth, Clémentine Delauney, Virginie Goncalves, Lucie Blatrier, avec la présence d’un solo

de guitare de Adrian Martinot)
09. The One Who Lost The Faith
(avec Niklas Kvarforth, Arno Strobl et Arjen A Lucassen qui assure guitare, synthé et tympanon)
10. Titania
(avec Ailyn Giménez,

Guillaume Bideau, Mikael Stanne avec la présence d’un solo de guitare de Sylvain Coudret)
11. Lost Souls From

The Other Side
(avec Attila Csihar, David Vincent, Mikael Stanne, Ailyn Giménez, Guillaume Bideau,

Manuel Munoz, Christine Rhoades, Clémentine Delauney, Virginie Goncalves, Lucie Blatrier)


Melted Space

New Album Teaser


Melted Space

Terrible Fight


Melted Space

'The Great Lie' making of (ES)


"On est moins considéré comme des blaireaux aujourd’hui,

on fait également de la très bonne musique !" Pierre le Pape


Comment définis-tu ta musique en quelques mots ?
« Opéra Metal » ou « film sans image » car ça raconte une histoire, il y a pas mal d’interaction entre les personnages et musicalement il y a des passages entiers très orientés musique de film. L’album est divisé également en scène, comme un véritable opéra.

Pourquoi un tel mode d’expression artistique le « Rock », le Metal Opéra ?
C’est celui qui me correspond le plus et c’est le plus ouvert artistiquement. Ce n’est pas moi qui décide de la musique, c’est l’histoire que je raconte. En fonction de mon histoire, j’ai un spectre musical très important à ma disposition, je peux mettre une partie black metal au milieu d’un élément très pop, sans que cela pose de problèmes à personne et sans avoir à le justifier.

Depuis tes débuts comment as-tu évolué et depuis la formation de Melted Space en 2007 ?
C’est une très vaste question ! (rires) Musicalement, de travailler avec un manager, un label, etc…, ça m’a permis de me structurer et d’aller vers quelque chose de plus direct et précis. Les albums précédent étaient un peu tous « fous, fous ! », l’ep avait déjà permis de tester des formats plus chansons et maintenant, l’ensemble a trouvé sa finalisation, tout en gardant sur certains morceaux des passages très libres, moins structurés, mais plus narratifs, plus artistiques. J’ai réussi à trouver le bon équilibre entre ma vision de

cet univers-là et le fait de parler à un plus grand nombre de gens. Le fait d’avoir tourné avant de me mettre à écrire cet album, ça m’a permis de remettre beaucoup de choses en question, j’ai senti le besoin de structurer ma musique en scène en abordant le modèle chanson, afin de créer un véritable échange. Je m’impose beaucoup de contrainte, c’est un peu la quête du Graal pour moi ! La musique parfaite, le son parfait, ce que l’on arrive jamais à avoir. Quand tu vois des groupes comme Within Temptation, ayant un vrai show tout en ayant de véritables chansons et bien, j’essaye de tendre vers ce modèle.

N’as-tu pas envie d’un Opéra classique à l’ancienne ?
Eh bien oui ! quand je l’ai écrit, je me suis laissé emporter par l’histoire et ça se termine beaucoup plus mal que ça ne devait finir au départ (rires). J’ai une démarche de réalisateur de films, je réfléchis aux traits de caractère que je vais donner à chaque personnage en fonction de mon écriture, ça me donne des pistes pour le choix de mes interprètes et après je passe proprement dit à la réalisation.

Musicalement, les défis particuliers à relever avec « The Great Life » ?
Rendre cohérent le projet, mais le plus gros challenge était l’orchestre, mais ce fut une rencontre incroyable.

Alors, justement, L’orchestre Philharmonique de Prague dirigé par Adam Klemens ?
J’avais déjà acheté des albums de l’orchestre et souvent je préférais leurs interprétations de musique de film aux versions originales. J’ai adoré leur orchestration du « Labyrinthe de pan » et de plus, ils ont un gros passif avec des groupes de metal. C’était donc le candidat idéal, l’orchestre parfait !

Le contact a été facile ?
Très facile, là où je m’attendais à une petite réticence de leur part, ils m’ont dit : « Cool, il y a longtemps que l’on a pas fait d’album de metal ».

Comment as-tu travaillé avec eux ?
Je me suis rendu sur place, j’ai tout préparé en amont, les partitions avec un travail d’écriture assez poussé afin de bien préparer la séance d’enregistrement avec les 52 musiciens. Avec le réalisateur de l’album, nous avons tout enregistré dans la journée et nous avons pris le temps de doubler certaines parties. J’ai même eu un choc assez violent lorsqu’ils ont joué les premières notes ! Ouha !

Pourquoi le choix d’avoir autant d’invités sur cet album (14 chanteurs), je ne vais pas tous les cités mais par exemple Mikael Stanne (DARK TRANQUILLITY), Niklas Kvarforth (SHINING), quel rapport entretiens-tu avec tous ses artistes et quelle est ta façon de les diriger ?
Ils sont très faciles à diriger, ils se mettent au service du projet et de l’interprétation de leur personnage. Il y a un temps d’échange où l’on discute vraiment de l’orientation à donner, certain on même fait des démos ! (rires) Ils étaient vraiment tous super investis et résultat, je me suis fait des potes ! J’en connaissais quasiment aucun ! Je leur ai proposé le projet, il y a ensuite un accord de principe, je leur ai envoyé les maquettes pour validation et je n’ai eu que des oui ! En tant que compositeur, c’est plus facile de savoir pour qui tu écris, tu peux ainsi te projeter plus facilement. En ce qui concerne les chanteuses tu peux vraiment adapter musicalement à leurs tessitures et faire du sur-mesure.

Tu as eu quelques refus quand même ?
Non, il y en a eu juste deux, trois pour cause d’impossibilités logistiques.

As-tu un rapport particulier avec Arjen Lucassen connu pour son opéra metal « Ayreon » ?
Oui ! (rires), déjà le morceau, je l’ai écrit pour lui. L’hommage de l’élève au maître ! Et lorsqu’il a accepté je n’en pouvais plus ! Il a tout enregistré en une nuit, je l’ai rencontré récemment, m’a confirmé qu’il c’était vraiment amusé et énormément apprécier le morceau « The One Who Lost The Faith ».

Comment vas-tu gérer cela sur scène ?
Pour cette tournée avec Leaves Eyes, ça ne va pas être difficile, dans la mesure où l’on ne passe dans aucun pays où ils vivent, sauf si l’on se croise sur un festival. Je viens d’aller voir Shining, j’ai passé deux heures avec Niklas et il m'a dit : « je joue là et là l’année prochaine, si tu viens y jouer, on se retrouve en toute amitié pour le show. » C’est génial ! (Rire). Pour revenir sur le côté artistique, lorsque David Vincent (ex-Morbid Angel) avec trente ans de métier m’appelle au téléphone pour discuter de la psychologie de son personnage et se met au service de mon projet, c’est la marque des très grands. Finalement, par leur investissement, ils ont apporté le projet à un niveau supérieur à celui auquel je m’attendais.

Pour toi qui écris, quel est ton univers littéraire ?
« La divine comédie » de Dante forcement, autrement c’est plutôt un univers cinématographique « Batman », « Le labyrinthe de Pan », « La jeune fille à la perle », « Crying Freeman » tout ce qui est film esthétique ou l’image est vraiment soignée. En matière de vidéo, j’aime les grandes fresques genre « Ghost of War » où l’univers est extrêmement détaillé.

Tes premiers contacts avec ton instrument le piano ?
J’ai démarré à cinq ans, mes parents m’ont mis à la musique, car il y avait un piano chez mes grands-parents et je rejouais des airs de Mozart à l’oreille. Ensuite, j’ai fait des études classiques de piano avec plusieurs prix de conservatoires. J’ai fait de la batterie, car je voulais apprendre pour écrire pour cet instrument. Je me suis offert une guitare pour mes 30 ans, mais je n’y touche pas beaucoup ! (rires). Ensuite, j’ai fait l’École normale en compos de musique de film. Pour l’anecdote, j’ai débuté par Mozart que je n’aime pas tant que ça ! (rires). Sur mon propre instrument, je suis plus accès romantiques, Litz, Chopin et les postromantiques types Debussy.

Existe-t-il d’autres cultures musicales que tu aimerais inclure dans tes prochaines créations ?
Si l’histoire le nécessite, pourquoi pas, un esprit plus indus, je ne vais pas dire du Rap, je veux surtout que l’ensemble reste cohérent. C’est reposant de pouvoir se dire : « si j’ai envie de faire cela, je le fais c’est l’avantage du choix de ce mode d’expression et de style musical ».

L’album ne sera-t-il pas trop difficile à retranscrire en live ?
Tout est bien calé, millimétré, mais étant donné que ce ne sont pas les mêmes chanteurs que sur l’album, cela va automatiquement amener de la nouveauté.

Une anecdote ?
En Suisse, on nous avait programmés le même jour qu’un gros groupe américain, donc on a joué pratiquement devant personne, sauf qu’il y avait un invité surprise, le guitariste de Destruction ! (Trash metal allemand) (Rires). À la fin du concert, on avait eu l’impression d’avoir joué dans un stade ! L’info avait circulé dans les loges en début de concert ! (Rires)

La scène rock/metal française actuelle t’inspire quoi ?
Je la trouve en forme, car pendant longtemps on a eu une réputation à la con à l’étranger et grâce à Gojira, le Hellfest, etc., les choses on évolué. Eh oui, c’est vrai, on est moins considéré comme des blaireaux aujourd’hui, on fait également de la très bonne musique ! Clone, Melted Space évidemment ! (rires)

Le rapport avec tes fans via les réseaux sociaux est-il important ?
C’est une façon de garder le contact.

Je te laisse le mot de la fin.
On sera ravi de vous voir en concert tous et toutes, alors à bientôt !