Un monde parallèle

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Interview au Dr Feelgood (Paris)


Le conteur de récits d’aventures médiévales exprime son Instinct Animal avec poésie. Messaline vous transporte dans un univers onirique, nappé de mélodies et de refrains apaisant votre esprit, tel un funambule en communion avec les éléments. Laissez bercer vos sens

d’ Illusions Barbares, découvrez vos propres racines et transposez-vous dans votre propre jeu de rôle. Éric Martelat chevalier des mots m’invite à sa table afin de graver pour la postérité un échange en forme d’esquisse.


Membres :

Eric "Chattos" Martelat :

Chant, mots
Mickaël Colignon :

Guitares, choeurs
Jaimé Gonzalez : Basses
John Bailly : Batterie



Artiste : Messaline

Album : “Illusions Barbares"

Label : Brennus Music

1. Divines Cicatrices
2. Morituri te Salutant
3. Les Crayons du Soleil
4. Fouille de Sarcophage

(Un Crime au Paradis, Partie 1)
5. Barbie Tue Rick

(Un Crime au Paradis, Partie 2)
6. A Jerusalem
7. Mehlinn-Hâ
8. Instinct Animal
9. Funambule
10. Cadavre-Esquisse
11. Les Teufs des Héros
12. Messaline (Magnus Bonus)


MESSALINE

"Mehlinn-Hâ"


Teaser Nouvel Album


MESSALINE

en concert à la Tannerie

à Bourg en Bresse

le samedi 9 février 2013
"Sale temps" avec

Christian Décamps

du groupe ANGE


" Je me vois mal balancer mes textes sur du rock ou du Hard Rock à 70 ans comme Ian Gillan, Ritchie Blackmore, nos idoles vieillissent,

c’est dingue ". Eric Martelat


Comment définis-tu ta musique en quelques mots ?
Éric « Chattos » Martelat : c’est du Hard Rock, chanté en Français, en appuyant sur les mélodies. Pour moi, une fois retiré la disto, une bonne chanson, c’est d’arriver à garder la mélodie en tête et pouvoir la siffloter sous la douche. Nous voulions faire un album où tous les riffs, les lignes de chant ainsi que les refrains puissent se retenir facilement.

Pourquoi le Français ?
Éric : je ne parle pas un Anglais extraordinaire, comme beaucoup de Français et il faut appeler un chat un chat. Quand tu vois des mecs sortant de l’ENA et n’arrivant pas à aligner deux mots au conseil Européen, il y a un véritable problème avec les langues dans notre pays. Je n’ai pas eu la chance de passer six mois, un an en Angleterre comme garçon au père ! (rires). Comme je crée mes propres compos le choix de chanter en Français est une évidence. Composer en anglais avec mes 300 mots de vocabulaire, ça me paraissait un peu léger et délicat. Ça dépend aussi du contenu, si tu réalises un rock festif à la Kiss c’est jouable, mais par rapport à ce que l’on voulait véhiculer dans le groupe, ça ne collait pas. De plus le Français est ma langue maternelle, elle est riche et possède tellement de possibilités. Ses racines latines, c’est extraordinaire lorsque tu te nommes Messaline, impératrice et putain Romaine, c’est bien Rock’n’roll. Cela nous permet de ne pas être noyés dans la masse, une chose impossible si nous avions chanté en Anglais, nous aurions été un énième groupe d’Heavy Français.

Lorsque c’est chanté en anglais, on chope souvent l’énergie dans un premier temps, pour Messaline le public Français va plus s’attacher aux paroles qu’a votre propre énergie ?
Éric : oui, d’ailleurs c’est ce que l’on nous reproche parfois en live, on nous dit : « C’est vachement bien, mais les paroles, on à pas tout capté » alors je réponds : « C’est normal, c’est chanté Français, parfois il y a des jeux de mots, entendre le « on » au lieu du « en » dans un micro lorsque tu as une batterie derrière, etc, tu a du mal à capter le truc ». En concert, certaines personnes nous découvrent, ils ne vont pas comprendre toutes les subtilités de mon écriture à la première écoute.

Ils ne leur restent plus qu’à les découvrir par la suite.
Éric : tout à fait, à la grande époque de Trust, j’ai découvert les textes en lisant les paroles.

Pourquoi le Rock ?
Éric : depuis mes 15 ans, le Hard Rock c’est ma came, j’adore les solos de guitare, quand ça bastonne ! Dans l’absolu, je me vois mal balancer mes textes sur du rock ou du Hard Rock à 70 ans comme Ian Gillan, Ritchie Blackmore, nos idoles vieillissent, c’est dingue. Je vais faire du Hard Rock sur scène jusqu’à ce que je n’aie plus la caisse, comme mes textes sont assez travaillés, je pourrai les recycler en piano/voix et je continuerais à m’exprimer comme cela.

Écris-tu pour les autres ?
Éric : on m’avait proposé d’écrire deux textes pour un groupe de l’époque chez Brennus et j’avais écrit un texte pour le deuxième album de Malédiction, mais je n’ai pas vraiment de demande.

C’est un exercice que tu aimerais approfondir ?
Éric : comme j’ai une écriture un peu particulière avec des bonds qui ne sont pas faciles à mettre en bouche, j’ai un doute. Par contre s’il fallait que j’écrive pour les autres, il faudrait changer ma manière d’écrire sur certains mots. Mais pourquoi pas des trucs plus variété, écrire un bon texte pour Florent Pagny ça m’irait bien. De plus ça me ferait du pognon ! (rires). Je l’ai vu sur scène, il n’y a pas très longtemps et il a un sacré charisme.

Es-tu musicien ?
Éric : je ne suis que chanteur et j’écris mes textes.

Comment t’es-tu découvert chanteur ?
Éric : quand tu plonges dans le Hard Rock à 15/16 ans, tu écoutes tes albums et au bout d’un moment tu gueules devant tes vinyles en train de tourner sur la platine. Tu écoutes Francis Zégut, tu fais du Air Guitar avec le balai de ta mère, un micro en carton, tu te dis : « Merde ! » et à 18 ans tu te retrouves avec un ou deux potes à aller en salle de répète. C’est un job de fainéant ! (rires). Par contre je me suis rendu compte par rapport au style de Messaline, sur le papier c’est un job de fainéant, mais quand je vois le nombre d’heures que je passe sur les textes, sur le concept du groupe, les pochettes, etc., je me dis : « je préférerais être bassiste de base ! ».

Comment procèdes-tu avec ta voix ?
Éric : contrairement à beaucoup de groupes, il a 70 % des morceaux ou les textes sont faits avant les musiques. J’écris une phrase, deux phrases, un refrain et je m’enregistre avec mon iphone à capella. Je bosse beaucoup sur la musicalité des mots. Je balance la mélodie de chant à mon guitariste par Internet, il enrobe autour les accords et ça nous fait une bonne base de travail. Parfois je trouve des riffs a capella en yaourt ! (rires). Je les ai un peu poussés au cul, l’album précédent est sorti, il y a deux ans et entre les concerts, lorsque l’on se retrouvait en répétition, je venais toujours avec une petite merde, une petite ligne de voix, etc. Je voulais battre le fer pendant qu’il était chaud.

Tu as des phases d’écritures ou tu es boulimique ?
Éric : pour l’instant je n’ai pas écrit une ligne depuis que l’on est dans l’enregistrement du disque. Je fonctionne par phases, mais pour l’instant ça ne me manque pas.

Parle-nous de ton univers littéraire ?
Éric : je pique un peu partout des idées. Je lis les hebdos, l’express, le canard enchaîné, etc., j’aime bien la presse écrite avec une véritable réflexion et un débriefe. Je regarde beaucoup les reportages sur ARTE pour trouver des idées et parler de tel ou tel personnage. Il parle de Jérôme Savonarole, tiens, je vais faire un morceau là-dessus, ou Machiavel comme sur le disque précédent. J’aime beaucoup l’écriture de Desproges, son univers et sa façon de manier la langue. Baudelaire « les fleurs du mal », c’est un peu cliché, car il y a beaucoup de gens qui parlent de lui, mais finalement il ne le connaisse pas bien. Je l’ai relu pour choper deux vers d’un poème intitulé « Réversibilité ». Pour le nouvel album, un copain nous a fait une petite apparition musicale parlée sur ces deux vers de Baudelaire. Au niveau de l’écriture pure, j’aime l’univers de Christian Décamps d’Ange et Thiéfaine, c’est celui qui me touche le plus pour son vocabulaire, par rapport à sa façon d’utiliser les mots, c’est un dictionnaire ambulant ce mec.

Quel est ton rapport avec Ange ?
Éric : au tout début, j’étais un fan d’Ange, je l’ai rencontré une première fois à un concert en 1991, j’étais aux beaux-arts et je lui ai montré des illustrations en rapport avec les textes de son groupe. Je lui ai dit : « j’aimerais bien passer mon diplôme (1994) en adéquation avec votre musique » et je l’ai rappelé à ce moment-là. Il est venu aux beaux-arts à Besançon, on a réalisé une interview et l’on à commencé à bien se connaître. On s’est d’ailleurs pris une cuite mémorable ce jour-là. Après je suis rentré dans un magazine de rock (Rockstyle) comme dessinateur de presse, c’était un vrai laboratoire, il y avait Henry Dumatray ensuite rédacteur en chef d’Hard Force, Christophe Goffette par la suite rédacteur en chef de Fluide Glacial, un autre dessinateur Berthe, Christian Décamps et bien d'autres. Il y avait de la pointure à l’époque. Ensuite j’ai fait mon premier groupe de prog « Absurd » et nous faisions certaines premières parties d’Ange. Absurd a arrêté en 2003, j’ai commencé à monter Messaline avec le guitariste et Christian m’a dit : « je veux bien t’écrire

un morceau », il nous a offert un titre, paroles et musique sur notre premier album en 2005. Pour le troisième album, il est venu faire un duo avec moi « Sale temps ». Pour cet album, nous ne voulions pas de guest, mais réenregistrer un album à l’ancienne et l’on a changé pour un nouveau producteur spécialisé dans le live. On s’est octroyé seulement vingt jours de studio, il fallait que ça reste Rock’n’roll. Sur le morceau « Instinct Animal » il y avait une messe noire à déclamer, un copain avocat à la voix de centaure (Stentor) devait le faire et puis 2/3 jours avant à surgit un problème, malheureusement il était aux assises, ça nous a décalés tout notre planning. Christian m’a appelé quelques jours plus tard pour prendre des nouvelles, je lui explique la chose et il me dit : « si c’est juste une voix à déclamer un peu théâtral, je peux le faire à la maison », c’est génial de la part d’une Star du Rock. Dans la foulée, on avait débuté le montage et il nous manquait un solo sur « Fouille de Sarcophage » et Michäel a enregistrés chez lui tous les solos, car il voulait être tranquille pour faire ses prises. Ses solos sont hypers mélodiques sur l’album, c’est magnifique. Michaël butait sur ce morceau, il avait fait 25 prises, c’était joué juste, dans les temps, mais il manquait le petit truc. Je me suis souvenu, il y a deux ans lorsque l’on a joué avec Ange, Hassan Hajdi le guitariste, professeur au Music Academy International, m’avait déjà dit : « tu demandes toujours à Christian, mais la prochaine fois propose-moi, ça peut être cool ». J’ai donc appelé Hassan et je lui ai dit : « on bloque sur un solo », il me répond : « ok envoie la bande » et quatre jours après on avait le son.

Alors, la première écoute.
Éric : c’est con à dire, mais je crois que c’est le meilleur solo de l’album ! (rires) c’est un véritable extraterrestre de la gratte !

« Les Crayons du Soleil » : un texte sur la dépression, que peux-tu

me dire ?
Éric : ce n’est pas perso, je n’ai jamais été confronté à la dépression. On peut être en état dépressif sans être en dépression. Je suis dessinateur de presse, alors je connais l’angoisse de la feuille blanche. Tu es dans ta bd, tu y es enfermé, tu es en noir et blanc et tes cases deviennent de plus en plus noires. Tu es face à une case blanche, un trou, le vide et tu te dis : « je ne peux pas finir comme cela ». Il y a un halo de lumière qui surgit, je nomme cela « ma muse » et puis ça te redonne goût à la vie. Le mec bosse en noir et blanc et elle lui offre « Les Crayons du Soleil ». C’est assez poétique et onirique.

Vous avez déjà une belle expérience de la scène. Un souvenir ?
Éric : en live ça se passe toujours bien avec Messaline. J’ai des souvenirs avec mon groupe précédent Absurd, en 2003 à Lyon, en première partie de Porcupine Tree, Steve Wilson donne donc son accord, on joue, il y a plein de matos sur scène, au bout de 30 secondes, le batteur s’entrave dans la batterie de Porcupine, nous avons frôlé la catastrophe. Nous avions déjà la pression, car Steve avait viré le groupe de première partie la veille à Paris et il était venu nous écouter aux balances. C’est mon seul vrai stress ressenti sur scène. Pendant un concert avec Freedom Call, lors de leur set, Chris Bay nous remercie en nous dédicaçant un titre pour avoir mis le feu. Je me suis dit : « c’est vachement bien, professionnel, l’école Allemande ! ». Ce sont des super-anecdotes, car par rapport à d’autres groupes Français avec lesquels tu partages l’affiche, certains ne te disent même pas bonjour. C’est un concours de bites et de rivalité ! Parfois on partage les planches avec des groupes extrêmes, black metal, def metal, en partie grâce à l’esprit Rock’n’roll Circus, ils sont plus abordables que certains merdeux du heavy metal. Partager la même tente que Napalm Death pour un festival, boire un coup ensemble, ça, c’est cool !

On vient de me dire que je n’ai plus le temps, les 30 mm d’interview sont passés.

Je te laisse donc le mot de la fin.
Éric : prenez le temps de vous faire bercer par nos « Illusions Barbares ».