Résistance

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


« BarricadesLive » n’est pas un simple concert de

No One Is Innocent, il est et restera une prise directe avec les tragiques évènements ayant touché notre pays. No One nous fait partager son indignation, sa colère avec un univers sonore débridé et Kemar fait claquer les mots pour un réveil des consciences, le tout dans un joyeux capharnaüm. Acceptez de grandir, alimentez votre cerveau de bonnes idées et venez prendre une dose d'affection, d'amour et entrez dans la danse de la résistance. Rencontre avec Kemar

pour une prise directe

avec la réalité.



Artiste : No One Is Innocent

Album : "BarricadesLive"

Label : Verycords

 

Écoute sur DEEZER

Genre : Rock

Originaire : Paris

 

Line-up :

 Kemar : Chant.

Shanka : Guitare.

Bertrand : Basse.

Gael : Batterie.

Popy : Guitare.


No One Is Innocent - "Charlie"


No One Is Innocent

"Barricades Live" - Teaser


No One Is Innocent

"Djihad Propaganda" (live)


No One Is Innocent

"Kids Are On The Run" (live)


" Le jour où la mode a bouffé l'image du Rock, c'est parti en vrille ! " Kemar


Depuis 20 ans, comment penses-tu que le groupe a évolué musicalement et comment Kemar a évolué humainement ?
Kemar : Humainement c'est du domaine du privé, toujours aussi relou ! (Rire). Typiquement, l'histoire d'un groupe avec déjà 20 ans d'existence, démarrant avec un certain style de musique et essayant de ne pas faire constamment le même son car c'est notre pire cauchemar, même si certains se complaisent là-dedans. Même si à un certain moment de la vie tu reviens à ton propre ADN. Ce n'est pas spécialement atypique !

Alors Kemar, toujours en colère ou tu as trouvé un certain apaisement ?    
J'ai surtout trouvé un apaisement dans ma vie personnelle, malgré tout ça ne m'empêche pas de rester en colère.

Donc tu as désormais ta soupape de sécurité ?
Demande à ma femme, c'est elle qui en parle le mieux ! (Rire)

Déf. Dictionnaire : Barricades : Entassement de matériaux et d'objets divers servant à interdire le passage et à se mettre à couvert de l'adversaire dans un combat de rue.
Peux-tu me donner ta propre définition du mot puisqu’il symbolise le titre du live de No One Is innocent ?
C’est drôle, on est le 10 mai aujourd'hui (jour de l'interview) et je n'avais pas pensé à cette forte symbolique. Le 10 mai 1968, la révolte des étudiants, ils commençaient à construire les barricades à Paris. La référence, je l'ai réalisée un peu après car le titre « Barricades » s'est imposé naturellement, il symbolise la notion de résistance.

C’était quoi le grand défi à relever avec « Barricades live » s’il y en avait un ?
Principalement, réveiller le monde de la musique en matière de message. Tu vois, au sein du groupe, avec les gens de Charlie Hebdo, on est atterré par le mutisme général du milieu musical en rapport aux événements tragiques. C'est incroyable, il y a eu de grands mouvements, des concerts sur l'écologie, le Front National, les sans-papiers et d'autres et putain pour Charlie Hebdo le 13 novembre, que dalle. Au-delà d'une émission de téloche rendant hommage à un tel ou un tel, tu as trois brancards venant chialer dans un micro. Ils sont où les artistes populaires, les Lavilliers, les Louise Attaque, tous ceux ayant dit deux trois choses dans leurs textes et sensibles à certaines causes. C'est vrai, No One ne va pas changer les choses, le monde, la société, mais au vu du début de notre concert et de ce qui s'y passe en toute fin, il y a encore de l'espoir.

« Je suis démocratie » de Tagada Jones, un bel engagement ? Niko est présent sur scène pour ton titre « Charlie » ? C’était une évidence ?
Ça, c'est l'amitié musicale qui nous lie et c'est un mec avec un vrai positionnement. C'est donc important de se retrouver et lorsqu'il m’a dit : « je viens à la Cigale », ça a été un vrai bonheur pour moi.

Pourquoi le choix de réaliser un Live ?
Ça s'est fait rapidement, on était en tournée et le label nous a proposé de réaliser un live voyant peut-être qu'il se passait des choses pendant nos concerts. C'était d'ailleurs bien avant les attentats, mais les événements ont réellement changé la donne par rapport à qui on est et ce que l'on raconte. En résumé, tu ne vas pas cracher sur une proposition pareille, lorsque ta maison de disques te propose un tel projet ou alors tu as un déficit quelque part ! (Rire)

C’est quoi pour toi être un groupe engagé en 2016 ? C’est important ? Vous voulez lutter contre l’immobilisme, pour vous le rock est un bon vecteur ?
Toutes les musiques peuvent être un bon vecteur, comme le Hip-Hop a pu l'être du temps d'IAM et NTM, les années 80, avec la Mano Negra, les Bérurier noir, Trust ou Noir Désir un peu après. Même parfois la variété, j'ai beaucoup de respect pour un mec comme Balavoine. L’incarnation type du mec en colère, à la fois dans son attitude et dans ses textes, bien sûr pas tout au long de sa carrière, mais dans ses engagements ce n'est pas Renaud. La différence majeure entre les deux, il y en a un qui a fait partie du système et l'autre pas réellement. Pour en revenir à aujourd'hui, il y a toute une génération de rockeurs ne chantant pas en Français, c'est désolant car notre pays reste malgré tout un pays de chansonniers, le pays du texte. Les gens on besoin de te comprendre, s'identifier à ce que tu racontes et ça manque réellement au Rock aujourd'hui. Les jeunes, comme mes filles, tu leur demandes : « vous écoutez quoi en Français, sortez moi un truc de votre téléphone, de votre Ipad » et bien elles cherchent, rien ou peut-être juste un truc de Hip-Pop tout minable, autrement du RnB, de la Pop et ça c'est désolant. Je n'ai pas la solution, mais on passe une période un peu difficile pour sentir l'émergence de certains groupes de Rock, tu n'es pas forcément obligé d'être un groupe engagé, mais sentir au moins une petite colère dans l'attitude et l'interprétation. Le jour où la mode a bouffé l'image du Rock, c'est parti en vrille ! C'est l'inverse d'un Nirvana et de toute cette vague Grunge où les mecs avaient des trous dans les jeans et n'en n'avaient rien à branler.

Tu intègres tout de même un peu d'Anglais dans tes titres parfois ?
Oui parfois, sur un refrain dans un album ou quelques mots dans certains textes. Ce sont juste quelques mots du langage courant, on n’a rien inventé !

Quel a été ton degré d’implication à travers ce cd/dvd live, montage, choix des morceaux, etc.…?
J'ai été à la base de la conception générale, pochette, montage, etc. Depuis « Propaganda » on a vraiment décidé de travailler avec nos potes, avec des gens nous connaissant bien, sachant nous capter et nous sentir. On a aujourd'hui besoin de se faire comprendre et être compris vite et bien.

Fred Duquesne est incontournable aujourd'hui ?
Fred c'est l’Andy Wallace Français (un ingénieur du son américain) ! Incontournable c'est une évidence, c'est un bosseur, un zicos, un communicant, drôle et je ne parle pas seulement de musique. Capable de faire Brigitte un jour et le lendemain No One. Tout est dit !

Par rapport à tout ce travail, as-tu des anecdotes pour les lecteurs de Boosteleson ?
C'est tout con, mais en même temps c'est un truc qu'il faut vivre, on était dans un festival en Vendée la semaine dernière et comme dit la tradition au sein de No One, on ne termine jamais un concert seuls. Sur un titre on a fait monter du monde sur scène, ça a été l'invasion et complètement débordés, on a été obligés d'arrêter le morceau, ça a pris un quart d'heure avant que le public descende de la scène, on n’avait jamais connu un truc comme cela de toute l'histoire du groupe.

Justement comment ressens-tu les choses par rapport à cela ? On retrouve un moment de partage comme cela sur le DVD.
La philosophie de No One, c'est on ne va pas vous faire chanter car on trouve ça ringard, mais par contre vous allez sentir avec nous ce qui se passe sur scène. Ça c'est notre état d'esprit. À ce moment précis tu ressens les gens, ils te balancent quelques mots, sinon tu rentres, tu sors et tu ne les vois pas. Il y en a qui te parlent de concerts qu'ils ont vu il y a 15 ans, te parles d'une anecdote d'un pote, etc., c'est un moment complètement dingue à la fois musical et de connexion humaine. Le public communique avec tout le groupe pas seulement avec moi. Même Gaël à la batterie, on vient lui parler, mais on fait cela principalement car on a besoin de vivre des moments exceptionnels lorsque l'on monte sur les planches, comme si c'était le dernier. C'est un véritable besoin de vivre des moments comme cela, c'est l'intérêt de ce métier là !

Sur le DVD le public est assez discipliné ?
Oui à Paris les gens sont disciplinés ! (Rire) mais quand tu joues dans un festo à 11h30 ça ne se passe pas de la même façon !

Que représentait pour toi le fait de faire monter Marika, Coco, Séverine pour un discours sur scène et le graver à jamais sur ton live ?
Déjà pour nous, Charlie Hebdo ça représente énormément de choses dans le paysage médiatique, on avait déjà rencontré Tignous, Charb, etc, au-delà d'avoir déjà discuté avec eux, certains était fans de Rock et surtout ce sont des personnes nous ayant fait grandir, alimenté notre cerveau de bonnes idées, fait réfléchir avec un vrai ton, une véritable liberté d'expression. Inviter Charlie Hebdo sur scène, c'est leur dire qu'il y a des gens dans la musique qui pensent à eux, n'ayant pas simplement écrit un morceau « Charlie », mais les invitant à venir prendre une dose d'affection, d'amour. On voulait que les gens hurlent leur affection pour Charlie. Pour l'instant ils ne sont invités que dans les colloques, dans les tribunes où ça parle de liberté d'expression, à la Mairie de Paris, dans plein de réunions institutionnelles où l'émotion n'existe pas. On voulait les faire venir pour sentir la sueur d'un concert de Rock et recevoir en retour de l'affection du public. Comme nous avons essayé de leur renvoyer de l'affection et de la rage à travers notre morceau « Charlie ». Ce moment fait partie intégrante de ce concert. De plus, ce n'était pas facile pour des questions de sécurité, heureusement ils ont insisté auprès de leur service de sécurité pour pouvoir venir. La Cigale ce soir là c'est l'endroit le plus sécurisé de Paris, l'armée dehors, les flics en civil à l'intérieur, la totale.

Comment ressens-tu cela ?
Comme un challenge, on ne va pas baisser les bras faute à une période difficile. Le public a grave du mérite de venir au concert et pas nous. Tu sais à un moment on posait des questions aux artistes du genre, est-ce que vous allez remonter sur scène ? Oui, nous allons avoir la force de remonter sur scène malgré tout, mais ferme ta gueule, tu fais juste ton métier, les gens prennent les risques, nous à côté c'est rien du tout.

Justement, par rapport à ton engagement tu te sens menacé ?
Non, pas du tout, pas plus que cela et l’on dit ce que l'on a envie de dire. On n’est pas avec un flingue en Afghanistan, au Mali, pour défendre telle ambassade, défendre x politicien à l'étranger... les mecs de Charlie eux, ils prennent des risques.

Finalement, trouves-tu la société trop sécuritaire aujourd’hui ?
Écoute, je le voie à travers ce que je fais, de plus la musique est un moyen pour ouvrir sa gueule. Je trouve que l'on est un espace de liberté même si à un moment on est confronté à une censure, faut pas se leurrer. Quand notre clip « Charlie » sort, il va passer à six heures du mat sur M6 ou W9. Il y a 20 ans les messages que l'on balançait dans « La Peau » ils passaient à foison.

Il faut donc se poser des questions ?
J'ai trouvé un brin de réponse. Depuis la crise du disque, tout le monde (les artistes populaires) se chie dessus, aussi bien les producteurs de concert, les maisons de disques et les artistes. On leur dit : « laisse tomber, reste dans le politiquement correct, continue à parler de désir, de sentiment, d'envie, d'amour, etc., sinon on vend tellement peu de disques, c'est tellement sensible de vendre des billets, ne prenons surtout pas de risque et voilà où l'on en est.

Tu ne trouves pas que les gens sont un peu endormis aujourd'hui, dans notre société ?
Oui et non, quand tu vois « Nuit Debout » tu n'en as pas l'impression. « Nuit Debout » c'est  hyper bien, mais faut pas se leurrer, sans leader ça tiendra pas. Va demander à Podemos sans leader, le mec il se serait cassé la gueule, Syriza sans leader, idem. À un moment, il va falloir qu'ils se fassent à l'idée d'avoir un leader ! Autrement c'est l'anarchie, mais je n’y crois pas. Pour que ce mouvement ne s'éteigne pas il faut absolument le structurer, certains diront malheureusement.

Crois-tu que la jeunesse est demandeuse de musique plus politisée ?
Elle s'en rendra compte lorsqu'il y aura encore plus de bons groupes. La jeunesse s'identifie à quelque chose qu'elle kif, donc si tu ne lui donne rien de crédible elle va plutôt aller vers le jeu vidéo, le cinéma, etc. Il faut réellement des bons groupes, de la bonne zic et des bons textes avec un son qui traverse les tripes. Le summum ça aurait été un groupe comme Daft Punk qui chante comme No One, là ce serait l'explosion et ça réveillerait des milliers de consciences. Mais ça passe par quelque chose de bon, peut-être que nous ne sommes pas assez bons, tout simplement. Si on n'arrive pas à réunir des milliers et des milliers de personnes, bon c'est vrai, nous n’avons peut-être pas choisi la musique la plus facile, mais en même temps, nous sommes bien dans nos baskets. La force de la musique par le message, un groupe comme Trust, s'il y avait seulement Bernie Bonvoisin et à côté une musique de merde, ça ne l'aurait pas fait. Tout est lié.

Tu te vois évoluer comment toi à travers No One, aujourd'hui ?
Comme un mec encore blindé de rêves et d’utopies par rapport à ce que l'on construit avec No One et pas simplement pour changer la société.

La scène rock française actuelle t’inspire quoi, tu te sens proche de qui ?
Tagada Jones, Mass Hysteria, Shaka Ponk, Eiffel, Lofofora. Ça peut être des groupes comme les Têtes Raides, Deportivo, on n’est pas figés sur une scène particulière.

Tu es présent avec No One au Hellfest, tu penses quoi de ce genre de rassemblement ?
C'est le plus grand Festival Hippie d'Europe, pas baba cool. C'est un festival où il y a les plus grandes musiques extrêmes se côtoyant et où les gens s'aiment. C'est pour cela qu'il y a très peu aujourd'hui de personnes contre ce festo, à part les extrêmes cathos. C'est une chance et longue vie à Ben Barbaud, ce mec on lui doit beaucoup. J'ai connu le Hellfest à l'époque du Furia et franchement grand respect pour ce gars et toute son équipe. C'est notre première au Hellfest et en plus sur la grande scène, 3 heures de l'après-midi, on ne pouvait pas rêver mieux. On va lâcher les chevaux !

Toi qui écris, tu as un univers littéraire ?
Je suis plus cinéma que littérature. Je reste très scotché sur cette vague de réalisateurs 70/80, Kubrick, Scorcese, de Palma, ils m’ont forgé l’esprit. Récemment, j’ai vu « Mustang » de Deniz Gamze Ergüven, ça te prend à la gorge.

Tu es quelqu’un de boulimique, tu crées tout le temps ?
Non, pas forcément.

Tu me parais plus apaisé que lors de notre rencontre au studio Davout, il y a un certain nombre d’années ?
Comme on vient de faire le meilleur album en 20 ans, peut-être que ça apaise !

Un petit mot sur le texte du début de concert, pourquoi Shanka et pas toi ?
Je n’ai pas eu l’initiative du texte, c’est Shanka le guitariste, tout ne passe pas forcément par moi, c’est ce qui me plaît dans No One. J’ai toujours impliqué les gars, il y a une collégiale, mais tout le monde a le droit de l’ouvrir et puis il est là depuis longtemps Shanka, il l’a dans la peau ce groupe. Je suis quelqu’un de très ouvert, chaque membre a des projets, des groupes annexes, moi je dis : « génial les gars, éclatez-vous ! », il n’y a aucune exclusivité.

Votre retour fait du bien, merci à vous.
Cool, merci beaucoup, c’est gentil !

Je te laisse le mot de la fin.
Ce DVD, c’est un instant T qui marquera à jamais l’histoire de No One Is Innocent et il est très important car il n’aura jamais été aussi important en rapport à ce qu’a vécu le pays. On s’est vraiment sentis concernés par tout cela, complètement en phase par rapport à ce que raconte le groupe.

« On a été vraiment en prise directe avec ce qui s’est passé » Kemar
voir bonus dans « BarricadesLive » de No One Is Innocent


Paroles "Charlie" - No One Is Innocent
qui sommes nous? CHARLIE!
Ça sent la poudre l’infâme qui résonne
KO debout je ne sens plus rien
OH pauvre Marianne orpheline
y'a pas que CHARLIE qu'on assassine YEAH!

a coup de provoc ils se battent sur le front
du rire aux larmes à coups de crayon
des cartouches d'encre contre des munitions
le plume est trop légère face au plomb
AH écrasons l'infame, plutot mourir debout que de vivre à genoux

face à eux faut faire front
OH CHARLIE parle moi encore
face à eux faut faire front
vas-y parle moi encore

nous n'avons pas peur de ce que nous sommes
fiers d'etre infidèles comme des chiens
ni dieux ni maitres jamais en cage
après le deuil viens la rage
Alors écrasons l'infame plutot mourir debout que de vivre à genoux

face à eux faut faire front
CHARLIE parle moi encore
face à eux faut faire front
vas-y parle moi encore

ils vous ont accusé de l'avoir cherché un peu
d'etre irresponsable de faire leur jeu
remettre encore de l'huile sur le feu
voilà les faux amis, les soutients de salaud
je suis CHARLIE, peste de l'accusation
citoyens faut faire face
face à eux faut faire front

CHARLIE parle moi encore
face à eux faut faire front
CHARLIE parle moi encore
vas-y parle moi encore