7 ans de réflexions !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Interview au Dr Feelgood (Paris)


Orakle a réussi à saisir toute la liberté nécessaire pour concrétiser ce nouveau projet , amorce clairement une nouvelle direction musicale et replace l'humain au sein du Tout. Consulter Orakle

est peut-être la nouvelle réflexion musicale à vos questionnements personnels sur l’essence et l’existence.

Au Dr Feelgood j’ai rencontré Fred poète, chef d’orchestre

et philosophe passionnée par la dissonance et

la sensation. La signification des mots en sort grandie et crée à elle seule la mélodie du sens et de la musicalité.

 

« Le style est comme

le cristal, sa pureté fait son éclat. »

Victor Hugo


Membres :
Frederic A. Gervais - Vocals, bass Pierre "Clevdh" Pethe - Drums Etienne Gonin - Guitar

Antoine "Ohm" Aubry - Guitar Emmanuel Rousseau - Keyboards


Artiste : Orakle

Album : Éclats

Label : Apathia Records

01. Solipse
02. Incomplétude(S)
03. Nihil Incognitum
04. Apophase
05. Le Sens de la Terre
06. Aux Eclats
07. Bouffon Existentiel
08. Humanisme Vulgaire


Orakle "Éclats" FULL ALBUM (2015, Apathia Records)


Écoute sur deezer.com


"  J'ai la « qualité du défaut ! » de vouloir pousser les choses très loin et je m'attache au moindre détail. " Fred


Pourquoi 7 ans d'attente depuis le dernier album ?
On a eu besoin de tout ce temps de réflexion, l'album est en préparation depuis 2010 et nous avons terminé le mixage fin 2014. Par manque de temps on n’a pas pu se consacrer à notre musique à 100 %. De plus, on tenait à créer une musique riche, on avait le sentiment d’avoir besoin de réaliser un album vraiment différent, faisant écho à notre identité de musicien. Le groupe n'écoute pas exclusivement du métal, nous voulions faire un album sans frontières, sans barrière et sans code. Le milieu musical est extrêmement codifié, on voulait rompre avec cela et ce n'est pas forcément chose facile.

Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
On a toujours une base métal extrême rapide et dissonante, mais teintée d'influences rock et progressive. On souhaite absolument varier les genres.

Pourquoi un tel mode d’expression artistique ?
J’écoute depuis très longtemps du rock progressif comme Kim Crimson, Yes, Genesis… Et je suis un très gros fan de Queen. J'aime également des groupes comme Muse, Ghinzu, Mars Volta… Le rock au sens large fait partie de ma culture musicale, malgré tout on écoute beaucoup d'autres choses, on est un groupe et l’on est dans l’obligation d’opérer certains choix artistiques pour Orakle.

Depuis les débuts, de quelle manière pensez-vous que le groupe a évolué, musicalement et humainement ?
On produit de plus en plus une musique personnelle, assez indéfinissable, car plus on fusionne plus ça devient complexe. On est fier de tous nos albums, peut-être un problème de production sur notre premier album, en tous les cas toutes ces années reflètent bien notre évolution, ce que l'on a été et ce que l’on arrive à être aujourd'hui. On a réussi à saisir toute la liberté nécessaire pour concrétiser ce nouveau projet comme on l'avait imaginé.

Tu as envie aujourd’hui de réorchestrer certains morceaux plus anciens ou c’est vraiment du passé ?
C'est un truc qui peut m'intéresser, mais il faut avoir du temps. Le précédent album avait déjà des éléments qui présageaient l'évolution du groupe vers ce nouvel album. Lorsque l'on joue des titres plus anciens en public j'aimerais bien remodifier certaines choses. La voix claire a pris beaucoup de place dans Orakle aujourd'hui, alors que ça ne représentait que 10% à nos débuts. Ça mériterait une réinterprétation, une revisite très intéressante et sûrement très enrichissante.

Ton premier contact avec ton instrument ?
Avant la basse, je jouais d'une manière assidue de la guitare. Au début de la formation il y avait déjà des guitaristes donc la basse s’est imposée à moi naturellement. La genèse du groupe remonte au moment où on a tous commencé à faire de la musique. Je démarrais donc la guitare et Pierre commençait à taper sur ses fûts. Mon premier contact avec ma guitare, les albums de Metallica et le premier solo, je me suis attaqué à « Enter Sandman » comme 80% des gens ayant commencé la gratte à cet âge, ce n’était pas le riff le pire à jouer.

Donc la basse ?
Cet instrument me parle, possède des sonorités intéressantes, un apport rythmique et mélodique, mais j'ai toujours gardé la pratique de la guitare. Je bosse sur les deux instruments en parallèle, mon instrument de prédilection pour la compo, c'est plutôt la guitare. Sur une période de composition

de morceaux, de structures, etc., je vais beaucoup plus jouer de la guitare, par contre lorsque les titres sont terminés, le moment où l'on attaque les répétitions pour le live, la mise en place du set, je reprends ma basse. J’opère beaucoup d'allers-retours entre mes deux instruments et de plus je suis prof de guitare !

Et ta voix ?
Je n’ai pas de souvenir particulier sur la raison qui m’a amené à chanter, ce n’était pas une évidence pour moi. J’aime le chant, des artistes m’ont vraiment marqué comme Freddy Mercury, ovni vocal au timbre si particulier, chantant comme personne et j’adore une artiste comme Björk. Bien sûr, dans l’univers du metal je citerais James Hetfield de Metallica.

Justement, comment travailles-tu ta voix ?
Eh bien, malheureusement je ne bosse pas comme il le faudrait. Je suis assez exclusif dans mes choix et lorsque je compose, je lâche la basse et le chant, etc. Lorsque je me suis retrouvé à devoir mettre en musique les textes existants, composer les parties vocales. J’ai eu trois, quatre semaines où je me suis dit : « putain j’y n’arriverai pas », dans ma phase de création il y avait un petit moment que je n’avais pas chanté. Avant les concerts, je n’ai pas de pratique particulière d’échauffement ni de forme de travail régulier avec ma voix. Je vais essayer de le faire désormais, car je me suis pas mal flingué la voix sur la dernière tournée par manque de théorie sur le souffle, sur le bien chanté.

Musicalement, avez-vous eu des défis particuliers à relever avec ce nouvel album « Éclats » ?  
On savait ce que l’on ne voulait pas faire, mais on ne savait pas où l’on voulait aller. On avait chacun des influences, on voulait les mettre plus en avant, faire évoluer notre musique, mais ça prend du temps. Quand tu as passé autant d’années à faire un style bien précis, tu as tellement de réflexes, les codes font tellement partie de toi que tu as beaucoup de mal à t’en débarrasser, malgré tes envies.

Une ambiance un peu chaotique et sombre. Très énigmatique lors de la première écoute ?
Au niveau des influences il y a un truc qui m’a énormément marqué lors de la composition des titres les plus chaotiques et dissonants. Musicalement, la forme n’a pas forcément à voir, mais j’ai été beaucoup touché à ce moment-là par la musique classique de Krzysztof Penderecki, Giacinto Scelsi, c’est une musique qui utilise beaucoup la dissonance, la sensation plus qu’une mélodie très identifiable.
 
Comment se passe le processus de création d’écriture au sein d’Orakle ?
Prenons par exemple « Solipse », morceau un peu spécial dès le départ par sa forme, une structure à tiroirs avec une ambiance baroque et des changements d'ambiance très brusques où plusieurs actes très différents se succèdent. On y retrouve en condensé pas mal d'éléments qui reviendront ensuite dans tout l'album. Il a été construit avec Pierre, mais on ne l'a pas écrit vraiment ensemble, on a chacun posé des mots autour d'un thème. Au départ, Pierre avait posé des phrases en forme de réflexions traitant du fait qu'à n'importe quel moment de joie ou de tristesse, finalement, tu vivais ces moments irrémédiablement seuls. Au même instant, j'écrivais le morceau « Incomplétude » qui faisait un peu écho à cela, j'évoque les difficultés des rapports d'un être isolé et des solutions ancrées en lui pour sortir de cet isolement et réintégrer un certain flot continu, quelque chose l'englobant à nouveau. La partie centrale d’« Incomplétude » a été l'une des premières occasions d’essayer des choses très différentes, notamment au niveau du chant clair.Sur les huit titres, j'en ai écrit quatre dont un titre à deux mains. Toujours à peu près moitié, moitié avec Pierre.

Et le son ?
Au niveau de la musique, je compose la majorité des titres. Je crée souvent des petites structures de deux-trois riffs servant d’introduction aux morceaux. J'ai une espèce de bouillonnement d'idées, je crée les guitares chez moi dans mon petit studio, ce qui me permet de mettre les choses en forme. Ensuite, j'apporte le tout en répète, on agence, on façonne l'architecture, les transitions des titres, etc. Je suis assez perfectionniste et j'ai un peu de mal à arrêter mon processus de création. C'est sûrement une des nombreuses raisons pour lesquelles il s'est passé sept ans entre les deux derniers albums. Le fait de pouvoir enregistrer ta musique et la retourner dans tous les sens est un luxe où tu perds une certaine notion du temps et le fait de savoir dire stop. J'ai la « qualité du défaut ! » de vouloir pousser les choses très loin et je m'attache au moindre détail.

Pour toi qui écris, quel est ton univers littéraire ?
Mon univers littéraire en ce qui concerne cet album c'est Georges Bataille, je me suis vraiment senti proche de cet auteur en relisant toute son œuvre et Maurice Blanchot, proche de Bataille, a travaillé sur l'esprit de sentiment de communauté. Ça mérite peut-être une petite explication : Blanchot se sentait relié à un sentiment de communauté avec Friedrich Nietzsche pourtant mort. D'ailleurs Pierre a beaucoup étudié Nietzsche, il a fait des études de philo et a également été influencé par Arthur Schopenhauer. J'aime beaucoup Antonin Artaud, Léon Bloy pour la partie romanesque.

Que pouvez-vous nous dire sur ce qui s’est passé en studio lors de l’élaboration de l’album ? Quelques anecdotes ?
Cela a été très studieux, comme c'est un album construit par strates, à part la batterie faite ailleurs, comme j'ai composé l'essentiel, je me retrouvais souvent seul dans mon studio le soir en rentrant de mon boulot, manger, coucher la petite et je me mettais devant mon matos, même pour enregistrer mes parties de chant. Ce n'est pas très passionnant du coup ! Après on a quand même eu de belles expériences de vie en commun. Par exemple pour « Bouffon existentiel » on a enregistré un saxophoniste, Christophe Chambre, pour rajouter un peu de force à la frénésie que nous voulions développer sur certains passages. C'est un instrument que je n'avais jamais enregistré, du coup lorsque tu entends le truc en vrai tu te dis : « Ouah ! ». Sur le titre « Le sens de la terre », on s'est organisé avec Pierre une session de percussions, on aurait pu la faire en virtuel avec toutes les banques de sons existantes, mais finalement on a rassemblé tout un bordel, un gros bazar de percussions et l’on s'est donné à fond en enregistrant un max de prises pour que ça prenne de l'ampleur, voilà un super souvenir ! Mais bon, lorsque tu bosses le soir de 1 h à 3 h du mat’, t'enregistres tes lignes de basse, tu cherches des trucs alors il n’arrive pas grand-chose !

Tu ne t'es pas endormi en travaillant ?
Franchement, ça m'est arrivé ! Quand tu te mets à taffer à une heure, tu t'endors à trois et tu te réveilles à six alors que tu dois aller bosser et prendre les transports pour la Défense, c'est chaud !

Existe-t-il d’autres cultures musicales ou artistiques que vous souhaiteriez inclure dans vos futures démarches musicales ?
On a encore beaucoup de choses à expérimenter, sans changer radicalement de style avec Orakle.

L’album ne sera-t-il pas  trop difficile à retranscrire en public ? Justement, le but est plutôt de partir en live par rapport à l’album ?
J'ai toujours eu une vision différente de ce qui relève du studio, du disque et de la scène. En public tu es obligé de faire certains choix. Par exemple, là où il y a quatre guitares superposées avec de petits arrangements sur l’album, eh bien du fait de n'avoir que deux guitaristes sur scène, tu en élimines deux. Malgré tout, les morceaux ont été conçus pour être joués à deux grattes, batterie, basse, clavier et chant. En concert, tu perds la richesse des effets de l'enregistrement, mais tu gagnes en énergie.

Vous êtes un groupe qui part véritablement en live ?
Il y a ce que l'on fait et ce que j'aimerais faire. Je suis assez admiratif de Shining, un groupe norvégien, c'est tous des tueurs sur scène et ils jouent en ayant la liberté d'adapter leurs morceaux. Mais il faut posséder une pleine maîtrise de ces morceaux avant de pouvoir partir dans ce genre de production scénique. Mais c'est la prochaine étape.

Vous avez déjà une belle expérience de la scène. Un souvenir, une anecdote ?
Des plans où tu joues dans de petits bars où il n’y a quasiment personne et le seul mec devant la scène c'est un Pakistanais vendant des fleurs et il te tend une rose pour que tu lui achètes, à ce moment-là, tu as un grand moment de solitude. Au Hellfest, une date attendue avec beaucoup d'impatience, le problème, lorsque je suis stressé je ne garde plus de souvenirs ! Heureusement j'ai revu les images, c'était vraiment chouette. Comme il y a un petit moment que nous n'avons pas tourné, j'ai hâte de revivre de nouveau ces moments particuliers.

Qu’est-ce qui nourrit ton inspiration en dehors de la musique ?
J'ai eu une petite fille, il y a deux ans, forcement en tant être humain, ça soulève en moi une forme d'inspiration et de questionnement face à cette nouvelle vie. C'est vrai, je suis souvent inspiré lorsque je vais voir des concerts, à mon retour l'énergie provoquée me donne l'envie de créer, de composer…

Vous êtes présents sur Facebook, ce contact avec vos fans via les réseaux sociaux est-il importants ?
Le contact avec des gens qui s'intéressent à notre musique, c'est primordial. On ne sortirait pas d'album si nous n'avions pas le désir de communiquer. Faire passer un flux virtuel à travers plusieurs êtres liés par une chose les reliant, c'est fédérateur. De plus, si ce lien est la musique d'Orakle, l'échange positif ou négatif reste riche en expérience.

Pour finir une petite question technique, peux-tu nous dire ce que tu utilises comme basse et ampli ?
Ma basse c'est une Luthman, c'est un luthier en Ile-de-France, c'est un super instrument. Je suis assez geek en matière de matos, j'ai donc plein de pédales d'effets, j'achète une tête et je la revends trois semaines après, etc. Ma guitare une LTD une sous-marque de SP et puis tête Marshall, une ENGL Blackmore. Pour ma basse, j'ai un ampli markbass et un baffle ampeg.