Concept préventif


Interview Hugues Chantepie (Ugo)


Satan Jokers repousse

les limites musicales en

se forgeant une identité bien à lui. Le frontman et son clan se réinventent à chaque album comme aucun groupe français ne la jamais réalisé. Essayons d’en savoir un peu plus

sur le personnage Sexaholic / Renaud Hantson


+ Renaud Hantson

Rubrique Bas les masques



Satan Jokers - "Sex Opéra"

Date : 2 décembre 2014

(le jour du bicentenaire de

la mort du Marquis De Sade) (Hard-rock)

Label : Brennus Music



« Sex Opéra » en quelques mots… La genèse de ce nouveau concept et votre processus de création ?
C’est la fin du triptyque démarré aux côtés du Docteur Laurent Karila avec les albums « AddictionS » qui parlait de la drogue et « Psychiatric » qui déclinait 12 maladies psychiatriques. Nous écrivons généralement les musiques chacun de notre côté, 3 compositeurs extérieurs au groupe se sont également greffés cette fois-ci,
je réunis les idées et nous synthétisons l’ensemble pour que ça devienne du Satan Jokers.

Pourquoi explorer cette vision du monde du sexe par le biais de la chanson, du rock et du hard rock ? Il y a-t-il un lien particulier entre les deux mondes ? Expliquez-nous les sensations communes.
Pour parler de sexe quoi de mieux que le Rock ‘n’ Roll ? Le vieil adage Sex & Drugs & Rock ‘n’ Roll a déjà fait beaucoup de victimes, nous sommes à nouveau dans un concept préventif.


Où Satan Jokers puise-t-il sa force depuis sa reformation ? Et quel est le souhait premier de Renaud Hantson avec ce nouvel album concept ?
Dans la dextérité et l’osmose entre les 4 membres qui composent le groupe. Mon souhait est de laisser une trace actuelle de la musique de Satan Jokers qui a été ma première expérience professionnelle dans les années 80 et que j’ai reformé en 2009.

Pourquoi avoir fait le choix d’avoir autant de guests sur ce projet ? Est-ce une évidence pour vous d’inviter Brigitte Lahaie comme narratrice et pourquoi ?
Dans un Opéra Rock il faut un cast, nous avons essayé qu’il soit le plus prestigieux possible avec des artistes représentatifs de ce genre en France. Quant à Brigitte Lahaie, elle a été la plus grande star du X dans notre pays en plus d’être aujourd’hui une animatrice vedette chez RMC où elle aborde le sexe avec les auditeurs, elle était une évidence et est une cerise sur notre gâteau !

Enfant et adolescent, on se forge tout un imaginaire concernant le sexe. Aujourd’hui cette époque est révolue, ce monde fantasmé l’est-il aussi ou doit-il rester un idéal à atteindre ?
Je ne sais pas si le sexe est un idéal, aujourd’hui les images les plus crues sont exposées à la vue des plus jeunes sur le Net et c’est un problème. Le Sexaholic que j’interprète dans l’album se perd lui aussi dans cette sexualité virtuelle.

Le pouvoir de l’argent dans le cadre privé instaure-t-il vraiment l’addiction au sexe sans sentiment, sans émotions ? Tout devient-il facile ou cela reste-t-il un leurre ? Et attire-t-il une vraie nature féminine ?
Le personnage du Sexaholic a de l’argent, est blasé et s’ennuie, il se laisse plonger dans un suicide sexuel programmé, tout le monde n’est pas forcément comme lui et heureusement. Quant au pouvoir de l’argent, il n’est plus à prouver qu’il attire une certaine catégorie de femmes, dans notre Opéra Rock mon personnage gaspille son argent avec des professionnelles du sexe dont une dominatrice dont il se plaît à croire qu’elle l’aime…


Faut-il réellement s’oublier et disparaître pour régner avec force dans notre monde, notre société ? Le plaisir est-il à ce prix ?
Je n’en ai pas la moindre idée.

Finalement, pas très optimiste, cet Opéra… L’être humain ne serait-il plus qu’un « Animal » sans aucun discernement ? Quelle est la vraie raison d’un tel album : thérapie, dénonciation, incitation, constatation, etc.? Une véritable jouissance ?
L’homme est le pire ennemi de l’homme, donc constatation un peu, thérapie sûrement comme l’était « AddictionS », dénonciation et incitation jouissives aucunement, vous passez à côté de l’essentiel qui est le travail de prévention qui nous unit également aujourd’hui Laurent Karila et moi-même.

Frôler la mort par la souffrance du sexe, le plaisir de la damnation. Dites-nous en un peu plus, on est proche d’une crucifixion ? Une fois crucifié, n’y a-t-il plus d’espoir ou est-ce une forme de résurrection ? Comme tout un chacun, quel rapport entretenez-vous avec la mort ?
Aussi étrange que cela puisse paraître après les années d’addiction dont je parle dans mes deux livres « Poudre aux yeux (Sexe & drogues & show business) » et dans « Homme à failles » j’ai très peur de la mort mais malheureusement elle fait partie d’un cycle naturel. Damnation, crucifixion ou résurrection, je ne sais pas, peut-être un peu de tout ça dans cet album…

Plaisir virtuel justement : avec l’impact d’internet aujourd’hui, comment voyez-vous la toile au sens large (sexe, musique, rapports humains…) ? Dans quelle mesure internet libère-t-il le monde et dans quelle mesure il nous emprisonne ?
Internet peut être une formidable base de données pour tous mais je pense que c’est aussi un énorme danger en matière de sexe, la pornographie n’est pas le sexe même si j’estime comme Lysander Spooner que les vices ne sont pas des crimes tant qu’on ne porte pas atteinte à autrui.

Un Opéra est fait pour perdurer, il sera perçu comme une remise en question pour certains et un appel au vice pour d’autres. Comment ressentez-vous cela, un électrochoc à deux faces ?
« Sex Opéra » est tout sauf un appel au vice.

Finalement, cet album (Sexualité débridée, Sida, Mort) est-il une réelle délivrance pour

Renaud Hantson ? Avez-vous l’impression d’être un survivant ?
Oui, je suis un survivant, mes deux premiers livres en témoignent. Le prochain qui est un roman intitulé « Rock Star (48 heures d’une vie rêvée) » que je vais décliner en album-spectacle musical abordera encore plus loin la question mais diverses choses me différencient du personnage du Sexaholic, tout d’abord je n’ai pas le VIH et ensuite je ne fantasme pas du tout sur le fait de me faire massacrer par une dominatrice qui serait attirée par mon argent !...

Comment ressentez-vous l’imagerie du rock à travers notre société en 2014, humainement et musicalement ?
Le Rock est un genre aussi fondamental que le Classique ou le Jazz. Quand on regarde la mer, les vagues vont et viennent, ce style musical à part entière ne peut pas s’éteindre c’est juste notre société qui évolue, pas toujours pour le mieux d’ailleurs… Être Rock c’est aussi une façon de penser et de vivre pour ne pas se laisser intoxiquer par la soupe musicale actuelle qui nous entoure.

La vie se résume plutôt à un tas de merde (C’est personnel) quels conseils pourriez-vous offrir aux personnes qui bataillent chaque jour physiquement, matériellement, moralement ?
Je pense au contraire que la vie est magnifique, mais le plus dur dans la vie c’est de vivre. Certains survivent malheureusement, mais je n’ai aucun conseil à donner, je peux juste donner un peu de mon temps et de mes compétences pour qu’ils se sentent un peu mieux comme je le fais avec l’association Ensemble contre la Sclérose En Plaques que je parraine et lors de diverses occasions pour d’autres actions.

Vous engagez-vous facilement pour certaines causes, par exemple pour le sida ou autres ?

Êtes-vous un militant par nature ?
Je suis un homme de clan, Satan Jokers ou Furious Zoo, mon projet Big Rock, sont des gangs à leur façon mais je ne m’embrigade pas et ne suis pas un militant, quant au SIDA j’ai déjà œuvré diverses fois sur scène ou sur disque pour lutter contre ce fléau.

Finalement, plutôt le ciel ou l’enfer ? Ou « Jokers » ?
Le ciel plutôt que l’enfer tel qu’on nous le décrit donc je sors mon joker, car je ne sais pas où je me retrouverai peut-être un jour… J’aurai quoi qu’il en soit essayé d’être un mec bien, celui à qui j’ai infligé le plus de souffrances c’est moi et seulement moi-même si j’ai sûrement fait du mal sans le vouloir…

Avez-vous des tatouages ? Parlez-nous de votre démarche face au choix de se faire piquer ?
J’ai de nombreux tatouages. C’est un plaisir qui situe une période de la vie et une rencontre avec celui qui va faire le tatouage autant qu’un fonds de commerce visuel scénique comme je le dis parfois ! Aujourd’hui les tatouages sont presque devenus de l’art, un truc branché que tout le monde a, alors que pour moi ça reste un truc de voyous.