l'étincelle !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Suite à un accouchement

dans la douleur T.A.N.K a réussi à panser ses blessures avec « Symbiosis » et retrouver un message optimiste, intime, durable et bénéfique à nos sens. Une interaction réciproque se forme au fur et à mesure des notes et vous berce au sein d’un Death metal mélodique enrichi, mais ancré dans la modernité. En compagnie de T.A.N.K trouver la lumière au bout du couloir. Rencontre avec Raf Pener (Chanteur)

de Think of A New Kind rockeur d’un nouveau genre.


Line-up :
    Raf Pener : Chant
    Nils Courbaron : Guitare
    Charly Jouglet : Guitare
    Olivier D'Aries  : Basse
    Clément Rouxel : Batterie


Artiste : T.A.N.K

Album : Symbiosis

Label : SYMBOL Muzik

A division of BRENNUS Music

Tracklist :
   1- Away?
    2- Symbiosis
    3- From the Straight

and Narrow
    4- Baneful Storm
    5- Nihil
    6- Blood Relation

(feat. Björn ‘Speed’ Strid)
    7- The Chrysalis
    8- Troubled Days
    9- Drawing Hope
    10- Legacy
    11- Like Vultures
    12- The Edge of Time


T.A.N.K

From the Straight and Narrow (Lyric video)


T.A.N.K

feat. Björn Strid (Soilwork) Blood Relation


T.A.N.K

Symbiosis: Clément Rouxel drums recording


" Par exemple sur « Baneful Storm » on s'exprime sur le racisme

et tous les ismes qui pue du cul ! " Raf


Pourquoi un tel mode d’expression artistique le « Rock », le Metal ?
Ça m'est tombé dessus, j'ai commencé la musique alors que je ne connaissais pas le metal. J'ai découvert mon premier morceau rock/metal à 15 ans en écoutant la BO de Matrix « Rock Is Dead » de Marilyn Manson, je n'ai pas compris ce qui m'est arrivé, par la suite, j'ai découvert Korn et je suis devenu encore plus fan.

Tu es musicien également ?
J'ai commencé à faire de la guitare pour avoir une activité, tout simplement. Le foot, je n'aimais pas, alors j'ai fait de la guitare ! Avec le temps, mon oreille s'est développée et j'ai découvert des groupes de plus en plus bourrin. Aujourd'hui, je trouve cette musique très riche et c'est un formidable exutoire. On peut hurler sur les gens et ça les rend heureux, ce n'est pas génial !

Depuis la création en 2007 de quelle manière pensez-vous que vous avez évolué, musicalement et humainement ? Comment vois-tu les choses aujourd'hui ?
J'ai bientôt trente ans, j'ai démarré le groupe il y a une petite dizaine d'années et il y a eu beaucoup de changements, mais le line up d'aujourd'hui est parfait. Nous n'aurions pas découvert Nils (guitare) parmi nous depuis trois ans, Charly (guitare) qui vient de nous rejoindre, ces nouvelles rencontres nous font progresser. Musicalement on a démarré dans un style plutôt Death Mélo, mais aujourd'hui on a beaucoup plus d'influences que cette simple dénomination, c'est certain.

Raf comment maîtrises-tu les changements de rythme, de tonalités, chant hurlé, chant clair ? As-tu une façon particulière de travailler ta voix ?
Pour le chant hurlé, j'ai juste de la force, mais au départ, je ne devais pas faire de chant, j'étais guitariste. On était deux guitaristes, on s'est mis des micros devant nous, lui a fait du chant clair et moi je me suis mis à gueuler sans trop savoir d'où cela venait. Bien sûr au départ je me cassais la voix et, à force de réflexion, j'ai trouvé le souffle, etc. C'est vrai, je n'ai pas trop de technique et donner des conseils à certaine personne c'est un peu compliqué pour moi. Le seul conseil, se mettre comme moi devant un micro et gueuler ! Pour le chant Death, je me suis toujours formé tout seul. En ce qui concerne le chant clair, j'ai dû travailler, prendre des cours dont certains avec une amie Jessy Christ venue me prêter main-forte sur un titre et reste une personne que je vois régulièrement pour travailler certains de mes morceaux. Voilà comment j'aborde les choses aujourd'hui.

La vision du hardcore ne te paraît-elle pas véhiculer une certaine

violence ?
Le metal lorsque tu le fais ou que tu l'écoutes serre en premier lieu à canaliser ta violence. Tout le monde à une part de violence en lui, cela explose à un moment ou un autre. Les metalleux peuvent aborder la vie plus sereinement, car ils ont pu s'exprimer, sauter dans tous les sens et expulser toute la haine emmagasinée et la dégager dans un univers sain où l'on prend soin de chacun des autres. Tout cela n'est pas fait pour vénérer Satan ! De plus, nous n'avons pas de titres pour appeler à la violence.

Eh bien justement, parle-moi des textes?
Depuis les débuts du groupe, on s'appelle Think of A New Kind, évidemment T.A.N.K sa rentre plus dans la gueule ! C'est un genre de maxime que l'on essaie de s'appliquer dans les textes et dans la vie de tous les jours. Nous invitons à voir les choses sous un autre angle, essayer de penser différemment, de réussir à remettre en cause ses propres doutes, ses certitudes, etc. Comprendre le point de vue d'une personne opposée à ses propres idées, au final, mieux communiquer et essayer de mieux faire tourner le monde. Ma philosophie, c'est prendre un thème, en parler sans prêcher la bonne parole, mais juste proposer ma version des choses. Par exemple sur « Baneful Storm » on s'exprime sur le racisme et tous les ismes qui pue du cul ! L'idée, c'est de montrer des choses sous différentes facettes, bien sur c'est toujours un peu abstrait pour que l'auditeur puisse s'approprier le texte. À chacun d'y trouver son propre sens et si c'est le cas, c'est une réussite pour moi. On essaye juste de trouver l'étincelle d'optimisme ! Nous ne sommes pas des bisounours non plus, on essaie de trouver la lumière au bout du couloir.

Parle-moi de votre méthode de travail ?
Ce n'est pas facile, c'est la démocratie ! Tout le monde compose, on a pas de taliban de la composition, mais ça ne nous fait pas gagner de temps. Pour le chant par contre ce n'est que pratiquement moi, mais aidé par Olivier le bassiste. On travaille tous les deux sur les lignes de chant et les textes. La musique c'est tout le monde et l’on essaie de jamer en répète ! On communique beaucoup par Internet et ça finit parfois par des prises de bec ! Lorsque que l'on compose un morceau nous n'avons aucune idée de ce que va donner le chant, c'est vraiment deux traitements très différents.

Que vous apporte le travail avec David Potvin de Dome Studio et pourquoi son choix ?
Tout simplement, car nous avions enregistré le deuxième album avec lui, c'est devenu un ami et il sait vraiment faire sonner ce genre de musique. Il est de très bon conseil au niveau du chant, lui-même chanteur, il peut me guider et c'est précieux. Ensuite, on la mit un peu à contribution sur le cd, on lui a fait pousser quelques choeurs avec nous. Il y a un des interludes « Nihil » où nous avions juste la piste de guitare, il fallait lui donner plus de vie, plus d'âmes, plus de profondeur. On s'est donc vu un soir avec David, on a commencé à mettre des samples, on a pris des lignes de chant d'autres morceaux que l'on a retournés dans tous les sens, etc. David a une grande part de créativité sur cet album. Les deux interludes du milieu de l'album reprennent des paroles des morceaux qui suivent.

Et l'Anglais, un choix ?
Ce n'est même pas un choix, ça s'est imposé à nous et je ne me suis jamais vraiment posé la question. Nos influences les plus grandes sont en Anglais, c'est une certitude. Dans les faits, je trouve plus dur d'écrire en français.

Dans le chant en français, le public francophone cherchera plus la compréhension des textes que l'énergie première. Avec la langue anglaise c'est plutôt l'inverse qui se produit.
Eh oui ! Dans le metal, le sens des paroles n'est pas ce qui intéresse le plus les gens. Ça ne m'empêche pas d'essayer de soigner au maximum les paroles et de leur donner un peu de profondeur. Je ne veux pas juste écrire Fuck ! Moi j'ai envie de me casser le cul même si on ne comprend rien ! Mais oui cela aide à l'export, vu que l'on est pas dans le pays du Rock'n'roll.

Que s’est-il passé en studio lors de l’élaboration de l’album ? L'ambiance de travail ?
Nous n'étions pas dans la meilleure des ambiances pour cet album lors de la compo et de l'enregistrement, une période assez sombre et pas très marrante. À un moment on a eu peur de ne pas pouvoir aimer cet album, faute a beaucoup de mauvais souvenirs que je préfère taire. Comme un accouchement, une fois le cd sorti, on a tout de même kiffé ! C'est donc bon signe. Pour être un peu rigolo, toutes les voix parlées sur l'album ont été faites d'une traite et pas morceau par morceau. Avec David, on s'est mis à créer des trucs pas possibles, à la fin, il me sortait des combinés à l'ancienne pour que je puisse faire des effets radio venant de très loin, il m'a changé des haut-parleurs en micro, etc.

Alors, tout cela ne va pas être compliqué à retranscrire sur scène ?
Non, ce sont des effets qui vont lisser un peu le rendu à l'oreille et donner un peu de profondeur au chant parlé. Le groupe prend beaucoup plus son sens sur scène que sur cd. Sur scène, il y a l'image, le décor, le groupe, l'énergie, la transpiration et si tu veux rattraper cela sur cd tu as intérêt à rajouter des petits effets.

Vous êtes un groupe calé sur scène ?
Alors, pour le coup, le scénique c'est quelque chose que l'on a beaucoup travaillé, c'est donc plutôt assez carré, mais il y a malgré tout, toujours une part de spontanéité. Certains concerts où l'on s'est retrouvé à jouer hyper tard, où tout le monde s'était barré parce qu’ils avaient un train à prendre, on se disait :  « on va y aller mollo ce soir ! », on n'y arrive pas, autrement on se fait chier !

L’artwork, un petit mot sur la création (Rusalka Design)?
Au-delà d'être le graphiste, il s'occupe depuis trois ans de l'identité, l'univers visuel du groupe. On là tout simplement découvert sur Internet, subjugué par son travail. Aujourd'hui il s'occupe des t-shirts, des fonds de scène, etc. Avec cette pochette, il a voulu faire une symbiose des sentiments que l'on a pu avoir durant la composition de l'album. On lui a envoyé les textes et il est revenu avec cette espèce de tête biomeca et tous ce barda en arrière-plan dans l'esprit Alien.

Un souvenir de scène ?
Le super souvenir c'est de jouer au Hellfest, le festival français ! Nous n'avions jamais joué devant autant de monde !

Existe-t-il d’autres cultures musicales ou artistiques que tu aimerais inclure dans tes futures démarches musicales ?
Ça devra se faire naturellement. Par exemple, nous n'avions pas prévu d'avoir une intro avec des violons sur cet album et une voix féminine sur le dernier morceau « The Edge of Time ». C'est venu dans le processus de création et ce n'est pas un hasard. On s'est juste dit : » qu'est-ce que l'on pourrait mettre en intro ? » on a repris un lead de « Symbiosis » que l'on a fait tourner en boucle et l’on a brodé autour, batterie, guitare et l’on s'est dit : « s'il y avait un peu de violons, ce serait marrant ! ». On a essayé et l’on a trouvé cela vraiment intéressant. Peut-être qu'il y aura de l’accordéon sur le prochain, je ne sais pas ! Je ne suis pas quelqu'un de fermé, j'écoute d'autres choses que du metal, je suis fan de Michael JacksonAbbaMadonna. Le but étant de faire la musique que l'on aime et si on a envie de mettre du Kazoo on mettra du Kazoo ! Mais, je dis n'importe quoi !

Vous êtes présent sur Facebook, ce contact avec vos fans est-il importants ?
C'est essentiel, c'est l'une des choses que les labels ne comprennent plus, ils sont complètement déconnectés. C'est pourquoi, on a continué à travailler en indé, on a notre petit label qui ne nous embête pas, qui bosse de mieux en mieux et c'est cool. Tout ce que l'on a pu voir des gros labels ne nous a absolument pas fait envie. On fait de la musique pour nous avant tout, mais s'il y a des gens qui adhèrent, il faut les respecter et c'est grâce à leur soutien que nous pouvons continuer à faire de la musique. Il y a peu de temps, on a lancé une campagne de financement participative qui a très bien fonctionné avec 110 % de notre objectif. Ce qui est primordial, c'est déjà de les rencontrer à la fin des concerts, papoter, boire une bière, partager et pas simplement leur faire acheter notre album. Ce sont eux qui nous ont fait les premiers retours sur l'album et c'est ce qui a le plus de sens à mes yeux. Nous n'avons pas le droit de les envoyer chier !

On vous compare encore aujourd'hui à Soilwork, In Flames ça te dérange ?
Non pas du tout, car j'aime beaucoup ces groupes et finalement c'est très flatteur d'être comparé à des idoles. Je préfère cette comparaison plutôt qu'à Janes Birkin ou Mireille Mathieu ! Mais dans les faits, qu'est-ce que ça veut réellement dire, entre leurs débuts de carrière et aujourd'hui, ils ne font plus la même musique. Donc j'ai envie de dire quel type de Soilwork ou d'In Flames, tu prends un morceau comme « Baneful Storm » où « Legacy » tu trouveras difficilement ce genre de morceaux chez l'un ou l'autre. Je peux le comprendre, tout le monde a besoin d'étiqueter, même moi, mais je n'aime pas cela.

Parle-moi du guest, Björn ‘Speed’ Strid ?
Je suis ultra fan de Soilwork, malgré nos influences diverses au sein du groupe, c'est l'une des seules formations qui nous fédèrent. Donc clairement rêve de gosse, d'avoir Björn qui chante avec nous, on vit une époque formidable ! Il n'y a plus de labels, plus de cd, etc, par contre tu vas sur Internet et tu peux contacter le chanteur de Soilwork, ça ne coûte rien, peut-être qui va t'envoyer chier, mais au moins tu auras essayé. Je pense qu'il savait dans quoi il mettait les pieds, il connaît bien Jon Howard du groupe Threat Signal qui avait fait le feat « Inhaled » sur l'album Spasms of Upheaval, David Potvin de Dome Studio bien sûr et surtout il a aimé le morceau proposé « Blood Relation », titre composé en pensant à lui.

Ça s'est réalisé à distance ?
Oui, on lui a envoyé une pré-prod avec nos idées de chant, les siennes et les miennes, un ou deux moments où il pouvait proposer des choses et, au bout de quelques échanges, on avait sa version.

Je te laisse le mot de la fin.
Merci à tous les lecteurs qui sont arrivés jusque-là, continués à soutenir les groupes, les locaux, les internationaux et allez les voir en concert c'est un vrai soutient. Ce que je trouve dommage en France, c'est que l'on a énormément de bons groupes qui malheureusement n'a aucune structure pour les aider. En dehors de Téléphone et Johnny Hallyday en France, il ne connaisse pas le rock'n'roll. Je souhaite que le metal se développe plus, peut-être que c'est en bonne voie avec les festivals comme le Hellfest. On ne fait pas qu'égorger des poulets, ce prosterner devant Satan ! On s'amuse, on a notre folklore, nos codes qui ne sont pas compris de tout le monde. Je comprends tout à fait que ce soit une musique difficile à écouter pour certain, mais de là à écouter ce que l'on écoute à la radio aujourd'hui, ça me fait un peu mal, mais bon. Chaque chose en son temps.