Sous hypnose !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Interview à la Cigale (Paris)


Riche d’un nouveau spectacle, les Tambours du Bronx ont su démocratiser le bidon et en faire un instrument porteur de nos origines. Entre les balances et le début du spectacle Thierry et Francky, musiciens de la première heure, me reçoivent chaleureusement, avec humour dans les coulisses de la Cigale (Paris). La scène aménagée pour une grande messe tribale est prête pour transcender un public avide de sons, de cris, de chorégraphies, le tout

dans une cohésion violemment esthétique. Une musique mêlant rock, indus, techno, metal et afrobeat, de sons synthétiques et de samples. Une soirée riche en émotions et imbibée de sueur. Retrouver donc vos origines !


Photos de concert

à la Cigale (Paris)

Rubrique Photos Live


Thierry

Photo : Hugues (Ugo) Chantepie


Francky

Photo : Hugues (Ugo) Chantepie


CORROS TOUR 2015


"Human Smile"


"No Control "Extrait du DVD "FUKUSHIMA MON AMOUR"


Présentation
Aujourd’hui, les Tambours

du Bronx se retrouvent.

Le groupe brandit l’emblème de ses origines, le rhinocéros, et renoue sauvagement

avec ses racines.
Avec CORROS, la bête tenace, ancrée, fusionne avec l’oiseau mythique au cri rauque,

le corbeau. Ce bestiaire inaugure une nouvelle scène

et présage, avec lui,

d’un nouveau siècle.

Artiste : Tambours du Bronx

Album : Corros

Label : At(h)ome

Date : 16 Mars 2015

VERSION [COR]

1. Corvus Christi
2. Arolium
3. Aside
4. Clockwork
5. Crazy Noises
6. Erotica
7. Lost
8. Human smile
9. Orient
10. Schizomania
11. Kaiowas
12. Eureka
13. Halloween
14. Dies Irae
15. Go Fast
16. Naçao
17. War 3.0


VERSION [ROS]
1. Until the end of…
2. Happy Hour
3. Le Rap
4. Arbeit
5. Tchi Tchi
6. Cadence 22
7. La caravane
8. Sangria si!
9. Organic
10. Sameth
11. Grovvy Time
12. Sur le fil
13. Crazy Noises AC


Photo : Hugues (Ugo) Chantepie


Photo : Hugues (Ugo) Chantepie



Bonjour
Thierry & Francky : Si tu as des questions par oui ou par non ce serait bien ! (rire)

À quelques minutes du concert à la Cigale comment sentez-vous la scène ?
Thierry : Moi ce qui m’ennuie c’est les sièges, on ne s’y attendait pas du tout et la scène un peu petite pour nous, mais c’est une belle salle, ça devrait le faire.

Comment est née votre passion pour les percussions ? Pourquoi un tel mode d’expression artistique ? Et comment définissez-vous l’esprit et la démarche de votre musique ?
Thierry : Finalement, on ne peut pas blairer les percus ! (rire)
Au départ, il n’y a pas forcément une passion de la percussion, c’était seulement une performance pour un festival dans notre région au tout début du groupe, l’ouverture d’un festival rock. On voulait une idée qui provoque beaucoup de bruit, différente et comme des bidons il y en a plein chez nous, on a essayé de se mettre à une vingtaine sur ce projet, à la façon Burundi, sans djembé, mais avec seulement des bidons, des percussions industrielles et voilà, les choses ont démarré comme cela. Ensuite, on a fait des concerts à la sauvage, des manifs… Etc. et on connaît la suite avec une envie féroce de monter sur scène.
Francky : Nous avons été les premiers surpris par le son développé à plusieurs, on s’est vite rendu compte de l’intérêt de la chose et on a été tout de suite emballé. Au départ de l’aventure on était vraiment une bande de potes. S’il faut donner une étiquette au groupe, percussion urbaine, industrielle, c’est très bien.

Ce qui est incroyable dans l’histoire du groupe c’est que plus d’une centaine de musiciens en tout ont déjà participé au projet. Expliquez-moi ce mouvement au sein de la formation ?

C’est compliqué de s’impliquer à long terme au sein des Tambours du Bronx ?
T : Les tambours c’est aussi une aventure, on est sans arrêt sur la route, il y a des gens de passage, ils restent un ou deux ans, n’ont pas forcément envie de continuer et puis, il faut tous s’entendre sur la route ! On est un peu un centre de formation ! (Rire), on a un peu démocratisé ce bidon, au départ ce n’est pas vraiment un instrument. On voit désormais des groupes qui rajoutent un ou deux petits bidons. On fait aussi des workshops dans les écoles, pour des adultes, des groupes qui se montent, etc.
F : Aujourd’hui on ne fait plus que cela, on ne peut pas avoir un travail à côté, entre les répétitions,

les tournées, le travail d’enregistrement, c’est impossible.

Vous êtes combien encore aujourd’hui du groupe d’origine ?
T : On est cinq ou six encore aujourd’hui des débuts de la formation et du noyau des années 1997-1998, on reste une dizaine de personnes.
F : On peut avoir quatre ou cinq personnes qui partent dans l’intervalle de deux ans et puis ça ne va plus bouger pendant trois ans. C’est très aléatoire.

Vous êtes comme une équipe sportive, il y a des remplaçants sur le banc de touche ?
T : Non malheureusement !
F : Dès que l’on a besoin de monde, on fait une espèce de casting, il faut qu’ils aient une connaissance technique et le côté humain est très important pour nous, car on est constamment ensemble.

Vous avez une préparation physique particulière ?
F : Chacun à son petit truc, mais il n’y a pas de technique particulière. On joue presque tous les jours, mais avec des périodes de repos quand même ! (Rire)
T : Effectivement lorsque il y a une préparation d’un nouveau spectacle on bosse beaucoup plus.

Vous arrivez toujours à vous surprendre ?
T : Oui, parce que l’on essaye toujours de faire des choses nouvelles et puis il y a des gens qui sont arrivés là sur le dernier spectacle avec des sons beaucoup plus riches, de nouveaux morceaux, de nouvelles choses. Il y a toujours cette rencontre avec le public, cette espèce de transe indéfinissable, le premier quart d’heure ils sont un peu bouche bée et puis au bout d’un certain moment l’échange se fait. Il y a également l’évolution musicale et puis ce soir c’est un des premiers concerts du nouveau set, donc on est assez tendu.

Quelle est la spécificité d’apprentissage de cet instrument ?
T : Ce n’est pas du tout comme jouer de la batterie, des congas, on joue avec des mailloches relativement grosses (des manches de pioches) il y a toutes une gestuelle, une attitude à avoir. Chacun ayant la sienne, mais en même temps il y a la prise de contact avec le bidon qui est assez importante, il ne faut pas se faire mal. Parfois ça vient tout de suite, parfois pas du tout. On a déjà fait des tentatives avec des batteurs, mais qui n’avaient pas le feeling derrière un bidon.

[Ros], marque pour sa part un véritable retour aux percus pures et dures, une antithèse du premier disque, expliquez-nous ça ? Retrouver un instinct primal, retourner à la source ? (Titres enregistrés à diverses époques, entre 1990 et 2014).
T : le groupe à plus de 27 ans d’existence, on a maintenant pas mal joué à l’étranger et il y a des gens qui redécouvrent encore les tambours. Au bout d’autant de temps, on voulait faire un double album avec de vraies nouveautés, de l’électro toujours, mais avec des choses nouvelles, garder notre côté primitif, uniquement acoustique, enregistrer de vieux morceaux en forme d’hommage.

C’était un réel besoin ?
F : C’est surtout un petit bonus pour le public, mais dans le set mis en place ce soir, il y aura des titres purement acoustiques, car on sait que les gens aiment ce côté primitif insufflé à la base de la formation.
T : Même si les morceaux acoustiques évoluent rythmiquement, ce n’est pas la même chose quand il y a du son en arrière-plan, une mélodie. Ça fait du bien une petite pause acoustique entre les titres électro, aussi bien pour nous que pour le public.

Avec la partie électro vous avez parfois l’impression de vous perdre ?
F : Non on n’a pas du tout l’impression de se perdre, on fait des choses intéressantes et de plus les gens apprécient.
T : Et puis de toute façon on fait ce que l’on veut ! (Rire)

Parmi les surprises, signalons la participation de Jaz Coleman, chanteur de Killing Joke, sur le morceau "Human smile" et celle d’Andreas Kisser, guitariste de Sepultura, sur "Kaiowas". Pourquoi ses deux artistes en particulier aujourd’hui ?
T : Avec Jaz Coleman, c’est un morceau que l’on a fait il y a très longtemps, une collaboration qui avait failli se faire, mais finalement elle ne s’est pas faite. On avait dans les tiroirs un morceau des tambours un peu arrangé par Jaz, il avait mis des voix dessus, etc, et ce titre était resté dans l’ombre, alors cela aurait été dommage de ne pas le faire connaitre. Andréas Kisser, on l’a rencontré avec Sepultura, on avait plusieurs concerts en leurs compagnies, dont le festival Rock’n Rio en 2011 et en 2013 au Brésil, donc on a fait une petite reprise de Sepultura et Andreas a réalisé un petit solo comme ça, tout simplement.

Vous préparez un album de collaboration ?
F : Dans l’avenir on envisage un véritable album de collaboration avec des artistes, on a déjà rencontré plein de gens alors pourquoi pas. On verra ce que l’on pourra faire, suivant les artistes et les propositions. On ne veut pas trop en parler, c’est à l’état de projet, mais le prochain album sera sûrement un album de collaboration.
T : On a lancé déjà quelques perches, certains ont déjà répondu et sont OK, mais pas suffisamment pour envisager un album pour l’instant.

Le travail de vos compositions se passe comment ?
F : C’est ouvert à tous les membres, ça peut se faire seul, à deux, à trois ou au feeling, ensuite c’est arrangé, équilibré, on écoute et on passe au vote, ensuite certains morceaux te plaisent parfois moins au début, mais ils peuvent ressortir ensuite, etc.

Une vraie démocratie ! (Rire)
F : On est tellement nombreux avec des capacités tellement différentes que l’on utilise les prédispositions de chacun, un gars qui est bon en informatique, il fera de l’informatique, etc.
T : Tu ne maîtrises pas tout, mais si on veut rester un minimum indépendant, il faut s’autogérer au maximum afin de faire ce que l’on a envie de faire. De plus, dernièrement, on a installé notre propre studio, cet album a été enregistré à la maison par nos soins, mixé et après, on a seulement réalisé le mastering ailleurs. Il y a également, les gens avec qui on travaille, les tourneurs, mais on essaie au maximum d’être indépendant et surtout avoir toujours notre mot à dire.
F : Comme a dit Thierry, on a maintenant un studio perso, on a l’outil qu’il faut pour prendre le temps, travailler différemment, on n’est pas obligé de compter pour se demander quand on va faire l’album. On a la bécane à la maison, c’est un avantage énorme, c’est une vraie liberté.

Vous composez au bidon ?
F : On compose par informatique maintenant, il y a des moyens techniques qui sont très bien aujourd’hui, autant les utiliser. On est loin des débuts !

Vous êtes 16 sur la scène, comment vous répartissez-vous les tâches ?
T : Dans l’arc de cercle il y a trois formations, les basses, les milieux, les rythmiques, il y a deux stands que l’on a fabriqués pour pouvoir rajouter des sons de grosses caisses, de guitares, de voix, d’autres sons, plus un gars au clavier derrière nous et il nous rajoute des mélodies. On essaye de tout jouer en live, pour pouvoir garder l’énergie lorsque l’on tape sur les bidons.
F : On s’est fabriqué ces stands-là parce que l’on voulait garder le fait de taper sur les bidons avec les mailloches, mais l’idée était de déclencher d’autres sons, mais avec la même énergie, la même puissance, les mêmes outils. On peut taper dessus avec nos mailloches comme sur un bidon, mais sa déclenche d’autre sonorité.

Une Fabrication particulière pour les mailloches ?
T : Oui, déjà c’est en hêtre, un diamètre de 35 mm, une longueur spéciale de 38 cm. On les reçoit par palette de 150. Chacun n’a pas sa petite mailloche adaptée à son poignet ! (rire)

Toujours la même fabrication depuis le début ?
T : Au départ on montait dans les arbres et on les a coupés à la main ! (rire)

Musicalement, avez-vous des défis particuliers à relever avec ce nouvel album ?
T : C’est de le faire durer le plus longtemps possible, qu’il plaise au plus grand nombre et surtout de faire vivre le spectacle car c’est sur scène qu’on est le mieux et que le spectacle prend toute sa forme, toute sa puissance.
F : On n’est pas un groupe de balloche, c’est important pour nous de faire de nouvelles choses, ça nous remet en question, c’est l’intérêt d’être artiste.

De quelle manière pensez-vous que les tambours ont évolué depuis toutes ses années ? C’était en 1987, vous vous attendiez à cette longévité ?
T : Depuis les débuts il y a une évolution. Musicalement et rythmiquement, quand tu entends les morceaux acoustiques juste aux bidons, on a évolué grâce à l’habitude de jouer, aux gens qui arrivent et se greffent. On a toujours eu envie, comme le disait Francky, de garder ce côté tribal.

L’accueil du public est-il vraiment différent selon les pays où vous vous produisez, faire le tour du monde avec une musique à l’instinct tribal, vous avez peut-être désormais une vision particulière de l’être humain ? Et où voulez-vous emmener réellement votre public ?
T : La percussion est un grand classique, ça parle à tout le monde, c’est universel. Comme c’est plus un spectacle visuel, une transe, on a souvent remarqué dans tous les pays qu’ils sont un peu scotchés et il y a un vrai contact qui s’installe. Il y a également la proximité. Taper sur un bidon peut paraître simple. Ils se disent, je peux le faire aussi. Souvent à la fin des concerts en Allemagne on donne les bidons et souvent ça se finit avec les gens qui tapent pendant des heures.
F : Ça saigne des mains !
T : Et les gens partent avec leurs bidons. Il y a toujours cette proximité avec le public, où les gens se disent, je peux le faire. Oui ils peuvent taper sur un bidon, mais au bout de cinq minutes, ils ont les mains qui saignent ! Monter un spectacle des Tambours du Bronx, c’est un vrai boulot.

Selon vous, y a-t-il une tradition de percussions en France ?
T : Pas spécialement, au Brésil oui. Nous, on se définit plus comme un groupe de rock, on vient plus du rock’n’roll que de la percussion. Après c’est la découverte de l’instrument qui nous a amenés à faire et a développé la percu.

Un souvenir ou un concert véritablement fort ? Des anecdotes ?
F : La Chine, c’est énorme, les spectacles, ils les vivent, ils font « tap tap » dans leurs mains et ils ne bougent pas de leurs sièges et là, on a réussi à ramener du monde sur la scène. On a joué à Shanghai deux soirs de suite et là-haut c’est tellement strict, que le lendemain l’organisation était un peu paniquée et ils avaient mis toute une rangée de sécu devant la scène. Ils avaient repéré le moment où l’on faisait monter le public sur les planches. Mais le public était enchanté, c’était l’euphorie, on a créé une espèce de buzz. C’était énorme !
T : Et puis le Brésil avec Sepultura, on a joué devant 200 000 mille personnes et puis un plan à Dubaï, au bout d’un moment lors des balances ou en concert les gars se mettent torse nu et je me souviens encore que tous les émirs se sont levés et sont sortis avec leurs femmes du concert. Des anecdotes rigolotes on en possède plein. On a joué également dans le désert.
F : La première fois au Brésil, en face de l’hôtel on avait repéré une espèce de square, vers 17 heures il y a affluence, rien n’était prévu, mais on s’y est installé avec les bidons pour voir la réaction des gens. Cette année-là on jouait dans un théâtre et l’entrée était relativement chère, il y avait plein de groupes de percu venus du monde entier et puis la nana qui nous accueillait était relativement ouverte et sympa, « il n’y a pas moyen d’aller jouer dans un parc vu le prix de la place » et ça été possible. On est arrivé à l’arrache, on a déballé et comme chez eux la percu c’est leur truc, on voulait savoir comment ils allaient percevoir notre façon de jouer, ça s’est super bien passé et cela a fini en dansant. Au Brésil, en plus de la tradition des percussions, ils ont une grosse culture du Metal, ils sont rebelles, dure et antisystème. On a voyagé dans une grosse partie du monde en tournée.

Pour terminer, vous êtes présent sur Facebook, ce contact avec vos fans via les réseaux sociaux est-il important ?
T : Maintenant c’est comme cela que ça fonctionne. C’est bien, mais après, une bonne veille affiche, on a tendance à l’oublier, tout le monde n’est pas sur internet. Notre public c’est de 7 à 77 ans ! On ne pense plus que par les réseaux sociaux, mais pas que… ! L’affiche c’est bien aussi !