Debout les fossiles

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Ce jeune combo parisien nous offre un témoignage sonore déjà ancré dans

la pierre et permettra aux générations futures de découvrir un fossile musical prometteur des débuts

du 21ème siècle. Entre death metal et hardcore, Tankrust exploite avec brutalité, émotion et sensualité une large palette de couleurs réhaussées par le chant guttural multifacettes de Kootôh. La formation prend toute sa dimension en live

où leur metal surpuissant diffuse

une énergie communicative. Rencontre avec Kootôh (Chant) et

Jules (Basse) pour

un moment d’échange.


Line-up :

Kootôh (Chant)

Will (Guit)

Garth (Guit)

Jules (Basse)

Schuff (Batterie)


Artiste : TANKRUST

Album : The fast of solace

Label : Auto Prod

Tracklist :
    01-DMZ
02-Draw The Line
03-Apollo Is Dead
04 -Autonomy
05-Improvisation 28
06 -Dead Pools
07 -Barbarians
08 -Grow Some Balls
09-10_22
10-Cleaver


TankrusT - DMZ


En écoute sur DEEZER


TankrusT - Barbarians

(Live video)


" La langue française est tellement riche

qu'elle en devient trop complexe pour la musique. .." Kootôh


Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
Jules : un mélange d'influences importé par chaque musicien, un batteur dans un Brutal Death, moi dans du Punk Hardcore, le guitariste lead dans du Trash et Guillaume, William beaucoup plus ouverts musicalement. Tout cet univers forme Tankrust, le mélange des genres !

Pourquoi un tel mode d’expression artistique le « Metal » thrash/death/core ?
Jules : Montrer artistiquement aux gens que l'on peut faire de la musique violente tout en délivrant un message positif. Le metal nous a permis de nous libérer de nos frustrations, de nos colères sans faire de mal à notre voisin et tout en faisant plaisir à nos oreilles !
Kootôh : je baigne dans le monde du metal depuis tout petit ! Je suis fils de hardos et j'ai ça dans le sang. C'est une bonne soupape pour éviter de péter les plombs parfois. C'est notre exutoire à tous.
Jules : On veut surtout transmettre une énergie positive, que ce moment de partage soit un défouloir et l'on pense vraiment à cet instant de communion avec le public lorsque l'on compose nos morceaux. On réfléchit vraiment à chaque partie, pour que chaque moment amène une émotion particulière. Lorsqu'une partie nous paraît trop linéaire, on y rajoute une autre couleur afin de pouvoir transmettre une nouvelle sensation. Jouer avec les sentiments et l'émotion c’est primordial dans notre démarche.

Depuis les débuts en 2006, de quelle manière pensez-vous que le groupe a évolué, musicalement et humainement ? Comment analysez-vous la chose après un EP « Beyond thresholds » et la sortie de « The fast of solace » ?
Kootôh : tout d’abord, on a progressé du fait de l'évolution du line up au fil des années, malgré tout, on a toujours été un groupe de potes. Certains s'en vont pour des raisons personnelles, mais ce sont toujours des amis qui les remplacent. Aujourd'hui la formation est stable, aussi bien dans nos vies qu’au sein du groupe et les morceaux de Tankrust s'en trouvent boostés. La sérénité, la maturité de chacun se sont diffusées au sein de groupe et nous ont projetés vers des objectifs plus sérieux.

Comment expliquez-vous six ans avant de vous lancer avec votre 1er ep ?
Kootôh : nous n'étions pas prêts humainement, car l'ensemble était précaire lors des premières années. On ne voulait pas proposer n'importe quoi et nous avons attendu d'avoir de vrais morceaux aboutis pour nous lancer dans l'aventure. Il a donc fallu deux ans entre l'ep et l'album.
Jules : Sur l'album, on a trois morceaux qui font partie du passé « Improvisation 28 » et « Dead Pools » et « barbarians »
Kootôh : ces trois morceaux représentent un pont entre le passé et le présent. Il fallait juste les retravailler un peu pour les intégrer suite à notre nouvelle évolution.

Ton premier contact avec ton instrument Jules (basse) ?
Jules : j'étais guitariste dans un groupe, le bassiste est parti et j'ai donc lâché la gratte pour la basse en 2009. La basse m'apporte vraiment d'autres sensations et depuis ce jour je suis à fond. Ça ma permis également d'intégrer Tankrust, car il y avait déjà deux guitaristes. Finalement, cet instrument m'a ouvert des portes...

D'ailleurs la basse est très présente sur l'album ?
Jules : oui, c'est une volonté d'amplifier certaines fréquences et c'est dû également à l'accordage que l'on a aujourd'hui. C'est vrai que c'est un instrument auquel on ne fait pas trop attention dans le metal, alors que finalement en tendant vraiment l'oreille on découvre les morceaux sous une autre facette. J'essaye avant tout de ne pas faire ce que font les guitares, de ne pas être linéaire comme dans beaucoup de formations et d'apporter mes petites variantes, mes petites notes en plus.  
Kootôh : si l'on ressent bien la présence de la basse, notre objectif est atteint !

Ton premier contact avec ton instrument Kootôh (le chant) ?
Kootôh : en fait j'ai découvert le metal assez tard, j'ai pris tout d'un bloc ! J'ai une boulimie par rapport à tous ces groupes, ces morceaux que je découvre tardivement et les voix m’ont impressionné avec l'envie de m'y identifier. J'avais l'envie profonde de reproduire ces sons, à force de travailler j'ai réussi à forger ma propre identité vocale. Le chant est une évidence car depuis que je fais de la musique je chante ! Je suis passé d'un chant clair à un chant saturé mais toujours avec la même passion. Pour résumer, un jour un pote me file plein de cd en me disant : « écoute ça, et ça, etc… », il y avait tous les styles, du Coal Chamber, du System of a Down, etc et je n'ai pas pu arrêter mon choix. Je me suis dit : « ce n'est pas possible de faire une sélection, il y a du bon partout ! » il y a tellement de choses qui m'évoquent des sentiments différents, j'ai donc pris le temps de digérer l'ensemble et créer ma propre identité.

Tu as eu un besoin viscéral de changer de style de musique ?
Kootôh : une sorte d'Épiphanie, imagine que j'étais dans un cocon, qu'il s'est ouvert et je découvre un autre monde !

Comment travailles-tu ta voix, avec tes variations dans le chant guttural ?
Kootôh : toutes ces variations me plaisent, autrement, je finirais par m'ennuyer. Dans un morceau, il y a plein de nuances, il fallait donc intégrer une palette de chants pour être en harmonie. La voix est un instrument à part entière. L'instrument peut faire un peu de rythmique, de solo, plein d'autres choses et une voix peut faire exatement la même chose. Ma femme a pris des cours de chant saturés, m’a donné des conseils et ça m’a vraiment aidé ! Comme je te l'ai dit, je me suis énormément entrainé lors de mes nombreuses écoutes

et découvertes sonores.

La première fois que tu t'es entendu ?
Kootôh : affreux ! Les premières années de Tankrust ont été un peu brouillonnes ! Lorsque je me réécoute aujourd'hui, j'ai un peu de mal ! Si dans dix ans, je suis encore là, j'espère pouvoir me dire que j'ai progressé par rapport à aujourd'hui. On est dans la recherche constante.

Pourquoi le chant en Anglais ?
Kootôh : le chant anglais a une musicalité qui se prête parfaitement aux compositions. La langue française est tellement riche qu'elle en devient trop complexe pour la musique. L'anglais est vraiment plus mélodique, ça glisse plus facilement, tout simplement.

Dans le chant français, le public francophone cherchera plus la compréhension des textes que l'énergie première. Avec la langue anglaise c'est plutôt l'inverse qui se produit.
Kootôh : oui, tu as raison, on a plus tendance à vouloir percevoir ce qui se dit et ainsi oublier le contexte. Ton oreille est moins attentive à la musique et tu en prends moins plein la gueule.
Jules : en tant qu'auditeur français, je préfère m’en prendre plein la gueule et m'intéresser aux textes plus tard à travers le livret.

Avez-vous eu des défis particuliers à relever avec cet album « The fast of solace »  ?
Jules : par rapport à l'ep, on savait déjà les erreurs que l'on ne voulait pas réitérer. Les critiques de l’ep, nous en avons fait notre force, nous nous sommes concentrés sur la composition, avons retravaillé la mise en place pour grimper d’un palier et gagner en maturité. On s’était fixé une date, on a chacun beaucoup travaillé individuellement et en répétition. On voulait tous être satisfaits de l’album que l’on allait sortir et posséder toute l’énergie indispensable pour le défendre. Avancer dans le même sens, sans prise de tête, un véritable objectif.

Aucune dictature dans le groupe ?
Kootôh : non, chacun son domaine, sa spécialité et tous complémentaires !

Pourquoi le choix à la production de Olivier t’Servrancx de l’Electrik Box à Lille ?
Kootôh : on aime bien travailler avec des gens pour lesquels on a de l’affection. Olivier a été un choix évident, car dès notre premier contact, une sympathie assez rare est née chez lui, il nous a reçus en toute intimité, pas de prises de bec, très attentif aux besoins de chacun. On trouvait que son travail collait parfaitement à ce que l’on désirait pour Tankrust. Il a compris tout de suite que l’on voulait un son très mélangé par rapport à nos influences.
Jules : pour moi, c’est le sixième homme du groupe sur l’album. Si le son de la basse est tel qu'il est sur l’album c’est en partie grâce à lui et il ne faut pas oublier qu’il est lui même batteur dans un groupe. Ce gros son international de l’album, c’est la signature d’Olivier. Lorsque que l’on faisait des prises, il mettait le doigt sur des choses et il disait : « ça va pas, tu recommences ! », alors que pour nous c’était correct.
Kootôh : durant l’enregistrement tout s’est bien passé sans se prendre au sérieux.

C'est Kootôh qui écrit, vous êtes tous sur la même longueur d’onde au niveau des idées ?
Jules : il a toujours été entièrement libre dans les textes, mais nos concepts sont des sujets qui touchent tous le monde.

Pour toi qui écris, quel est votre univers littéraire ?
Kootôh : c’est très marrant, mon univers littéraire est à l’antithèse de Tankrust, mais c’est sujet à débat ! J’ai plutôt tendance à m’évader dans des choses fictives, science fiction, héroic fantasy, etc. pourtant les sujets abordés sont plutôt prosaiques, philosophiques, peut-être basés sur mon ancien univers littéraire, en fait aujourd’hui, cela se divise un peu.

Parlez moi rapidement de votre façon de travailler ?
Jules : un musicien à cordes ramène la base d’un morceau, il a une musique dans la tête, il l’enregistre avec une boite à rythme, etc. Ensuite, on propose l'ébauche et chacun, avec ses propres influences, vient poser ses petites touches persos, la batterie avec du Death, en ce qui me concerne je vais chercher des passages Punk Hardcore et comme cela pour chaque membre du groupe. Si la base prend forme, on peaufine jusqu'à ce que l’ensemble du groupe trouve du plaisir à jouer.  
Kootôh : le texte vient après et c’est la musique qui m’inspire le thème, l'univers, l'émotion et suivant mes influences du moment, les choses vont se mettre en place.

Vous avez déjà une expérience de la scène. Un souvenir ?
Kootôh : on a commencé par la scène ! la dernière anecdote s’est passée au Glazart à Paris lors de notre release party. Sur notre avant-dernier morceau, il y a une cinquantaine de personnes qui sont montées sur scène pour faire la fête avec nous, on avait réussi à leur transmettre l’énergie ! C’était un peu le bordel, on avait des mains qui venaient tapoter sur nos manches, c’était vraiment un moment intense, un véritable bonheur !

Vous êtes une formation plutôt calée sur scène ?
Avez-vous un vrai travail de ré-orchestration pour le live ?
Kootôh : on a quelques passages retravaillés pour le live, mais dans l’ensemble les morceaux restent fidèles à ceux de l’album. On considère que ce serait trahir le public de remanier les morceaux au point de ressentir une différence notable entre ce qu’il écoute chez lui et le live. On peut partir en vrille du côté scénique, mais pas au niveau musical.
Jules : il y a rien de plus chiant que des musicos qui ne bougent pas sur scène, même si la musique est bonne. Un ennui mortel !

Qu’est-ce qui nourrit votre inspiration en dehors de la musique ?
Kootôh : pas mal de choses en fait, du sabre japonais, des jeux de rôle, etc. et tout ça m’inspire pour ma musique. Ce sont des activités qui se nourrissent les unes des autres.
Jules : moi c’est la vie tout simplement. Le bonheur d’être en vie et en bonne santé chaque jour, tout le monde n’a pas cette chance.

Vous êtes présents sur Facebook, ce contact avec vos fans via les réseaux sociaux est-il important ?
Kootôh : c’est tellement important, prendre toujours le temps de discuter, de communiquer avec le public, avoir des retours sur nos prestations en live, etc. C'est même frustrant de ne pas avoir plus de temps.

La scène rock française actuelle vous inspire quoi ?
Kootôh : c’est une bonne question ! elle m’inspire de l’optimisme, elle fourmille de petits groupes et cette scène continue à vivre malgré les obstacles. Pas toujours facile de trouver des scènes et encore moins sur la capitale car Paris souffre de sa notoriété. C’est plus facile d’aller au contact des gens en province, plus chaleureux et moins blasés, car moins de concerts. On travaille actuellement sur une multiplicité de dates.

Je vous laisse le mot de la fin.
Jules : reste tranquille, c’est pas fini !