Parure amère !

Interview Hugues (Ugo) Chantepie


Dans les couloirs du temps, The Arrs nous assène un album coup de poing où il vous faudra quelques écoutes, avant

de vous imprégner de toutes les subtilités et émotions. Saupoudré d'ambiances chaotiques, sombres, violentes et d'un soupçon de mélancolie, « Khronos » possède la capacité de fédérer, de mobiliser les énergies autour d'une action collective positive. Nico, chanteur, nous livre quelques réflexions sur lui-même et sa bande de potes. À ne pas manquer, leur autobiographie prochainement chez Ivresse Éditions.


Membres :

Micro : Nicolas Laurent

Guitare : Pierre Acedo
Guitare : Stephane

“Stefo” Martin
Basse : Philippe Cavaciuti
Batterie : Vincent “Toki” Bertuit



Artiste : The Arrs

Album : “IKhronos"

Label : Verycords

1. Kombat
2. Acta non verba
3. Hors norme feat. Alex from Obey the Brave
4. La quête
5. Du ciel et de la terre
6. Les rives du temps
7. Khrónos

feat. Ju from Benighted
8. IV Horizons
9. La 25ème heure
10. Titans
11. Nos erreurs
12. Prophétie

feat. Poun from Black Bomb A
13. Le journal de ma haine feat. Kubi from Hangman's chair


THE ARRS

feat. Alex Erian - Hors-Norme


THE ARRS

Du Ciel et de la Terre


The Arrs Khronos

sur Deezer


" Au niveau de l'état d’esprit, on est plus partouze que gang bang à s’exciter sur un seul style." Nico


Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
Du metal hardcore, Une musique saturée sur fond de grosses guitares, d’une batterie survitaminée, avec une attitude street. A ça tu ajoutes des chansons braillées en français dans le texte.

Pourquoi un tel mode d’expression artistique, le « Rock », le metal hardcore ? Ça reflète votre état d’esprit ?
Il reflète des goûts musicaux, on fait un cross-over de pas mal de styles de metal, des plus extrêmes aux plus grooves. Au niveau de l'état d’esprit, on est plus partouze que gang bang à s’exciter sur un seul style.

Depuis vos débuts, de quelle manière pensez-vous que vous avez évolué, musicalement et humainement ? Et depuis la formation de The Arrs en 1998 et cinq albums ?
Il faut voir notre discographie comme une évolution, tout en gardant un style qui nous sort des médias conventionnels, d’une caste de mecs à la mode. Chaque album a sa patte et son histoire. On a commencé la musique avec THE ARRS, le nom existait avant même de savoir jouer correctement une reprise de NOFX.

On a donc évolué ensemble avec notre style de jeu. Ce groupe est notre moyen d’expression entre potes et on ne s’est jamais borné à faire ce qu’on attendait de nous. Nous n'avons jamais eu l’impression de prendre de véritables risques, on se fait surtout plaisir. Nous avons un peu dérouté le public très hardcore de nos débuts, mais au final sur « Khronos » nous avons réussi à mêler à la fois notre côté street-live et notre facette plus théâtrale, mais tout en gardant une bonne grosse force de frappe. Humainement, le changement de line up avec le départ de Paskual n’a pas été facile, mais Stefo et Phil sont des gars en or, respectueux, ayant la volonté de faire évoluer le groupe sans le transformer.

Considères-tu la voix comme un véritable  instrument ?
La voix humaine peut être considérée comme un instrument de musique et à ce titre comme le plus parfait de tous au point de vue de l'agilité, de la puissance et de l'étendue. C'est à la fois le plus simple, mais aussi le plus expressif. La beauté de timbre que possède une voix flexible, sonore, la facilité d'en nuancer l'intensité ou de la colorer par certains artifices d'exécution sont déjà des ressources précieuses. Mais sa supériorité principale sur tous les autres instruments artificiellement inventés, c'est sa faculté à joindre la parole au chant et ajouter de la sorte un élément rationnel à sa puissance émotionnelle. Sinon c’est un bel instrument à femme !

Peux-tu me parler de ta manière de travailler ta voix et comment analyses-tu ta progression vocale ?
J’ai pris des cours de chant pour apprendre à respirer. Je n’ai jamais appris à la saturer, ça s’est fait naturellement. Au début j’avais besoin de souffrir, de donner tout ce que j’avais, mais avec le temps la maîtrise de la voix surpasse la fougue, tu apprends à gérer ton organe techniquement et émotionnellement.

Les voix claires ont été apparemment abandonnées sur cet album, pourquoi ?
Tout simplement parce qu’il n’y avait pas de riff qui s’y prêtait.

Pourquoi le choix d’avoir plusieurs invités sur cet album (Alex, Erian, Poun, Ju, Kubi) ? Quel rapport entretiens-tu avec ces artistes, quelle est ta façon de les diriger ? Aviez-vous une réelle envie de rajouter une grande diversité vocale à l’album ?
On les a choisis pour leur talent et leur variété de timbres. Ce sont des amis. On voulait un album 100% français, on adore la voix d’Alex de Obey the Brave et ses textes en français. Pour Ju, on est potes, il a également des titres en français dans Benighted et il a une voix si particulière, qu’il offre une nouvelle dimension à l’instru du titre où il apparaît. Poun de Black Bomb A est carrément venu faire les chœurs sur tout l’album, c’est un mec passionné, on aime boire des verres ensemble, là c’était l’occasion d'un plus grand partage. Son apparition sur le titre « Prophétie » était complètement improvisée, un grand moment de folie. Pour la voix additionnelle de Kubi, de Hangman’s chair, sur le refrain du « Journal de la haine », c’est juste qu’il est passé au studio, on adore sa voix, on a improvisé également l’idée de feat.

Musicalement, avez-vous eu des défis particuliers à relever avec ce nouvel album « Khronos » ? Des ambiances un peu chaotiques, sombres, violentes avec un soupçon de mélancolie ?…
Pas de défi particulier, mais avec la nouvelle formation on a appris à se connaître depuis l’album précédent, « Soleil noir ». Mais oui, tu as bien défini l’aspect artistique de l’album, des ambiances un peu chaotiques, sombres, violentes avec un soupçon de mélancolie.

Vous avez ramené de nouvelles influences sur cet album, pouvez-vous m'en dire plus, il s'en passe des choses dans la vie d'un être humain entre chaque phase de création ?
Stefo notre guitariste et Phil le bassiste se sont plus affirmés sur cet opus. Deathcore, djent, plus extrême en somme.

Comment se passe le processus de création dans la tête de Nico ?
Un vrai paradoxe. La volonté de toucher du doigt les différents bonheurs de la vie en les habillant d’une parure amère.

Les thématiques principales des textes me paraissent assez sombres, assez pessimistes sur la condition humaine. N'y a-t-il plus d'espoir ?
Il y a un effort de lecture et de compréhension à faire. C’est l’album le plus positif que j’aie pu écrire. Bien sûr qu’il y a de l’espoir, sinon à quoi bon vivre. On est pas fataliste, loin de là. La vie est dure, mais ici rien d’insurmontable, si on ne te donne pas satisfaction, arranges-toi pour te servir toi-même.

Quel est ton univers littéraire ?
J’ai eu une longue période à lire des poètes du XVIIIème, des récits apocryphes et depuis quelques années je me suis mis au thriller. Ça me détend.

Quel rapport entretenez-vous avec les autres membres du groupe et comment s’organise la vie au quotidien ?
On est tous potes et on se supporte ! On prend toujours plaisir à se retrouver en dehors, comme sur la scène.

Un petit mot sur l’artwork ?
Un artwork magnifique, réalisé par Remy de Headsplit Design, c'est un artiste parisien. Il ne crée que dans le metal extrême, on est fan de son taf alors allez jeter un œil. On a discuté du concept de l’album, du temps qui passe, fuit et que l’on tente de maîtriser. On lui a laissé carte blanche. Le résultat , aucune modif sur sa première et unique proposition.

Existe-t-il d’autres cultures musicales ou artistiques que vous souhaiteriez inclure dans vos futures démarches musicales ?
On verra, mais on est pas trop fusion. Ta question me fait penser à ces groupes qui mixent n’importe quoi comme cette saloperie de R'n'B sur du Deathcore… quel gâchis. À ce moment-là il n'y a plus de respect pour le metal.

L’album ne sera-t-il pas  trop difficile à retranscrire en live, vous laissez-vous des phases d’improvisation par rapport à l’album ?
Chaque live est différent. Si on les a composés, c’est pour le live et rien d’autre.

Vous avez déjà une belle expérience de la scène. Un souvenir, une anecdote ?
Pour parler des plus récents, le Persistence Tour avec Suicidal Tendencies, Terror et Strife. C’était vraiment une dizaine de dates de folie. Le HellFest et l’Olympia avec les potes de Mass Hysteria. Les anecdotes, je les garde pour notre autobiographie qui sort prochainement chez Ivresse Éditions.

Est-ce que vous avez un rituel avant de monter sur scène ?
On se tape dans la main et on se roule des pelles tous les cinq !

La scène rock française actuelle t'inspires quoi ?
Toujours pareil, y a du bon et du branleur.

Pensez-vous avoir quelque chose de particulier qui vous démarque des autres groupes et musiciens ou ça vous passe au-dessus de la tête ?
On fait notre truc. On invente rien, on fait juste notre sauce et ça nous plaît.

Vous sentez-vous rattachés à une famille musicale et spirituelle ?
Non, on a le cul entre cinq chaises !

Qu’est-ce qui nourrit ton inspiration en dehors de la musique ?
Destiny !

Vous êtes présent sur Facebook, ce contact avec vos fans via les réseaux sociaux est-il important ?
Ouais, c’est sympa de pouvoir interagir sur FB. De laisser au public la parole sans aucun tabou, ni censure.

Même avec les réseaux sociaux, c’est dur de rapatrier les gens dans les salles…
Personne n’est à blâmer pour le coup. Les promoteurs font leur taf, le public n’a pas forcément l’envie ou les moyens de se rendre à certains concerts, ça se respecte. Je n’ai pas du tout l’impression que les salles se vident.

Ton point de vue sur le téléchargement illégal et en tant que consommateur ?
Télécharge, si tu aimes, achète ou supporte le groupe, via les concerts ou le merch.

Pour beaucoup d’artistes c’est devenu une évidence, la musique est gratuite. Il vaut mieux vendre du merchandising ?
Bien sûr, les groupes sont devenus des marques à part entière, reflétant des styles de vie.

Je te laisse le mot de la fin.
Merci