Interview Theraphosa


"…Arriver à susciter une espèce de basculement dans un autre état de conscience" Vincent


Artiste : Theraphosa

Genre : Metal
Ville d’origine : Paris
Ep : Theraphosa

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Tracklist :

"The King Of Vultures"
"The God Within"
"The Butcher"
"Obsession"

"Leeches"


Membres :

Vincent -

Guitar / Lead Vocals
Matthieu -

Bass / Back Vocals
Martin - Drums



« Theraphosa, c’est du groove metal avec une pointe de Black et de Death »

Rencontre avec Vincent - Guitar / Lead Vocals & Matthieu - Bass / Back Vocals - Hugues Chantepie pour boosteleson.com


Theraphosa, la plus grande araignée du monde, Vous voulez tisser votre toile dans le monde entier ? Quels sont vos espoirs en tant que groupe avec cet Ep ?
Vincent : la raison est très simple, quand j’avais 6/7 ans j’étais fasciné par les araignées, elles me renvoyaient un magnétisme et cette fascination s’est vite transformée en passion. J’ai donc étudié les araignées avec passion et à l’âge de 14 ans je voulais être aranéologue, mais le cursus était un peu compliqué. Je me suis donc mis à l’élevage de mygales et comme nous sommes toujours ensemble avec mon frère de sang Matthieu et Martin ma fascination pour cet animal s’est un peu transmise. L’araignée est un symbole, il y en a absolument partout, ses capacités de survie, sensorielles et d’adaptation sont bien supérieures à nous dans énormément de domaines. Voilà pour la partie animale, mais il y a également la partie mythologique, notamment avec le mythe d’Arachné où l’on puise des enseignements particuliers.
Matthieu : ce récit mythologique est un moyen d’enseigner aux hommes de ne pas être orgueilleux. Après on a chacun notre vision philosophique de la chose, Vincent voit ça comme un signe de liberté, d’insoumission face à la religion, aux dieux et moi je vois cela comme une façon de se dépasser en tant qu’être humain, se rapprocher le plus possible de la divinité par le travail et la maîtrise de son art.

Donc vous la traduisez de quelle façon cette philosophie musicalement ?
Vincent : on essaye constamment de se surpasser et d’avancer artistiquement. Ça ne veut pas dire que nous sommes prétentieux ou arrogants, nous sommes conscients de notre niveau, il y a des musiciens bien plus techniques que nous, comme il y en a des moins bons également. C’est plus que de la musique, c’est une philosophie de vie et par là se rendre compte de la médiocrité de l’être humain.
Matthieu : cette dimension de se surpasser en tant qu’homme est d’ailleurs retranscrite dans le titre « The God Within »
Vincent : oui cette volonté de transcendance de l’être humain, être conscient de ses faiblesses et se servir de cette force pour créer quelque chose d’encore plus fort.

Vos espoirs finalement avec cet Ep ?
Vincent : on fait de la musique depuis notre plus jeune âge, notre but est de pouvoir continuer l’aventure en espérant que ça plaise aux gens. On prend les choses comme elles viennent.

Finalement pourquoi un tel mode d’expression artistique, le Metal ?
Vincent : mon père était un grand fan de Hard Rock.
Matthieu : il nous a également initié au rock, au hard rock et à la country. Vincent a découvert son premier groupe de metal vers 12/13 ans, il a commencé par le neo-metal avec Slipknot et a commencé dès lors à nous partager sa passion à moi et Martin lors de la formation du groupe en 2007.
Vincent : Après chacun en grandissant évolue musicalement à sa façon. Moi je me suis plutôt orienté vers le Black metal et Matthieu et Martin sont partis dans d’autres directions. Toutes ces influences réunies ont forgé ce que tu as découvert sur l’Ep.

Formé depuis 2007, vous avez eu un autre projet, mais vous n’en parlez peut-être plus ?
Vincent : rien de concret, il y a eu une démo. Il faut savoir que pour cette démo nous n’avions que 14/15 ans. C’est important que je le dise, comme nous avions fait de la musique ensemble très très jeunes, nous avons évolué tous ensemble, aussi bien musicalement sur les influences, que techniquement. Nous avons donc découvert les choses petit à petit, la scène, les studios, etc. Cette démo c’était avant tout la découverte de l’enregistrement studio piste par piste. Ce projet n’a jamais été mis en avant car nous étions plus dans un esprit de découverte. Réaliser une démo pour faire de la promotion, c’était avant tout pour le kif. On avait passé des années à jouer pour le plaisir alors cette démo nous n’avons pas cherché à la développer du tout.

Donc aujourd’hui c’est le bon moment pour promotionner un Ep ?
Vincent : comme je l’ai dit c’est le temps…
Matthieu : et puis les opportunités, on a vraiment eu un coup de chance d’enregistrer une démo. Le gérant du studio connaissait le photographe qui s’occupait de groupes de la scène finlandaise. Il nous a donc mis en relation avec ce photographe et a fait écouter notre démo à Jan d’Amorphis (batteur). Comme on cherchait à réaliser un Ep, la suite fut un enregistrement en Finlande de 5 jours. Entre cet enregistrement et maintenant il s’est passé deux ans. Durant cette période, un éditeur a entendu parler de nous, nous a retrouvés via la SACEM et nous a proposé de faire quelque chose de cet Ep… et c’est à ce moment-là que tout s’est concrétisé.
Vincent : c’est pour cela que ça a été long, mais ce n’est que la finalité, on a pris le temps de faire les choses. On a été souvent dans une recherche de la perfection quitte à ne pas sortir les choses déjà faites.
Matthieu : nous n’avions pas forcément les outils non plus.
Vincent : et nous n’avons pas eu toujours toute l’énergie suffisante, mais on ne s’est pas arrêté pour autant d’avancer.

C'est donc à Helsinki, en Finlande, que vous enregistrez les cinq titres avec l’aide de Jan Rechberger. Parlez-moi de cette rencontre et que vous a-t-il apporté musicalement ?
Vincent : il nous a surtout apporté un regard extérieur. En tant que Finlandais il nous a apporté ses propres références culturelles musicales. Une fois arrivé il y a donc eu un petit choc des cultures et cela a forcément engendré un dialogue au niveau musical. Nous avons apprécié le confort physique pour travailler, il nous disait de nous mettre à l’aise et de ne pas stresser pour jouer. Son délire ; « si vous êtes bien, vous bosserez bien ». Humainement il a été très proche et techniquement ça te permet d’apprendre des trucs au contact d’un pro.

Au niveau du son par rapport à votre démo de départ ?
Vincent : on est tout de même contents de l’Ep, après dans l’absolu on peut toujours tout refaire.

C’est le problème de la créativité, savoir s’arrêter au bon moment…
Vincent : oui, on aurait peut-être encore voulu rechercher d’autres sons, mais il est bien comme il est actuellement.

Et ce fameux Mika Jussila au mastering aux studios Finnvox ?
Vincent : ça s’est fait simplement également. Il n’y avait pas de débat à avoir, il a tellement d’expérience dans le domaine, ce n’est même plus un cv ! Il nous a fait le master et lorsque nous l’avons reçu, tout était parfait, absolument rien à dire.

Parlez-moi de votre façon de travailler ?
Déjà au niveau des textes, explique-moi le sens de l’Ep ?
Vincent : les textes, je les écris et les thèmes récurrents c’est la misanthropie, la transcendance et bien sûr tout ce qui touche à l’araignée. Le tout est spécialement lié à mes expériences personnelles, mais également à beaucoup d’observation.
Musicalement, j’enregistre beaucoup d’idées, soit des petits riffs ou des morceaux entiers. Ensuite on se réunit avec le groupe et on écoute. Ils peuvent me dire le morceau est parfait et on joue. Mais parfois ils me donnent leur point de vue avec la direction à prendre, même parfois je peux réécrire. Lors des répétitions, lorsque le morceau prend vie, il se passe encore d’autres choses, on prend conscience de nouvelles modifs à appliquer et les titres prennent leur forme finale.

Finalement Vincent, pas trop dictateur au sein du groupe ?
Vincent : la philosophie chez nous, s’il y en a un qui n’est pas d’accord, on ne fait pas.

Alors Matthieu tu arrives à t’épanouir ?
Matthieu : cette dominance de Vincent dans la composition est née du fait que lorsque nous avons commencé la musique, il avait déjà un bagage technique et musical très fort. On s’est donc longtemps reposés sur lui pour la composition. Il avait commencé à composer bien avant nous et développé une certaine maturité à ce niveau-là. Il a donc fallu attendre notre propre bagage technique et trouver notre propre maturité pour la composition pour pouvoir accéder à plus d’investissement. Actuellement beaucoup des chansons sont composées et écrites par Vincent, mais on devrait de plus en plus collaborer.

Il y a une véritable envie ?
Matthieu : oui, une très grosse envie.
Vincent : sur l’Ep, il y a des variations qui on été modifiées par eux. À l’intérieur de l’Ep il y a un poème écrit par Matthieu et moi. Il y a un travail de collaboration et ce n’est pas la vision d’une seule personne.
Matthieu : on essaye de ne pas se reposer sur Vincent et on ne souhaite pas n’être que des interprètes au sein du groupe. On espère pouvoir s’investir plus pour la suite de l’album.

Tout ça c’est tout de même un peu fataliste et sombre malgré le symbole de l’araignée ! Il y a encore un peu d’espoir ?
Vincent : C’est une constatation qui fait mal, mais s’il n’y avait plus d’espoir ce serait vraiment très déprimant.
Matthieu : la réalité est cruelle, mais il y a toujours moyen de l’accepter et de surmonter la chose.

Parlons de la scène, musicalement c’est plus brut ? Vous êtes un groupe calé au millimètre ?
Vincent : on est un groupe discipliné, on sort difficilement du cadre car ce n’est pas naturel pour nous tout simplement. Ce ne sera pas deux Theraphosa différents.
Matthieu : le but c’est de retrouver en live ce que vous avez en cd, mais avec les conditions du live.

Je vous pose la question, car je suis parfois un peu frustré, j’ai envie que ça parte vraiment en live ?!
Vincent : il y a deux écoles, l’artiste doit exactement sonner comme l’album ou l’inverse c’est du live donc forcément différent.
Matthieu : je suis personnellement plus proche de la première école. Pour moi le live doit sonner à l’identique du cd.
Vincent : moi aussi, on part du principe que la personne qui écoute aime un morceau, elle va vouloir le retrouver tel qu’elle a aimé. Lorsque je vais voir un artiste qui reproduit à l’identique un morceau que j’aime, c’est un kif absolu. S’il y a des variations je peux être un peu déçu.

Vous vous sentez fermés musicalement dans l’avenir, il y a d’autres cultures musicales qui peuvent vous intéresser à intégrer ?
Vincent : pas du tout, on est déjà ultra ouverts, il n’y a pas de limites, si on veut intégrer des éléments de musique classique on le fera.
Matthieu : on sait que l’on fait partie de la scène metal, mais lorsque l’on compose nous n’avons pas de genre particulier dans la tête.
Vincent : il faudra juste les incorporer à notre style, il faut toujours s’approprier des choses qui peuvent venir d’univers différents. Il ne faut pas se limiter, si j’ai besoin d’un orchestre symphonique dans un morceau pour donner telle émotion, je ne veux pas me l’interdire. C’est ce qui rend le travail intéressant, aller le plus loin possible. Après face à ça, les gens peuvent avoir du mal à classifier Theraphosa. Le but pour nous est de chercher que chaque titre soit vraiment unique.
Matthieu : mettre tous les moyens pour susciter le maximum d’émotion, peu importe le style de musique que l’on fait.

Alors parlons émotions, que chercher-vous à transmettre à votre public ?
Vincent : quelque chose de froid, à la fois distant et proche.
Matthieu : de la stupeur, laissant un peu perplexe, qui amène presque à la réflexion.
Vincent : oui, une espèce de transe. Arriver à susciter une espèce de basculement dans un autre état de conscience.

Je comprends, mais la communion se fait comment physiquement ?
Matthieu : on a chacun notre jeu de scène.
Vincent : après le batteur est assis !
Matthieu : je pense être celui qui est le plus froid sur scène et celui qui bouge le moins. Vincent est beaucoup plus chaud, c’est lui qui transmet le plus d’énergie.

Vous cherchez le contact ou pas ?
Vincent : c’est vrai que ça ne m’intéresse pas d’arriver sur scène, jouer et repartir. J’ai envie que les gens ressentent un kif, le but est donc d’arriver à partager, mais d’arriver à faire ressentir ce côté glacial.
Matthieu : ce n’est pas naturel pour moi de parler ou de bouger. Je reste vraiment dans ce que je sais faire. Vincent a plus de facilité au lâcher prise.

Alors pourquoi le choix d’un Ep ?
Vincent : c’est simple. C’est le bon format pour présenter un groupe. Comme tout nouveau groupe on cherche à trouver un label. Pourquoi faire un album pour que l’on s’entende dire, ça ne nous intéresse pas. Autant se concentrer sur 5 titres et voir ce qu’il en retourne. Ces 5 titres sont autopsiés sous toutes les coutures et présentés sous une forme qualitative.

Sur scène ce n’est pas un peu léger 5 titres ?
Vincent : il n’y aura pas que 5 titres, les titres à venir sur l’album pour partie sont déjà quasiment composés. Pour le live, on est encore dans la phase où l’on prépare les dates, nous allons donc plancher sur le fait d’avoir un set assez long.

Etes vous intéressés à réaliser certaines reprises pour enrichir un set ?
Vincent : non. On préfère bosser sur nos compos. De toutes façons, je pense que nous irions aussi vite à composer un titre, qu’à bosser une reprise. Autant mettre le temps que l’on a à disposition pour créer nos propres morceaux.

Comment définissez-vous votre musique en quelques mots ?
Vincent : pour moi Theraphosa, c’est du groove metal avec une pointe de Black et de Death. Après ce n’est pas forcément la même analyse pour tout le monde.

L’Ep va rester un Ep à part entière ou réintégrer le futur album ?
Vincent : nous ne sommes pas contre le fait que des morceaux de l’Ep se retrouvent sur l’album, mais à la base nous les avons conçus de la même manière qu’un album. On y a mis la même intention, ils ont donc plus la vocation à rester sur l’Ep. On souhaite maintenant faire quelque chose de nouveau pour l’album. Mais rien n’est jamais arrêté.

On arrive au bout du temps qui m’est imparti, le petit mot de la fin ?
Vincent : Theraphosa, c’est du metal Français et l’on essaye d’apporter quelque chose de différent. Que tous ceux qui ont envie de nous découvrir n’hésitent pas à nous transmettre leurs retours sur les réseaux sociaux. Merci.