Uneven Structure


Artiste : Uneven Structure

CD : « La Partition »

Label : Long Branch Records

 

1. Alkaline Throat
2. Brazen Tongue
3. Crystal Teeth
4. Groomed and Resting
5. Incube
6. Succube
7. Funambule
8. Greeted And Dining
9. The Bait
10. Our Embrace
11. Your Scent


Membres :
Jérôme Colombelli (guitar)
Igor Omodei (guitar)
Steeves Hostin (guitar)
Benoit Friedrich (bass)
Matthieu Romarin (vocals)
Arnaud Verrier (drums)


Uneven Structure

"Incube"



La bonne partition !


Interview de Matthieu Romarin (vocals) par © Hugues Chantepie



Pourquoi un tel mode/choix d’expression artistique, le Rock au sens large et plus précisément le Metal progressif ?
Matthieu : C’est une musique brute et pleine d’énergie. C’est avec la musique classique le mode d’expression le plus adéquat pour faire passer des émotions.

Depuis les débuts, en 2008, comment pensez-vous que le groupe a évolué musicalement et humainement ?
On a réussi à se détacher de nos influences premières et nous faire plus confiance sur nos propres idées, notre véritable vision, la développer pour la rendre plus efficace et réussir à réellement la synthétiser.
Au niveau humain, nous avons rencontré plus des changements de commodité, de disponibilité que de véritables prises de têtes. Pourtant ces changements de line up nous ont permis de devenir de plus en plus soudés entre nous à travers nos idées musicales et marcher dans la même direction. Ça aide véritablement d’avoir un but commun et pourtant nous venons d’univers musicaux très différents. Moi et Benoit nous nous connaissons depuis que nous sommes gamins et nos goûts sont similaires car nous faisons de la musique ensemble depuis très longtemps. Mathieu lui, a une base plutôt très rock, très grunge et a développé toute sa culture en rapport à ce style. Arnaud a des références de musicien de cession beaucoup plus technicien, Jérôme vient plus du post-grunge, du Stoner et Steve est très prog à l’ancienne. Finalement notre musique résume tous ces croisements.

Ton premier contact avec ton instrument ?
Un pote à moi en 6e/5e m’a dit qu’il arrivait à jouer «Smells Like Teen Spirit », j’adorais ce morceau et j’ai aussi tenté le truc ! C’est Nirvana et Soudgarden qui m’ont formé aux alentours de mes dix ans.

Votre dernier album date de 2011, pourquoi avoir attendu 4 ans pour « La Partition » ?
Partition compliquée ! Après le dernier album, on avait le sentiment d’avoir fait le tour dans ce style musical. On a perdu deux ans à chercher, à ne pas trouver le truc qui pouvait nous exciter et on a terminé par pratiquement tout mettre à la poubelle. C’est à cet instant que l’on a commencé à s’ouvrir aux influences des autres membres du groupe plus rock et se mettre à écouter ce que chacun voulait réellement au niveau créatif. Nous avons fouiné en profondeur au sein de courants différents, même les plus extrêmes et on a fini, à force de recherches, par donner du sens à notre projet à travers la richesse de chaque membre du groupe.

Quelle est votre méthode de travail ?
Pas vraiment de méthode ! Quelqu’un a une idée de 40 secondes qui sonne bien et l’on tente de broder autour. C’est une forme de Tetris d’éléments, ça se mélange, grandit et on finit par se retrouver avec des petits îlots de musique. De ces îlots, on essaye d’en relier les parties et l’on concrétise un album en se retrouvant en studio. Sur l’album précédent c’est la musique qui entraînait le thème général et cette fois-ci on a écrit le concept pour pouvoir asseoir la musique.

Le concept ?
Il est composé de trois parties différentes. Dans l’album précédent, le personnage principal finit par avoir des pouvoirs divins mais ne possède pas la maturité pour s’en servir. Une vengeance existe donc encore en lui et il utilise ses pouvoirs pour détruire tout l’écosystème autour de lui et touche les sirènes qui perdent finalement leur voix. Avec ce nouvel album, les sirènes lancent une dernière bouteille à la mer au personnage principal, un marin. Elles lui demandent d’apporter la partition du chant des sirènes pour qu’elles puissent chanter de nouveau. Le premier tiers de l’album va plus traiter du marin qui se rend compte qu’il est manipulé par les sirènes. La deuxième partie va présenter les personnages principaux du thème et le dernier tiers se concentre sur la rencontre entre les sirènes et le marin d’où l’importance des deux interludes scindant l’opus en trois parties.

Vous vouliez faire un parallèle avec le monde d’aujourd’hui ?
À la base on voulait traiter d’addiction sur cet album, pas spécialement de la drogue, mais l’addiction au sein d’une relation, par rapport au bien matériel. Parler des choses ayant une emprise sur soi, ne faisant pas partie de toi, mais qui te remodèle, te met à genoux et te fait perdre ta dignité. On voulait mettre en avant ce non sens, pas spécialement humain, mais plutôt animal. A cause à cette addiction, ne devenir plus que spectateur de sa propre vie et se laisser couler doucement. Cet album parle de l’inaction face à une addiction.

L’album est sombre et très mélodique par moment ? Vous avez besoin de ces variations d'émotions à travers votre musique ?
Oui, c’est indispensable, c’est proposer un véritable voyage sonore.

Où se trouve la complexité pour faire coexister les émotions pures et la fureur musicale dans votre processus créatif ? Vous êtes révoltés ?
Révoltés, je dirais non, par contre écorchés oui. Faute au monde qui nous entoure et la façon dont il fonctionne, c’est une fourmilière. Faute aux choses personnelles également ayant tendance à nous rendre plus amers, plus cyniques et je préfère extérioriser tout cela à travers la musique et pouvoir ainsi garder de la légèreté dans ma vie.
 
Malgré tout vous cherchez plutôt à être porteurs de liberté à travers la musique ?
De liberté je ne pense pas car finalement notre musique est assez égoïste, on met juste en avant des choses anxiogènes. On ne fait pas avancer la musique, on est juste en train de parler de nous.

Par contre cette complexité musicale sur scène n'est pas compliquée à retranscrire ? Ne perdez-vous pas en sincérité ?
Tout est calé sur scène, mais on essaye de limiter au maximum les samplers surtout pour cet album. Au fur et à mesure des années on s’est rendu compte en jouant sur scène que nous transmettions notre musique désormais d’une manière plus organique, plus en fond de temps avec de la lourdeur. Nos idées sont retranscrites d’une manière plus claire sur scène que sur album et le son est beaucoup plus brut. Sur cet album on a beaucoup de chœurs, on a beaucoup de nappe ambiante qui ont été remplacés par du piano avec la volonté de garder ce côté aérien, mais de pouvoir le ramener sur scène et jouer sans être obligés d’avoir de grosses couches derrière.

Partez-vous en live ?
C’est assez calibré, mais au niveau des leads il y a beaucoup plus d’interprétation, il y a deux trois sections sur l’album où l’on a fait en sorte de pouvoir faire un peu n’importe quoi. Un espace un peu frivole, de légèreté, en opposition avec la lourdeur du thème. Le côté jazz donne la permission d’être plus free et lors de la compo de l’album on a prévu ces espaces de liberté.

Quelques anecdotes à nous faire partager ?
On s’est retrouvés à Moscou, au mois de Janvier, avec 30 cm de neige, après un long voyage. Une fois à l’hôtel avec mon chanteur, j’enlève mes chaussures et après tant d’heures de voyage, il me demande de les mettre au bord de la fenêtre pour les laisser s’aérer. Au réveil, plus de chaussures, du coup à Moscou, au mois de janvier, en chaussettes et se retrouver à remonter jusqu'à la place Rouge où se trouvaient les magasins les plus proches pour me racheter des chaussures, ça reste un bon souvenir !

Un petit mot sur votre label « Long Branch Records » ? Comment s'est faite cette rencontre ?
Une manageuse allemande nous a donné un coup de main pour trouver un nouveau label, elle nous en a parlé, on a regardé de plus près, on en a discuté pour savoir à quel niveau il fallait s’investir artistiquement, si nous allions vraiment avoir un développement ou seulement être un numéro sur un catalogue. Finalement le courant est très bien passé et nous avons signé un contrat. Ils sont donc censés nous trouver de la promo, du budget, des avances, une image différente pour ne pas rester bloqués sur une seule scène. Changer l’image du groupe tout simplement. Et le bon point c’est que l’Allemagne comme l’Angleterre ont plus une culture de live depuis longtemps même si aujourd’hui les choses se sont démocratisées.

La scène rock française actuelle vous inspire quoi ?
Réveillée ! Et plus professionnelle et sérieuse.

Le petit mot de la fin alors.
Merci