Interview Welcome-X



"… j’ai retrouvé la jubilation des premiers groupes de mes 15 ans …"

 

Interview de Philippe Bussonnet  & Sam Kûn de Welcome-X

 

Par © Chantepie Hugues avec Réplica Promotion 


Welcome-X :

Album Eponyme
Label : Le Triton
Date de sortie :

29 Mars 2019

 

Titres :
1- Meltdown
2- Lovesick Leech Pills
3- Finders Keepers
4- Late Great Planet Earth
5- Behold Your Karma
6- Still Smile
7- I Am Life


Groupe :
Sam Kün : Chant 
Philippe Bussonnet : Basse
Thomas Cœuriot : Guitare
Joe Champ : Guitare
Yoann Serra : Batterie


Welcome-X - I Am Life


Welcome-X - Still Smile


Pourquoi un tel mode d’expression artistique le « Rock » ?
Philippe Bussonnet : c’est ma sensibilité depuis mon adolescence, ça devait être mon côté Rebel ! J’aimais beaucoup les groupes à base de guitare électrique comme AC/DC et un jour tout est devenu possible grâce à ma rencontre avec Sam.
Sam Kûn : mes textes deviennent plus puissants avec l’énergie du Rock, je peux exprimer toute la sensibilité de leur contenu.

Comment penses-tu avoir évolué artistiquement depuis tes débuts de musicien et ton passage depuis 1995 avec Magma ?
Philippe : Magma est toujours d’actualité ! Aujourd’hui j’essaye de simplifier, je me compliquais beaucoup trop la vie par le passé à essayer de faire des choses très élaborées, très sophistiquées avec un acharnement abyssal au travail. Je suis désormais touché par des choses plus immédiates, plus instinctives et incisives. Le rock a cette essence jubilatoire de mon adolescence et je la retrouve avec Welcome-X. Un mode d’expression plus épuré, guitare, batterie, chant…

Finalement, c’est votre technique, votre expérience d’aujourd’hui qui vous permet d’épurer votre son ?
Philippe : Peut-être, mais ce n’est pas la finalité du projet, au contraire. Je refuse surtout de faire des choses trop alambiquées. Je pars tout simplement d’un riff assez simple, je l’explore et le malaxe telle une source très pure et elle finit par se diviser ensuite en plusieurs bras, mais sans produits chimiques à l’intérieur. C’est une image !
Sam : Jolie ! (Rire)

Pouvez-vous me présenter et me définir ce nouvel album en quelques phrases et convaincre l’auditeur ?
Sam : c’est une boîte de Pandore où tu peux trouver plein de petits éléments différents propres à ta sensibilité et à tes émotions. Un mélange de saveurs comme le metal, le progressif, l’aérien, le mystique… finalement un album très « humain ». Welcome-X est une musique sortant de terre, elle est primitive. Cette technique musicale que tu retrouves à travers des musiciens d’expérience sert la musique. Mais le sentiment premier pour moi reste le « primitif ».
Philippe : On a élaboré un album sans cahier des charges stylistique, sans limite, sans objectif particulier et la démarche est absolument sincère.

Des sonorités à la Black Sabbath, Tool, Tomahawk de Mike Patton ?
Vous n’avez pas peur de perturber l’auditoire ?
Philippe : non du tout, au contraire, on préfère lui réchauffer le cœur.

Sur scène, vous partez en « live » ou restez fidèles à l’enregistrement ?
Philippe : un petit peu des deux. C’est-à-dire que globalement c’est très fidèle à l’enregistrement, après il y a des ouvertures possibles sur certains titres.

Parle-moi de la participation de Rudy Blas, le guitariste actuel de Magma.
Philippe : C’est un vieux copain et lorsque l’on a commencé à monter le groupe, nous avions une série de répétitions à effectuer et Joe n’était pas là. Comme Rudy ne faisait rien de spécial, je lui ai donc proposé de venir répéter avec nous. Ayant participé avec une grande générosité à notre projet, j’avais envie qu’il participe également à l’album pour marquer cette amitié. Il est venu deux jours durant l’enregistrement et sa présence nous a permis d’enregistrer avec trois guitares en prise direct. Tout l’album a été réalisé dans les conditions du live à part les parties voix. Vu que nous étions tous réunis dans la même pièce ça nous a permis d’avoir un son « garage ».

Malgré toutes ces influences diverses, on ressent tout de même la pâte Magma ?
C’est une expérience qui marque une vie de musicien ?
Philippe : Je suis mal placé pour le dire, mais je l’imagine. C’est une musique que j’appréciais avant même d’intégrer le groupe. J’aime beaucoup l’approche du son de Christian Vander, son originalité et son inspiration. C’est une musique dans laquelle je suis très à mon aise. Magma est une école énorme ! Apprendre et avoir une précision rythmique est indispensable pour travailler avec Christian. Cette approche du rythme non figé où le tempo peut varier, onduler, tout est élastique. On est plus sur de la télépathie que sur du métronome. La richesse des compositions, le côté instantané de la musique, c’est-à-dire que d’un jour à l’autre l’interprétation peut être différente. La musique doit être toujours ressentie comme quelque chose de nouveau, comme une exploration se perpétuant de jour en jour. Tout ça pour dire que c’est la même démarche avec cet album de Welcome-X.

Sam chanteur et parolier ?
Peux-tu me parler de tes textes et de tes borborygmes ?
Sam : les textes parlent d’humanisme, d’universalisme et en fonction des phrases j’utilise des textures différentes, le grawl, le chant clair… rien n’est figé, c’est comme pour la musique. C’est une grande liberté pour moi, des passages plus Hardcore pour exprimer des choses dures à dire, ou bien d’autres plus mélancoliques, pessimistes ou plus heureuses.

Tout cela se pose suite à la composition de la partie musicale ?
Sam : oui, tout est déjà bien structuré, on déroule le tapis rouge pour moi ! J’écoute, je rentre dans ce monde musical et j’écris mes textes.

Pas de dictature de la part de Philippe ?
Sam : non, aucune.
Philippe : le contraire est exigé.

Par rapport à ta base de texte, tu as la liberté d’extrapoler en concert ?
Sam : je pourrais très bien le faire, oui. C’est une liberté que l’on se réserve. Il faut être emporté par la musique.

Cet album était vraiment un prétexte pour faire de la scène ?
Philippe : en tout les cas je l’espère ! De toute façon c’est la finalité de tout ce processus de création où la musique prend toute sa dimension. On fait un disque pour que les gens l’écoutent chez eux, ça c’est très bien, par contre la musique n’est jamais aussi vivante que jouée sur scène. Lorsqu’il y a des oreilles en face de toi et bien c’est de l’énergie qui circule. C’est une véritable nourriture !

Pourtant c’est une musique pas très optimiste, il y a encore des raisons d’avoir de l’espoir ?
Philippe : oui bien sûr, pour moi c’est plutôt joyeux, jubilatoire et ça me donne la banane.

Et le public a la banane ?
Sam : l’important c’est d’avoir des émotions, heureuses ou pas, positives ou pas, c’est de te retrouver dans tes confinements. Je peux retirer de la positivité d’un évènement triste.

Enfin c’était juste une question, mais lorsque tu le mets chez toi sur ta platine vaut mieux être en forme !
Sam : pas le matin au réveil ! (Rire)

Au niveau de la création, comment on fait pour s’arrêter au bon moment ? Ne pas entrer dans une phase de destruction en allant trop loin ?
Philippe : c’est vrai ce n’est pas évident, ça peut ne jamais être terminé. Ça relève de la sensation, je pars d’une petite cellule très simple au départ que j’essaye de développer dans tous les sens et ensuite je vois où ça peut me mener en les explorant les unes après les autres. Beaucoup de pistes passent à la trappe et il arrive à un certain moment d’avoir la sensation d’en avoir fait le tour. À ce moment précis, le morceau est pratiquement structuré et je m’approche d’une forme où il ne reste plus grand-chose à développer. À ce moment là je maquette tout en sachant qu’il va y avoir de la voix et je laisse entière liberté à Sam. Le titre est alors terminé à part une virgule ou deux. Ensuite on passe à autre chose.

Que vous apporte la musique de plus qu’une autre forme d’art ?
Philippe : les autres j’y suis très sensible, mais je suis incapable de les pratiquer. Je me suis toujours senti attiré par la musique et les instruments. J’aime beaucoup la batterie, je n’ai pas eu la chance de pouvoir la pratiquer lorsque j’étais jeune, c’est peut-être pour cela que je suis devenu bassiste car ça m’en rapproche. J’aime être en connexion avec elle ! Je me sens bien à travailler la musique et je ne vois pas le temps passer.

Tu composes avec ta basse ?
Philippe : oui, je joue un peu de clavier, mais très mal.
Sam : avec une basse il fait beaucoup de choses.
Philippe : Autrement j’ai une basse picolo faite par un luthier accordée une octave au-dessus, un peu comme un violoncelle. C’est là-dessus que je bosse toutes les parties guitare.

Tu as un lien particulier avec cet instrument ?
Philippe : oui, j’aime les cordes que l’on peut toucher avec le son qui passe dans le doigt et j’aime les vibrations en direct.

Quel est le regard de Christian Vander sur ton projet ?
Philippe : je ne sais pas, je ne lui en ai pas parlé. Je lui offrirai un album et il me dira ce qu’il en pense !

Parle-moi du Triton ?
Philippe : c’est un lieu qui m’a soutenu depuis bien longtemps et je les ai rencontrés à leur création. Ils ont une optique musicale très ouverte avec une programmation éclectique. En l’occurrence, ils n’ont pas l’habitude de produire ce que l’on fait avec Welcome-X. Dans un premier temps, je leur avais juste demandé de répéter là-bas et puis très vite ils nous ont proposé de faire une résidence en programmant quelques concerts durant cette période. Un mois ou deux après, ils m’ont proposé de réaliser un album vu que le club était fermé au mois de juillet. Pourtant j’imaginais réaliser ce projet beaucoup plus tard en 2019.

L’ambiance en studio avec Welcome-X ?
Philippe : je me suis régalé pendant une semaine.
Sam : comme au début lorsque tu commences un groupe avec les copains.
Philippe : c’est vrai, j’ai retrouvé la jubilation des premiers groupes de mes 15 ans. Heureux de se baigner dans un son qui fait du bien. Un vrai bonheur.

Tu veux me parler du sens de Welcome-X, je t’écoute.
Philippe : il y a deux façons d’envisager le X, au sens mathématique qui traduit l’inconnu. On se souhaite à nous-mêmes la bienvenue, bon courage et bonne chance pour le voyage que l’on est en train d’entreprendre. Les morceaux apparaissent, on les découvre et c’est le moment où tout nous échappe.
Mais il y a également le point de vue des gens qui vont l’écouter, c’est une « bienvenue » à toutes les oreilles volontaires !

C’est le moment de nous quitter, merci à vous !
Merci à toi.