Lofofora / « Simple Appareil »



La chronique de Christophe Favière alias Stof






Label : At(H)ome - Sortie le 6 avril 2018


Quatre ans après « L’épreuve du contraire », leur dernier album studio, les Lofofora sont de retour aux affaires avec un projet audacieux et une grosse prise de risque. Un album acoustique ! Les vétérans de la scène Metal Française ont en effet décidé de couper le courant. C’est donc un peu avec la peur d’être déçu par ce nouvel opus que je lance la lecture du CD. la première écoute balaye d’emblée toute crainte. Certes, ce n’est pas le Lofofora auquel nous sommes habitué, mais qu’importe. Les morceaux s’enchaînent avec une rapidité qui donne l’impression d’un album trop court malgré ses 45 minutes. À la deuxième écoute, commence à ressortir l’ombre de certains géants. Il se dégage de cet album des effluves de Serge Gainsbourg période « L’homme à tête de chou » comme sur « Les Anges » ou « La Dose ». Plusieurs titres me font également penser à l’album Unplugged d’Alice In Chains dans les sonorités comme sur « Day Off ». La poésie de Reuno, car il s’agit bien de poésie, est transcendé par l’acoustique. Sa voix posée, son phrasé et son timbre si particulier mettent en valeur les textes. Le premier titre, « Les boîtes », est une charge sans concession sur notre société consumériste et individualiste et le rôle de la politique. Radical, comme d’habitude. « Théorème » est un autre missile contre les religions et leurs dogmes qui nous ôtent tout libre-arbitre et maintiennent les peuples dans la peur du pêcher. Il y aussi dans cet album une majorité de textes beaucoup plus personnels, Reuno se livre corps et âme dans des titres comme « Troubadour », « Les Anges », « La dose » ou encore la sublime « L’histoire Ancienne » et ses interrogations sur l’amour. Musicalement, cet album reste une expérience qui souligne tout le talent des musiciens de Lofofora. Aucun morceau ne se ressemble, et autant on pourrait facilement imaginer un titre comme « Les Boîtes » en version électrique, autant le reste est beaucoup plus complexe et met en avant les influences du groupe. Ainsi on retrouve une intro Hendrixienne sur « Les Anges », et une mélodie aux sonorités orientales que n’aurait pas renié Led Zeppelin sur « Le Martyr ». Mais les Lofo ne s’arrêtent pas là, aussi je m’imagine très bien un titre comme « La Dose » interprété par Miossec. Et comme ils ne sont pas à une surprise près, le morceau le plus enjoué avec sa slide guitare, reste « Sven », formidable hommage au défunt guitariste de Parabellum qui nous a quitté en janvier 2017. En conclusion, Lofofora remporte haut la main son pari avec cet album acoustique décomplexé, intimiste et noir. À noter l’arrivée d’un nouveau batteur, Kevin Foley, qui a notamment officié au sein de Benighted, Sabaton, Nightmare, Decapitated, Nostromo ou encore Sepultura. Une énorme performance que seuls les plus grands réussissent sans encombre, et comme ils ont annoncé une tournée acoustique, nous avons hâte de voir le catalogue de Lofofora revisité dans  cet exercice.

 

© Christophe Favière alias Stof

Track List :
01 Les Boites - 02 L'appétit - 03 La Splendeur - 04 Théorème - 05 Troubadour - 06 Les Anges - 07 La Dose - 08 Sven - 09 L'histoire Ancienne - 10 Day Off - 11 Le Martyr